Heterodontus portusjacksoni, communément appelé le Requin de Port-Jackson ou le Requin dormeur taureau, est une espèce de requins de la famille des Heterodontidae.
C'est l'un des requins dormeurs les mieux connus. Il vit dans le Pacifique sud-ouest : c'est une espèce endémique aux eaux continentales tempérées et subtropicales de l'Australie. De plus l'espèce est migratoire, dite océanodrome. Retrouvé entre la surface et de profondeur, ce requin est un chasseur nocturne, principalement d'invertébrés et de petits poissons osseux. Il peut atteindre de long et est facilement reconnaissable par ses bandes noires en forme de harnais. On le retrouve souvent en groupe, surtout pendant la saison de reproduction, durant l'hiver austral. Très populaire dans les aquariums à travers le monde, c'est un requin calme et docile qui n'aura de comportement agressif que très rarement, s'il n'est pas dérangé.
Description Le Requin dormeur de Port-Jackson est la plus grande espèce du genre Heterodontus. La taille des mâles adultes est d'au moins tandis que les femelles mesurent au moins , elles font en moyenne de plus que ces derniers. Les plus grands individus peuvent atteindre mais ils sont rares au-delà de . gauche|vignette|240x240px|Heterodontus portusjacksoni de face. Ses narines sont reliées à sa petite bouche. Sa silhouette est caractéristique, à l'instar des autres Hétérodontidés. Sur sa large tête, il possède des crêtes supraorbitales plutôt basses, qui se terminent graduellement postérieurement. L'espace inter-orbital est peu profond ; la distance entre les crêtes est d'un peu moins que la moitié de la longueur oculaire. Un spiracle se trouve juste derrière chaque œil. Ses narines sont entourées de longs morceaux de peau formant un canal antéro-postérieur. Elles sont reliées à la petite bouche, presque terminale. Chez l'adulte, les petites dents antérieures, de maintien, contiennent une cuspide mais pas de petites protubérances « cuspidiennes » comme chez d'autres requins dormeurs. Les dents postérieures, quant à elles, sont molariformes : non carénées, larges et arrondies. La mâchoire est bien plus allongée et large que chez les jeunes. Il y aurait plus de dents antérieures chez le mâle, probablement dans un but reproductif. Les denticules latéraux sont gros et durs.
Chacune de ses deux nageoires dorsales est associée à une épine antérieure, non venimeuse. La première épine est dirigée de manière oblique et postéro-dorsale chez l'adulte comme chez le juvénile. En général, les épines sont très pointues chez les jeunes mais s'adoucissent avec l'age. L'origine de la première nageoire dorsale est située un peu après la moitié de l'insertion des nageoires pectorales et est légèrement éloignée de la cinquième fente branchiale. La fin de cette nageoire arrive presque à la hauteur des nageoires pelviennes. Modérément haute, sa hauteur atteint 12 % à 16 % de la longueur totale et la longueur entre celle-ci et le rostre est estimée comme étant 21 % à 24 % de la longueur totale. Sa forme est angulaire et arrondie voire légèrement falciforme. Presque aussi grande et d'une forme semblable, la deuxième nageoire dorsale débute juste derrière les nageoires pelviennes. La nageoire anale est subangulaire, arrondie ou faiblement falciforme, son apex est très loin de la nageoire caudale. La distance entre ces deux dernières nageoires correspond à 13 % de la longueur totale.
La robe dorsale varie entre le gris et le beige, tirant sur le blanc. Ce requin se distingue des autres requins dormeurs par ses lignes noires en forme de harnais. Une tache noire aux bords effacés est présente sur son museau. Sa tête possède une fine ligne noire inter-orbitaire et une bande sombre s’élargissant ventralement en dessous des yeux avant de s’effacer, ce qui donne un ruban noir s’étalant de flanc à flanc sur l’axe des yeux. Les jeunes possèdent le même motif que les adultes. centré|vignette|320x320px|Les bandes noires formant le "harnais" sont bien distinctes sur ces deux requins dormeurs de Port-Jackson|alt=
Biologie vignette|307x307px|Les mâchoires puissantes et les dents d'Heterodontus portusjacksoni brisent aisément les coquilles et les carapaces de ses proies. Alimentation Heterodontus portusjacksoni a un régime varié : invertébrés benthiques (Oursins, étoiles de mer, polychètes, gastéropodes, crevettes, balanes, etc.) ; céphalopodes divers ; petits téléostéens.
Parfois, d’autres restes organiques provenant de l'activité humaine costale sont retrouvés dans leur estomac (pommes de terre, pelures d’orange, épluchures…). Les jeunes ont des dents plus petites et plus pointues, et mangent des proies plus molles que les adultes. Les juvéniles se nourriraient plutôt d'épifaune et d'endofaune benthique, principalement des crustacés de la famille des Diogenidae, tandis que les individus matures auraient un régime constitué majoritairement de céphalopodes et d'autres mollusques, ainsi que de petits poissons osseux. Les proies sont broyées par les mâchoires puissantes et les dents molariformes avant d’arriver dans l’estomac. Les parties dures (morceaux de coquille, de carapace, d'os…) sont régurgitées.
Chassant la nuit, le museau proche du fond, ils repèrent leurs proies grâce à leur sens olfactif, leur ligne latérale et leurs ampoules de Lorenzini (électro-sens). Dès le stade juvénile, ils sont capables de déterrer leurs proies du sol en pompant l'eau et le sable qui seront rejetés à travers les branchies.
Respiration Heterodontus portusjacksoni possède cinq paire de branchies, la première paire contient une seule rangée de filaments branchiaux tandis que les quatre restantes en contiennent deux. Il respire en pompant l’eau dans sa première fente branchiale, élargie, et en la rejetant par les quatre autres. Cette morphologie, associée à sa physiologie, l'autorise à ne pas devoir nager en permanence, comme d'autres espèces de requins. En outre, cela lui permettrait de ne pas devoir ouvrir la bouche pour laisser l'eau y pénétrer. Cela empêche la nourriture de passer par les fentes branchiales pendant la mastication.
Cycle de vie Le Requin dormeur de Port-Jackson est un ovipare saisonnier. Entre aout et octobre, parfois juillet et novembre, les femelles pondent une paire d'œufs tous les 10 à pour donner 10 à au total (jusqu'à 16). Elles les déposent dans des crevasses de récifs protégées et peu profondes, en général entre 1 et mais parfois jusque 20 ou de profondeur. La partie pointue de l’œuf est dirigée vers l’intérieur de la crevasse, suggérant que les femelles saisissent leurs œufs par la partie plus large. Les Heterodontidae seraient la seule famille de requins à apporter des soins parentaux à leur progéniture. D'après Powter et Gladstone, 2008, l’œuf ne serait pas déposé directement à l’intérieur de la crevasse par la femelle mais plutôt déposé au sommet de la crevasse, le mouvement de l’eau le pousserait dedans. Occasionnellement, les femelles déposent leurs œufs sur le sable, en dessous de pipelines sous-marins ou sous une pile de déchets non organiques (canettes, boites de conserves, etc.). Durant plusieurs années, les femelles retournent collectivement sur le même site, ce qui pourrait s'apparenter à leur "nid". En captivité, les femelles pondent une paire d’œufs tous les 8 à 17 jours. L'œuf est en forme de cône avec, extérieurement, un rebord d'environ 5 à 6 spirales par rapport à l'axe de l'œuf. Ce rebord, parcourant l’œuf, a comme utilité de coincer efficacement ce dernier entre les rochers ou crevasses. Les œufs mesurent de long pour 5 à de large pour la partie la plus large. Ils éclosent après 9 à . Des adultes auraient été observés en train de manger leurs propres œufs. gauche|vignette|260x260px|L'œuf à la forme bien particulière d'Heterodontus portusjacksoni|alt= À la sortie de l'œuf, les nouveau-nés mesurent entre 23 et . Ils se dirigent ensuite vers des zones de nurserie dans les baies et les estuaires, et y restent jusque l'âge de deux ans. Ces nurseries se situent, en général, dans les herbiers marins. Dès l'été, certains juvéniles pourraient déjà se diriger vers des eaux plus profondes. Ils restent en groupes mixtes équilibrés, séparés par un ordre de taille. Au début de la maturité sexuelle, les jeunes adultes se dirigent vers les eaux plus profondes et se séparent en fonction de leur sexe. Au bout de quelques années passées aux frontières du plateau continental, ces groupes rejoignent les populations adultes. En moyenne, l’âge de maturité est atteint entre 8 et pour les mâles et 11 à pour les femelles. Les mâles sont pubères entre 50 et , matures entre 70 et . Les femelles sont pubères entre 65 et , matures entre 65 et . Les jeunes grandissent de 5 à par an et les adultes de 2 à . Toutefois, toutes ces dernières données proviennent d’individus captifs.
À l'instar du site de ponte, le site de reproduction est choisi méticuleusement par les adultes et conservé pendant plusieurs années, au moins . La saison de reproduction commence véritablement en juillet avec le retour des requins, sans différence sexuelle marquée, sur leur site favori. Certains adultes reviennent déjà en mars et avril. Dans la région de Sydney, fin juillet et en août, les femelles matures sont accompagnées par quelques mâles jusqu’aux récifs costaux. Il n’y aurait pas de parade nuptiale mais seulement des phéromones impliquées dans la reproduction. Les mâles mordraient les nageoires pectorales des femelles avec leur bouche afin d'enrouler leur corps autour de cette dernière et y insérer leur ptérygopode. La reproduction se déroulant dans des cavernes, il est compliqué d'obtenir beaucoup plus d'informations sur ce comportement in natura.
C'est une espèce océanodrome. Les adultes mâles retournent dans les eaux profondes à la fin de la saison de reproduction, en octobre, suivis par les femelles entre la fin du mois de septembre et novembre. Certains restent dans les environs mais d’autres migreraient jusqu’à de leur zone d'accouplement.
Comportement social Heterodontus portusjacksoni est parfois solitaire, mais plus souvent en petits à larges groupes. Ce requin est social mais son comportement sociobiologique est peu connu. Les abondances relatives sur les sites de repos de la Nouvelle-Galles du Sud seraient proportionnelles à l'afflux d’adultes pour la reproduction et inversement proportionnelles aux variations saisonnières de températures. Les interactions sociales sur ces sites de repos y seraient importantes et les requins seraient capables de parcourir de longues distances pour revenir sur leur site favori de repos et/ou de reproduction. Cela suggère que ces requins ont une mémoire spatiale très développée. En dehors de la saison de reproduction, les femelles se regroupent dans des gouttières pour éviter la rencontre avec les mâles. Les adultes peuvent rester inactifs pendant . Dans les nurseries, les jeunes se placent sur les pentes légères pour éviter les courants trop puissants. centré|vignette|333x333px|Groupe de requins dormeurs de Port-Jackson se reposant sur le fond marin.
Prédateurs En plus d'être parfois dévorés par des requins dormeurs de Port-Jackson mâles, les œufs d’Heterodontus portusjacksoni sont consommés par de nombreux animaux marins. Parmi ceux-ci, le Requin dormeur à crête (Heterodontus galeatus), le labre Achoerodus viridis et la raie Dasyatis thetidis en dégustent régulièrement, bien que l'enveloppe soit coriace. Le gastéropode perceur Astralium tentoriformis est parfois trouvé sur les œufs. Aussi, la mortalité des œufs est située entre 78 % et 90 %, et celle-ci est constituée de 99,2 % de prédation.