Fort Laramie est un ancien avant-poste de l'armée des États-Unis. Actif du au , il est situé dans l'État du Wyoming, le long de la rivière Laramie, dans le comté de Goshen. Il est protégé depuis le en tant que Fort Laramie National Historic Site.

Toponymie En 1815, l'explorateur et coureur des bois Jacques La Ramée, accompagné d'un petit groupe de trappeurs, s'installe dans le secteur du futur Fort Laramie. Un jour de 1820 ou 1821, il sort seul sur la rivière pour trapper et n'est jamais revu. Les circonstances de sa mort ne sont pas établies et font l'objet de diverses hypothèses. La rivière sur laquelle il voyage est nommée « Laramie » en son honneur, et ce nom sera donné plus tard aux monts Laramie, au fort et aux villes de Laramie et Fort Laramie, dans le Wyoming.

Fondation Deux forts ont préexisté à Fort Laramie en ces lieux. Il s'agit de Fort William (fondé en 1834) puis de Fort John (fondé en 1841), qui sont de simples postes de traite fortifiés privés sans vocation militaire.

Fort William En 1834, les explorateurs et négociants Robert Campbell et William Sublette établissent le premier poste de traite fortifié de fourrures au confluent des rivières North Platte et Laramie. Nommé Fort William, il a une forme rectangulaire et mesure 30 mètres sur 24. Des rondins de peuplier équarris de 4,5 mètres de haut forment la palissade. Aux angles opposés se trouvent des casemates faites en rondins de bois. Une troisième casemate, avec un canon monté à l'intérieur, est située au-dessus de la porte principale. Contre l'intérieur de la palissade se trouvent une série de cabanes, d'ateliers et d'entrepôts. Le commerce de peaux de castors est déjà en déclin au moment de la fondation du poste de traite. Campbell et Sublette savent que l'avenir du commerce des fourrures réside dans la traite des peaux de bison avec les Amérindiens qui, chaque printemps, viennent au fort chargés de marchandises. À l'automne, des tonnes de peaux de bisons et d'autres fourrures sont ainsi expédiées vers l'est. L'emplacement exact du fort William n'est pas connu avec certitude. Il se trouvait certainement dans un rayon de moins d'un kilomètre de Fort Laramie, peut-être à l'emplacement même de Fort Laramie. Les recherches pour en retrouver les vestiges se poursuiventFort William et le commerce des fourrures, panneau de présentation traduit de l'anglais réalisé par le Fort Laramie National Historic Site, consulté sur site le 22 septembre 2025..

Fort John En 1841, Pierre Cadet ChouteauPierre Cadet Chouteau est le fondateur du Fort Pierre Chouteau en 1832., devenu propriétaire de Fort William, construit pour 10 000 $ un nouveau poste de traite fortifié sur ce site qu'il nomme Fort John. Réalisée en adobe par des artisans hispaniques, la construction de Fort John a pour objectif de mieux concurrencer les comptoirs commerciaux rivaux voisins. De forme rectangulaire de 51 mètres sur 37, il dépasse en taille Fort William. Ses murs de 4,5 mètres de haut protègent logements, ateliers des forgerons et entrepôts. Des tours, appelées bastions, positionnées aux angles opposés du fort et de grandes portes principales doubles lui donnent une apparence impressionnante. Les tribus indiennes, en particulier les Lakotas, échangent à Fort John des peaux de bisons tannées contre divers produits manufacturés. Au cours de la décennie 1840, la prise de peaux de bison diminue et le rôle de Fort John change de ce fait. En 1841 arrivent à Fort John des colons participant à la conquête de l'Ouest. Ils sont les premiers d'une longue série, se dirigeant vers l'Oregon, la Californie et la vallée du Grand Lac Salé. Ils font étape au fort pour se reposer et se ravitailler, faisant la prospérité des commerçants installés à Fort John. En , John Charles Frémont écritFort John - Le « second Fort Laramie, panneau de présentation traduit de l'anglais réalisé par le Fort Laramie National Historic Site, consulté sur site le 22 septembre 2025. :

« …les articles de commerce consistent, d'un côté, presque entièrement en peaux de bison ; et, de l'autre, en couvertures, calicots, fusils, poudre et plomb, [et]… des ornements bon marché tels que des perles de verre, des miroirs, des bagues, du vermillon pour la peinture, du tabac et des spiritueux, importés dans le pays sous forme d'alcool et dilués avec de l'eau avant d'être vendus… »

Cette manne ne compense cependant pas les faibles rendements du commerce de la fourrure. Lorsque l'armée américaine propose d'acheter Fort John en 1849, les propriétaires saisissent l'occasion pour le céder à perte le contre 4 000 $.

Fort Laramie Fondé le , l'avant-poste de Fort Laramie fait suite aux deux postes de traite fortifiés primitifs. Il reste un site militaire jusqu'au , date de sa désaffectation. A son arrivée, l'armée américaine continue d'utiliser le vieux Fort John principalement comme hôpital militaire jusqu'en 1856 et comme corral et entrepôt, jusqu'à sa démolition en 1862. Elle construit parallèlement des bâtiments mieux adaptés à la nouvelle vocation du site : caserne, hôpital, quartier des sous-officiers, quartier des officiers, étables, intendance, prison, latrines, place d'armes, bâtiments administratifs, école, ateliers (forge de maréchal ferrant, cordonnerie, boulangerie, etc.).

À son arrivée, l'armée considère que fortifier le site serait aussi inutile que coûteux. L'une des raisons pour lesquelles Fort Laramie n'a ni mur, ni palissade en bois (comme le laissent pourtant croire certains westerns) est le manque de bois. L'autre raison est liée au style de combat des guerriers indiens des Plaines, qui misent sur la mobilité et préfèrent combattre à cheval à terrain découvert. L'armée construit cependant quelques fortifications temporaires en ces lieux, comme en témoignent les restes d'une dépression linéaire, souvenir d'une tranchée de fusiliers construite en 1865. Du 4 au de cette année, des guerriers cheyennes et lakotas déclenchent la bataille de Mud Springs, à 169 km à l'est. Un détachement de 172 soldats de Fort Laramie part relever les combattants, laissant le site en dangereux sous-effectif. La construction de trois places d'artillerie reliées par des tranchées de fusiliers est ainsi ordonnée. Un réduit fortifié en adobe, construit l'année suivante, renforce les défenses et sert également d'enclos et de logement pour les conducteurs de chariots. Deux casemates hexagonales se dressent aux angles opposés de l'enceinte aux murs d'adobe de 2,4 mètres de haut. Les inquiétudes concernant les attaques s'apaisent après la signature des traités de 1868, et les tranchées défensives tombent rapidement en ruine« Où est le mur ? », panneau de présentation traduit de l'anglais réalisé par le Fort Laramie National Historic Site, consulté sur site le 22 septembre 2025..

Concernant les tranchées de fusiliers, la terre excavée forme un talus protecteur, renforcé de sacs de maïs placés le long du sommet pour offrir une protection supplémentaire. Un marchepied de tir est aménagé le long de la tranchée. Les archéologues pensent que les soldats ont tapissé une grande partie, voire la totalité, de la tranchée avec des planches de bois. La tranchée de fusiliers n'a cependant pas impressionné tout le monde. Un soldat observe : « …des travaux comme ceux qu'ils font ne servent à rien, car ils n'empêcheront jamais les Indiens d'entrer dans le fort… C'est un fait bien connu que le grand danger ne réside pas dans l'attaque de leurs forts ; mais [qu']ils sont constamment à l'affût de petits groupes, qui peuvent se trouver à plusieurs kilomètres de tout renfort… C'est ainsi que la compagnie K a perdu deux braves et nobles garçons… ».

En tant que principal avant-poste du gouvernement américain à l'époque de la Frontière, Fort Laramie sert de lieu de rencontre officiel entre les États-Unis et les nations amérindiennes souveraines des plaines du Nord. Les préparatifs des réunions et des négociations tenues au fort font autant partie de la routine militaire que les corvées de bûcheronnage et les gardes. Le rôle de Fort Laramie n'est toutefois pas exclusivement militaire pendant les 41 années de son existence et parallèlement aux soldats et officiers, le site continue d'accueillir des colons de passage, des négociants, et des civils (principalement les familles de militaires).

Différents rôles

Relais de communications Le bureau de poste de Fort Laramie est construit en 1850 en même temps que le magasin du vivandier auquel il est attenant. Il est accessible au personnel militaire comme aux civilswww.nps.gov/places/post-office-at-fort-laramie.htm.

Du et le , Fort Laramy est une des principales étapes du Pony Express, service de distribution rapide du courrier aux États-Unis entre Saint Joseph (Missouri) et Sacramento, capitale de la Californie. Du eu , une ligne télégraphique est installée par la Western Union Telegraph Company entre ces deux mêmes villes, achevant ainsi la première liaison de communication à grande vitesse entre côte Atlantique et côte Pacifique. Ce nouveau service répond à la demande croissante de communications rapides. Le télégraphe atteint Fort Laramie par l'est le . A compter de cette date, Fort Laramy devient une des principales stations de cette ligne. Les soldats de la garnison ont la responsabilité de sa surveillance et protection. Ils effectuent pour cela des rondes et des réparations. Ils exploitent également des stations de répéteurs à distance, entre Julesburg (240 km à l'est) et South Pass (480 km à l'ouest). La ligne fonctionne jusqu'en , date à laquelle elle est remplacée par un système multifils construit avec les lignes de chemin de fer de la Union Pacific et Central PacificFort Laramie et le télégraphe transcontinental, panneau de présentation traduit de l'anglais, réalisé par l'institut des ingénieurs électriciens et électroniciens, inauguré le 8 août 1990, consulté sur site le 22 septembre 2025.

thumb|center|Carte illustrée de la route du Pony Express en 1860 par William Henry Jackson, passant par Fort Laramie.|900x900px

Fort Laramie est également une station relais sur les grands itinéraires de diligence, comme celui entre Cheyenne et les Black Hills. Différentes personnalités liée à l'histoire de l'Ouest américain y font étape, telles que Mark Twain, Wyatt Earp, Buffalo Bill et Calamity Jane.

Relais pour colons Entre 1841 et 1866, au moins 350 000 colons traversent la rivière Missouri en direction de l'ouest sur la piste de l'Oregon ou la piste de la Californie (particulièrement empruntée lors de la ruée vers l'or, de 1848 à 1856), tandis que les Mormons cherchent à atteindre Salt Lake City. Fort Laramie constitue une étape leur offrant un répit bienvenu face à la monotonie de la piste. Les voyageurs peuvent s'y reposer, se ravitailler, poster des lettres, échanger des animaux de trait fatigués et bénéficier de services du médecin, du charron et du maréchal-ferrantCarrefour d'une nation en route vers l'Ouest, panneau de présentation traduit de l'anglais réalisé par le Fort Laramie National Historic Site, consulté sur site le 22 septembre 2025..

Etape au fort Le , Alfred Davis écrit : « Nous avons traversé le gué de Laramie ce matin et sommes passés par le fort pour enregistrer nos noms. Nous avons constaté que (…) 16 913 hommes, 235 femmes, 242 enfants, 4 672 chariots, 14 974 chevaux, 4 641 mules, 7 427 bœufs et 465 vaches sont passés, sans compter que presque autant de personnes sont probablement passées sans s'enregistrer ».

Les voyageurs, campés sur l'autre rive de la rivière Laramie, passent souvent leurs soirées à se détendre, comme le décrit Lucy Bailey White : « Quelqu'un avec un violon entamait une danse et les longs et pénibles kilomètres étaient oubliés. Ils se joignaient alors à une danse autour de leur feu de camp qui durait jusqu'à dix heures, heure à laquelle toute gaieté cessait et toute la compagnie (…) se retirait dans ses lits, car ils devaient se lever tôt le lendemain pour poursuivre leur voyage ».