Le , surnommé () (en français « Tigre »), est un char lourd développé par l’Allemagne nazie, en service de 1942 à 1945 dans la Wehrmacht et la Waffen-SS. C'est l'un des chars les plus connus de la Seconde Guerre mondiale car, malgré ses nombreux défauts, il jouit très vite d'une réputation d'invincibilité, alimentée par une propagande nazie efficace.

Son développement débute en 1937. Initialement, c'est un char d’accompagnement pour l’infanterie mais un changement de priorité intervient après la campagne de France et sa mission principale devient la conduite de percées en tête des Panzerdivisions. Porsche et Henschel sont en concurrence pour le projet, qui est suivi personnellement par Adolf Hitler. Les nombreuses interventions de ce dernier entraînent un renforcement de l'armement et du blindage du nouveau char, au prix d'un alourdissement considérable. La société Henschel est finalement sélectionnée et produit environ entre et . Le Tigre II le remplace ensuite sur les chaînes de fabrication. De ce fait, il est parfois identifié - rétroactivement - comme Tigre I.

Il se caractérise par sa forme massive, son blindage épais et son armement puissant : un canon de qui, couplé à des optiques de qualité, lui permet de détruire tous les chars alliés en service avant même d'être à leur portée. Cependant, il est complexe et coûteux car sa fabrication mobilise des ressources importantes. En conséquence, sa production mensuelle reste faible ( par mois en moyenne) et le Tigre, qui exige une logistique lourde pour son acheminement comme pour son entretien, reste une ressource rare pour la Wehrmacht. Sur le terrain, sa mobilité est bonne mais, à cause de sa masse de , il est très difficile de le remorquer. En conséquence, près de la moitié des Tigre perdus au combat sont détruits par leurs propres équipages lorsqu'ils doivent les abandonner - parfois à la suite d'une simple panne.

Le Tigre est principalement engagé en unités indépendantes, les (bataillons de chars lourds). Il participe aux dernières grandes offensives de la Wehrmacht en 1943 avant d'être surtout déployé pour contrer localement les offensives alliées. Cependant, l’apparition d'armements nouveaux, capables de percer son blindage, met fin à la suprématie absolue dont il jouissait à son entrée en service. Ceci, combiné à l'écrasante supériorité numérique des Alliés, limite son efficacité opérationnelle, bien qu'il reste jusqu'au bout un adversaire redoutable.

De nos jours, une demi-douzaine de Tigre subsistent, préservés pour la plupart dans des musées.

Dénomination L’ensemble du programme est appelé à partir de 1941 (« programme Tigre »), mais ce n’est que le que le véhicule lui-même est appelé ainsi pour la première fois. Les documents antérieurs lui attribuent divers noms, comme « » ou « ». La désignation officielle utilisée par l’ entre et est « ». Celle-ci est remplacée à partir du par « ». La version courte du premier nom est « » et celle du second « », mais des désignations très diverses faisant l’amalgame des différents noms sont utilisées au niveau opérationnel. Enfin, le Tigre est souvent appelé « » dans les rapports alliés de l’époque, nom qui a été parfois conservé dans les publications d’après-guerre.

En phase de développement, les dénominations sont généralement différentes pour le châssis et la tourelle. Ainsi, le châssis Henschel de la version finale du Tigre est nommé et la tourelle . Le châssis Porsche est en principe nommé , mais il est fréquent que la dénomination interne à l’entreprise, , soit utilisée à la place. (VK signifiant Versuchs Kampffahrzeug, ou « véhicule de combat d’essai »).

Chaque véhicule dispose par ailleurs d’un numéro de châssis, ou , abrégé . Pour le Tigre, ce numéro est précédé du , de sorte que le premier char produit est le et le dernier le . Ces numéros, ainsi que les qualificatifs « début/milieu/fin de production », sont parfois utilisés dans les publications pour distinguer les évolutions. Celles-ci n’ont en effet jamais fait l’objet d’une désignation officielle avec une lettre (). Ces numéros de châssis ne doivent toutefois pas être confondus avec les , qui sont des numéros de plans identifiant le véhicule complet ainsi que les ensembles et les pièces individuelles le composant. Ces numéros sont reportés sur les pièces et permettent leur remplacement par la maintenance sans risque de confusion.

Développement et production Développement gauche|vignette|Schéma des projets expérimentaux ayant précédé le .|alt=dessin représentant de profil quatre véhicules à chenilles Le premier char lourd réalisé en Allemagne après la Première Guerre mondiale est le en 1934. D’une conception archaïque à plusieurs tourelles comme le T-35 soviétique ou le FCM 2C français, ce projet n’aboutit pas à la production en série. Le 2C inquiète cependant suffisamment les Allemands pour les inciter à étudier vers 1935 le principe d’un char capable de lutter contre les chars super-lourds, qui serait armé d’un canon de et dépasserait les . Aucun résultat n’émerge d’abord de ces tentatives en raison de l’absence d’un moteur suffisamment puissant et de la réticence de l’armée allemande à investir dans un véhicule plus lourd pouvant poser des problèmes logistiques. L’idée revient cependant en , lorsque l’entreprise Henschel est chargée de construire un châssis expérimental pour un véhicule de . Ce projet aboutit aux en 1937-1938, puis au en 1938-1939. Ce dernier ressemble au Panzer IV dont il partage l’apparence anguleuse et un canon court de conçu par Krupp, mais il dispose en revanche d’une suspension à barres de torsion. En parallèle des travaux de Henschel, le demande à la fin de l’année 1939 à Ferdinand Porsche de concevoir un char lourd. Porsche réalise alors le ou VK 30.01 (P), qui se distingue de son concurrent par une propulsion alliant moteurs à essence et moteurs électriques. Afin de conserver son monopole sur les canons de chars, menacé par Rheinmetall, Krupp conclut un accord avec Porsche en pour que le utilise le canon de .

La campagne de France révèle les faiblesses des , qui ont des difficultés à percer le blindage des chars B1 et français ainsi que du britannique. Adolf Hitler demande alors à ce que le futur char soit mieux armé, ce qui aboutit au réalisé par Henschel pour le châssis et Krupp pour la tourelle. Le canon de envisagé impose toutefois un châssis plus lourd atteignant les . Il existe ainsi au trois projets concurrents : le armé du , le armé du et le . L’armement de ce dernier est entretemps devenu un canon de expérimental très efficace, mais nécessitant de grandes quantités de tungstène pour ses munitions.

La situation change le lorsque Hitler décide de relever les attentes en matière d’armement et de blindage afin de combattre plus efficacement les canons antichars britanniques rencontrés en Afrique du Nord. Il exige notamment que Porsche et Henschel livrent chacun six exemplaires d’un char de au plus tard au début de l’. Ces demandes prennent Henschel au dépourvu : le ne pouvant pas être plus lourdement armé et blindé, l’entreprise reprend le développement à partir du . Le canon de expérimental doit également être abandonné en du fait du manque de tungstène. Pour gagner du temps, Henschel reprend alors les mêmes tourelle et armement que Porsche pour créer le .

Le véhicule résultant ne parvient toutefois pas à rester dans la limite fixée de , la masse finale dépassant . La proposition de Henschel est ainsi un char assemblé à la hâte avec des composants déjà développés dans des projets différents, le seul élément vraiment nouveau étant le moteur. À ce stade, le canon de n’est toutefois encore vu que comme un expédient temporaire et Rheinmetall poursuit ses travaux sur un canon de plus petit calibre, qui aboutissent à la création du . Les performances de celui-ci étant équivalentes à celles du canon de Krupp pour un encombrement plus faible, il est alors décidé que les cent premiers exemplaires du char seront la avec le canon de de Krupp, puis que les suivants auront une nouvelle tourelle dotée du canon de de Rheimetall.

De son côté, Porsche a moins de difficultés à faire évoluer son offre, le nouveau , ou , étant simplement une version agrandie du . Toutefois, l’un comme l’autre ne peuvent améliorer l’armement, le canon de Rheinmetall ne pouvant être adapté sur la tourelle déjà prévue pour le canon de Krupp. Ferdinand Porsche est tellement sûr de remporter la compétition contre Henschel qu’il fait débuter la production de cent exemplaires dès . Là encore, les sont cependant largement dépassées avec un véhicule affichant près de .

Les deux prototypes sont présentés à Hitler pendant une démonstration réalisée à Rastenbourg à l’occasion de son anniversaire, le . Le modèle de Henschel se montre supérieur à celui de Porsche pendant la démonstration, ce dernier prenant même feu. Hitler demande alors à Albert Speer de s’assurer que des essais approfondis soient menés afin de déterminer lequel des deux est le plus adapté.

Production vignette|Installation de la monture des barres de torsion sur une coque de Tigre.|alt=Photographie en noir et blanc montrant un hall d’usine dans lequel une carcasse de char est montée sur une machine. Conformément aux vœux de Hitler, la production débute au début de l’. Toutefois, la conception des véhicules ayant été réalisée dans l’urgence, les problèmes, et donc le retard, s’accumulent rapidement : seuls neuf exemplaires de la version Henschel et un seul de la version Porsche sont produits entre et . Les difficultés sur cette dernière sont si importantes qu’elle est finalement abandonnée en après que seulement dix exemplaires ont été produits, laissant la version Henschel seule en lice. Ces retards entraînent également l’abandon de la avec le canon de de Rheinmetall, afin d’éviter de perdre encore davantage de temps par la modification de la chaîne de production.

Les moteurs sont fabriqués par Maybach à Friedrichshafen en Bade-Wurtemburg, mais après un bombardement dévastateur en , la production est transférée à l’usine d’Auto Union à Chemnitz en Saxe. La transmission Maybach Olvar est produite sous licence par Adlerwerke à Francfort-sur-le-Main et à Passau. Les plaques de blindage pour la caisse et la tourelle doivent initialement être produites par Krupp à Essen, mais l’usine étant déjà surchargée de travail, une partie des commandes est transférée à la . Celle-ci réalise également les canons, avec l’aide de Wolf Buchau, tandis que les viseurs sont produits par Leitz à Wetzlar. Enfin, les composants des tourelles sont livrés à la Wegmann Waggonfabrik, qui en réalise l’assemblage avant de les livrer à Henschel & Sohn à Kassel-Mittelfeld. Ce dernier s’occupe alors de l’assemblage final en ajoutant le train de roulement et la direction dont il est également le fabricant. Chaque fabricant marque les pièces qu’il produit avec un code de trois lettres, par exemple « bwn » pour Krupp, afin qu’elles puissent être tracées en cas de problème. La suite de lettres est choisie aléatoirement afin qu’un adversaire ne puisse pas identifier les usines à partir de pièces capturées et donc cibler les chaînes de production.

La production prend fin en afin de pouvoir libérer les chaînes de montage pour le . À cette date, de châssis ont été attribués sur les prévus, auxquels s’ajoutent trois châssis expérimentaux non numérotés. Krupp et la ont produit coque/tourelle neufs. L’écart avec les numéros de châssis s’explique par le recyclage de endommagés entre et , auxquels de nouveaux numéros de châssis sont attribués à leur sortie d’usine.

Henschel a produit un total de .. : Chiffres de production du Panzerkampfwagen VI Tiger Janv. Fevr. Mars Avril Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc. Somme 1942 8 3 11 25 30 78 1943 35 32 41 46 50 60 65 60 85 50 60 65 649 1944 93 95 86 104 100 75 64 6 623

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