vignette|320px|Vue sur le sahn depuis l'anaza, le jour déclinant. Al Quaraouiyine (en , en ou Al-Qarawiyyin) est une université située à Fès, au Maroc. Selon la tradition, sa construction débute en 859 sous le règne de la dynastie idrisside.

Elle est considérée comme une des plus anciennes universités au monde encore en activité, la plus ancienne université au monde encore en activité pour l'UNESCOUNESCO World Heritage Center, The Medina of Fez http://whc.unesco.org/en/list/170http://icon.org.uk/news/10-facts-about-worlds-oldest-library, le Livre Guinness des recordsThe Guinness Book Of Records, Published 1998, , 242, et pour plusieurs historiensVerger, Jacques: "Patterns", in: Ridder-Symoens, Hilde de (ed.): A History of the University in Europe. Vol. I: Universities in the Middle Ages, Cambridge University Press, 2003, , pp. 35–76 (35)The Report: Morocco 2009 - Page 252 Oxford Business Group "... yet for many Morocco's cultural, artistic and spiritual capital remains Fez. The best-preserved ... School has been in session at Karaouine University since 859, making it the world's oldest continuously operating university. "Illustrated Dictionary of the Muslim World, Publisher: Marshall Cavendish, 2010 Hidden Giants, Edition, by Sethanne Howard, Publisher: Lulu.com 2008 Civilization: The West and the Rest by Niall Ferguson, Publisher: Allen Lane 2011 - The marketisation of higher education and the student as consumer by Mike Molesworth & Richard Scullion, Publisher: Taylor & Francis 2010 عبد الهادي التازي. جامع القرويين: المسجد و الجامعة بمدينة فاس، موسوعة لتاريخها المعماري و الفكري ( المجلد الاول). دار نشر المعرفة. الرباط. المغرب, ou la deuxième la plus ancienne selon d'autres sources, après l'Université Zitouna., sachant que le concept d'université est plutôt occidental.

Au , toute une série de noms parmi les plus grands sont associés d'une manière ou d'une autre à la Quaraouiyine : les grands précurseurs du soufisme, tels , Abou Madyane, Abdeslam Ben Mchich Alami, les philosophes Avenpace et Averroès, le géographe Al Idrissi mais aussi Maïmonide, Ibn Khaldoun et Léon l'Africain pour ne citer qu'eux.

Elle est classée dans le classement régional 2016 des universités arabes (U.S.News & World Report).

Histoire et fondation

La fondation de la Quaraouiyine La tradition estime l'établissement de la mosquée vers 859 et attribue sa fondation à Fatima el Fihriya, fille d'un riche homme d'affaires immigré de Kairouan (actuelle Tunisie) et membre de la famille des FihridesParmi les historiens contemporains qui ont attribué la fondation de la Qarawiyyin à Fāṭima al-Fihriya : Edmond Pauty, Le plan de l’Université Qarawiyin à Fès, Hespéris, IV, 1923, 539. L’article concernant l’histoire de la Qarawiyyĭn sur le site www.qantara-med.org (consulté le 21/11/09) reprend mot pour mot le récit d'Ibn Abi Zar. Du côté des historiens marocains, Faṭima al-Fihriya est considérée comme un symbole exceptionnel de l’ouverture d’esprit de l’islam, femme pionnière dans l’histoire de l’humanité. Henri Pérès dit « Il n’est pas douteux pourtant que Fes, à partir du , ait été, grâce à sa mosquée université d’al-Karawiyyin, « la demeure de la science et de la sagesse », comme l’avait prédit son fondateur. Alfred Bel tient à peu près le même discours (Al-Jaznaï, Zahrat al-Âs, trad. Alfred Bel, Publications de la faculté des lettres d’Alger, fascicule 59, 1923, p.85, note 1). Mais en plus de l’inexistence de sources parlant de la Qarawiyyin avant Ibn Abi Zar (), la malchance a voulu que les archives des Awqāf (conservés à la Qarawiyyĭn) brûlent en 1323, au moment précis où l’histoire des premiers Idrissides, des fondations de Fès et de la Qarawiyyĭn est en train d’être fixée par les Mérinides, aujourd'hui la famille marocaine Fassi-Fihri.

Dans l'histoire racontée par Ibn Abi Zar, Muhammad ibn Abdallâh al-Fihri, riche commerçant de Kairouan (dans l'actuelle Tunisie), s’installa avec sa famille à Fès. À sa mort, ses deux filles Fatima et Maryam recueillirent un important héritage qu’elles décidèrent de consacrer à des œuvres de bienfaisance. Dans le quartier des Andalous, Maryam construisit la mosquée des Andalous. Sa sœur Fatima acheta un jardin maraîcher et obtient l’accord du prince idrisside Yahyâ ibn Idrîs pour ériger le premier noyau de la future al-Quaraouiyine. Pour assurer l’entretien de l’édifice et en garantir le fonctionnement, elle légua en biens de mains mortes (waqf) tous ses trésors. La première mosquée était un simple oratoire, la prière du vendredi continuant d’être prêchée à la mosquée al-Shurafa. Elle n’y fut transférée qu’à partir de 933. La mosquée fut alors dotée d’un minbar et appelée mosquée "al Quaraouiyine" (mosquée des Kairouanais), en hommage à la ville d'origine de Fatima al-Fihriya.

La mosquée Al Quaraouiyine vit son architecture évoluer et s'agrandir. Elle devient, du au , un important centre d'enseignement et une des premières universités au monde. Sa bibliothèque abrite toujours la plus ancienne copie d'une œuvre de Platon, datant du .

Du lieu de culte au lieu d'enseignement « universel » L'historien marocain Mohammed Al-Manouni pense que c'est sous le règne des Almoravides que l'université s'ajouta réellement à la mosquée Gaston Deverdun, al-Karawiyyîn, Encyclopédie de l'Islam, E.J.Brill/Maisonneuve & Larose, Leyde/Paris, 1971, volume IV, 659.. D'autres historiens comme Alfred BelAl-Jaznaï, Zahrat al-Âs, trad. Alfred Bel, Publications de la faculté des lettres d’Alger, fascicule 59, 1923, 7. et Évariste Lévi-Provençal ne donnent à la Quaraouiyine le titre d’université qu’à partir de l’époque mérinide, bien que le premier affirme qu'elle fut un centre religieux et intellectuel important du Maghreb depuis l'époque idrisside Al-Jaznaï, Zahrat al-Âs, trad. Alfred Bel, Publications de la faculté des lettres d’Alger, fascicule 59, 1923, note 1, page 85 de la traduction). Selon Abdelhadi Tazi il est difficile, voire impossible, d'établir la date à laquelle l'éducation formelle a été dispensée pour la première fois. La plus ancienne preuve trouvée d'enseignement daterait de 1121.

Ainsi, il faut attendre la première moitié du pour voir sortir de Fès de grands philosophes (à l'image d'Avempace), mathématiciens (comme Ibn Al-Yasmine, inventeur du Triangle de Pascal), en plus de nombreux théologiens et personnalités littéraires. Cela signifie naturellement qu'à cette époque la ville de Fès est devenue capable de présenter des enseignements dans diverses branches (théologie (pas exclusivement islamique) jurisprudence, philosophie, médecine, mathématiques, astronomie, sciences de la langue…). Ces diverses branches qui, si elles sont concentrées dès l'époque à la Quaraouiyine avec logiquement des professeurs pour chaque matière, peuvent symboliser les futures facultés d'après les futures notions occidentales.

À cette époque, la Quaraouiyine remettait également à ses étudiants la « Ijazah » (qui veut dire « permission », « autorisation » ou « licence »), document dont le professeur avance l'hypothèse qu'il serait une sorte de qualification ou doctorat délivré dans le système éducatif islamique médiéval et pourrait même être à l'origine de la Licentia docendi (doctorat européen médiéval), opinion partagée par d'autres chercheurs comme le professeur Alfred Guillaumehttps://www.journal-jmsr.net/uploads/113/7188_pdf.pdf. vignette|Document pouvant être considéré comme le plus ancien "Doctorat en Médecine" documenté et connu à ce jour. Délivré par l'université Al Quaraouiyine au Docteur Abdellah Ben Saleh Al Koutami en 1207.

Au et au-delà (époques wattasside, saadienne, alaouite), beaucoup de grands savants et lettrés du Maghreb et de ce qui restait de l’Andalousie sont passés à Fès et sa Quaraouiyine en tant qu’étudiants, professeurs ou simples auditeurs tels que Ibn al-Khatib, Ibn Khaldoun, Léon l'Africain, Al Yusi, et bien d'autres.

Certains des plus grands érudits chrétiens, comme le Belge Nicolaus Clenardus et le Néerlandais Jacob Golius, ont également enrichi le système éducatif d'Al-Quaraouiyinehttp://education.uok.edu.in/Files/4f96dde9-9a35-46c7-9b3e-c80291ed5689/Journal/b518cb44-5e17-49a6-9974-78fa5b5fb3c0.pdf#page=343.

L'université sous la dynastie alaouite Moulay Rachid, premier sultan de la dynastie des Alaouites, portait un réel intérêt pour le domaine scientifique et en fit profiter l'université Al Quaraouiyine. Il y attira des Oulémas d’autorité venus sous le nom de « Achcharratine » et institua la tradition dite « Soltane Tolba » (sultan des étudiants) ; manifestation qui avait lieu chaque année durant les vacances du printemps sous le Patronage de l’État et du roi lui-même, et au cours de laquelle la masse des étudiants choisissait un sultan, désignait son gouvernement pour une période de quinze jours.

À cette occasion, on organisait des colloques scientifiques, des débats autour des questions cruciales ; on prononçait des discours et on lisait des poèmes. Une élite de notables de la ville honorait de sa présence cette manifestation et entourait de sa sollicitude le « sultan des étudiants ».

Cette manifestation qui revêtait les aspects d’une fête populaire mais d’un type particulier était aussi marquée – événement rare - par la visite du sultan alaouite qui à l’occasion, offrait des cadeaux aux étudiants, écoutait leurs doléances et veillait à ce que leurs vœux fussent satisfaits. C’était le témoignage le plus sûr et la preuve la plus directe que le sultan pût apporter de son intérêt pour la science et ses promoteurs attitrés et à venir ; un geste qu’on n’enregistra nulle part ailleurs, du moins sous cette forme, dans le monde entier.

L’action des Alaouites au profit de l’université Al Quaraouiyine continua en la personne de Sidi Mohammed Ben Abdellah (Mohammed III) dont l’intervention infléchit de façon décisive les efforts de l'université pour réorganiser ses enseignements, voire les adapter aux besoins et attentes des étudiants qu’elle accueillait. Il ouvrit ainsi un dossier consacré à l'université Al Quaraouiyine et promulgua un dahir royal en l'an 1203 de l'Hégire (1789 de l’ère chrétienne) où il demanda au cheikh d’Al Quaraouiyine de définir les matières enseignées et d’en indiquer les ouvrages de référence.

À cette époque, plusieurs sources s’accordent sur l’existence à Fès d’une centaine de chaires d’enseignement dont vingt étaient établies à l’université Al Quaraouiyine et les autres disséminées à travers la ville dans ses différentes dépendances ou annexes. Les mêmes sources font état d’un grand nombre de bibliothèques autant publiques que privées..

Plus vieille université du monde encore active Elle est considérée comme la plus ancienne université au monde encore en activité par l'UNESCO, le Livre Guinness des records, et par plusieurs historiens.

Cependant, ce statut est contesté par certains historiens, qui soulignent que l'université Zitouna en Tunisie, fondée en 737, est antérieure à Al Quaraouiyine et a joué un rôle central dans l'enseignement islamique. Par ailleurs, l'université de Bologne, fondée en 1088, est souvent considérée comme la première université au sens moderne du terme, avec une organisation académique formalisée et des diplômes structurés.

Architecture vignette|368x368px|Plan de la mosquée et quelques-unes de ses structures annexes (à partir d'une étude menée dans les années 1920 ; depuis ce temps, la bibliothèque au sud a été remaniée), 1957. alt=|vignette|326x326px|Dôme dans le vestibule de la porte Al-Ward de la Quaraouiyine, 2014. Tous les matériaux nécessaires furent extraits d'une carrière établie sur le terrain même. L'eau fut fournie par un puits creusé également au même lieu.

La mosquée mesurait alors 150 empans (environ 35 mètres) de longueur du nord au sud. Elle comprenait quatre nefs, une petite cour, un mirhab ainsi qu'un minaret peu élevé.