La bataille de Fougères a lieu le au cours de la virée de Galerne, pendant la guerre de Vendée. Elle oppose les troupes de l'Armée catholique et royale et les troupes républicaines de Fougères, huit mois après le début de l'insurrection vendéenne et en pleine guerre entre la France et la première coalition, qui inclut notamment la Grande-Bretagne.
Après sa défaite à la bataille de Cholet en , l'armée vendéenne traverse la Loire et occupe Laval. L'état-major hésite alors entre plusieurs options stratégiques : regagner la Vendée, marcher sur Rennes pour susciter une insurrection en Bretagne ou bien se rapprocher des côtes et s'emparer d'un port de la Manche dans l'espoir de recevoir des secours des Britanniques et des émigrés présents à Jersey.
L'armée vendéenne prend finalement le chemin de Fougères, ce qui a l'avantage de la rapprocher à la fois de la Manche et de Rennes. L'assaut aboutit à une victoire facile des Vendéens : inférieurs en nombre et mal commandés, les républicains sont écrasés et abandonnent la ville, laissant derrière eux des centaines de morts et de prisonniers.
L'armée vendéenne occupe la ville pendant cinq jours durant lesquels elle s'emploie à se ravitailler et à recruter des partisans. Elle reçoit deux émissaires émigrés porteurs de dépêches du gouvernement britannique qui conseillent de se détourner de Rennes et de suivre le plan anglais. L'armée reprend sa route le en direction de Dol-de-Bretagne, hésitant entre une attaque de Saint-Malo ou de Granville. Mais la jonction avec les Britanniques s'avère impossible et l'armée vendéenne repart vers le sud.
Réoccupée à la mi-novembre, Fougères repasse définitivement sous le contrôle des républicains le . La région devient un des foyers de la chouannerie après la défaite de l'armée vendéenne à Savenay, en Loire-Inférieure, le .
Contexte
thumb|upright=1.2|gauche|Vue en 2006 de la vieille ville et du château de Fougères, depuis le jardin public.|alt=Photographie de Fougères. Dans un environnement boisé, on distingue des maisons au premier plan ainsi qu'une église et les remparts du château à l'arrière plan.
Lors de la Révolution française, le district de Fougères, situé à l'extrême nord-est du département d'Ille-et-Vilaine, connait de nombreuses agitations contre-révolutionnaires. De 1791 à 1793, il est l'épicentre de la conjuration bretonne du marquis de La Rouërie.. En , une insurrection royaliste éclate dans le département voisin de la Mayenne, à Saint-Ouën-des-Toits, et dans les semaines qui suivent les insurgés mayennais, dirigés par Jean Cottereau, dit « Jean Chouan », font plusieurs incursions dans les régions de Fougères et de Vitré.. En , une vaste insurrection contre la levée en masse secoue plusieurs régions du nord-ouest de la France et notamment le district de Fougères, où prennent les armes... Plusieurs milliers de paysans tentent d'entrer dans la ville le , mais sont facilement repoussés par les gardes nationaux.. Le , la révolte est matée.. Le bilan est d'une quinzaine d'insurgés tués et d'une centaine d'autres faits prisonniers, dont condamnés à mort et guillotinés le et le ... Les troubles s'apaisent mais ne disparaissent pas totalement. Dans les mois qui suivent, de nombreux jeunes gens refusent l'enrôlement et se cachent dans la forêt de Fougères..
Cependant si les révoltes de sont réprimées au nord de la Loire, il n'en est pas de même au sud, où elles marquent le début de la guerre de Vendée. Après plusieurs mois de combats indécis, les insurgés vendéens de l'Armée catholique et royale subissent une lourde défaite face aux républicains à la bataille de Cholet, le .. Acculés, les Vendéens franchissent la Loire les 18 et et passent au nord du fleuve, ce qui provoque le début de la campagne de la virée de Galerne.
Après avoir franchi la Loire, les Vendéens filent vers le département de la Mayenne et s'emparent de Laval le . La nouvelle arrive à Fougères le 23 ou le , provoquant l'inquiétude de la ville qui redoute d'être attaquée à son tour.. Des dispositions défensives sont prises par le capitaine Rallier, ancien officier du génie.. Le passage de la porte Roger, à l'est, est notamment barricadé et rendu impraticable..
Les royalistes de la région sortent également de la clandestinité. Le , une troupe de du pays de Fougères, commandée par Aimé Picquet du Boisguy, jointe à une autre de 500 à des environs de Vitré et de l'ouest de la Mayenne, dirigée par Louis Hubert, Jean Chouan et les frères Pinçon, vient rejoindre l'armée vendéenne à Laval et est placée sous les ordres du prince de Talmont..... Le , d'autres insurgés parcourent les communes de Balazé et de La Bouëxière, où ils désarment Boissier-Malherbe, le commandant de la garde nationale de Fougères.. Celui-ci est dénoncé comme suspect par le comité de surveillance et est assigné à résidence sur ordre du représentant en mission, Pierre Pocholle..
Le , le nom de « chouans » apparaît pour la première fois dans un document de l'administration républicaine, lorsque le district de Fougères rapporte dans son registre des délibérations : ... Le terme va rapidement devenir usuel pour désigner les insurgés du nord de la Loire.
Forces en présence Armée républicaine Lorsque l'armée vendéenne franchit la Loire le , la ville de Fougères n'a pour garnison que sa garde nationale et un bataillon de chasseurs. Comme les autres villes de la région, elle redoute une attaque et demande des renforts.. Les inquiétudes redoublent après la prise de Laval, les administrateurs des districts de la région s'attendent dès lors à ce que les Vendéens marchent sur Fougères ou Vitré en vue d'attaquer Rennes.. Le représentant Pierre-Pomponne-Amédée Pocholle, alors en mission en Ille-et-Vilaine, ordonne de ravitailler Fougères en grain afin qu'elle puisse accueillir une importante garnison. Quelques jours après, le directoire d'Avranches annonce l'envoi à Fougères de du bataillon de volontaires du Calvados et de la garde nationale avec quatre canons.. Le , le district de Mortain annonce également le départ de 300 hommes. Le à Avranches, le représentant en mission Garnier de Saintes écrit au général Vergnes, à Rennes, qu'il veut protéger Fougères et que et huit pièces de canons seront présents dans ce poste le lendemain.. Les soldats sont logés à la Retraite, aux Urbanistes, ou bien chez l'habitant.
La garnison est placée sous le commandement de l'adjudant-général Simon-Pierre Brière, qui arrive à Fougères le .. Il est suivi le par un officier du génie, Alexandre Magnus d'Obenheim, envoyé depuis Cherbourg pour disposer les moyens de défense. Au moment de l'attaque des Vendéens, la garnison de la ville comprend le bataillon de chasseurs de la Charente, le bataillon d'infanterie légère, dit les chasseurs d'Imbert., le bataillon de volontaires de la Côte-d'Or, le bataillon de volontaires du Calvados, le bataillon de volontaires du Calvados, un bataillon de volontaires de Seine-et-Oise, une compagnie détachée de canonniers de la section du Contrat-Social et pris parmi les gardes nationales de Fougères et d'autres communes du district, comme Saint-Georges-de-Reintembault, Louvigné-du-Désert, Antrain, La Bazouge-du-Désert et Saint-Marc-le-Blanc, ou bien de communes normandes comme Mortain, Vire, Coutances, Granville, Saint-James et Sourdeval. Cependant d'après le journal de d'Obenheim, la moitié des gardes nationaux ne sont armés que de piques. Au total, l'ensemble de ces forces rassemble environ ...
Armée vendéenne L'Armée catholique et royale est alors sous les ordres du jeune Henri de La Rochejaquelein, tandis que le commandement en second est assuré par Jean-Nicolas Stofflet.. Un conseil militaire est formé à Laval pour succéder au Conseil supérieur de la Vendée. Présidé par Guy Joseph de Donnissan, il est composé d'une douzaine ou d'une vingtaine d'officiers.. Cependant, le conseil manque d'autorité réelle, une indécision extrême y règne, les débats y sont souvent l'objet de disputes et un grand nombre de personnes y assistent, y compris des femmes d'officiers.
Concernant les effectifs, la plupart des témoignages de l'époque s'accordent sur le nombre d'environ combattants à pied et 30 à d'artillerie... Dans son journal, Alexandre d'Obenheim chiffre également les forces vendéennes à ., dont 400 cavaliers, et indique que leur artillerie est constituée de 30 à , dont une pièce de 12 livres, trois ou quatre pièces de 8 livres et 30 à de .. Dans ses mémoires, la marquise de La Rochejaquelein affirme que l'armée dispose de précisément 36 canons lorsqu'elle quitte Laval..
La cavalerie vendéenne est forte de 200 à d'après les différents témoignages des contemporains. Elle aurait plutôt compté à , mais seuls 200 ont une réelle valeur militaire.. Cette cavalerie est sous les ordres d'Antoine-Philippe de La Trémoille, prince de Talmont, qui a pour adjoints Forestier, Bérard, Cacqueray, Bernes et Sarrazin.. L'artillerie est dirigée par Gaspard de Bernard de Marigny et Philippe Joseph de Perreau. L'infanterie est répartie à Laval en cinq divisions, commandées par Fleuriot, des Essarts, Piron de La Varenne ou Villeneuve du Cazeau, Lyrot et Royrand... Depuis la prise de Laval, l'armée vendéenne est également renforcée par environ à et Mayennais, désignés sous le nom de « Petite Vendée »..
L'organisation de l'armée vendéenne est cependant rudimentaire et aucun service d'intendance n'existe. Pour se nourrir, les soldats sont contraints de vivre aux dépens des villes et des campagnes traversées. L'armée est également accompagnée d'une foule de blessés, de malades, de femmes, d'enfants, de vieillards et d'ecclésiastiques, qui ont fui les exactions républicaines au sud de la Loire.. Le nombre des non-combattants rapporté par les témoins de l'époque fait l'objet de fortes divergences, allant de à .
Prélude thumb|upright=1.2|gauche|Parcours de l'armée vendéenne de Laval à Fougères entre le et le 3 novembre 1793.|alt=Schéma de la progression d'une armée, d'abord du sud au nord puis d'est en ouest.
upright=1.2|vignette|Henri de La Rochejaquelein, le prince de Talmont et Jean Chouan à Mayenne en 1793, huile sur toile de Lucien Nouël de Latouche, 1864, Historial de la Vendée, Les Lucs-sur-Boulogne.|alt=Peinture représentant La Rochejaquelein, debout, le prince de Talmont assis sur une chaise face à une table ou est présentée une carte et Jean Chouan, de dos, au milieu d'une foule d'hommes et des femmes sur une place de la ville.
À Laval, les Vendéens prennent quelques jours de repos et repoussent une offensive républicaine à la bataille d'Entrammes le , mais le conseil militaire est toujours indécis... Talmont propose de marcher sur Paris ou bien de tenter de rejoindre les Autrichiens supposés être en Picardie. Ce plan rencontre l'opposition de La Rochejaquelein, qui penche pour un retour en Vendée ou bien pour une offensive sur Rennes afin de provoquer l'insurrection de la Bretagne. Ce dernier plan est également activement soutenu par Stofflet..