La croyance en l'Annonce de Mahomet tient une place considérable dans la foi islamique comparable à celle du Messie dans le judaïsme ou encore à l'Annonciation de Jésus par Gabriel à Marie selon les croyances chrétiennes. Marie-Thérèse Urvoy consacre un article et une analyse critique sur l'Annonce de Mahomet dans le Dictionnaire du CoranMarie-Thérèse Urvoy, « Annonce de Mahomet » in Mohammad Ali Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, Paris, Laffont, coll. « Bouqjuins », 2007, p. 55-56.
Cet article traite de cette lecture théologique musulmane particulière de certains passages des textes sacrés des grandes religions. Il s'agit d'une interprétation particulière, mystique et religieuse, des anciennes prophéties propres au monde musulman, à laquelle toutes les Sîra (biographies de Mahomet) font systématiquement allusion, y compris dans celles d'ibn Ishaq (704-767), d'ibn Hicham (?-834), ou d'al-Waqidi (745-822). Des exégètes musulmans tels qu'Ibn Kathir Tafsir (Exégèse) d’ibn kathir du verset (Cor. III, Âl-i Imrân : 81) ou Al-Qurtubi Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî ; (Cor.III, Âl-i Imrân : 81) rapportent dans leurs commentaires du Coran que les prophètes antérieurs auraient pris l'engagement de reconnaître Mahomet s'il était envoyé de leur vivant et de l'annoncer à leurs fidèles. Ils rapportent également que Mahomet serait annoncé dans les anciens livres Tafsir (Exégèse) d’ibn kathir du verset (Cor. XXVI, Les poètes : 196) Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî ; (Cor. XXVI, Les poètes : 196) .
Cette croyance islamique en l'annonce de Mahomet par les prophètes antérieurs a fait l'objet de recherches musulmanes autour de telles prophéties dans les livres saints des autres religions révélées, recherches qui ont débouché sur abondante littérature apologétique et hagiographique sur le sujet.
Contexte historique Le judaïsme de l'Antiquité attendait l'arrivée du Messie. Un texte trouvé parmi des manuscrits de la mer Morte semble signifier que la communauté essénienne de Qumran attendait deux Messies et un prophèteDans les manuscrits de la mer Morte (des grottes de Qumrân), il est écrit dans « le Manuel de discipline » : « Seuls les fils d'Aaron décideront des questions de droit et de biens et leurs ordres fixeront le sort qui déterminera les règles des hommes de la communauté. Quant aux biens des hommes saints dont la conduite est parfaite, qu'on ne les mêle point aux biens des hommes de fraude qui n'ont pas purifié leur conduite en se séparant de l'erreur et en agissant sans commettre de faute. Et qu'eux-mêmes ne s'éloignent d'aucun conseil de la loi pour marcher dans l'obstination de leur cœur, mais qu'ils jugent d'après les premiers préceptes par lesquels les hommes de la communauté ont été d'abord disciplinés jusqu'à ce que viennent un prophète et les messies d'Aaron et d'Israël. » (Les manuscrits de la Mer Morte, Millar Burrows; traduit de l'américain par M. Glotz et M.T. Frank. Éditions Robert Laffont, Paris (1970), p. 345).. En dehors de certaines sectes, ces deux figures messianiques, « très vagues » sont reconnues comme deux facettes d'une unique personneMatthieu 11, 2-3.
C'était le cas dans le christianisme primitif ; les deux figures messianiques que l'on trouve dans les manuscrits de la mer Morte ont d'ailleurs été appliquées à Jésus de Nazareth. Les anciens attendaient un certain prophète partageant des traits avec le prophète Elie en dehors du messieLire le livre intitulé Jésus de Nazareth de Pierre Marie Baude. des éditions Desclée, Bibliothèque d'Histoire du christianisme, p.75. On y lit de fait ceci "Un texte de règle (essénien) envisage la venue du Prophète et des Messies d'Aaron et d'Israël. Le Prophète qui n'est pas sans rappeler le personnage mentionné dans certains passages (Jn 1, 21 ZeEncyclo) joue un rôle de précurseur.". Cependant, selon les croyances chrétiennes, ce prophète s'est manifesté en Jean-Baptiste, et non en Mahomet..
Marie-Thérèse Urvoy présente le contexte : « Yahvé ton Dieu suscitera pour toi du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète tel que toi » (Dt 18,15). Ce verset est situé dans un discours de Moïse au peuple d'Israël. Elle en conclut que ce prophète doit nécessairement sortir du peuple hébreu. Pour les chrétiens, ce prophète, nouveau législateur, est venu en la personne de Jésus de Nazareth, qui était juif, et qui a donné une nouvelle Alliance de la même manière que Moïse avait donné au peuple d'Israël le Décalogue qui sera nommé le Chema Israël (Dt 6,4).
Annonce de Mahomet selon le Coran Le Coran affirme que la venue de Mahomet comme prophète de l'islam pour toute l'humanité aurait été annoncée dans la Torah et dans l'Évangile (sans préciser à quel endroit de chacun de ces livres). L'apologétique musulmane a donc cherché des passages pouvant être interprétés en ce sensRahmatoullah Al Hindi, Manifestation de la Vérité, Éd. IQRA, 1996Ahmed Deedat, Mahomet, successeur naturel du Christ .
Le terme ahmad utilisé dans ce passage peut aussi se traduire par « le très glorieux » ou « le très loué » : dont le nom sera très loué. La compréhension de l'adjectif « ahmad » comme nom propre n’apparaît qu'au de l'hégire. Jusque là, le mot était pris comme adjectif et .
Question de l'annonce du Paraclet Certains exégètes ont repris la tradition chrétienne de l'annonce, dans les Évangiles, de la venue du Paraclet comme étant celle de l'Esprit Saint, pour y voir l'annonce en fait du prophète Mahomet,
Un passage essentiel de cette annonce se trouve dans l’évangile selon St Jean, 14:16-17 : Traduction Bible de Jérusalem, Paris, Cerf.. Le terme paraclet (παράκλητος - paracletos) désigne celui , sens dont découlent les traductions et Anatole Bailly, Dictionnaire grec-français, p. 1465.. Explicité par le titre « Esprit de vérité », ce terme désigne dans le christianisme l'Esprit SaintF. L. Cross and E. A. Livingstone, The Oxford Dictionary of the Christian Church, Oxford University Press, article« Paraclete »Ce terme est aussi utilisé une fois (Jean 2,1) pour désigner Jésus.
Ce terme a fait l'objet de deux M.T. Urvoy, Dictionnaire du Coran, article « Annonce de Mahomet », p. 55-56.. Le premier a détourné le terme syriaque mnahmana utilisé dans une adaptation « très approximative du texte de Jean ». Dès le , ce terme est associé par Ibn Ishaq à Mahomet. La racine de ce mot nhm n'a pourtant avec celle hmd de Mahomet que deux lettres en commun et dans un ordre différent. Cette interprétation s'est peu répandue au Moyen-Orient en raison du nombre de personnes parlant syriaque capables de « dénoncer la confusion » mais s'est répandue au Maghreb. La question de l'assimilation de Mahomet au Paraclet a été réfutée dans le « dialogue » entre Thimothée et le calife al-Mahdi.
L’apologétique musulmane a aussi transcrit le terme parakletos par le mot « periklutos », modifiant le sens original d'« avocat » en celui de « loué », « glorieux », sens du terme « Mohamed » ou particulièrement « Ahmad » (Cor.LXI. 6.)Joseph Schacht, « Aḥmad », in Encyclopédie de l’Islam., en arabe. Cependant, il n'est jamais fait mention de ce terme dans les manuscrits de la Bible en langue grecque et une association de ces termes « reviendrait à traiter une langue indo-européenne (le grec) comme une langue sémitique » dans laquelle primeraient les consonnes et où les voyelles seraient variables, ce qui est inexact.
La pierre d'angle et la notion de « sceau des prophètes » L'approche hagiographique et théologique D'après al-Bukhari, dans son Al jami'us-SahihLivre des mérites du Prophète, n°735, Mahomet se serait lui-même comparé à une pierre d'angle (tel que cela aurait été évoqué par Jésus selon Mathieu) en ces termes :(Matthieu 21 ; 42-45). Jésus dit selon Matthieu, (Matthieu 21 ; 42-45) : http://www.zebible.com/zewiki/Psaumes:118. Prophétie citée selon Jésus depuis un psaume attribué à David. (Psaume 118 ; 22-23) :
Le théologien indien, Rahmatullah al-Hindi soutient Mahomet comme étant la pierre d'angle citée dans l'évangile de Matthieu et dans celui de MarcManifestation de la Vérité", Auteur : Rahmatoullah Al Hindi, Éditions : IQRA, Année : 1996, p. 359-360. Il veut identifier égalementManifestation de la Vérité", Auteur : Rahmatoullah Al Hindi, Éditions : IQRA, Année : 1996, p. 346 le « peuple ignorant » décrit par St Paul(Cor. LXII : 2) : "C'est lui qui a été envoyé parmi les illettrés, comme prophète choisi en leur sein, pour leur raconter le progrès, pour les purifier et leur enseigner le livre et la sagesse, tandis qu'ils étaient auparavant dans une ignorance manifeste.", et annoncé dans un passage du Deutéronome(Deutrérnome ; XXXII : 21) : au peuple des arabes païens d'avant l'islam, qui sont surnommés ummiyyun, compris comme « sans Écriture Sainte » dans le Coran avant d'être perçu comme signifiant « illettré »Chawkat Georges Moucarry, Faith to Faith: Christianity & Islam in Dialogue, 2001 paragraphe "Un-scriptured or illetrate"..
Dans le monde chrétien, ce passage des Évangiles est interprété par la conversion au christianisme des gentils (l'ensemble des nations non-juives). Al-Hindi soutient que les Grecs étaient un peuple intelligent, et affirme qu'ils ne correspondraient pas à cette nation ignorante prophétiséeRahmatoullah Al Hindi, « Manifestation de la Vérité », Ed. IQRA, 1996- p. 346. La polémique porte donc sur la nature de l'ignorance de la nation en question : d'ordre spirituelle pour les chrétiens et d'ordre plutôt intellectuelle pour les exégètes musulmans.
L'approche critique et historique L'historien, Maurice Gaudefroy-Demombyne écrit, dans MahometMaurice Gaudefroy-Demombyne, Mahomet ; Editions Albin Michel, Paris, 1957 et 1969. p.70.
Geneviève Gobillot écrit au sujet de la notion de « sceau des prophètes » : Et de conclure : Geneviève Gobillot, article Sceau des prophètes in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, pp.795-797.
Pour l'islamologue Claude Gilliot, l'expression « sceau des prophètes » n'avait pas le sens de dernier prophète pour le premier islam mais celui de témoins des prophètes. Cette notion pourrait provenir du christianisme ou du judéo-christianisme. En effet, il était admis que la capacité prophétique pouvait être héréditaire. Les traditions anciennes évoquent la possible transmission prophétique au fils de Mahomet (si celui-ci n'était pas mort) ou à son fils adoptif. Pour l'auteur, la nouvelle interprétation a prévalu pour des raisons théologiques et a été à l'origine de modifications des principes de l'adoption ou, même, du texte coraniqueGilliot Cl., "Nochmals: Hieß der Prophet Muḥammad?" dans Gross M., Ohlig K.H., Die Entstehung einer Weltreligion II, Inârah, 6, 2011, p.53-95..
Récits apologétiques tardifs Ibn Ishaq et d'autres anciens historiens évoquent l'annonce de la prophétie de Mahomet par certaines personnalités juives ou chrétiennes telles que Bahira, Waraqa ibn Nawfal, etc. Ces récits sont exploités d'une part dans l'apologétique musulmane. Bahira serait un prêtre arien qui aurait enseigné à Mahomet le christianismeClaude Addas, article Bahîrâ in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 205-208.
L'historien Maurice Gaudefroy-Demombyne, dans MahometMaurice Gaudefroy-Demombyne, Mahomet ; Éditions Albin Michel, Paris, 1957 et 1969. p. 473. cite un extrait d'Ibn Sa'd al-Baghdadi, auteur musulman du :