L'harmonica diatonique à lame simple, ou harmonica diatonique simple, est le plus ancien et le plus populaire modèle d'harmonica. Inventé dans les années 1820, il est issu de l'évolution d'un instrument chinois très ancien : le sheng. Son industrialisation prend réellement son essor en 1896 avec la commercialisation du « Marine Band » en Amérique par Hohner. D'abord conçu comme un jouet aux possibilités limitées, l'harmonica s'émancipe progressivement de ses limitations pour devenir un instrument à part entière.
L'appellation diatonique est liée au fait que cet instrument était initialement conçu pour produire les notes de la gamme majeure diatonique (gamme de sept notes) sur une tessiture de trois octaves (une octave grave, médium et une aigüe).
Ainsi, par exemple, sur un harmonica diatonique 10 trous en do en soufflant et en aspirant du grave à l'aigu, on produira les sept notes de la gamme majeure de do : do, ré, mi, fa, sol, la, si et ce sur les trois octaves de l'instrument, à l'exception de certaines notes absentes dans le grave et l'aigu (tessiture d'un harmonica en do : do à do).
Pour compenser les limitations tonales de l'instrument, l'harmonica diatonique a été décliné dans les 12 tonalités majeures. Si contraignant soit le changement d'harmonica, il a aussi un avantage majeur : celui de permettre au joueur de transposer directement un morceau, voire une phrase, de la tonalité d'origine vers celle du nouvel harmonica, sans avoir à les réapprendre.
Dès les années 1920-30, l'absence de certaines notes chromatiques a conduit les joueurs de blues afro-américains à inventer de nouvelles techniques pour produire, par altération, les notes bémolisées du blues.
Univers du diatonique et spécificité L'harmonica diatonique est un instrument très compact (d'une douzaine de centimètres de longueur), très populaire en raison de la modicité de son coût (entre 30 et pour un modèle courant convenable) et de sa mobilité (on peut l'emporter avec soi dans la poche et en jouer en tout lieu). Dans l'imaginaire, il est associé bien évidemment au blues des Afro-Américains, avec les fantômes de l'esclavagisme et du ségrégationnisme, mais il est également rattaché au mythe du nomadisme américain, cow-boys et « hobos » en tête. Il est donc d'une part un instrument acoustique « root » renvoyant aux racines musicales américaines qu'elles soient blues, country ou folk et de l'autre, un instrument plus moderne, qui via un micro et une amplification, s'inscrit dans la tradition plus récente du chicago-blues et du blues-rock, développée au milieu du . En ce sens, il se distingue d'une autre tradition musicale née dans les années 1920-30, celle du swing, musette ou classique, de l'harmonica chromatique, ou de celle, plus folklorique des harmonicas diatoniques à anche double (trémolo ou octave), beaucoup moins répandue aujourd'hui.
L'harmonica diatonique simple s'inscrit dans une tradition autodidacte plus ou moins orale et reste d'essence plutôt populaire, tandis que l'harmonica chromatique, autrefois très populaire, poursuit désormais l'héritage des musiques savantes ou écrites, impliquant un apprentissage a priori plus académique. Malgré une appellation commune qui les identifie à une même famille instrumentale, ces deux instruments sont éminemment différents (répartition des notes et des intervalles, sonorité, "typage" stylistique).
L'harmonica diatonique souffre lui-même d'un déficit de considération lié aux stéréotypes qu'il véhicule (allure de petit jouet, association à l'amateurisme ou à l'amusement, instrument d'accompagnement folk ou cantonné à des effets expressifs : wha-wha, trémolo…). Son statut d'instrument véritable et d'instrument soliste n'est pas toujours partagé par le grand public. Aujourd'hui, il tend via des évolutions de l'instrument à lui-même (des modèles de série un peu plus fiables, des harmonicas de luthiers soignés et performants (Raymond Brodur, Christophe Dortel...)) et de nouvelles techniques de jeu (overblow, altérations valvées ou rendues possibles grâce à de nouveaux mécanismes) à investir des univers musicaux plus variés et à pousser plus en avant son potentiel instrumental.
Caractéristiques générales Composants et montage de l'harmonica L'harmonica diatonique, initialement fixé par de petites pointes, est aujourd'hui entièrement démontable à l'aide d'un simple tournevis. Cela répond à des nécessités d'entretien ou de réglages car il n'est pas rare qu'une anche se bloque accidentellement. Par ailleurs, cela permet le changement des plaques d'anches qui évite le rachat complet de l'instrument, même si en pratique, sur les modèles courants, cette opération n'a qu'un faible intérêt économique. L'harmonica est constitué d'un sommier (comb, c'est-à-dire peigne en anglais) en bois ou en plastique, sur lequel se fixent deux plaques métalliques. Chaque plaque comporte 10 perforations pour recevoir les anches, qui sont des lamelles métalliques fixées par rivets ou soudures sur l'un des bords, dont les extrémités libres vibrent au passage de l'air émis par le joueur. La plaque fixée sur la face supérieure du sommier supporte les anches les plus graves qui réagissent au souffle. La plaque inférieure a des anches plus courtes et aiguës qui réagissent à l'aspiration. L'ensemble s'ajuste en "sandwich" et se fixe grâce à une visserie traversante (3 à 6 vis). Les dents creuses du sommier, surmontées des plaques, constituent des "chambres" pour guider l'air de la bouche vers les anches. Deux capots vissés aux deux extrémités du sommier achèvent de réaliser par pression la (relative) étanchéité de l'instrument. Les capots servent aussi de légère caisse de résonance et guident le son émis par les anches pour qu'il ressorte en direction du public. Parfois de légères ouïes latérales constituent un "retour" sonore pour que le musicien s'entende mieux jouer. Chaque capot supérieur comporte, embouti en creux, le numéro de chaque trou de 1 à 10, pour que le joueur le plus novice puisse se repérer (il s'agit des numéros utilisés dans les tablatures pour ne pas avoir à recourir au solfège et aux partitions). Enfin, une lettre, en chiffrage international, indique la tonalité de l'harmonica sur le capot ou sur l'un des chants du sommier (C pour Do, A pour La, par exemple…).
Lors du démontage, on remarquera que les anches de la plaque supérieure sont fixées côté sommier, rivets vers l'embouchure et extrémités libres des anches orientées sur le fond du sommier. Elles suivent le flux d'air soufflé du joueur. Sur la plaque inférieure en revanche, les anches sont tête-bêche, fixées sur la face visible de la plaque, rivets au loin, extrémités vibrantes sur l'avant. Cette disposition est dictée par la nécessité de différencier le déclenchement des anches en fonction du souffle, cette fois-ci aspiré. En fait si les anches étaient dans le même sens, elles se déclencheraient simultanément lorsque le joueur souffle et ne seraient que très peu réactives sans surcroît d'effort à l'aspiration (ce surcroît d'effort correspond à l'overblow ou à l'altération, voir plus bas). Dans les premiers temps, lors d'un remontage après démontage (pour nettoyage ou réparation), il n'est pas rare d'hésiter sur le sens de montage des plaques vu leur apparente symétrie.
Dissymétrie des octaves L'harmonica diatonique à 10 trous a une tessiture de 3 octaves équivalente à celle d'un harmonica chromatique 12 trous.Dans le cas de l'accordage Richter, la répartition des notes aspirées dans les trois octaves, en partie liée à la nécessité de pouvoir produire l'accord de quinte en aspirant dans les premiers trous, n'est pas symétrique. En outre, le changement qui s'opère sur la troisième octave, les notes les plus graves étant aspirées au lieu d'être soufflées, créé une rupture entre les deux premières octaves et la plus aiguë. Ce manque de continuité rend parfois inconfortable certaines situations de jeu. De nombreux joueurs se limitent donc à la portion la plus continue et la plus expressive, des octaves grave et médium aspirées.
Sur les 6 premiers trous, la note soufflée est plus basse que la note aspirée ; au contraire sur les 4 derniers trous, la note soufflée est plus aiguë que la note aspirée. L'enchaînement des notes de la gamme du grave à l'aigu, de soufflé-aspiré, anche du haut-anche du bas, devient donc totalement inversé à partir du trou 7. On joue désormais les notes de bas en haut, d'aspiré en soufflé. Le trou 2 aspiré produit la même note - et à la même hauteur - que le trou 3 soufflé : la quinte de la tonique, par exemple un sol sur un harmonica en do. Il résulte que sur un harmonica en Do, le Mi soufflé du trou 2 est suivi d'un Sol aspiré avec une note manquante (le Fa) qu'il faudra altérer, et le Sol soufflé du 3 est suivi d'un Si aspiré sans le La intermédiaire. À l'inverse, dans l'octave suivante, à partir du trou 4, toutes les notes de la gamme se succèdent normalement à l'exception de l'inversion du trou 7. La troisième octave est quasiment complète hormis la de la gamme majeure, le Si, qui ne s'obtient qu'en altérant.
Cette spécificité de l'instrument accordé façon Richter, fait qu'une même mélodie va se jouer selon un schéma de déplacement différent dans chaque octave. En revanche, l'instrument étant décliné dans chaque tonalité, un joueur peut transposer automatiquement un morceau appris sur les trois octaves dans les onze autres tonalités en changeant simplement d'instrument (puisque chacun des harmonicas, en accordage standard, a strictement la même disposition d'intervalles quelle que soit la tonalité).
Tout ceci n'est plus forcément vrai pour d'autres options d'accordages, comme l'accordage diminué par exemple. Cet accordage diminué (basée sur la gamme octa-tonique diminuée) est beaucoup plus symétrique et ne nécessite pas de techniques ardues pour obtenir un chromatisme complet. Par contre, il est très peu intuitif (à la différence de l'accordage Richter, par exemple) et demande un gros travail de "ré-apprentissage" pour quiconque serait séduit par sa symétrie...
Accordage L'accordage courant "Richter" et l'accordage diminué L'accordage Richter (du nom du concepteur de l'accordage) est le plus répandu pour les harmonicas diatoniques, ceux-ci comportant en général 10 trous (des modèles de 12 et 14 trous, avec une tessiture étendue dans les graves existent, mais sont moins répandus).
L'accordage Richter est un accordage majeur (fondé sur une gamme diatonique majeure, voir plus bas caractéristiques harmoniques) mais comme on le verra, un harmonica diatonique permet un jeu selon plusieurs "positions" qui autorisent des passages dans des modes mineurs.
Sur chacun de ces trous, il est possible de souffler, ou d'aspirer, et donc de produire 2 notes par trou en faisant réagir l'une ou l'autre des anches. C'est ainsi qu'un harmonica diatonique 10 trous peut jouer 20 notes différentes de base (19 en réalité car la note de quinte est redoublée dans la première octave pour pouvoir jouer l'accord de quinte aspiré).
Il existe plusieurs tonalités d'accordage Richter qui correspondent aux demi-tons dans la musique occidentale en occident. En termes de modèles et de tonalités d'harmonica, cela donne du modèle le plus grave au plus aigu : Sol, La, La, Si, Si, Do, Ré, Ré, Mi, Mi, Fa, Fa.
Un joueur qui voudrait jouer dans toutes les tonalités doit donc se munir d'un jeu de 12 harmonicas qu'il utilisera à tour de rôle en fonction des tonalités des morceaux abordés (même si en réalité, certaines tonalités sont plus utilisées et d'autres très rarement).
Nous décrirons donc la disposition des notes de l'accordage Richter plus abstraitement en termes de degré selon les intervalles toujours constants qui séparent les notes, quelle que soit la tonalité. Ainsi la tonalité de l'harmonica sera notée I dans notre exemple.
L'accordage diminué, lui, se fonde sur une gamme octa-tonique dite diminuée, qui permet d'obtenir une disposition des notes très symétrique (voir disposition plus loin).