, né entre 1217 et 1230 et mort le , de son nom Benedetto Caetani, est à partir du pape de l'Église catholique romaine. Il est le pape de l'Église Catholique Romaine.
Il est célèbre pour avoir porté à son sommet l'absolutisme théocratique de la papauté. Sa bulle Unam Sanctam, fulminée le , manifeste de la primauté du pouvoir spirituel sur le temporel, spécifiait que , et concluait que . Cette intransigeance contribue en partie à la querelle qui l'oppose au roi de France , au terme de laquelle il est victime de l'« attentat d'Anagni » (7-).
Biographie
Carrière auprès du Saint-Siège D'abord avocat et notaire du pape à Rome, Benedetto Caetani obtint le chapeau de cardinal en 1281 par .
Il fut dépêché par le pape Nicolas IV en tant que légat à Paris aux côtés de Gérard de Parme, pour tenter de résoudre les suites de la Croisade d'Aragon. Il assiste à l'occasion au concile de Sainte-Geneviève, portant sur le statut du clergé de France, assez favorable au roi. Mais cette légation concorde surtout avec l'abandon des prétentions de Charles de Valois sur l'Aragon, après son mariage avec Marguerite d'Anjou. Les légats pontificaux se montrent très fermes et obtiennent d'Alphonse la soumission de la question des Baléares à un arbitrage pontifical en . Seul moyen de pouvoir poursuivre des négociations avec la France.
Au retour de sa légation, le cardinal Gaetani aide le pape Nicolas IV et participe à la répression contre Jean Colonna.
Pontificat de Célestin V Alors que le conclave, divisé entre factions, tarde à choisir un nouveau pape après la mort de Nicolas IV, Pierre de Moronne un moine-ermite des Apennins, écrit à la Curie pour se lamenter d'une telle situation. C'est finalement lui-même qui est élu le , il prend le nom de Célestin V. Seulement le nouveau pape, peu au fait des intrigues de la Curie, se retrouve rapidement manipulé par Charles II de Naples. Il nomme notamment, sans consulter le Sacré Collège, douze nouveaux cardinaux, dont cinq sont français, et donc favorables au roi de Naples.
Benedetto Caetani prend alors de plus en plus d'influence au Sacré Collège, incarnant la résistance ecclésiastique face aux empiétements de Charles II. Ce dernier tente donc de s'attacher les faveurs du cardinal Caetani alors qu'il commence à sentir les limites de son influence sur le pape.
Élection et mise en place d'une théocratie Caetani est élu pape le , après l'abdication du pape . Bien que son élection soit régulière, on l'accusa d'avoir poussé son prédécesseur (qu'il fit emprisonner pour éviter le risque de schisme) à se retirer. Une fois au pouvoir, il mit l'interdit sur le royaume de Danemark.
De même que , ce pontife voulait élever la puissance spirituelle au-dessus de la puissance temporelle, et prétendait disposer des trônes ; il eut de vifs démêlés avec les Colonna, qui soutenaient les droits de la couronne d'Aragon, avec l'empereur d'Allemagne, et surtout avec Philippe le Bel, en France. Il incita les princes allemands à se révolter contre .
Il déclara les Fraticelles hérétiques en 1296.
En 1298, il fit promulguer le recueil de décrétales appelé Sexte.
Quelques mois avant l’an 1300, une rumeur parcourt la chrétienté : « Tout chrétien qui visiterait le corps des apôtres Pierre et Paul pendant cette année centenaire sera délivré tant de ses fautes que de sa peine. », au grand étonnement du pape qui n’a rien annoncé. On lui amène même des témoins qui racontent que leur père ou leur grand-père était venu lors d’un jubilé en 1200 dont les archives du Vatican ne retrouvent aucune trace. Mais devant l’affluence des pèlerins – on parle de , ce qui serait considérable pour l’époque – et conscient du poids politique d’une telle démarche au moment où les monarques occidentaux cherchent à s’émanciper de la papauté, il se soumet à la volonté populaire. Dans une bulle solennellement déposée sur l’autel de Saint-Pierre de Rome, il accorde « l'indulgence » – c’est-à-dire la rémission des peines temporelles dues au péché – à tous les fidèles venus prier dans les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-Murs. Il créa ainsi le premier jubilé, ou année sainte, dont le succès fut considérable Arsenio Frugoni, Il giubileo di , 1950, rééd. Rome, Bari, Laterza, 1999..
Il reçut la même année la délégation envoyée par le khan mongol Mahmud Ghazan et conduite par le Florentin Guiscardo de' Bastari. Les fastes furent tels que Dante situa le début de son poème au cours de la semaine sainte et n'hésita pas, dans la Divine Comédie, à placer dans la troisième bolge du huitième cercle, la fosse des simoniaquesDante, Divine Comédie (Enfer), , 54..
Lutte contre les rebelles de l'Église
Lutte contre les Gibelins et Guelfes Blancs A Florence, le parti guelfe voit apparaître une division entre Noirs et Blancs. Les guelfes blancs, favorables à une pleine indépendance de leur cité, sont hostiles aux ingérences papales en Toscane, sans pour autant tomber dans le gibelinisme. Le parti blanc est mené par la famille des Cerchi, mais on trouve aussi parmi ses rangs le chroniqueur Dino Compagni ainsi que le poète Dante Alighieri.
Pour éviter une sécession de la part de Florence menée par les Blancs, Boniface VIII envoie en 1301 Charles de Valois et son armée pour reprendre le contrôle de la Toscane. La mission de Charles de Valois aboutit notamment au bannissement des Blancs hors de Florence.
Lutte contre les Colonna À la fin du , la Curie et l'aristocratie romaines sont dominées par deux factions : les Colonna et Orsini. Boniface VIII, lui, est issu de la famille des Caetani et n'appartient à aucune de ces deux factions. Lors de son pontificat, il tente de renforcer ses parents en leur accordant des honneurs. La faction des Colonna est menée par les cardinaux Giacomo Colonna et Pietro Colonna, – ennemie jurée de la famille Caetani à laquelle appartenait Boniface.
Les Colonna soutenaient que l'élection de Boniface VIII comme pape était « illégitime » car l'abdication du pape Célestin V ne pouvait être considérée comme valide. Cette position, qui aurait pu annoncer un schisme, était également fortement soutenue par l'ensemble du mouvement franciscain spirituel, qui trouvait alors son expression la plus aboutie dans les éloges dithyrambiques de Jacopone da Todi, lequel qualifiait le pontife de « nouvel Antéchrist ». La lutte au sein des institutions ecclésiastiques atteignit son paroxysme au début du mois de , lorsque les cardinaux Colonna, certains de leurs proches et amis, ainsi que trois Franciscains spirituels signèrent un mémoire, le Manifeste de Lunghezza, dans lequel le pape était déclaré déposé, une fois encore en raison de son élection illégitime, et où les fidèles étaient expressément invités à ne plus lui obéir. La réaction sévère du pontife ne tarda pas : les deux cardinaux furent destitués par la bulle papale In excelso throno du , qui soulignait également le mépris de toute la famille Colonna pour la propriété d'autrui, ainsi que son comportement arrogant et scandaleux, ce qui, en conséquence, justifia même l'extermination de toute la famille.
Quelques jours plus tard, suite à une réponse acerbe des Colonna, Boniface promulgue la bulle Lapis abscissus (), par laquelle les deux cardinaux furent excommuniés (un fait considéré comme d'une gravité inouïe) et les biens de la famille confisqués. Ainsi débute une véritable « guerre » entre le pape et les Colonna, ces derniers espérant une intervention du roi de France en leur faveur. Celle-ci ne se produit pas, car le souverain français finalisait alors des accords avec le pape pour régler définitivement le grave problème des impôts sur les ecclésiastiques en France. Le tribunal de l'Inquisition de Bologne, suite à une décision papale du , ordonne la confiscation du palais du cardinal Giacomo Colonna. La famille trouve alors exil en France. La même année, Boniface VIII ordonne la destruction de Palestrina, centre névralgique des Colonna.
La question sicilienne Depuis 1282, l'île de Sicile est occupée par le roi d'Aragon, au détriment du roi de Naples, investi par la papauté, c'est la guerre des Vêpres. Il s'agit du conflit majeur qui polarise la Méditerranée à la fin du . Le Saint-Siège y est pleinement impliqué, d'une part parce que le roi de Naples est son vassal, d'autre part parce que la puissance aragonaise, ralliée au camp gibelin, devient une menace imminente en prenant pied en Italie. Qui plus est, Boniface VIII est un pape réputé pour ses conceptions théocratiques : il n'accepte pas que les différents royaumes parviennent à une paix sans l'accord officiel de la papauté.
Le traité d'Anagni Lorsque Boniface VIII est élu au Saint-Siège, le roi d'Aragon vient de parvenir à un premier accord à La Junquera avec le roi de France en envisageant son mariage avec Blanche de France.
Aussi, Boniface VIII commença par écrire à Jacques II de ne prendre d'autre épouse que Blanche d'Anjou. Le mariage aragono-angevin est alors considéré comme la base nécessaire pour les autres accords conclus à Anagni. La paix conclue au mois de , ne consiste pas vraiment en un seul traité de paix, mais plutôt en une conférence diplomatique à Anagni où chacun des dignitaires y prend des engagements.
Du côté aragonais la conférence d'Anagni est capitale puisque qu'elle acte la levée de la condamnation religieuse sur le royaume. Pour ce faire, Boniface VIII demande néanmoins à Jacques II la restitution de Majorque et l'évacuation de l'île de Sicile. Ce dernier reçoit de fortes compensations : la Corse et la Sardaigne. Boniface VIII admet en outre que la restitution immédiate de l'île reste difficile et accepte donc qu'elle soit remise dans un premier temps entre les mains de l'Église et non directement au roi de Naples. En ce point, la paix d'Anagni reprend grandement les accords de La Junquera. Jacques II doit retirer tous ses officiers de l'île et ordonner à tous les Siciliens d'accepter la domination du Saint-Siège. Pour ne pas léser Frédéric, le frère puiné de Jacques II qui tient la Sicile en tant que lieutenant du roi, on lui promet à celui-ci de l'aider à conquérir Constantinople qu'il obtiendrait légitimement en épousant l'héritière des Courtenay.
La paix d'Anagni est également un moment fort pour la France qui se retire alors du conflit méditerranéen. Conjointement à Philippe le Bel, Charles de Valois renonce le à la donation qui avait été faite par Martin IV, du royaume d'Aragon. L'une des conditions majeures posée par les Français est alors la restitution de Majorque.
Satisfait des accords de paix, Boniface VIII annonça solennellement la paix le dans la cathédrale d'Anagni. De nombreux points restaient cependant en suspens, laissés à la discrétion, et une question notamment n’était pas résolue, la restitution de Majorque.
L'expédition de Jacques II d'Aragon De fait, Catherine de Courtenay refuse le mariage avec Frédéric d'Aragon. Celui-ci reste donc maître de l'île au détriment du roi de Naples et malgré les protestations de Boniface VIII, qui va même jusqu'à écrire à Constance, mère de Frédéric. Les Siciliens assemblées en Parlement à Catane choisissent alors Frédéric comme leur roi, il est couronné à Palerme le . Cet évènement marque l'échec de Boniface VIII, qui avait tenté de mettre l'île sous le contrôle de cardinaux.
Boniface VIII a néanmoins bien conscience du pouvoir de Jacques II sur son frère et lui demande d'intervenir en Italie pour expulser Frédéric. Le , il le fait gonfalonier, amiral et capitaine général de l'Église par la bulle Redemptor mundi, et lui fait miroiter la Corse et la Sardaigne, qu'il lui inféode finalement le . L'expédition contre son frère Frédéric à ce prix est inévitable, il part donc rencontrer son frère, doit faire mine de préparer une action. En , Jacques II arrive à Rome. Jacques II dit à son frère de se mettre sur la défensive et commence l'offensive contre la Sicile en . La campagne échoue rapidement et ne donne aucun nouveau résultat.