Les nouveaux historiens israéliens sont, à leurs débuts, un groupe de (essayistes, journalistes et historiens) qui ont réexaminé l'histoire de la naissance de l'État d'Israël : Simha Flapan, Benny Morris, Tom Segev, Ilan Pappé et Avi ShlaïmSébastien Boussois, Israël confronté à son passé. Essai sur l'influence de la « nouvelle histoire », 2007, L'Harmattan, ..
Historique Leurs travaux, publiés à partir de la fin des , ont été possibles grâce à l’ouverture des archives israéliennes et britanniques portant sur les événements de 1948 Avi Shlaïm, , , 27:3, 1995, .. Ces « nouveaux historiens » ont remis en cause plusieurs éléments centraux de l'historiographie israélienne traditionnelle, tels que les intentions arabes lors de la guerre, les relations entre le mouvement sioniste et la Transjordanie, le rapport de forces entre les protagonistes, les causes de l'exode palestinien de 1948, le rôle joué par les Britanniques qui contrôlaient la Palestine à l'époque et les responsabilités de l'échec des négociations qui suivirent l'armistice Avi Shlaïm, , ..
Leurs conclusions ont suscité une forte opposition dans les milieux académiques israéliens traditionnels et de nombreux débats et controverses (sous la direction de), Critique du post-sionisme. Réponse aux « nouveaux historiens » israéliens, In Press, 2004. Efraïm Karsh, , Cass, 1997.. Des désaccords sont également apparus entre eux à partir de 2004 Benny Morris, , , ..
À leur suite, d'autres chercheurs tels que Baruch Kimmerling, Idith Zertal, Shlomo Sand, ont élargi le champ de l'étude à l'ensemble de l'historiographie sioniste et à la société israélienneShlomo Sand, « Post-sionisme : un bilan provisoire. À propos des historiens "agréés" et "non agréés" en Israël », Annales. Histoire, Sciences sociales, 2004/1, , ..
D'abord rejetés par le public, les « nouveaux historiens » ont acquis une légitimité en Israël dans les années 1990Ethan Bronner, "The New New Historians", The New York Times, 9 novembre 2003., et certaines de leurs conclusions ont été intégrées au postsionisme Steve Chan, Anita Shapira, Derek Jonathan, , Routledge, 2002, .. Bien qu'il soit influent dans les universités occidentales, le récit de la « nouvelle histoire » et le postsionisme sont restés marginalisés en Israël..
Principales différences avec l'histoire officielle israélienne Pour Avi Shlaïm, en ce qui concerne la guerre israélo-arabe de 1948, les débats portent sur le rapport de forces entre les protagonistes de la guerre, citant l'analyse des mythes. Celui de « David contre Goliath », le rôle des autorités britanniques, les relations israélo-jordaniennes, les causes de l'exode palestinien dont la « fuite des Palestiniens à l'appel de leurs dirigeants », les motivations arabes à intervenir dans la guerre ainsi que celui de l'intransigeance arabe et de la volonté « de jeter les Juifs à la mer »Avi Shlaïm, Le Débat sur 1948, traduction de , , , , , ..
D'autres historiens israéliens, parmi lesquels , Yoav Gelber, Anita Shapira, , Itamar Rabinovitch et Efraïm Karsh, critiquent leur dénigrement des travaux de leurs prédécesseurs, voire les accusent de « falsification » et de « programme politique caché » Anita Shapira, , , .. En raison des enjeux, les débats sur ces travaux sont à ce point controversés qu'Avi Shlaïm parle d'une « guerre des historiens israéliens »Avi Shlaïm, La guerre des historiens israéliens, Annales. Histoire, Sciences sociales, 2004/1, . Avi Shlaim, , Annales, 59:1, janvier-, ..
À l'étranger, des historiens palestiniens, dont Ibrahim Abu-Lughod, Nur Masalha et Walid Khalidi, estiment que leurs travaux ne vont pas assez loin par rapport à leurs conclusionsÀ l'exception d'Ilan Pappé, qui est devenu une référence dans les milieux académiques palestiniens et parmi les pro-palestiniens.. Ceux-ci sont accusés de minimiser la responsabilité israélienne dans la guerre. Nur Masalha, , , 1991, , , . Walid Khalidi, , , 1993, , , ..
Pour le sociologue israélien postsioniste :
Avi Shlaim présente les différences avec ce qu'il appelle l'histoire officielle comme étant les suivantes. :
+ Principales différences avec l’histoire officielle israélienne selon Avi Shlaim Version officielle Nouveaux historiens Rôle du Royaume-Uni Le Royaume-Uni a essayé d'empêcher l’établissement de l’État israélien en soutenant la Transjordanie qui a attaqué Israël. Le Royaume-Uni a surtout empêché l’établissement d'un État palestinien et soutenu son annexion par la Transjordanie à condition que celle-ci n'attaque pas Israël. Exode palestinien Les Palestiniens ont fui à la suite de l'appel de leurs dirigeants. Les Palestiniens ont été chassés et expulsés de leurs villes et villages, ce qui constitue le nettoyage ethnique de la Palestine, organisé par le plan Daleth. Forces en présence L’équilibre des forces était en faveur des Arabes, soutenus par les Britanniques. Grâce à une politique de recrutement et d'armement efficace, les Israéliens avaient l'avantage en termes numériques tout au long de la guerre et en termes d'armement et de matériel après le . En particulier, ils n'ont pas souffert de l'embargo occidental, à la différence des armées arabes. Voisins arabes Les pays arabes avaient établi un plan coordonné visant à la destruction d'Israël. Les Arabes étaient divisés et se méfiaient les uns des autres. En particulier le roi de Jordanie avait conclu avec les Israéliens un accord tacite de non-agression qui ne fut cependant pas respecté pour Jérusalem (). Processus de paix L’intransigeance des Arabes a empêché la paix. La responsabilité de l'échec des négociations qui ont suivi la guerre est partagée.
Par ailleurs, Ilan Pappé affirme que le but des dirigeants sionistes était de déplacer la plupart des Arabes palestiniens, tandis que pour Benny Morris le déplacement de population s'est déroulé dans le feu de la guerre.
Critiques Pour Paul Giniewski, les nouveaux historiens croient et leur réécriture de l'histoire du sionisme et du conflit israélo-arabe, sert de terreau d'attitudes politiques parfois pseudo-historiques mais surtout idéologiques. Il qualifie le mouvement d'auto-dénigrement qui nie certaines réalités du mouvement sioniste, tout en les qualifient à son tour de mythes..
Pour , les nouveaux historiens dans leur mission, exagèrent leurs arguments au-delà des évidences historiques. Il met en parallèle le révisionnisme israélien à celui américain des au cours de la guerre froide, et rapporte un commun radicalisme politique, un objectivisme et de l'hostilité au relativisme. Il décrit leur méthodologie comme de l'historiographie diplomatique et de la « haute politique ». Il note de nombreuses erreurs dans les travaux de certains d'entre eux et une tendance à utiliser un langage moralisateur et péjoratif pour décrire le comportement d'Israël..
Leurs thèses sont rejetées au sein du milieu académique israélien. Leur révisionnisme est accusé d'être peu différent de l'approche et des intentions des thèses antisionistes, et ils sont décrits comme des gauchistes hostiles à l'existence d'Israël comme État juif. Aharon Megged décrit les nouveaux historiens comme la manifestation de l'« impulsion suicidaire d'Israël ».
Raphael Israeli, soutient que les nouveaux historiens tendent à ignorer, dans leurs travaux, l'hostilité et la haine du monde arabo-musulman contre Israël et les Juifs, et agissent avec une culpabilité injustifiée qui serait en réaction à celle-ci, tout en précisant que ce n'est pas le cas de Benny Morris. Il affirme que l'influence qu'ils ont acquise est liée à l'effort de délégitimation d'Israël par les Palestiniens et leurs soutiens, et ainsi se retrouvent liés aux campagnes de boycott d'Israël, à la guerre juridique et à la guerre asymétrique qui sont menées contre leur pays. Il soutient que les historiens arabes vivant sous des régimes et dans des sociétés oppressives ne peuvent remettre en cause les conventions politiques qui dicte la narration historique arabe. Il dénonce ainsi le soutien des historiens arabes aux thèses des nouveaux historiens, comme le reflet de la propagande et de la campagne politique contre Israël..
Les thèses et les études avancées par les nouveaux historiens sont sujettes à de nombreuses réfutations par d'autres spécialistes israéliens des sujets..
écrit de nombreuses réfutations et accuse Benny Morris de falsification. Du côté des défenseurs du narratif palestinien, Ibrahim Abou Loughod critique Morris, pour ne pas établir des liens entre l'expulsion des Arabes et le sionisme.
Itamar Rabinovitch critique leur point de départ politico-moral plutôt qu'universitaire.
Ils sont aussi critiqués par Efraïm Karsh qui, notamment, les accusent d'avoir des mauvaises intentions politiques en voulant prouver la thèse palestinienne qu'« Israël serait le méchant ».
Bibliographie Travaux des « nouveaux historiens » relatifs à la naissance d'Israël Tom Segev, , hébreu : 1984 [traduction anglaise : 1998 ; traduction française : Les premiers Israéliens, Paris, Calmann-Lévy, 1998 ]. Simha Flapan, , New York, , 1987 . Benny Morris, , Cambridge, , 1987 . Ilan Pappé, , New York, Macmillan Press, 1988 Avi Shlaïm, , 1988 ; réédité en 1990 sous le titre . Ilan Pappé, , I.B. Tauris, 1992 (trad. française : La Guerre de 1948 en Palestine, La Fabrique, 2000 ). Benny Morris, , Oxford, , 1994 . Benny Morris, , Cambridge, , 2004 . Ilan Pappé, , , 2007 [trad. par P. Chemla : Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008 ]. Benny Morris, , (Conn.), , 2008 .
Autres travaux principaux de l'école des « nouveaux historiens » Voir l'article consacré à chaque auteur pour les publications détaillées. Baruch Kimmerling & Joel S. Migdal, , , 1993 [trad. en hébreu en 1998 et en arabe en 2001]. Tom Segev, , traduit par H. Watzman, New York, , 1993 . Idith Zertal, , Berkeley, , 1998 [trad. par J. Carnaud & J. Lahana : Des rescapés pour un État : la politique sioniste d'immigration clandestine en Palestine, 1945-1948, Paris, Calmann-Lévy, 2000 ]. Benny Morris, , New York, Knopf, 1999 [trad. par A. Dufour & J.-M. Goffinet : Victimes : histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Bruxelles, Complexe & Cachan, Institut d'histoire du temps présent, 2003 ]. Avi Shlaïm, , Londres, A. Lane & New York, W. W. Norton, 2000 . Ilan Pappé, , Cambridge, , 2004 [histoire de la Palestine de 1856 à 2001]. Ilan Pappé, Une terre pour deux peuples : histoire de la Palestine moderne, trad. par O. Demange, Paris, Fayard, 2004 [trad. de l'ouvrage précédent]. Idith Zertal, , traduit par Ch. Galai, Cambridge, , 2005 [trad. par M. Saint-Upéry : La nation et la mort : la Shoah dans le discours et la politique d'Israël, Paris, La Découverte, 2004 ]. Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008.
Présentations des travaux par des intellectuels français Ilan Greilsammer, La Nouvelle Histoire d’Israël : essai sur une identité nationale, Paris, Gallimard, 1998 . Dominique Vidal, Le Péché originel d'Israël : l'expulsion des Palestiniens revisitée par les nouveaux historiens israéliens, avec Joseph Algazy, Paris, éditions de l'Atelier, 2002 . Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949), Paris, éd. de l’Atelier, 2007 [nouvelle éd., actualisée et augmentée, de l'ouvrage précédent].
Articles « Le marché de la copie - Processus d’urbanisation - Nouveaux historiens israéliens », Annales. Histoire, Sciences sociales, 2004/1 année, quatre articles.
Critiques des « nouveaux historiens » Voir Post-sionisme : pour une critique de l'idéologie. , « », , 1990, 26 (2), . Notice de personne du catalogue général de la BnF., « », , 1992, 28 (4), . Avraham Sela, « », , 1997, 4 (2), . Avraham Sela, « », , 1999, 34 (4), . Avraham Sela, « », , 2002, 9 (3), . Avraham Sela, « », , 2005, 12 (2), . Avraham Sela, « », , 2005 11 (3), . Avraham Sela, « », , 2008, 14 (3), . Efraïm Karsh, , Londres & Portland (Or.), F. Cass, 1997 [nouvelle éd. revue en 2000 ]. & (éd.), , New Haven (Conn.), , 1998 .