August Friedrich Kellner (né à Vaihingen-sur-l'Enz le et mort le à Lich, en Allemagne, à l'âge de 85 ans) est l'auteur d'un journal personnel. Greffier de justice pendant la Seconde Guerre mondiale, il écrit secrètement durant toute la durée de la guerre. Il s'en expliquera ainsi en 1968 :

Biographie

August Friedrich Kellner est né à Vaihingen-sur-l'Enz (Land de Bade-Wurtemberg), futur site d'un camp de travail nazi. Il était l’unique enfant de Georg Friedrich Kellner, boulanger à Arnstadt en Thuringe, et de Barbara Wilhelmine Vaigle de Bissingen sur l'Enz. Ses parents étaient tous deux luthériens.

Friedrich a quatre ans quand sa famille part à Mayence, où son père devient maître boulanger à la firme « Goebels Zuckerwerk ».

En , à l'âge de 17 ans, Friedrich Kellner passe son brevet d’études secondaires au collège Goethe de Mayence. Il débute alors en tant que jeune clerc au tribunal de Mayence. Il y travaillera de 1903 à 1933, deviendra premier clerc, puis comptable et enfin inspecteur de justice.

Service militaire et mariage

En 1907 et 1908 Kellner fait son service militaire en tant que réserviste, dans le du corps d'infanterie de Grossherzogin ( Grand Duché de Hesse) nº 117 à Mayence.

En 1913, il épouse Pauline Preuss, originaire de la ville de Mayence. Leur unique enfant, Karl Friedrich Wilhelm Kellner, naît trois ans plus tard.

Quand en 1914 éclate la Première Guerre mondiale, Kellner est appelé au service actif en tant qu’officier suppléant dans le régiment d’infanterie du Prinz Carl ( de Hesse) nº 118, à Worms. Il se bat en France sur la Marne. Blessé près de Reims, il est envoyé en convalescence à l’hôpital Saint-Roch à Mayence.

Activités politiques thumb|left|230px|Carte d'identification de Friedrich Kellner en 1923, pendant la réoccupation de Mayence. En dépit de sa loyauté à l’Empire, Kellner se réjouit de la naissance de la démocratie allemande après la guerre. Il devient un organisateur politique passionné du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD). Dès les premiers jours de la République de Weimar, il prend position contre les dangers qu’il prévoit, venant des extrémismes tels que le communisme et le national-socialisme. Lors de manifestations, Kellner arbore au-dessus de sa tête le livre écrit par Adolf Hitler Mein Kampf et déclare à haute voix : . Plus d’une fois Kellner est battu et menacé par des voyous nazis.

Deux semaines avant qu’Hitler ne devienne chancelier du Reich et que ne débutent sérieusement les poursuites contre les opposants politiques du régime, Kellner emmène sa femme et son fils en sécurité vers l’intérieur du pays, à Laubach-Hesse. Il y travaillera comme inspecteur de justice au tribunal du district. En 1935, son fils August émigre vers les États-Unis afin d’éviter d’être enrôlé dans l’armée d’Hitler.

Durant le pogrom de , connu également sous le nom « Nuit de Cristal », les époux Kellner tentent d’aider leurs voisins juifs. Ils sont avertis qu’ils subiront le même destin que leurs voisins s’ils poursuivent leur résistance au régime nazi.

Ils risquent tous deux d’être envoyés dans un camp de concentration s’ils continuent d’avoir une « mauvaise influence » sur la population de Laubach. Un rapport écrit par le responsable nazi du district, Hermann Engst, montre bien que les autorités avaient prévu de punir Kellner à la fin de la guerre. Comme il ne pouvait plus continuer à agir ouvertement contre le régime, Kellner se décide à confier ses pensées à un journal personnel ; il en commence la rédaction le premier jour de la guerre. Il souhaitait que son fils aux États-Unis et que les générations futures sachent que la démocratie doit toujours s’opposer aux dictatures. Il voulait prévenir chacun de résister à la tyrannie et au terrorisme, et de ne pas se laisser berner par la propagande.

À la fin de la guerre, Friedrich Kellner avait écrit 861 pages organisées en dix volumes.

Après la guerre

Après la guerre, Kellner aide le parti SPD de Laubach à reconstruire le pays, et en devient chef dans cette ville. Durant les années 1945-46, il est adjoint au maire de Laubach et participe à la dénazification, puis de 1956 à 1960, est premier conseiller municipal et de nouveau adjoint au maire.

De 1933 à 1947, Kellner maintient ses fonctions de directeur administratif en chef au tribunal de Laubach. De 1948 à 1950, il sera inspecteur comptable pour la région. En 1950, bien qu’il soit à la retraite, il continue de travailler comme conseiller juridique durant trois ans au tribunal de première instance de Laubach.

En 1968, Kellner remet les dix volumes de son journal à son petit-fils américain, Robert S. KellnerRobert Scott Kellner, pour les faire traduire en anglais et publier.

Kellner meurt le . Il est enterré aux côtés de sa femme et de ses parents dans le cimetière principal de Mayence.

Œuvre Journal de Friedrich Kellner Le (Mein Widerstand, « Ma résistance ») compte et . Il contient en écriture Sütterlin – chacune datée individuellement entre et . Plus de de journaux ont été collées dans le journal intime.

vignette|570px|Journal de Friedrich Kellner

Kellner n’a pas écrit son journal uniquement pour relater en détail les événements de ces années-là, mais pour montrer aussi aux générations futures comment éviter que le totalitarisme ne revienne et pour montrer sa résistance à toute idéologie qui menace la liberté de l’individu et bafoue la vie humaine.

Accueil

À l’université Justus-Liebig de Gießen a été créé le Projet Kellner, au département de recherches sur l'Holocauste. Le directeur adjoint au département, Sascha Feuchert, considère l’œuvre de Kellner comme un des journaux intimes les plus complets. Au printemps 2005, lors de la commémoration du du Jour de la Libération de l'Europe, Le Journal de Kellner a été exposé à la Bibliothèque George Bush au Texas. Le journal Giessener Anzeiger et le groupe local de travail de Laubach ont présenté en une exposition sur Kellner au musée populaire de Laubach. À l’été 2006, Le Journal de Kellner a été exposé au musée de l'Holocauste de Houston, au Texas. En 2007, Abella Entertainment, compagnie cinématographique canadienne, a tourné sur le journal un documentaire de 60 minutes intitulé .

Bibliographie Édition du Journal Friedrich Kellner, Vernebelt, verdunkelt sind alle Hirne, Tagebücher 1939-1945, Göttingen, éd. Wallstein, . Le journal. Ont collaboré à l'édition Sascha Feuchert, Robert Martin Scott Kellner, Erwin Leibfried, Jörg Riecke, Markus Roth.

Ouvrages et articles sur Friedrich Kellner . .

Notes et références

Liens externes

My Opposition - Diary of one German man during Nazi Regime (vidéo sur le journal, avec citations) Extraits du journal The Diary of Friedrich Kellner sur George Bush Presidential Library Justus Liebig University – Projet Kellner Informations sur le documentaire My Opposition: the Diaries of Friedrich Kellner Sur le site de Téléfilm Canada Sur le site de son distributeur

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