La forteresse de Salses est un ouvrage militaire construit entre 1497 et 1503 par les rois catholiques espagnols, et Isabelle de Castille. Elle est située sur la commune de Salses-le-Château, à au nord de Perpignan, dans le département des Pyrénées-Orientales.
Elle fait partie des sites gérés par le Centre des monuments nationaux.
Topographie L'étroite bande littorale de de large située entre les premiers contreforts des Corbières maritimes et l'Étang de Leucate constituait un point de passage obligé pour toute armée d'invasion désirant passer du Languedoc en Roussillon. En effet, si des troupes à pied pouvaient éventuellement emprunter sans trop de difficultés les chemins escarpés des Corbières et contourner ainsi cette position par les hauteurs, il n'en était pas de même des lourds canons de l'artillerie et des innombrables charrettes de vivres, de matériel et de munitions accompagnant habituellement les armées en marche. La « plaine-goulet » de Salses était donc pour ces convois et ces attelages d'artillerie un point de passage obligé au milieu duquel la forteresse fut érigée comme un véritable verrou contrôlant le passage. Cette importance géostratégique du « goulet » de Salses est attestée dès l'antiquité par le passage à proximité de la Voie Domitienne et, à une période bien plus récente par ceux de la RN 9, de l'autoroute A 9 et de la ligne de chemin de fer de Narbonne à Port-Bou.
Histoire
En 1496, par suite de la destruction du village et du château de Salses par l'armée française, les rois catholiques, et Isabelle de Castille, décident la construction de la forteresse. Construite très rapidement entre 1497 et 1504 par le commandeur Ramírez, grand artilleur du Roi et par l'ingénieur Francisco Ramiro López, la forteresse gardait l'ancienne frontière entre la Catalogne et la France, face à la forteresse française de Leucate, aujourd'hui détruite. Cette forteresse aurait coûté d'or, soit 20 % du budget de la Castille.
Francisco López décide de remplacer l'ancien ouvrage, inadapté à l’artillerie à boulets métalliques. Pour assurer une meilleure défense, il crée une forteresse d'un type nouveau combinant fortifications médiévale (présence d'un donjon) et moderne. Il opte pour un ouvrage rectangulaire de plan médiéval avec quatre tours d’angles, trois tours détachées en fer à cheval et des murs maçonnés très épais (jusqu'à 12 mètres). La forteresse est entourée de larges fossés secs, précédés d’une demi-lune et d’un glacis équipé de contre-mines sur tout son pourtour. Les tours circulaires comportent des casemates qui assurent le flanquement des fossés. Elles disposent toutes d’embrasures à canons. L’intérieur de la forteresse s’organise en trois espaces autour d’une vaste place d’armes autour de laquelle sont disposés les casernes, le magasin et les écuries. Les principaux travaux s’achèvent en 1503. La forteresse inachevée subit, cette année-là, un siège français des armées de Louis XII, repoussé par Lopez lui-même. Au cours de ce siège aura lieu l'explosion de la première mine de guerre qui ait réussi et qui fera plusieurs centaines de victimes. Il est possible que cet épisode se soit déroulé dans la barbacane qui défendait une seconde porte d'accès aujourd'hui disparue, mais dont on observe encore l'emplacement dans les importantes reprises de maçonnerie de la courtine nord. Abandonnant ce bastion détaché qu'ils estimaient perdu, les Espagnols se seraient repliés dans le fort, après avoir piégé la barbacane avec des charges de poudre. Selon quelques chroniques de l'époque, français auraient été tués ou blessés dans l'explosion. C'est après ce siège infructueux et meurtrier que les Espagnols auraient procédé à la construction de l'épais talus de maçonnerie (que l'on appelle également « fruit ») qui habille à l'extérieur la base des courtines et des tours. Les postes de tir (petites canonnières et embrasures à arquebuses) qui perçaient les courtines en partie basse afin de défendre le fossé furent à cette occasion murées par ce talus et le couloir périphérique qui, depuis les caves de la forteresse, desservait ces postes de tir, fut transformé en galerie d'écoute et de contre-mine.
En 1538, la forteresse reçoit la visite de Charles Quint.
En 1544, la paix signée entre Charles Quint et amène un siècle de tranquillité. C'est à cette époque que la forteresse commence à perdre peu à peu de la supériorité militaire que son architecture novatrice lui avait donné, car dans l'intervalle, en Italie du Nord, était née une nouvelle forme de fortification encore mieux adaptée pour résister à l'artillerie : le plan bastionné.
Le château de Salses du XVIIe au XIXe siècle La forteresse est de nouveau assiégée pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648), à trois reprises en trois ans : en 1639, en 1640 et en 1642. Le , après de résistance, la forteresse tombe aux mains des troupes françaises commandées par et par le maréchal de Schomberg, gouverneur du Languedoc. Malgré cette prise, la forteresse joue son rôle, car les troupes françaises ne sont pas en mesure de poursuivre leur offensive. En outre, sitôt prise, deux régiments français, soit , mis en garnison dans le fort sous les ordres de Roger de Bossost, comte d'Espenan, se retrouvent assiégés, à leur tour, par une armée espagnole sept fois plus nombreuse qui réutilise les ouvrages construits par les Français lors de leur siège et non démantelés. Le siège dure du au . Seule la faim force les assiégés à se rendre. Enfin, la forteresse est définitivement conquise par les Français, le .
En 1659, la forteresse perd son intérêt stratégique avec la signature du traité des Pyrénées, le . En effet, le traité entérine l'appartenance définitive du Roussillon à la France et la forteresse se retrouve ainsi loin de la frontière.
Le château est transformé en prison en 1682Dès 1685, et plus particulièrement en 1718, puis en 1726, l'idée est émise de raser l'ouvrage, compte tenu de la charge que représentait son entretien. Toutefois, il ne doit sa survie qu'au coût prohibitif de sa destruction.. Lors d’une visite de Vauban, il est décidé d’araser les parapets en 1691, bien que ce dernier juge le château inutile et préconise de le démolir complètement. Par la suite, le château est utilisé comme caserne pour accueillir des troupes de passage, puis sert d’entrepôt de vivres et de munitions. vignette|gauche|redresse=1.5|Le château de SalsesCongrès archéologique de France, 1906 Le château sert tour à tour de prison d'État, notamment pour les responsables de l'affaire des poisons (1682-1683) sous , puis de magasin à poudre pendant tout le .
Brièvement de 1793 à 1804, la forteresse abrite de nouveau une garnison.
En 1817, le donjon est converti en magasin à poudre.
Le est classé monument historique en 1886. En 2018 une précision est donnée sur le classement du site : .
Architecture vignette|centre|redresse=3.2|alt=Une construction massive et basse entourée d'un creux dans le terrain.|Vue générale de la forteresse. Septembre 2019. Une architecture militaire de transition vignette|Plan de la forteresse de Salses en 1725
Son plan (un rectangle de de long pour environ de large) et son architecture de « fortification semi-enterrée et à tirs rasants », révolutionnaires à l'époque, présentent un exemple rare de transition entre le château fort médiéval et les fortifications bastionnées qui commencèrent à apparaître dès le premier quart du .
La forteresse se divise en deux parties de superficies inégales et séparées par un large fossé intérieur et une courtine à éperon. La première partie, celle située à l'est, est constituée par une vaste place d'armes autour de laquelle sont disposés les logements de la troupe et les écuries. La seconde partie, appelée le « réduit », comprend principalement en son centre un donjon dénommé « la tour de l'Hommage » qui est une traduction littérale de son nom en espagnol. Cette seconde partie est indépendante du reste de la forteresse dont elle se défend par son propre fossé qui précède une courtine dont l'éperon est tourné face à la place d'armes. Le seul accès à ce réduit défensif se fait à partir de la place d'armes, au moyen d'un pont-levis franchissant le fossé.
L'innovation de Salses vient de la nécessité de s'adapter au développement de l'artillerie à boulet métallique. Les murailles, de six à dix mètres d'épaisseur (quinze mètres à la base si l'on prend en compte l'épaisseur du talus incliné qui habille le pied des tours et des courtines), sont majoritairement constituées de moellons d'un format plutôt cubique, taillés en moyen appareil dans une roche dure qui n'a pas été extraite sur place et a été amenée par charrois. À cette solide maçonnerie de moellons se mêlent de nombreuses parties constituées de briques pleines, la brique étant un matériau déjà connu à cette époque pour sa bonne résistance aux boulets. Le caractère le plus novateur de Salses, à l'époque où il fut construit, est que l'ensemble de la forteresse est semi-enterré au fond des profonds et larges fossés qui l'entourent. Seule dépasse du paysage environnant la moitié supérieure des tours et des courtines, le reste étant dissimulé aux yeux de l'assaillant.
La forteresse possède un donjon qui abritait le bureau du gouverneur, des logements d'officiers et des bureaux d'administration. Ce donjon, muni de tourelles d'angle, comporte une cour intérieure carrée, au centre de laquelle se trouve un puits. Un réseau labyrinthique de couloirs de communication a été réservé dans la grande épaisseur de ses murs.
Le système de défense comprend des douves, de très nombreuses meurtrières extérieures, des couloirs étroits défendus par des meurtrières intérieures, de lourdes portes et de petites cours intérieures défendables par des tirs croisés. L'un des aspects les plus impressionnants de ce système défensif est la présence de trois tours d'artillerie détachées, implantées au fond du fossé spécialement élargi à leur emplacement. Cent cinquante ans plus tard, dans la fortification bastionnée, de tels ouvrages détachés du corps de place seront dénommés contre-gardes. Ces tours détachées avaient également un rôle de défense passive, un rôle de boucliers, puisqu'elles sont implantées en avant d'autres ouvrages qu'elles protégeaient partiellement par leur masse imposante : la tour d'artillerie située à l'angle nord-est de la forteresse, la courtine nord-est qui fait face au village de Salses et à l'étang éponyme et enfin, la barbacane qui contrôle l'entrée de la forteresse. Ces tours détachées, en forme de fer à cheval, ont leur partie arrondie armée d'un saillant de maçonnerie formant un éperon, dispositif censé empêcher l'assaillant de se tenir dans cet emplacement qui constitue une zone d'angle mort relativement à l'abri des vues et des coups des défenseurs. De plus, bien que détachées du corps de place, ces tours n'en sont pas totalement isolées, car elle communiquent avec lui au moyen de couloirs semi-souterrains implantés dans le fond du fossé et qu'on appelait à cette époque « caponnières » (plus tard, au , le terme « caponnière » désignera un ouvrage défensif d'un tout autre genre destiné à remplacer les bastions d'angle dans les forts du système Séré de rivières). Ces couloirs solidement voûtés n'étaient pas que de simples communications permettant aux défenseurs de circuler à l'abri : ils participaient aussi à la défense active du fossé car ils sont percés de nombreuses embrasures de tir pour armes individuelles (les arquebuses au début puis les mousquets ensuite) qui permettaient aux défenseurs de faire des tirs rasants sur les assaillants qui auraient réussi à descendre dans les fossés.