Le fusil est un type d'arme à feu pourvu d'un canon long et d'une crosse d'épaule. Leurs déclinaisons utilisées dans le monde civil s'apparentent aux fusils de chasse et aux carabines de chasse.
À l'origine, le terme « fusil » (du latin populaire : focilis [petra], « pierre qui produit du feu ») désignait une petite pièce de métal destinée à produire des étincelles en frappant une pierre de silex, utilisée pour déclencher le tir en mettant le feu à la poudre à canon des arquebuses. En français médiéval, le terme se nomme « foisil », puis au « fuisil » ou « focil », pour aboutir enfin à la forme « fuzil » et « fusil » que nous connaissons aujourd'hui. Par synecdoque, le terme finit par désigner l'arme tout entière.
On peut distinguer plusieurs types de fusils militaires en fonction du type d'âme de leurs canons, de leur architecture et de leur emploi.
Confusions Les termes et sont très souvent utilisés à mauvais escient : dans le langage militaire, la carabine militaire est une arme d'épaule proche du fusil, présentant néanmoins des dimensions, une puissance et une portée moindres.
D'un autre côté, en ce qui concerne les armes de chasse modernes, le terme « fusil de chasse » est souvent employé pour désigner une arme à un ou plusieurs canons lisses, destinée principalement au tir de cartouches contenant de la grenaille de plomb de différents diamètres selon leur numéro (projectiles sphériques en plomb, acier ou autre métal), alors que la est réservée à toute arme longue à canon(s) rayé(s), destinée au tir de munitions à projectile unique, généralement de forte puissance.
La réalité est simple : un fusil et une carabine sont la même chose. Qu'ils soient à un ou plusieurs canons, rayés ou non, la seule différence entre les deux vient de la longueur du canon. Lorsque cette longueur est inférieure à , on parle d'une « carabine ». Lorsqu'elle est supérieure à , on parle d'un « fusil ».
Historique Les ancêtres du fusil sont la couleuvrine à main, l'arquebuse (fin ) et le mousquet (du ).
Certaines sources font remonter le fusil à l'an 1550, quand apparaissent des armes dont la mise à feu de la poudre est produite par un silex heurtant une pièce de métal appelée batterie. Le mousquet à mèche reste toutefois en usage dans les armées jusqu'à la fin du , époque où les progrès techniques rendent le fusil plus fiable (Vauban, dans « Moyens d'améliorer nos troupes »)..
Après l’invention de la baïonnette à douille par Vauban en 1687, invention permettant le tir baïonnette au canon, le fusil devient une arme polyvalente remplaçant à la fois le mousquet et la pique. Les piquiers et mousquetaires pouvaient être remplacés par un seul type d’infanterie : le fusilier.
Les anglophones ont toutefois conservé pour l’arme d’infanterie l’appellation « musket » jusqu’à l’utilisation de canons rayés. Ils adoptèrent seulement alors l’appellation « rifle » pour désigner le fusil militaire.
En France, le terme « mousqueton » continua à dénommer certaines armes de cavalerie qui n’étaient pas munies d’une baïonnette. Pour les dragons, qui avaient un rôle d’infanterie à cheval et qui étaient équipés d’une baïonnette, on utilisa l’appellation « fusil de dragon ».
vignette|redresse=1.5|Tir de fusil (modèle 1777 corrigé an IX) des guerres napoléoniennes, lors d'une reconstitution
Pendant presque deux siècles, le fusil à silex fut l'arme de base de l'infanterie. Ce n'est qu'à partir de 1830 qu'il est remplacé par le fusil à capsule de fulminate. Il n'est totalement remplacé en France qu'en 1840.. La capsule consiste en un petit chapeau de cuivre contenant une goutte de fulminate de mercure et obturé par de la laque. La capsule apparaît dès 1810 avec une enveloppe en fer ; pour des raisons d'oxydation, le fer sera finalement remplacé par du cuivre. La capsule est placée sur une petite cheminée menant à la chambre de l'arme. En frappant la capsule, le chien provoque l'explosion du fulminate et la mise à feu de la poudre. Pour des raisons économiques, il faudra toutefois encore attendre quelques années pour que ce nouveau fusil se substitue à l'ancien et encore, car, le plus souvent, ce seront des anciennes armes qui seront transformées.
Le progrès suivant, qui apparaît rapidement, sera le chargement par la culasse. Dès 1812, Jean Pauly, armurier suisse installé à Paris, fait breveter un fusil se chargeant par la culasse. L'arme provoquait toutefois des « crachements » vers l'arrière, ce qui pouvait être dangereux pour le tireur. Un de ses disciples, l’Allemand Dreyse parvint à résoudre le problème et dès 1848, les Prussiens disposent du fusil Dreyse qui se caractérise par : verrou, cartouche en carton contenant l'amorce en fulminate en son milieu, percuteur à aiguille traversant la cartouche pour atteindre l'amorce centrale. À la même époque apparaissent aussi de nouvelles baïonnettes ayant la forme d’un sabre court courbé (yatagan). Les fusils à chargement par l'arrière entraînent deux autres améliorations techniques : la cartouche et le canon rayé ainsi qu'une amélioration tactique : la possibilité pour le tireur de rester en position couchée pour recharger son arme. En France, l'adoption du chargement par la culasse n'intervient qu'à partir de 1870 avec les innovations introduites par général Verchère de Reffye.
En 1866, les Français adoptent le fusil Chassepot et transforment le système de chargement des anciens fusils (au chargement par la bouche est substitué un chargement par la culasse). On les a surnommés "fusils à tabatière" car le mécanisme de chargement par la culasse ressemblait à une tabatière.
En 1874, les armuriers ont mis au point la cartouche métallique, c'est-à-dire une munition composée d'une douille contenant la poudre, d'une amorce et d'une balle. Le fusil Chassepot est dès lors transformé (entre autres : alésage de la chambre) et une nouvelle arme apparaît : le fusil Gras.
Dès 1880, le procédé de fabrication de la poudre sans fumée est découvert, ce qui permet de produire des armes plus efficaces et de réduire les calibres.
Tous ces progrès techniques en quelques années amènent l'élaboration des fusils à répétition tels que le Lebel de 1886 et le Mauser de 1888. Un fusil à répétition célèbre avait déjà été mis au point aux États-Unis en 1866 : la Winchester.
Le fusil semi-automatique ne tarde pas à faire son apparition et en 14-18, les fusils-mitrailleurs sont alimentés par chargeurs et les mitrailleuses se multiplient.
Type d'âme du canon Canon à âme lisse vignette|redresse=1.2|Calibre 12. Plombs 8 d'une cartouche d'un fusil de chasse.
L'âme (paroi interne) du canon de tous les plus anciens fusils était lisse. Par la suite et à présent seuls les fusils de chasse destinés à tirer des plombs de chasse, c'est-à-dire des projectiles multiples placés dans la même munition donc simultanément tirés au moyen d'un seul canon, ont conservé une âme lisse puisque les rayures n'ont aucun effet sur une gerbe de plombs. Ces fusils de chasse à âme lisse ont également été employés militairement, d'abord par des armées non régulières possédant peu de matériel, puis à partir de la Première Guerre mondiale pour des applications à courte portée où le pouvoir d'arrêt et le temps de réaction sont des facteurs importants.
En effet, le diamètre de la gerbe de plomb d'une telle arme augmente à mesure de sa progression, ce qui maximise la probabilité de toucher une cible en mouvement même après un temps de visée très court. La portée utile de ces fusils de chasse, de fort calibre, ne dépasse guère . De nombreuses munitions sont disponibles, intégrant des grains sphériques de plomb (ou d'acier pour le tir "au marais", la dispersion de plomb dans l'eau étant désormais interdite) d'un diamètre plus ou moins grand selon un numéro conventionnel.
Choke (rétreint)
Afin d'assurer une concentration plus ou moins prononcée de la gerbe ces fusils de chasse sont généralement resserrés à la gueule du canon. L'anglicisme choke désigne les degrés de rétreint (étranglement). Choke ou full choke pour un étranglement maximal, 3/4 choke, 1/2 choke, 1/4 choke, ou lisse.
Il existe, essentiellement pour les groupes d'intervention, des rétreints qui modifient la forme de la gerbe. Plutôt que de simplement jouer sur la dimension d'une gerbe circulaire d'un diamètre plus ou moins important, ils aplatissent la forme de la gerbe qui prend alors une forme ovale. En fonction des applications, la gerbe peut-être aplatie sur le plan horizontal pour maximiser les chances de toucher une cible ou sur le plan vertical pour minimiser le risque de toucher autre chose que la cible visée.
Balle vignette|redresse=1.2|Balle Brenneke calibre 12, d'une cartouche d'un fusil de chasse.
Des cartouches contenant une balle unique, d'un type bien spécifique, peuvent également être employées dans un fusil à canon lisse. Initialement, destinées à chasser du gros gibier comme le sanglier, elles permettent notamment de faire sauter une serrure.
La balle est munie d'un dispositif améliorant la stabilité de sa trajectoire, le plus souvent des ailettes lui conférant une rotation que le canon lisse ne peut lui imprimer. Ce type de balle ne peut être tiré d'un canon présentant un choke. Il existe cependant des balles pouvant être tirées dans un canon choké, elles sont alors sous-calibrées et enrobées d'un étui plastique capable de se comprimer au passage du choke (type Brenneke S ou Sauvestre, par exemple).
Canon à âme rayée Les fusils tirant une balle unique offrent une meilleure précision et portée. Des rayures en spirale gravées à l'intérieur du canon calent le projectile durant sa course dans le canon (balistique intérieure) à distance égale des parois de l'âme afin de réduire le soufflage. Elles lui impriment également un mouvement de rotation assurant ensuite à l'air libre une trajectoire plus stable en réduisant la dérive occasionnée par la surpression des gaz sur un éventuel balourd. On trouve des rayures sur toutes les armes à feu contemporaines tirant une balle unique. Elles ne sont pas faites au hasard et leur pas (nombre de tour pour une longueur donnée ou longueur d'un unique tour) doit correspondre à un type de munition donné, dans les cas extrêmes à un type de balle et de charge. Une arme tirant une munition trop inadaptée à ses rayures présentera une précision dégradée voire également une usure accélérée.
Type d'architecture Fusil à chargement par la bouche vignette|upright=1.1|Un pistolet à chargement par la bouche.
Les premiers fusils étaient chargés par la bouche, où la poudre noire était tout d'abord versée puis tassée. La balle était ensuite introduite dans le canon, parfois précédée d'un calepin destiné à améliorer l'étanchéité, donc à réduire la déperdition de gaz. Des cartouches en papier contenant la poudre et la balle furent développées pour faciliter le rechargement. Le soldat devait la déchirer avec ses dents pour recharger son fusil. L'apparition ultérieure de la cartouche métallique facilita et accéléra le chargement, et laissa la place dans le domaine militaire aux fusils à verrou.
Nul ne produit plus de fusil à chargement par la bouche, hormis quelques fabricants de répliques d'armes anciennes. Des études récentes pourraient toutefois remettre cette architecture au goût du jour, grâce à des munitions sans étui amorcées électriquement.
Fusil à canon basculant Il s'agit d'un système de rechargement particulièrement simple où l'ensemble du (ou des) canon(s) se désolidarise de la culasse et de la platine du système de percussion en basculant d'un bloc vers l'avant, selon un axe perpendiculaire au plan de l'arme. Chaque canon accueille une cartouche dont l'étui vide peut ou non être extrait voire éjecté lors du basculement. Le tireur place ensuite une cartouche dans le canon et referme l'arme, armant ainsi le mécanisme de percussion.