Le Sahara occidental () est un territoire de du nord-ouest de l'Afrique, bordé par la province marocaine de Tarfaya au nord, l'Algérie au nord-est, la Mauritanie à l'est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l'Atlantique. Territoire non autonome selon l'ONU, cette ancienne colonie espagnole n'a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique depuis le départ des Espagnols, en 1976.

Le territoire est revendiqué à la fois par le Maroc et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario en 1976. Ce dernier est un mouvement dont l'objectif est l'indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l'Algérie MINURSO, Western Sahara - MINURSO - Background Lire en ligne.. Devenu un enjeu global illustrant la rivalité entre le Maroc et l'Algérie, le dossier saharien bloque toujours la construction de l'Union du Maghreb arabe (UMA). Le Polisario s'appuie sur un , tel que décrit dans un rapport de l'ONU en 1975Rapport de la mission de visite de l'ONU en 1975. Le Maroc fonde sa revendication sur les accords de Madrid et sur la base de liens d'allégeance passés entre les tribus sahraouies et les sultans du Maroc. En effet, la position marocaine met en avant l'appartenance du territoire aux différentes dynasties comme les Almoravides, issus de ce même Sahara, et les Almohades dont la monarchie actuelle est l'héritière et qualifie le conflit de relique de la colonisation..

Depuis le cessez-le-feu de 1991, le Maroc contrôle et administre environ 80 %Background Note : Morocco, Département d'État des États-Unis, juillet 2006, lire en ligne du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissés par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité, le « mur marocain »Voir par exemple Landmine Monitor Report 2001, .. devenu aujourd'hui la frontière de facto. La Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental patrouille dans l'ensemble du territoire.

Histoire

Période précoloniale En 1048, des Berbères sanhadjas de l'ouest du Sahara (actuelle Mauritanie) se coalisent sous l'impulsion d'un prédicateur malikite, Abdellah ben Yassin et d'un chef local et fondent le mouvement almoravide. Ils conquièrent et unifient les tribus du Sahara occidental entre 1042 et 1052, puis s'emparent du Maroc actuel (alors éclaté en petits émirats à la suite de la chute de l'empire chérifien des Idrissides) et d'une grande partie de la péninsule Ibérique (Al-Andalus). Les Almoravides ont pour capitale et base Marrakech. À leur chute aux mains des Almohades (1147), le territoire perd son organisation.

À partir de 1514, avec l'avènement de la dynastie marocaine des Saadiens, l'ascendant marocain devient effectif sur le Sahara occidental.. Aux , les Portugais et les Espagnols installent des forts sur la côte, mais en sont chassés après quelques décennies.

Sahara espagnol

vignette|Sahara espagnol. vignette|Caserne espagnole à El Aiun. En 1884, l'Espagne place ce territoire sous son protectorat ; la prise de contrôle est confirmée par la conférence de Berlin de 1884-1885. Elle établit des comptoirs commerciaux et une présence militaire. Les frontières ne sont pas clairement définies, jusqu'aux traités entre la France et l'Espagne, datant du début du (traité de Paris de 1900, convention de Madrid de 1912 qui fait suite au traité de Fès instaurant un protectorat français). Les tribus locales luttent contre la puissance coloniale avec l'aide du sultan marocain. Cet appui cesse lorsque ce dernier est soumis à un protectorat franco-espagnol en 1912. Le Sahara espagnol est créé à partir des territoires de Rio de Oro et de Seguia el-Hamra en 1924. Il est administré en commun avec le territoire de Cap Juby (Tarfaya), séparément des territoires marocains sous protectorat espagnol. L'Espagne réorganise ces territoires en Afrique occidentale espagnole (1946-1958), puis en Sahara espagnol.

Entre octobre 1957 et avril 1958, le Maroc à la suite de l'indépendance de sa partie nord en 1956, tente de libérer Ifni, Tarfaya et le Sahara occidental de l'occupation espagnole, en soutenant l'Armée de libération nationale du Maroc sud, formée d'irréguliers marocains et de tribus sahraouies. À l'issue de la guerre d'Ifni, le Maroc récupère quelques territoires (le Cap Juby, aussi désigné comme région de Tarfaya, ainsi que la majeure partie du territoire d'Ifni, excepté Ifni elle-même). Toutefois, l'opération conjointe franco-espagnole – dite en français opération – met en échec les irréguliers marocains de l'Armée de libération nationale au Sahara occidental, les forçant à évacuer les villes d'Edchera, Tafoudart et Smara, qu'ils contrôlent jusque-là..

En 1963, le Maroc fait inscrire le territoire du Sahara occidental sur la liste des territoires non autonomes de l'ONU. L'ONU essaie alors, en ordre dispersé de convaincre l'Espagne de décoloniser ce territoire ainsi que Cap Juby et l'enclave d'Ifni, et de négocier pour cela avec le Maroc. La résolution de l'ONU n° 2072 du , appelant à la décolonisation, est ainsi votée malgré l'opposition de l'Espagne et du Portugal et l'abstention de la France, du Royaume-Uni, des États-Unis et de l'Afrique du Sud. À ce manque de consensus d'une part importante des grandes puissances, s'ajoute le conflit ouvert entre l'Algérie et le Maroc, qui culmine dans la guerre des Sables de 1963. De plus, le Maroc et la Mauritanie, que le Maroc ne reconnait pas (certains hommes politiques marocains, à commencer par Allal El Fassi, représentant de l'aile droite du Parti de l'Istiqlal et ministre entre 1961 et 1963, espérant former un Grand Maroc qui inclurait la Mauritanie), ont aussi des revendications territoriales opposées sur ce territoire du Sahara occidental. De ce fait, ses trois voisins, Maroc, Algérie et Mauritanie, ne parviennent pas à créer un front commun face à l'Espagne, qui, moyennant concessions (la décolonisation d'Ifni en 1969, conformément à la résolution n° 2072 de l'ONU), perpétue ainsi sa domination jusqu'à la mort de Franco, en 1975. Le règlement du conflit algéro-marocain et la reconnaissance de la Mauritanie par le Maroc en 1969 permettent d'unifier le front anti-espagnol. Parallèlement, plusieurs groupes locaux se lancent dans la résistance armée aidés par l'armée de libération nationale marocaine. issue de la lutte populaire marocaine contre l'occupation hispano-française du Maroc.

Conflits armés (depuis 1973)

Guerre du Sahara occidental (1975-1991)

vignette|droite|190px|Sahara occidental.

En 1975, un avis consultatif de la Cour internationale de justice confirme l'existence de liens historiques entre les populations du Sahara occidental et le Maroc, ainsi que l'ensemble mauritanien :

Cependant, l'avis conclut qu'ils ne sont pas de nature à empêcher un référendum d'autodétermination, en y rendant inapplicable la notion de terra nullius. Dans son avis, la Cour précise :

Quelques jours après cet avis, Hassan II, roi du Maroc organise la marche verte () pour marquer la volonté d'une souveraineté marocaine sur ce territoire. Ceci amène l'Espagne à signer les accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie, le , pour officialiser le partage du territoire. Le Maroc obtient les deux tiers nord, et la Mauritanie le tiers sud ; l'Algérie et les Sahraouis ne sont pas consultés. Le retrait des troupes espagnoles, décidé peu avant la mort de Franco, s'effectue entre 1975 et 1976.

Le , la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est proclamée par le Front Polisario à Bir Lahlou., au lendemain du départ du dernier soldat espagnol du territoire. Dans le même temps, la lutte armée du Front Polisario attaque par des incursions éclairs les forces marocaines et mauritaniennes qu'il considère comme de nouvelles forces d'occupation. La bataille d'Amgala en 1976 entre forces marocaines et algériennes sur le territoire du Sahara occidental montre le soutien actif de l'Algérie au Polisario. Entre fin 1975 et 1976, des dizaines de milliers de Sahraouis quittent le Sahara occidental, fuyant la guerre vers les camps de réfugiés de Tindouf en Algérie, encadrés par le Polisario.

Après le putsch en Mauritanie qui renverse Moktar Ould Daddah en , le Front Polisario déclare un cessez-le-feu unilatéral avec Nouakchott.. Le cessez-le-feu est approuvé par l'ONU. et le un traité de paix est signé dans lequel la Mauritanie cède sa partie du Sahara au Front Polisario. Le , le Maroc annonce l'annexion de l'ancien territoire mauritanien.

Dans les années 1980, le Maroc érige un mur de défense qui sépare le territoire en deux, les 20 % à l'est du mur étant désormais sous le contrôle du Front Polisario. Une guerre d'embuscades avec le Front Polisario prend fin en 1991 à la suite d'un cessez-le-feu favorisé par la médiation de l'Organisation des Nations unies ; un référendum organisé par les Nations unies sur le statut final a été reporté à plusieurs reprises.

Après le cessez-le-feu (depuis 1991)

En , les forces de l'ordre marocaines procèdent au démantèlement du campement de Gdeim Izik, lequel abrite . Les affrontements avec des manifestants sahraouis font entre 13 (selon les autorités marocaines) et (selon le Front Polisario) et donnent lieu à des dizaines d'arrestations suivies de lourdes condamnations..

En 2020, le Maroc lance une opération militaire dans la zone tampon de Guerguerat. en réponse aux « provocations du polisario ». En effet 200 routiers ont été bloqués trois semaines à ce poste-frontière par des milices du polisario comprenant quelque armés. Un haut responsable des Affaires étrangères marocaines soulignant que jusque là « le Maroc a fait preuve de retenue » mais « les appels de la Minurso et du secrétaire général de l'ONU (…) sont malheureusement restés vains » et affirmant que l'ONU, la Mauritanie et « d'autres pays impliqués dans le dossier » avaient été prévenus de l'opération..

Statut légal

vignette|170px|Sahara occidental, frontière des territoires contrôlés par le Front Polisario et le Maroc, près de Tifariti.

Le Sahara occidental figure sur la liste des territoires non autonomes selon l'Organisation des Nations unies depuis 1963Voir la liste 2001 des territoires non autonomes : lire en ligne, à la suite d'une demande du MarocMariano Aguirre, Vers la fin du conflit au Sahara occidental, Espoirs de paix en Afrique du Nord Latine dans Le Monde diplomatique, novembre 1997 .

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu de 1991, le statut final du Sahara occidental reste à déterminer. Depuis le départ des Espagnols, l'ONU considère que le Sahara occidental est un territoire sans administration. En 2002, un avis de droit de Hans Corell, vice-secrétaire général aux questions de droit, conclut que le Maroc n'est pas la puissance administrante du territoire. Le document S/2002/161 indiqueLettre S/2002/161 datée du 29 janvier 2002 adressée au président du Conseil de sécurité par le secrétaire général adjoint aux affaires juridiques Recherche web ONU :

À partir de 2003, certains documents de l'ONU qualifient le Maroc d'« autorité administrante », ce qui lui donnerait le droit d'exploiter les ressources naturelles du territoire, par exemple d'autoriser des concessions pétrolières.. Le gouvernement de la RASD se réclame lui aussi puissance administrante du territoire.

Dans un rapport publié en 2006 par Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, il est indiqué qu'aucun État membre de l'ONU ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidentalDocument S/2006/249, Report of the Secretary-General on the situation concerning Western Sahara lire en ligne. ..

La République sahraouie dispose de moins d'appuis au niveau international : seule une trentaine de pays la reconnaissent en 2020, contre 79 en 1990..