Le Tanio est un pétrolier malgache, lancé en 1958 sous le nom de Lorraine, rebaptisé en 1974, qui a fait naufrage le au large de la côte nord du Finistère. L'accident entraîne une marée noire, catastrophe environnementale majeure sur les côtes bretonnes, la mort de quatre membres d'équipage et la disparition de quatre autres, dont le capitaine. 31 autres marins sont secourus par hélitreuillage. La catastrophe du Tanio est la dernière d'une série de marées-noires en Bretagne dans les années 1970.
En 2024, le naufrage du Tanio provoque toujours des pollutions occasionnelles significatives, dues aux fuites de l'épave.
vignette|Le navire Lorraine en 1974, avant d'être rebaptisé Tanio.
Naufrage Lors de son dernier voyage, le Tanio réalise une livraison entre Wilhelmshaven en Allemagne de l'Ouest et Civitavecchia en Italie de de fioul (fioul à haute teneur en souffre, type IFO 380, très visqueux), réparties dans . Le navire transporte également de fioul et de diesel pour sa propulsion. Il est équipé par l'armateur Petromad (société malgache de transport pétrolier), le propriétaire du navire étant la société Loca-France International Leasing dans un montage juridique complexe impliquant les sociétés Cruz del Sol (Panama), le Groupe Worms (France), Petromer (Bordeaux), Gardelia (Panama) et Elf-Allemagne.
Le vendredi , vers du matin, le Tanio est au large de l'île de Batz quand il se casse en deux à la suite d'une avarie, alors qu'il traverse une tempête avec des vents de force 9 à 11 sur l'échelle de Beaufort selon les sources. La partie avant dans laquelle se trouvent huit hommes d'équipage coule assez vite, entraînant les marins avec elle. La partie arrière se maintient à flot. L'arrivée d'un premier hélicoptère Super-Frelon à permet d'hélitreuiller les trente et un membres d'équipage restés sur la partie arrière du navire.
L'origine de l'avarie reste en 2024 inexpliquée. Le Tanio s'était vu attribuer la plus haute cote de sécurité par la société Veritas en et le gros temps ne peut être seul la cause d'une telle rupture du navire.
Les remorqueurs de haute mer Abeille Flandre et Abeille Languedoc sont envoyés pour porter assistance au pétrolier, en particulier pour empêcher la dérive sur les rochers de la partie arrière du navire, encore flottante. Ils arrivent sur site à et . Au lendemain matin du naufrage, Jean Bulot, commandant de l'Abeille Languedoc, décide d'envoyer par voie marine deux hommes d'équipage à bord du Tanio dérivant pour établir la remorque, l'hélicoptère de l'armée se faisant attendre. L'opération est donc effectuée en embarcation légère, au péril de la vie des marins, dans une houle de . La partie dérivante du Tanio est située à un demi-mille marin des Roches Douvres lors de sa prise en charge en remorque, à le samedi . La destination du remorquage est incertaine jusqu'au lundi , aucun port ne souhaitant accueillir le navire en remorque chargé de de fioul. Les marins de l’Abeille Languedoc remorquant le Tanio doivent attendre à distance des côtes avant que la destination ne soit fixée au port du Havre, où ils arrivent le , mais ne peuvent accoster que le . Le , de fuel et de fuel (de propulsion) ont été extraites de la partie arrière du Tanio dans le port du Havre.
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L'épave de la partie avant, immergée entre 80 et 90 mètres de profondeur, est d'abord colmatée entre le et le . Elle est ensuite vidée de de fioul par des opérations de pompage dans les mois qui suivent le naufrage. Ces opérations prennent fin le . Une quantité inconnue de fioul reste piégée dans l'épave et il a été établi par le CEDRE qu'il s'en échappe encore en 2020 et 2024.
Catastrophe écologique gauche|vignette|387x387px|La Pointe de Men Ruz à Ploumanac'h, en 2021 : épicentre de la pollution occasionnée par le naufrage du Tanio en 1980. La plupart des sources s'accordent sur des chiffres allant de de fioul qui se répandirent dans la mer lors du naufrage et des semaines qui suivirent, souillant la Côte de granit rose, entre Trégastel et l'Île-de-Bréhat, et la réserve naturelle nationale des Sept-Îles, la plus importante réserve ornithologique de France, classée depuis 1976.
Environ ont été tués directement par la pollution du naufrage du Tanio en 1980, notamment trois espèces fragiles de la famille des alcidés (petit pingouin, macareux moine, guillemot de Troïl), nicheurs dans cette zone, ce qui réduisit encore leur population française déjà affaiblie. En 2024, les individus de ces trois espèces sont encore touchés par les rejets de l'épave du Tanio, alors que les statuts de deux d'entre elles (le petit pingouin et le macareux moine) sont « en danger critique » sur le territoire français selon l'INPN, et que la troisième (le guillemot de Troïl) est « en danger » selon le même organisme.
Chronologie de la marée noire vignette|392x392px|Niveaux de pollution côtière engendrée par le naufrage du Tanio en 1980. Le , à : naufrage du Tanio. À , le Vignemale, pétrolier français, reçoit un message de détresse en provenance du Tanio.
Le : en fin d'après-midi, l'odeur de fioul est perceptible à l'Île-Grande.
Le : les première nappes de fioul atteignent le littoral breton près de Trégastel dans la matinée. Sécurité civile, sapeurs-pompiers et agents communaux constituent les premières équipes de nettoyage.
Le : nouvelles arrivées de fioul sur la commune de Ploumanac'h. Des barrages flottants commencent à être déployés. Le plan Polmar est officiellement déclenché à . Environ sont déployées sur les chantiers de dépollution.
Le : la pollution est considérable, elle s'étend de Trébeurden à l'ouest à la pointe de l'Arcouest à l'est. L'effectif humain de lutte est porté à , -pompiers, de l’État et communaux et volontaires. D'innombrables goélands, cormorans et d'autres animaux marins sont retrouvés morts : leurs plumages souillés n'assurant plus de régulation thermique, ils meurent de froid, ou d'intoxication par ingestion.
À partir du , les changements météorologiques poussent la pollution plus à l'ouest sur les côtes finistériennes de Plougasnou et Roscoff. L'effectif humain et les moyens techniques sont encore augmentés en Côtes-d'Armor, les outils des agriculteurs et des municipalités sont dépêchés. À cette date l'épave du Tanio se vide encore de sa cargaison à raison de 3 à de fioul chaque jour.
Le : le plan POLMAR-Terre est déclenché en Finistère. Les plages finistériennes les plus polluées sont couvertes d'une couche de fioul de 1 à d'épaisseur.
À partir du , les chantiers de pompage sont progressivement fermés en Côtes-d'Armor, laissant place aux chantiers de lavage des galets et rochers.
Le la pollution, amalgamée aux algues notamment, s'étend à l'ouest jusqu'à Brignogan et Guisseny.
En avril, les chantiers de nettoyage sont nombreux sur tout le littoral, mobilisant des moyens humains importants ( uniquement en Finistère). Le , le littoral de Pleumeur-Bodou est de plus en plus touché, son maire estime à la surface de côtes à nettoyer sur sa commune.
Fin avril, s'achèvent les opérations de colmatage de l'épave, entreprises par la société Intersub à l'initiative des assureurs du propriétaire et de l'armateur du navire. Des reconnaissances aériennes semblent indiquer l'absence de fuites à partir du .
La lutte contre la pollution s'achève le en Finistère mais dure jusqu'au en Côtes-d'Armor. En , le coût de la lutte contre la pollution à terre est évalué à de francs.
Au vignette|Guillemot de Troïl mazouté par le fioul du Tanio, , pris en charge par le centre de soin de la station LPO de l'Île Grande, commune de Pleumeur-Bodou.|351x351px|gauche À l'automne 2019, de nombreux oiseaux mazoutés sont retrouvés sur les côtes du Trégor. Le pétrole extrait de leur plumage est identifié par le CEDRE comme provenant de l'épave de la partie avant du Tanio, située entre de fond ; l'épave laisserait donc échapper du fioul piégé, dont la quantité est estimée début 2020 à . Cette quantité est cependant difficile à estimer : sur les de fioul transportées, la partie arrière contenant a été remorquée jusqu'au port du Havre après le naufrage, piégées dans la partie avant ont été pompées dans les semaines qui suivirent le naufrage (sur environ contenues dans cette partie au moment du naufrage), et se seraient directement répandues dans la mer lors du drame.
En , le colmatage des fuites est effectué sur l'épave par la marine nationale à l'aide d'un robot sous-marin. Cependant, en , plusieurs oiseaux (des guillemots de Troïl) et un dauphin sont retrouvés échoués mazoutés sur les côtes de Plougasnou et Brignogan (la photo ci-contre est datée d', quelques semaines après le colmatage).
En , une mission d'observation de l'épave révèle de nouvelles fuites.
Entre le et le , Vigipol a dénombré souillés par le fioul du Tanio dont cent quarante guillemots de Troïl (dont trente-cinq étaient morts lors de leur découverte), trente-huit petits pingouins (dont cinq morts), quatre macareux, trois fous de Bassan (dont deux morts), deux grands cormorans (morts), des goélands et une macreuse noire. Ces oiseaux ont été retrouvés sur tout le littoral de la Basse-Bretagne, de Belle-Île au sud à Plévenon au nord. Le fioul retrouvé dans le plumage de ces oiseaux a été identifié par le CEDRE comme provenant de l'épave du Tanio. Le faible nombre d'individus d'oiseaux morts est à relativiser au vu de la population de ces espèces sur le territoire français : le nombre de pingouins torda en France étant estimé à nicheurs en 2006, le souillage de 38 d'entre eux en 2021 est considérable. Vigipol estime par ailleurs qu'environ la moitié des oiseaux apportés vivants aux centres de soin ne survit pas, d'autres sources plus anciennes évoquent un taux de survie des oiseaux recueillis estimé à 20 % seulement (témoignage d'un soigneur à l'époque du naufrage, alors que les procédures de soin sont moins bien établies).
Le , le préfet maritime de l'Atlantique prend un arrêté interdisant la pêche dans un rayon de autour de l'épave pour éviter l'arrachement des dispositifs de colmatage par des engins de pêche. La localisation de l'épave par la préfecture est située aux coordonnées 49°09.481'N - 4°12.837'W.
En 2023, près d'une centaine d'individus d'oiseaux mazoutés ont été soignés dans le secteur par la LPO. Les soigneurs évoquent une forte présomption concernant l'origine du mazout, provenant probablement du Tanio. Entre le et le , Vigipol recense pollués, sur une zone littorale allant de Tréguennec (sud-Finistère) à Plougrescant à l'est, amenant le syndicat à suspecter de nouvelles fuites de l'épave du Tanio. Parmi les individus signalés , , deux fous de Bassan, deux macareux moines, et une spatule blanche sont recensés.
En , des fuites sont à nouveau détectées et colmatées par le CEPHISMER.
Crise sociale et politique
vignette|« Ainsi naquit le drapeau noir des révoltés », autocollant édité en pour protester contre les marées noires à répétition en Bretagne, diffusé à plus de .|316x316px Le naufrage du Tanio succède à ceux du Torrey Canyon en 1967 ( de pétrole), de l’Olympic Bravery et du Böhlen en 1976 (respectivement 800 et ), de l’Amoco Cadiz en 1978 () et du Gino en 1979 (). La marée noire engendrée par le naufrage du Tanio éveille un sentiment de révolte et d'humiliation au sein de la population et des élus locaux bretons, alors que les dossiers d'indemnisation de l’Amoco Cadiz ne sont pas clos.
Le , aucun responsable politique ne s'était encore rendu sur place, ce qui renforce le sentiment d'abandon des populations, élus locaux et professionnels, luttant au quotidien contre la pollution, et alors que les fuites de l'épave du Tanio continuaient de déverser du fioul dans l'océan.
Un Comité de coordination et de vigilance des élus des communes du littoral des Côtes-du-Nord est établi afin de travailler à la reconnaissance et la considération de la catastrophe écologique provoquée par le naufrage du Tanio.