Arnauld Michel d'Abbadie d'Arrast, né le à Dublin et mort le à Ciboure, est un explorateur français connu pour ses voyages en Éthiopie avec son frère aîné Antoine d'Abbadie d'Arrast. Arnauld est géographe, ethnologue, linguiste, familier des polémarques abyssins et témoin actif de leurs batailles et de la vie de leurs Cours. Il est l'auteur de Douze ans de séjour dans la Haute-Éthiopie.

Biographie familiale Le père d'Arnauld, Michel Arnauld d'Abbadie (1772-1832), mort à Paris du choléra, descend d'une ancienne famille d'abbés laïcsL'institution de ces abbés laïcs remontait, par delà les croisades, jusqu'à Charlemagne, qui les avait créés pour défendre la frontière contre les Sarrasins. Les abbés laïcs vivaient la lance au poing dans les abbayes du Pays basque; ils avaient le droit de percevoir les dîmes, et prenaient part à la nomination des curés en les désignant au choix de l'évêque. Le nom même d'Abbadie n'a pas été à l'origine un nom de famille; il s'appliquait à la fonction (abbatia, abbadia).Le père de Michel Arnauld, Jean-Pierre d'Abbadie (1731-1799) était le dernier abbé laïc d'Arrast. La tradition orale de la famille rapporte qu'en 1799, à la suite de violentes émeutes à Mauléon, où Jean-Pierre en tant que défenseur de l’Église risquait la peine de l'échafaud, son médecin, pour lui épargner d’être guillotiné, le saigna, à son insu, dans son bain. d'ArrastArrast - traduction béarnaise du basque « hourristoya » = lieu planté de coudriers., commune du canton de Mauléon. En 1791, pour éviter les suites de la Révolution, Michel Arnauld émigre d'abord en Espagne, puis en Angleterre et Irlande ou il est armateur et fait l'importation de vins d'Espagne. Il épouse Eliza Thompson of Park (1779-1865), fille de médecin, le à Thurles dans le comté de Tipperary.

Arnauld d'Abbadie, né le à Dublin, est le quatrième enfant et deuxième fils d’une fratrie de six enfants :

Elisa (1808-1875), qui épouse Alexandre Glais-Bizoin ; Antoine (1810-1896) ; Celina (1811-1894), religieuse ; Arnauld Michel (1815-1893) ; Juilia (1820-1900), qui épouse Bernard Cluzeau de Cléran ; Charles (1821-1901), qui épouse Marie-Augustine-Émilie-Henriette Coulomb

Le père d'Antoine, rentré en France en 1820, avait obtenu de Louis XVIII l'adjonction de d'Arrast à son nom patronymique d'AbbadiePar jugement du 21 janvier 1821 le Tribunal de Saint-Palais a ordonné la rectification suivante qu'au nom d'Abbadie sera ajouté celui d'Arrast.. Antoine avait fait des recherches généalogiques ; ses ancêtres n'étaient pas nobles et il refuse d'ajouter d'Arrast à son nom patronymique. C'est seulement en 1883 qu'Arnauld, Charles et son fils Arnauld Michel ont demandé à ajouter légalement d'Arrast à leur nom patronymique..

1815-1836 Jusqu'à l'âge de douze ans, Arnauld, comme son frère Antoine, est éduqué au sein de sa famille par une gouvernante. Puis, il entre au Lycée Henri-IV à Paris. Arnauld a une très grande facilité pour les langues. Il parle parfaitement l'anglais, le latin et le grec.

thumb|Audaux - le château

Vers l'âge de vingt ans, Arnauld veut être militaire, car à cette époque, la colonisation de l'Algérie le passionne. Cependant, sa mère s'oppose formellement à ce qu'il se dirige vers une carrière militaire. Pour calmer ses ambitions, elle l’envoie à Audaux au Pays basque, sur les terres de ses aïeux. Arnauld parcours le Pays basque et apprend le basque. Il est très proche de son frère Antoine et une anecdote illustre leur complicité fougueuse, qui prend tout son ampleur lors de l'exploration de l'Abyssinie : ils habitent le château d'Audaux et un jour, impatient d'attendre le bac qui de Laàs fait passer les voyageurs d'un bord à l'autre du gave, ils se jettent à l'eau, tout habillés, puis, après l'avoir traversé, courent, ruisselants d'eau jusqu'au château, page ix..

La guerre civile (carlisme) vient d'éclater en Espagne et beaucoup de Basques partent pour rejoindre Tomás de Zumalacárregui. Arnauld est sur le point de partir lui-même quand un ami, officier de l'armée, lui propose une mission civile en Algérie. Sans surprise, l'exécution de tâches administratives l'ennuie profondément et après quelques mois il quitte l'Algérie pour retourner en France.

Puisque le respect filial lui interdit de servir son pays par les armes et qu’il veut vivre une vie d'action, Arnauld décide de porter le bon renom de la France autrement. Il connait le projet de son frère aîné d'explorer l'Abyssinie et il décide de l'accompagner avec comme but découvrir « les sources du Nil ».

Depuis Antoine est en mission scientifique au Brésil ; il mesure les variations diurnes du champ magnétique terrestre à la demande de François Arago. Il accepte la proposition de son frère, qui part immédiatement pour l'Égypte pour préparer l'expédition. Antoine est de retour en France en ; il dépose ses observations à l'Académie des sciences, puis, le il embarque à Marseille, avec son matériel scientifique, un secrétaire et un serviteur, pour l'Égypte.

Exploration de l'Abyssinie (1837-1849)

L'exploration de l'Abyssinie, largement inconnue des européens du , va occuper Antoine et Arnauld pendant douze ans.

Contexte du voyage Le début du marque l'essor de l’exploration de l’Afrique par les pays européens en quête d'empires coloniaux. Au début, on se limite à la reconnaissances des grands fleuves. La géographie, la géodésie, la géologie et l’ethnographie de vastes régions africaines restent totalement inconnues, ainsi le triangle : Harar-Magadoso-Cap Guardafui de la Corne de l'Afrique est blanc sur les cartes de 1840.

Le territoire à explorer est énorme. Les frères d'Abbadie se limitent à l’Abyssinie, dont les quatre provinces représentent plus de . Les conditions de pénétration sont extrêmement difficiles : les querelles ethniques sont permanentes ; des alliés fidèles d'un jour peuvent devenir des ennemis acharnés le lendemain. Les historiens l'appellent l’Ère des princes ou le Zemene Mesafent ; les guerres religieuses sont monnaie courante (catholiques, protestants, musulmans, coptes, animistes, juifs) ; les barrages linguistiques sont nombreux (l’alphabet éthiopien comporte avec une trentaine de langues et dialectes) ; les maladies endémiques sont nombreuses : typhus la lèpre, les ophtalmies ; la suspicion des puissances coloniales entrave les recherches : Anglais, Italiens, Allemands ou Turcs soupçonnent les frères d'Abbadie d'être des espionsLa tête d’Arnauld est mise à prix : par Lord Palmerston, ministre des Affaires étrangères de la reine Victoria..

Antoine et Arnauld d'Abbadie ne vont pas en Éthiopie comme simples « touristes ». Ils ont des objectifs bien précis : pour Arnauld c'est la recherche de la source du Nil ; pour Antoine c'est d'abord avec un but scientifique. Il veut cartographier le pays, faire des mesures géodésiques et astronomiques. Il invente des techniques nouvelles et les cartes qu'il produit sont surpassées uniquement par l'arrivée de la photographie aérienne et satellitaire ; les deux frères sont des catholiques fervents, issus d'une famille d'abbé laïcs. Antoine le dit lui-même, sans les événements de 1793, il signerait : « Antoine d’Abbadie, abbé lai d’Arrast en Soule ». On peut voir en eux des croisés scientifiques. Ils vont aussi dans les montagnes éthiopiennes pour aider la religion chrétienne en déclin, menacée par un Islam conquérant. ; pour voyager dans ce pays hostile il est nécessaire d'en connaître les us et coutumes. Avant de quitter la France ils se sont renseignés au mieux et une fois sur place, leurs observations ethnologiques, linguistiques, politiques sont de la première importance ; pour Arnauld c'est un projet qui prend forme au fur et à mesure de son implantation dans la vie politique. Il veut reconstituer l'ancien empire chrétien d'Éthiopie aux dépens de l'occupation musulmane. En plus, il veut lier ce futur État à la « protection » de la France et ainsi contrecarrer la colonisation britannique dans l'Afrique de l'est.

Le séjour en Abyssinie

Les deux frères connaissent les langues et surtout les mœurs locales. Leurs caractères sont très différents :

Antoine, le scientifique, est le plus conciliant en apparence, mais par persévérance et patience il obtient ce qu'il veut. Il porte les habits et les allures des Éthiopiens voués à l'étude, un memhir. Il marche pieds nus, car seuls les lépreux et les Juifs portent des sandales. Il travaille assidument à « s'asçavanter » et bientôt on l'appelle « l'homme du livre » ;

Arnauld utilise ses connaissances pour se démarquer de la population. Il est connu de tous comme un homme juste, honnête et fidèle. Il tisse des liens avec les princes et des seigneurs de la guerre, participe à des batailles, frôle la mort à maintes reprises et s'en sort grâce à un courage exceptionnel. Il se forge une réputation de devin et de conseiller, mais il est surtout l'ami et le confident de Dedjadj Guscho, prince de Godjam, qui le considère comme son fils et lui donne le titre honorifique de ras, équivalent de duc dans la noblesse européenne. Arnauld est connu comme « ras Mikaël » (le premier nom d'Arnauld est Michel et il a choisi le nom Mikaël, plus familier aux éthiopiens).

En 1987 Berhanou Abebe publie sur distiques et 25, pages 32-33. des vers, des distiques, datant de l’Ère des princes, qui font référence à Arnauld (« ras Mikaël » ) : « Je n’ai pas même de provisions à leur offrir, / Que la terre me dévore à la place des hommes du ras Mikael. / Est-ce maladresse de gaufreur, ou faute de basane / Que le fourreau du sabre de Mikael ne soit garni de pompon ? ».

Antoine d'Abbadie arrive en Égypte vers le et rejoint son frère Arnauld qui se trouve déjà au Caire. En les deux frères, en compagnie du père Sapeto, partent pour Massaoua, le port d'entrée de l'Abyssinie. Après des difficultés avec un « seigneur de guerre » local, Arnauld et Antoine traversent le Tigré et arrivent à Gondar le .

Dès qu'Antoine commence son travail de géodésie et cartographie il se rend compte que ses instruments ne sont pas adaptés pour un travail de précision ; il doit retourner en France et obtenir des instruments adéquats. Il embarque à Massaoua en et est de retour vingt mois plus tard en .

Pour des raisons tactiques Arnauld et Antoine décident de voyager chacun de leur côté. En fait, pendant leur long séjour Arnauld et Antoine ont passé peu de temps ensemble. Les deux frères s'écrivent souvent, envoient des messagers, font parfois des marches de plusieurs jours pour ne passer que quelques heures ensemble. L'unique événement qui les réunit est l'expédition d'Ennarea au royaume de Kaffa à la recherche de la source du Nil blanc.

Dans l'exploration de l'Abyssinie, Arnauld prépare le terrain pour Antoine : première visites et démarches auprès des seigneurs locaux etc, puis Antoine fait son travail tranquillement. Les travaux scientifique d'Antoine sont décrits dans l'article Les travaux d'Antoine d'Abbadie et les aventures d'Arnauld ci-dessous. Après avoir collecté des informations de valeur concernant la géographie, la géologie, l'archéologie et l'histoire naturelle de l'Éthiopie, les frères retournent en France en 1849.

1850-1893 Le Antoine et Arnauld d'Abbadie d'Arrast reçoivent la médaille d'or de la Société de Géographie..

Le , les deux frères sont faits chevaliers de la Légion d'honneur..

Arnauld voyage relativement peu après 1853. Il est avec l'expédition française en Syrie lors des massacres des maronites en 1860, puis à Chypre, au Caire, à Beyrouth et finalement à Jérusalem, où il veut fonder, à ses frais, un asile pour les pèlerins éthiopiens qui se rendent dans cette ville.

Deuxième mariage et enfants Arnaud épouse une américaine, Élisabeth West YoungÉlisabeth Virginie West Young, née le 3 mai 1838 à Portsmouth (New Hampshire), décédée le 26 mars 1923 est la fille de Robert West Young (1805-1880), médecin et Anne Porter Webb (?-1885), qui est américaine, née en Virginie., le . De cette union naissent neuf enfants :