Numa Sadoul, né le à Brazzaville (Congo), est un écrivain, comédien, metteur en scène et spécialiste de la bande dessinée française.

Biographie Numa Sadoul naît le à Brazzaville, au Congo, où son père, Numa Sadoul, est gouverneur de la France d'Outre-Mer. Il vit en Afrique (Congo, Gabon, Djibouti) et à Madagascar, avant de se fixer à Cagnes-sur-Mer en 1966, lorsque son père prend sa retraite. Depuis, il n'a plus quitté cette maison familiale. Il étudie les lettres à l'université de Nice jusqu'à soutenir en 1971 un mémoire de maîtrise intitulé Archétypes et concordance dans la bande dessinée moderne et suit aussi des cours de théâtre.

Ainsi la critique de théâtre Renée Saurel écrit à son propos dans la revue Les temps modernes : Son enfance à Madagascar lui vaudra d’être invité d’honneur au salon SoBD 2021 à Paris qui présente un focus sur la littérature dessinée malgache.. L'importance d'avoir grandi en Afrique lui inspire en 1973 ces lignes dans un article à propos du personnage Corto Maltese et son créateur Hugo Pratt :

Son grand-oncle Jacques Sadoul, avant de finir sa vie comme maire de Sainte-Maxime (dans le Var), s'est rallié à la révolution communiste en Russie, dont il est devenu un participant et un commentateur important. Il est l'un des rares étrangers titulaires du grade de colonel des cosaques et d'instructeur de l'armée soviétique.

En revanche Numa Sadoul n’a pas de lien de parenté avec l'historien du cinéma Georges Sadoul, ni avec l'autre Jacques Sadoul, éditeur de la collection J'ai Lu.

Si le succès du livre Tintin et moi, entretiens avec Hergé le fait connaître du grand public à partir de 1975, la vie artistique bien remplie de Numa Sadoul — qui est insomniaque ! — se partage depuis plus de cinquante ans entre deux mondes artistiques : celui de la scène (il écrit, met en scène, joue, pour l'opéra, et le théâtre...) et celui de l'écriture (presse, livres d'entretiens avec des auteurs de bande dessinée, mais aussi romans), avec de longues périodes où il délaisse l’une de ces pratiques au profit de l'autre.

En 2026, il continue à donner des cours de théâtre à Nice et à Saint Paul de Vence, à animer la troupe « Les Enfants Terribles » et à publier de nouveaux ouvrages (dont les entretiens avec Riad Sattouf à paraitre en 2026).

Il dévoile en 2024 son appartenance à la franc-maçonnerie.

Dans Franquin et moi, entretiens avec Numa Sadoul, paru en 2024, il se confie à Christelle Pissavy-Yvernault sur sa vie et son parcours.

Littérature (hors bandes dessinées) Les apprentissages de Numa Sadoul, futur écrivain, auteur dramatique et homme de presse, commencent très tôt en Afrique et à Madagascar.

Il apprend à lire à trois ans avec Tintin au Congo et Tintin en Amérique, à écrire à quatre, et rédige ses premiers poèmes et contes à l’âge de neuf ans. Ses poèmes et nouvelles commencent à paraître lorsqu'il a dans le journal de son lycée à Tananarive, puis dans des revues spécialisées en poésie, la première étant Points et Contrepoints, en France, en 1964.

Durant les années 1960, certains de ses poèmes sont diffusés sur les ondes de France Culture et France Inter.

En 1970, il publie son premier livre, Oratorio, un recueil de pièces de théâtre, à l’enseigne de Pierre-Jean Oswald — à l’époque, principal éditeur de théâtre en France. Un de ses premiers ouvrages, un livre érotique édité par Régine Deforges, est interdit dès sa sortie. Depuis lors, plus de trente de ses ouvrages paraissent, qui relèvent de différents genres littéraires : romans, récits, théâtre, poésie, essais, entretiens autour de la BD.

Depuis les années 1970 jusqu'aux années 2000, il continue à publier des poèmes dans différentes revues, souvent du secteur de la bande dessinée, telles que : Caractères, Harangue, Métamorphoses, Poésie d’Ici, ainsi que des nouvelles dans Le Canard Sauvage, Circus, Les Cahiers de la bande dessinée, Fiction, Fluide glacial, La Demi-Lune, Métal hurlant, Le Phacochère, Actuel et Lunatique.

Paraissent notamment Le Marcheur d'étoiles (nouvelle de fantasy parue dans Lunatique à la fin des années 1960), Justice est fête (conte illustré par Gotlib, dans Bazar , repris dans Fluide Glacial ), Sous le signe du Cancer (nouvelle publiée dans Fiction ), de courtes nouvelles dans Fluide glacial , 9, 14, 21, 130, Néon rouge (extrait d'un poème fantastique dans Métal hurlant bis, spécial « Fin du monde » en 1978).

Entre 1973 et 1981, il devient éditeur aux éditions Glénat, où il crée et anime notamment la collection de romans populaires Train d’Enfer qui, durant cette période, publie huit romans de jeunes auteurs, mais cette collection s'interrompt vite faute de succès.

Un projet de livre en collaboration avec le chanteur Georges Brassens dont il était proche, comportant une analyse de toutes ses chansons, ne verra pas le jour en raison de la disparition prématurée du chanteur.

Numa Sadoul est membre de la SGDL (Société des Gens de Lettres), de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), de la SACEM (Société des Auteurs Compositeurs et Éditeurs Musicaux). Certains de ses ouvrages et articles sont traduits en plusieurs langues : allemand, anglais, chinois, espagnol, italien, japonais, néerlandais, portugais...

Bande dessinée À l’âge de trois ans, Numa Sadoul apprend à lire dans les albums de Tintin et de Spirou que sa mère lui montre chaque soir pour l’endormir.

Sa passion pour la bande dessinée se concrétise tout d’abord par une maîtrise de lettres sur ce sujet à l’université de Nice en 1971, avec un mémoire intitulé Archétypes et concordances dans la bande dessinée moderne. Ce mémoire fera l'objet d'une publication sous forme de livre (Famille en cases) en 2026. Dans le cadre de ce travail, il envoie en 1970 un questionnaire aux plus grands maîtres franco-belges de l'époque : Hergé, Roba, Peyo, Fred, Franquin, Vandersteen, Goscinny, Uderzo...

En 1970, il rencontre le jeune Jacques Glénat, qui, à l'âge de 16 ans, vient de créer le fanzine Schtroumpf (qui deviendra Les Cahiers de la bande dessinée). Ils deviennent amis et collaborent à la revue, ainsi qu'à d'autres projets : Glénat sera l'un des principaux éditeurs des livres de Numa Sadoul.

Il interviewe Hergé, une première fois en 1971 à la foire du livre de Nice, ce qui, cinq mois plus tard, l’amène à lui proposer de réaliser un livre d'entretiens.

En parallèle avec ses premiers livres d’entretiens s’ensuivent de multiples collaborations aux principaux organes de presse français et européens qui fleurissent alors, du plus petit fanzine amateur au quotidien Le Monde, jusqu’à la fin des années 1980. Pour Les Cahiers de la Bande Dessinée, il réalise de nombreuses interviews d’auteurs — entre autres, dans le numéro 22, un entretien détonnant avec René Goscinny où le scénariste et créateur de Pilote s’insurge d’être traité par ses détracteurs de raciste et nationaliste. Ces interviews donneront lieu à la publication d'un recueil en 2026 ("Mes entretiens des "cahiers""). À la fin des années 1980, il devient pour quelques mois rédacteur en chef de la revue.

Il est également le rédacteur en chef du trimestriel Le Canard Sauvage édité par Jacques Glénat dont sept numéros paraissent de 1973 à 1974.

Depuis 1973, Numa Sadoul publie de nombreux recueils d’entretiens avec les plus grands noms de la bande dessinée et du dessin humoristique. Malgré les réticences initiales des éditeurs, il impose et popularise ce genre dont il n'existait avant lui qu'un seul précédent dans le monde francophone : les entretiens de Philippe Vandooren avec Jijé et Franquin, en 1969. Au début des années 1970, la bande dessinée vient alors d'atteindre la maturité nécessaire pour qu'on lui consacre enfin ce genre d'ouvrage. Numa Sadoul initie ainsi une nouvelle pratique, plaçant la barre haut pour ceux : Benoît Peeters, Thierry Groensteen et tous les francophones qui s'y essayeront par la suite. D'entretien en entretien, Numa Sadoul peaufine sa méthode, notamment en interrogeant Franquin : « J’ai une façon très insidieuse d’insister, de revenir en arrière. Quand je sens qu’il ne veut pas parler ou qu’il élude, je lui dis que nous y reviendrons et, là, je recommence à pilonner, et il finit toujours par cracher le morceau. La méthode de la police judiciaire ! »

En 1971, il est le premier à être reçu pour quatre jours d’entretiens par le maitre fondateur de la bande dessinée franco-belge Hergé — Numa Sadoul n'a alors que . Fanny Rodwell, la veuve d'Hergé, raconte plus tard : .. Ce dernier, qui avait répondu à l'invitation d'Hergé de lui rendre visite dans ses bureaux de Bruxelles à la suite de leur première rencontre à Nice, venait de lui proposer, sans l'avoir prémédité, le principe d'un livre d'entretiens. Hergé, flatté, avait immédiatement accepté., et les entretiens commencèrent sur le champ. « Mon culot a surement plu à Hergé », s'amusera Numa Sadoul. Pourtant, en raison du manque d’enthousiasme des éditeurs — il s'agit du premier ouvrage de ce genre —, Tintin et moi ne parait qu’en 1975 chez Casterman, et encore, sur l'insistance d'Hergé. Le perfectionnisme et l'obsession du contrôle d’Hergé, qui procède à de nombreuses réécritures, expliquent aussi ce délai. Numa Sadoul, regrettera plus tard de ne pas avoir su — faute d'expérience — davantage pousser Hergé dans ses retranchement, lors de ces entretiens.

Tintin et moi , qui connaît plusieurs rééditions augmentées, est désormais utilisé comme livre de référence par les biographes d’Hergé et les analystes de son œuvre. Le livre donne lieu à un film du même titre réalisé par Anders Østergaard en 2003, incluant des extraits des enregistrements audios de 1971.

Numa Sadoul reviendra en 2024 sur cette expérience dans l'ouvrage collectif de Renaud Nattiez Demain Tintin? Entretiens avec « 7 fils de Tintin » où sont interrogés Albert Algoud, Jean-Marie Apostolidès, Pierre Assouline, Philippe Goddin, Jacques Langlois, Benoît Peeters et lui-même.

S'ensuivent d'autres livres d'entretiens avec d'autres grands auteurs de bande dessinée francophone : Franquin, Giraud/Moebius, Tardi, Uderzo, Vuillemin, Mordillo… Certains donnant lieu à des rééditions enrichies d'extraits inédits des entretiens originaux (Tintin et moi, Entretiens avec Gotlib) ou de nouveaux entretiens (Entretiens avec Uderzo). Dans le livre d'entretiens avec Christelle Pissavy-Yvernault, Numa Sadoul évoque aussi les occasions manquées, les livres qui ne furent jamais écrits, avec Hugo Pratt, Morris, Roba...

Le premier livre d'entretiens à être édité parait en 1973 — consacré à l'auteur Gotlib — bien que l'ouvrage ait été entrepris postérieurement aux entretiens avec Hergé. Le ton y est familier et le tutoiement de rigueur. Sur l'exigence de l'éditeur Albin Michel, qui estime qu'un essai se vendra mieux qu'un livre d'entretiens, une partie des conversations sont remaniées sous forme d'analyses à caractère souvent psychanalytique. La réédition par Dargaud en 2018 permettra un retour à la forme originellement souhaitée. Il en sera de même pour la première édition des entretiens avec Moebius.

Il parait évident à Numa Sadoul de consacrer un livre d'entretiens à Franquin, auteur non moins important et dont il est devenu ami dès 1971. Mais le trop modeste Franquin sera bien plus difficile à convaincre qu'Hergé : il faudra plus de d'insistance à Numa Sadoul, et la complicité des proches du dessinateur, pour prendre littéralement le créateur de Gaston Lagaffe et du Marsupilami, par surprise à l'issue d'un déjeuner, de l'amener à se confier devant son magnétophone pour le livre Et Franquin créa Lagaffe.