250px|vignette|Le drapeau de la marine impériale japonaise semblait particulièrement alarmant et hostile durant la Seconde Guerre mondiale. De nos jours il reste pour les orientaux le symbole des atrocités commises, au même titre que la croix gammée pour les occidentaux
Le sentiment antijaponais concerne la xénophobie, particulièrement, la détestation, le grief, le soupçon, l'intimidation, la peur ou l'hostilité envers les Japonais, le Japon ou la culture japonaise. Parfois, le terme japonophobie ou de nippophobie est aussi utiliséBill Emmott, Japanophobia: The Myth of the Invincible Japanese (1993).
Aperçu général Résultats d'un sondage BBC World Service en 2014Appréciation de l'influence du Japon par paysClassé selon positif/négatifPays Positif Négatif Neutre Positif-négatif 5 90 5 -85 15 79 6 -64 28 46 26 -18 27 29 44 -2 38 25 37 13 46 30 24 16 45 26 29 19 40 18 42 22 58 34 8 24 46 21 33 25 43 16 41 27 58 30 12 28 43 12 45 31 59 26 15 33 49 12 39 37 59 21 20 38 59 19 22 40 65 24 11 41 66 23 11 43 50 6 44 44 70 19 11 51 70 14 16 56 72 13 15 59 Résultats d'un sondage Pew Research Center en 2013Appréciation du Japon en Asie/PacifiqueClassé selon favorable/défavorablePays Favorable Défavorable Neutre Fav - Défav 4%90%6%-86% 22%77%1%-55% 51%7%42%44% 78%18%4%60% 78%16%6%62% 79%12%9%67% 80%6%14%74%
Les sentiments antijaponais vont de l'animosité à l'égard des décisions prises par le gouvernement japonais et d'un dédain pour la culture japonaise au racisme envers le peuple japonais. Des sentiments de déshumanisation ont été exacerbés par la propagande antijaponaise de la Seconde Guerre mondiale.
C'est en Chine et en Corée du Sud que ce sentiment antijaponais est le plus fort.
Traditionnellement en Occident et en Chine, le sentiment antijaponais se nourrissait d'insinuations assimilant les Japonais à des barbares. Le Japon cherchait à adopter les mœurs occidentales afin d'essayer de rejoindre l'Occident en tant que puissance impériale industrialisée. L'éditorial (intitulé Datsu-A Ron, ce qui peut être traduit par « quitter l'Asie ») de Fukuzawa Yukichi, publié en 1885, servit de socle intellectuel pour la modernisation et l'occidentalisation du Japon.
thumb|left|150px|Timbre avec la carte de la sphère de coprospérité
La défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale ayant atténué l'animosité des populations occidentales, le sentiment antijaponais demeure toutefois latent chez les populations d'Extrême-Orient ayant autrefois été intégrées dans la sphère de coprospérité de la grande Asie orientale lors de l'expansion du Japon Showa. Ce sentiment est maintenu à vif par la perception générale d'un gouvernement japonais ne semblant pas assumer les atrocités commises par ses militaires, voire essayant de réécrire l'histoire concernant ces événementsAu-japon-on-ne-badine-pas-avec-la-patrie, https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/04/03/au-japon-on-ne-badine-pas-avec-la-patrie_1030499_3216.html#er.
De plus, l'attentisme japonais concernant les armes chimiques (selon le gouvernement japonais ) enterrées en Chine à la fin de la Seconde Guerre mondiale, menaçant tant l'environnement que la populationAmbassade du Japon en France , ) ne va pas dans le sens d'une amélioration de la perception du Japon.
Périodiquement, des ressortissants japonais nourrissent les critiques à l'étranger. L'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi fut par exemple lourdement critiqué par la Chine et la Corée du Sud pour avoir rendu hommage aux soldats morts pour les empereurs au sanctuaire de Yasukuni, où sont notamment inhumés tous ceux qui ont donné leur vie en combattant pour le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, dont criminels de guerre reconnus. Il en fut de même pour l'ancien premier ministre Shinzo Abe lorsqu'il nia en 2007 l'implication de l'armée impériale japonaise dans l'enlèvement et l'asservissement des femmes de réconfortAbe rejects Japan's files on war sex, https://www.nytimes.com/2007/03/02/world/asia/02japan.html; Growing chorus slams war https://www.nytimes.com/aponline/world/AP-Japan-Sex-Slaves.html?ref=world.
Avec l'appui du gouvernement, des nationalistes d'extrême-droite ont également publié des livres d'histoire purgeant les atrocités japonaises, et l'opinion internationale est souvent interpellée par la controverse entourant ces livres. D'autres personnes, Japonais pour la plupart, pensent que ce sentiment antijaponais a pour cause l'ethnocentrisme et une haine profonde et ancrée dans la culture des pays concernés.
Des faits divers impliquant des victimes étrangères ont provoqué un sentiment antijaponais, comme celui du cannibale Issei Sagawa. Après avoir tué et partiellement mangé une étudiante néerlandaise en France, la justice française le juge irresponsable de ses actes et l'a interné dans un hôpital psychiatrique. Il se fit extrader vers le Japon où des experts le déclarèrent responsable, mais il ne put être jugé une seconde fois, selon le droit international, et profita pendant quelque temps de sa notoriété.
États-Unis
thumb|Le sentiment antijaponais a percé aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement a subventionné la production d'affiches de propagande utilisant des stéréotypes exagérés. thumb|La propagande antijaponaise.
Le sentiment antijaponais a pris racine aux États-Unis bien avant la Seconde Guerre mondiale. Non seulement les japonais, mais également les immigrants asiatiques en général étaient sujets à une discrimination raciale dès la fin du . Des lois discriminant ouvertement les japonais, ainsi que les chinois, coréens et philippins furent promulguées (comme la loi d'exclusion des Chinois en 1882 ou la loi Geary en 1892), leur interdisant l'accès à des droits tels que la citoyenneté américaine ou dans une certaine mesure la propriétéA People and A Nation, éditions Dolphin, par Norton, Katzman, Blight, Chudacoff, Logevall, Bailey, Paterson et Tuttle .
Les nouveaux arrivants étaient les premiers touchés, étant pour la plupart des fermiers ils se retrouvaient réduits à devenir des travailleurs immigrés. La Ligue pour l'exclusion des asiatiques est parfois cité comme étant le point de départ du mouvement antijaponais californien.
Au , beaucoup d'américains voyaient le Japon comme un pays éclairé de l'Extrême-Orient qui avait su émuler l'Ouest et devenir une puissance coloniale, comme beaucoup de puissants pays européens à l'époque. Néanmoins, cette perception commença à changer avec les nombreux récits de brutalités japonaises dans les territoires conquis publiés dans la presse américaine, et l'opinion publique s'est modifiée.
En Chine
Il y a un fort sentiment antijaponais en Chine. Certains parlent même de « haine nationale chinoise à l'égard du Japon ». Il semble qu'il y ait des variations locales dans la force de ce sentiment antijaponais, dont on suppose qu'il est plus faible dans les zones non soumises à l'occupation japonaise, et, ironiquement, dans celles occupées de longue date par les Japonais.
Les racines de cette aversion se trouvent dans l'histoire. Comme les pays occidentaux, le Japon a décollé en annexant des terres en Chine vers la fin de la dynastie Qing. Ce refus de la colonisation et les Vingt et une demandes du gouvernement japonais ont entrainé un boycott des produits japonais en Chine (voir mouvement du 4-Mai).
La plus grande partie du sentiment antijaponais en Chine peut être directement attribuée à la seconde guerre sino-japonaise, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.
La guerre a eu comme conséquences en Chine la mort de 20 millions de civils et de 3 millions de militairesThe real 'China threat' . Chalmers Johnson., en plus des 23 millions de morts d'origine chinoise en Asie du Sud-EstThe Looting of Asia. Chalmers Johnson.. De plus la guerre causa 383,3 milliards de dollars de dégâts et occasionna 95 millions de réfugiés. La Mandchourie, passée sous contrôle japonais en 1931, devint un état fantoche appelé Manzhouguo. De grandes villes furent par la suite occupées en 1937 par les Japonais : Nanjing, Shanghai et Pékin. De notables atrocités furent commises par les forces japonaises comme le massacre de Nankin. En Mandchourie, l'unité 731, une unité de recherche biologique utilisa des civils chinois comme cobayes. Des femmes de plusieurs pays d'Asie furent victimes d'esclavage sexuel dans des bordels pour l'armée japonaise.
Cela fut complété par l'arrogance et le mépris, nourri par l'idéologie du nationalisme japonais, que de nombreux Japonais portaient à la Chine ainsi que par la discipline brutale de l'armée impériale japonaise.
L'impression que le Japon n'a pas montré de réelle repentance pour ses actes pendant la Seconde Guerre mondiale est répandue en Chine. Les Chinois croient que les Japonais prennent à la légère les dommages et les souffrances qu'ils ont causés. Une méfiance persiste quant à la sincérité des quelques repentances du Japon pour son passé guerrier. Cette impression est relayée par les négligences de certains politiciens japonais ainsi que par l'affirmation par des nationalistes que les atrocités japonaises n'ont jamais eu lieu.
Des sentiments antijaponais seraient à l'origine de la censure par le gouvernement chinois du film Mémoires d'une geisha le . Le fait que ce soit une actrice chinoise Zhang Ziyi, qui interprète le rôle de la geisha japonaise (les geishas étant souvent perçues, à tort, en Chine comme des prostituées) a déclenché une vive polémique dans une certaine partie de la population chinoise.
En Corée
Le sentiment antijaponais dans la péninsule coréenne est souvent attribué à l'Histoire de la Corée sous occupation japonaise de 1910 à 1945 ; mais remonte aussi aux raids des wakō, des pirates japonais, et à la guerre Imjin en 1592.
Juste avant l'annexion de la Corée, des agents japonais sous les ordres de Miura Gorō ont aussi violé, tué puis brûlé l'impératrice Myeongseong de Corée.8 octobre 1895. Ayant tenu tête aux Japonais, la reine de Corée est poignardée, violée et brûlée vive., Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, Le Point, 8 octobre 2012. The Sobering Truth of Empress Myeongseong's Killing, Kim Tae-ick, Chosun Ilbo, 25 août 2009.. Tout ceci pour prévenir la montée de l'influence russe en Corée puisque l'impératrice entretenait de très bonnes relations avec la Russie.
Sous la dynastie Joseon, pendant le règne du roi Gojong, le Japon obtint de la Corée des droits diplomatiques par la force comme le traité d'Eulsa.
Après l'annexion de la Corée, le Japon utilisa une politique d'assimilation culturelle. Les coréens furent obligés d'adopter le système des noms de familles japonais mais aussi de donner au shintoïsme le statut de religion officielle. Il était aussi interdit d'écrire, de parler coréen dans les écoles, les endroits publics ou dans les places d'affaires..
Le , des manifestations antijaponaises demandèrent l'indépendance dans toute la péninsule coréenne. On estime que ce mouvement a rassemblé près de deux millions de personnes (Mouvement du ). Les manifestations furent brutalement réprimées. Il en résulta la mort de plusieurs milliers d'entre eux et l'emprisonnement ou la mutilation de dizaines de milliers de manifestants mais aussi la destruction de temples, d'églises, d'écoles et aussi de maisons. D'après les archives coréennes, furent arrêtés, furent tués, furent blessés. Selon les archives japonaises, il y eût arrestations, et . L’Encyclopædia Britannica évoque pendant les 12 mois du mouvementMarch First Movement -- Britannica Online Encyclopedia.
Pendant les années 1940, les Japonais confisquèrent les objets à base de métal comme les cuillères, les bols et même les baguettes car ils en avaient besoin pour fabriquer des armes. Ils enrôlèrent aussi de jeunes hommes de Corée pour le travail ainsi que pour le service militaire. Environ jeunes filles et femmes furent utilisées dans le cadre d'esclavage sexuel : les femmes de réconfortComfort-Women.org.