Le Noyer du Brésil, Châtaignier du Brésil ou Noyer d’Amazonie (Bertholletia excelsa) est une espèce de plantes à fleurs, de la famille des Lecythidaceae. Il est disséminé dans les forêts tropicales chaudes et humides qui longent le fleuve Amazone et son affluant le rio Negro situées au Brésil. On le retrouve aussi en Bolivie, au Pérou, en Colombie et au Venezuela. C’est l'un des plus grands arbres de la forêt amazonienne et peut mesurer plus de de haut, d'où son surnom de roi de la forêt amazonienne. Il produit la noix du Brésil formée d’une coque épaisse et dure d’une dizaine de centimètres de diamètre. Cette noix contient une vingtaine de graines protégées par un tégument lignifié. Cette graine, une amande blanche comestible, est particulièrement riche en lipide, en sélénium et zinc, ainsi qu'en fibres, phosphore, magnésium, fer et vitamine E.
De par son mode de reproduction peu efficace, le Noyer du Brésil ne supporte pas les modifications de son écosystème forestier. Au , d’abord protégé par les Amérindiens qui consomment sa noix. Il est ensuite géré suivant un modèle d'exploitation de masse. Ce modèle extractiviste s’appuie sur des collecteurs qui doivent se rendre en famille, en forêt primaire, au moment de la récolte et des commerçants qui servent d’intermédiaires avec les maisons de commerce, qui elles, se chargent d'exporter les noix vers les États-Unis et l’Angleterre. Au , les stations de noyers du Brésil en forêt sont peu à peu privatisées au bénéfice d’un nombre restreint de grands propriétaires fonciers. Dans les années 1970, la politique conduit à préférer l’élevage et l’agriculture à l’extractivisme considéré alors comme arriéré. Entre 1970 et le début des années 2000, la production de noix d’Amazonie s’effondre au Brésil mais est compensée par l’augmentation de la production en Bolivie et au Pérou.
Jusque dans les années 1970, la noix du Brésil est le premier aliment globalisé ramassé directement en forêt dans des zones encore restées éloignées des communautés humaines.
Dénominations Son nom scientifique valide est Bertholletia excelsa Humb. & Bonpl. Son nom vulgaire scientifique recommandé ou typique en français est Noyer du BrésilKatia AMRIOU, Le Noyer du Brésil ((Bertholletia excelsa, Lecythidacées), sa noix, son huile), thèse de l'Université Claude Bernard, Lyon, 2010. DOI : http://hdl.handle.net/10068/850233.. Longtemps, le Brésil a largement dominé la production mondiale, mais en raison du déboisement de l’Amazonie brésilienne, la production ne cesse de diminuer alors que celle de ses voisins, Bolivie et Pérou, augmente jusque vers les années 2003 où elle est finalement dépassée. Les producteurs boliviens réclament alors que la noix du Brésil soit appelée noix d’Amazonie afin de ne pas induire en erreur les acheteurs étrangers.
Les autres noms vernaculaires pouvant désigner éventuellement d'autres espèces sont Berthollétie Nom en français d’après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada, Bertholletia, Châtaignier du Brésil (d’après A. Bonpland son premier descripteur), noix du BrésilNom en français d'après l'UICN sur le site de la liste rouge de l'UICNMeyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des Sciences Animales. . Montpellier, France, Cirad. [12/05/2015].Nom en français d'après Dictionary of Common (Vernacular) Names sur Nomen. , Noyer d'Amazonie.
Étymologie et histoire taxinomique
L’arbre nommé Castanha-do-Brasil (ou Castanha-do-Pará « châtaignier du Para ») par les Portugais reçut en 1807 le binom latin Bertholletia exelsa par les naturalistes Aimé Bonpland et Alexandre de Humboldt à leur retour de l’exploration scientifique du bassin de l’Orénoque et de l’Amazone (ainsi que des Andes, Cuba et les États-Unis) qu’ils menèrent ensemble entre 1799 et 1804. Le genre a été nommé Bertholletia par Aimé Bonpland qui, dit-il, . Les auteurs, n’ayant pas vu de fleurs, furent fort embarrassés pour le classer aussi bien dans le système sexuel de Linné que dans les familles naturelles de Jussieu. En 1822, le botaniste Poiteau, qui fut Directeur des Cultures aux habitations royales de la Guyane française de 1817 à 1822, créa la famille des Lécythidacées dans laquelle il le plaça.
L'épithète spécifique , qui signifie « haute » en latinLorraine Harrison, Le latin du jardinier. Editions Marabout, 2012. Page 83., a été choisie en raison de sa taille imposante.
Description Morphologie
Le Noyer d'Amazonie est tout à fait remarquable par sa taille tout d'abord (de 30 à de haut), mais aussi par sa forme caractéristique : grand tronc vigoureux, cylindrique, totalement dénudé, de 1 à de diamètre, sans contrefort, se terminant par une sorte de grande couronne émergente. Certains individus colossaux peuvent atteindre de haut et de circonférence. Son architecture est de type coloniaire.
Ses feuilles simples, alternes, coriaces, mesurent sur et sont de formes oblongues et ovales, à marge ondulée.
vignette|redresse=0.8|Coupe de la fleur et du fruit de Bertholletia excelsa (d'après Marc Gazel). vignette|redresse=0.8|Coupe transversale du fruit, à paroi (péricarpe) épaisse et graines enfermées dans un tégument dur, roux brun. vignette|redresse=0.8|Graine fraîche non décortiquée et graine décortiquée (une partie du tégument solide a été cassé). vignette|redresse=0.8|Abeille charpentière Xylocopa frontalis (mâle) collectant le nectar dans une fleur de Bertholletia excelsa. vignette|redresse=0.8|Eulaema meriana femelle repoussant la ligule pour collecter le pollen des étamines qu’elle transporte dans les corbeilles à pollen de ses pattes postérieures.
En haut de cet arbre poussent des inflorescences composées, d’environ (en Guyane) et jusqu’à dans l’État de Pará (au Brésil), en panicules, portant de petites fleurs d’un blanc jaunâtre. Chaque fleur hermaphrodite, à symétrie bilatérale (zygomorphes), possède un calice décidu, d’abord entier puis s’ouvrant en deux valves concaves, avec 2 à 3 lobes de de long. La corolle odorante est formée de six pétales de , d’une couleur allant du blanc au jaune canari et de nombreuses étamines fertiles et de staminodes, soudés à la base pour former un androphorechez les Angiospermes, axe situé dans le prolongement du pédoncule floral et supportant l’androcée en forme d’un large capuchon , rabattu sur le pistil et étroitement appliqué au sommet de l'ovaire. Le capuchon hémisphérique de l’androphore ne porte que des staminodes rabattus vers l’intérieur (appelées ligule) alors que sa base porte une centaine d’étamines fertiles, à filet blancs et anthère jaune. L’ovaire infère, possède 4 loges à 4 à 6 ovules, soit en moyenne 20 ovules. Seulement 0,28 à des fleurs produisent des fruits.
La période principale de floraison se déroule d’août à novembre dans l’État de Pará, durant la saison sèche et la période fructification principale dure d’octobre à décembre.
Le fruit est une pyxide subglobuleuse à péricarpe ligneux, déhiscente par un petit opercule de de diamètre. À maturité, l’opercule est entrainé à l’intérieur du fruit mais ne dégage pas une ouverture suffisante pour permettre la libération des graines. Les fruits se présentent comme des coques marron et dures, qui pour la majorité des cas () font de 9 à de diamètre, avec une paroi de 1,2 à d’épaisseur et pèsent moins de (d’après l’étude statistique de Müller et al., 1995). Toutefois, la classe des fruits les plus gros (de plus , représentant du total) pèsent en moyenne .
La coque est divisée intérieurement en 4 loges, qui renferment chacune plusieurs graines trigones aux arêtes vives, de de long, de section triangulaire. Leur nombre au total varie de 18 et 23 selon la grosseur de la coque. Chaque graine est protégée par un tégument brun-noir, dur, ligneux et rugueux. L’amande est blanche, huileuse et un excellent comestible. Les cotylédons sont réduits à deux minuscules écailles.
Le Noyer du Brésil fait partie des arbres pouvant atteindre des âges considérables : jusqu'à un millénaire, dit-on..
Pollinisation et fructification Le Noyer du Brésil est une plante allogame où chaque fleur doit être fécondée par le pollen d’une autre fleur. La structure fermée de la fleur formée par les staminodes congruents (l’androphore) créé une chambre enfermant les étamines (mâles) et le stigmate (femelle), plus favorable à une autopollinisation qu’à une fécondation croisée pourtant absolument obligatoire.
Cette chambre peut cependant être visitée par des insectes pollinisateurs à condition d’être suffisamment vigoureux pour être capables de lever la ligule (le capuchon) et de s’introduire jusqu’aux organes reproducteurs pour collecter le nectar et le pollen. Les principaux visiteurs sont des abeilles et bourdons de la famille d’Apidae (Bombus brevivillus, B. transversalis, Eulaema cingulata, E. nigrita, Trigonia Hialinats etc. ainsi que des Xylocopa frontalis, Centris similis, Epicharis rustica, E. affinis etc.). Le visiteur le plus important dans la région de Manaus est l’abeille charpentière Xylocopa frontalis ; elle est la première à arriver sur les fleurs (à 5 h 15 du matin) pour collecter nectar et pollen. Elle se pose sur la ligule et pousse la tête à l’intérieur pour collecter le nectar à la base de la ligule. La seconde abeille la plus fréquente est Centris denudens qui entre dans la fleur immédiatement après l’avoir atteinte.
Les pollinisateurs qui rentrent en force sous la ligule pour collecter le nectar ou le pollen, ressortent le thorax couvert de pollen. En visitant une autre fleur, ils transmettent le pollen au stigmate récepteur d’une autre fleur (étude de Maués, 2002, effectuée dans l’État de Pará). Toutefois, bien que beaucoup d’espèces visitent les fleurs du Noyer du Brésil, seulement quelques espèces d’abeilles pénètrent sous la ligule et permettent la pollinisation croisée.
Le cycle de développement des fruits se déroule sur une longue période de , en moyenne. Les fruits arrivent à maturité sur l’arbre environ un an après la floraison, mais ils ne tombent au sol que 3 à 5 mois plus tard. Les graines germent dans le fruit tombé à terre : quelques plantules parviennent à sortir par l’ostiole (petite ouverture de l’opercule) et leurs racines se développent en même temps que le pourrissement du péricarpe. Les fruits peuvent également être rongés par les agoutis qui font de réserves de graines et aident ainsi à leur dissémination.
De par son mode de reproduction alambiqué, ayant besoin de pollinisateurs spéciaux et produisant un fruit doté d’une coque ligneuse très dure ne laissant pas sortir ses graines, le Noyer du Brésil ne supporte pas les modifications de son écosystème forestier
En moyenne, un arbre produit environ 150 kg de noix par an. Mais cela dépend évidemment de plusieurs facteurs, tels que le climat, l'âge de l'arbre, la grosseur des coques...
Distribution
L’aire naturelle du Bertholletia excelsa comprend tout le bassin amazonien, zone à cheval sur le Brésil, le Venezuela, la Colombie, le Pérou, la Bolivie et le sud de la région des Guyanes . Elle s’étend de la latitude 5° N dans le haut Orénoque (Venezuela) au 14° S dans Madre de Dios (au Pérou). En Guyane, on rencontre cette espèce dans le haut Oyapock et elle a été introduite depuis le dans la zone côtière, en particulier dans l’île de Cayenne.
Le Noyer du Brésil pousse sur des sols argileux et sablo-argileux bien drainés en forêt de terre ferme.
Disséminés en forêt primaire sur terrain sain, les noyers du Brésil, se trouvent regroupés en agrégats ou « poches » d’une cinquantaine d’individusces regroupements sont appelés castanhais au Brésil et manchales au Pérou et en Bolivie. Certains auteurs français, comme Beaufort, les appellent noyeraies d’Amazonie, distants les uns des autres de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres. À l’exception du bassin du fleuve Juruá, toutes les zones de terres fermes du bassin amazonien semblent contenir ces agrégats.