right|vignette|Gustave Le Rouge, Le Prisonnier de la planète Mars. Jacques BergierSans dévoiler son vrai nom, Bergier écrit : ().De son côté, Cécile Romane écrit : ()Il se peut que le nom original soit tout simplement Berger, un patronyme très commun chez les Juifs -notamment après la migration de familles alsaciennes protestantes en Ukraine de 1780 à 1820, au contact de celles-ci comme employeurs (Jean Bourdier, Visages d'un vie, chapitre "Jacques Bergier", .). En russe, le « e » se prononce « ye », ce qu'expliquerait la confusion de la transcription du russe au polonais…, peut-être né Yakov Mikhaïlovitch Berger (Яков Михайлович Бергер) le (?), cite le 8 août 1912 comme sa date de naissance, selon le calendrier julien, dans un article publié dans La Tour Saint-Jacques, , janvier-février 1957, page 9. Cependant, le même ouvrage, , reproduit la carte d'inscription de Bergier à Mauthausen où figure le , comme sa date de naissance selon le calendrier grégorien (cela correspondrait au 7 août du calendrier julien…). Aussi, , est reproduit son curriculum vitae dactylographié, indiquant le comme date de naissance, sans préciser si c'est le calendrier julien ou grégorien. Ainsi, il est difficile de préciser la date de naissance de Jacques Bergier. Si la date du est julienne, cela correspond au grégorien ; si la date du est grégorienne, cela correspond au julien. à Odessa (Empire russe) et mort le Archives en ligne de Paris , année 1978, acte de décès , cote 20D 503, vue 16/31 à Paris, est un ingénieur chimiste, résistant, espion, journaliste et écrivain, de nationalités française et polonaise d'ascendance juive.
Polymathe, il a largement contribué à la promotion, en France, de la science-fiction, du paranormal et de théories pseudo-scientifiques, notamment par le biais de son livre Le Matin des magiciens, écrit en collaboration avec Louis PauwelsPar exemple, Le Matin des magiciens est truffé de fictions comme celle concernant Karl Haushofer qui ne s'est jamais rendu au Tibet ; l'ensemble des assertions de cet ouvrage, attribuant à Haushofer une influence ésotérique sur l'idéologie nazie ont été réfutées par les travaux de ., puis à travers le mouvement du réalisme fantastique relayé par la revue Planète. Avec Robert Charroux et Jean Sendy, il est l'un des précurseurs français de la théorie des anciens astronautes.
Biographie thumb|right|Juifs d'Odessa en 1876. Fils de Mikhaïl Berger, épicier juif parfois aisé et marchand de fourrures à l'occasionp. XX, et d’Estelle « Etlia » — ou « Tounia » — Krzemienieckaïa de quinze ans sa cadette (prénom Élise à l'état civil français), rencontrée au casino de Baden-Baden après la participation de celle-ci à un attentat contre un ministre du tzar à Saint-Pétersbourg..
Sa mère, juive nihiliste russo-polonaise originaire de Kremenets, est fille d'un marchand de draps ayant cinq autres garçons. Son frère Salomon et sa belle-sœur Sarah sont l'un éventré et l'autre égorgée dans cette ville, lors d'un pogrom en 1932..
Son père, quatorzième enfant d'un grossiste en raisins secs de Smyrne., collectionneur d'affiches de la révolution bolchevique, fumeur de tabac turc, joueur de cartes et buveur de vodka, à l'occasion coureur de jupons, le gifla enfant pour avoir voulu absolument mesurer avec un mètre de couturière la hauteur de la séance de lévitation de son grand-oncle maternel, Rabbi Jacob Krzemienieck, rabbin en Union des républiques socialistes soviétiquesWladimir Volkoff, L’exil est ma patrie, Ed. Le Centurion, 1982, .. Il ouvre une nouvelle épicerie à Paris en 1925 près du cimetière de Montmartre.
Sa « tante Quel-Malheur » ponctuait chacune de ses phrases de l’expression incongrue « quel malheur quel malheur »Citation plusieurs fois répétée par Louis Pauwels, notamment dans sa Lettre ouverte aux gens heureux, et qui ont bien raison de l'être, ..
Dans son autobiographie, Jacques Bergier se dit le cousin — entre autres — du physicien nucléaire George Gamow, de quelques émigrés américains — dont l'un nommé d'office « Cherry » (Cerise) par le service d'immigration US —, et d'un certain Anatoly membre du commando d'une douzaine de soldats qui assassina le tsar Nicolas IIp. XX. Il prétendait aussi être le descendant d'un grognard de Napoléon bloqué à Odessa lors de la Grande débâcle, marié et faisant souche localementBiographie de Jacques Sadoul C'est dans la poche, éd. Bragelonne, ..
Il avait une sœur de cinq ans sa cadette, Isabelle dite « Isa », épouse du poète Jacques « Génia » Vichniac (nom de plume Jacques Givet, également traducteur pour l'OMS de Genève grâce à la perspicacité du père d'Isabelle). Fait rare pour la diaspora russe de Montmartre, tous deux vouvoyaient leurs parents. Libraire à Paris juste après-guerre (« Le Camé », avec son époux et son cousin germain Sania), puis journaliste notamment au Monde, elle est récompensée elle-aussi par la Légion d'Honneur, reçue en des mains de Bernard Kouchner"Femmes actuelles", mai 1993, rubrique Destin de femme.. Mère de trois garçons, le mari de sa fille adoptive était le journaliste Jacques Derogy.
Appelé « Le Martien » par plusieurs de ses amis, Bergier était connu dans le fandom de la science-fiction des années 1950 pour être « Un Être dépourvu de nombril, car natif de la planète Mars », comme il aimait alors à le redire en petits comités.. Il prétendait maîtriser quatorze langues modernes et anciennes, dont l'araméen… mais avouait ne pouvoir retenir le finnois. Dans un entretien transmis par la RTS en 1978Jean Dumur et Jacques Bergier, Jacques Bergier 1/5, www.rts.ch, ., Bergier dit que son Q.I. était de 160. Sur sa carte de visite, il se présentait comme « Amateur d'insolite et scribe des miracles », citation tirée de la partie préliminaire du Péril bleu de l'écrivain Maurice Renard. Sa filleule vit désormais aux États-Unis.
Ingénieur chimiste vignette vignette|Eau lourde de la pile Zoé de Joliot-Curie (1948). Durant la première moitié des années 1930, Jacques Bergier est l'un des chefs de la troupe Hiawatha de la butte Montmartre aux Éclaireurs de France, après être entré à L'Enfance heureuse en 1927.
Après des études secondaires au lycée Saint-Louis, il poursuit ses études à la Faculté des sciences de Paris et à l'École nationale supérieure de chimie de Paris. Ingénieur chimiste, licencié ès sciences, il se consacre alors à la recherche scientifique, notamment à la chimie nucléaire. En 1936, il découvre, avec le physicien atomiste André Helbronner, l’utilisation de l'eau lourde pour le freinage des neutrons et affirme avoir réalisé la première synthèse d’un élément radioactif naturel, le polonium, à partir de bismuth et d'hydrogène lourd en volatilisant un filament de tungstène. Ses autres collaborateurs scientifiques avant-guerre sont essentiellement Vladimir Gavreau ou encore le futur résistant Alfred Eskenazi (qui fournit à Lucie Aubrac, de la part du réseau Marco Polo, les papiers allemands pour entrer dans l'Hôpital de l'Antiquaille afin de délivrer Serge Ravanel et Henri Noguères Histoire de la résistance tome 3.).
Très vite, il développe un penchant pour l'alchimie (renforcé par une rencontre supposée avec Fulcanelli en juin 1937), Devenu spagyrite chez Helbronner, il obtient une transmutation du tungstène en or -quelques fractions d'once troy- en 1939; il réitère avec succès l'expérience une trentaine de fois après-guerre, -toujours chez Helbronner- mais le prix de revient à grande échelle est démesuré par rapport à l'extractionFabriquer de l'or c'est possible, Nostradamus numéro 154, 20 mars 1975.. Il affirme avoir obtenu par transmutation alchimique du béryllium à partir de sodium au début des années 1950, et il donne un résumé de procédures hermétiques en 1960 (dans le Matin des magiciens), et en 1970Le trésor des alchimistes, Jacques Sadoul, 1970, éd. Publications premières..
Résistant et déporté vignette|Le site de Peenemünde, base des fusées V1 et V2. vignette|Libération de Mauthausen. Après une tentative avortée d'embarquement vers l'Angleterre à Saint-Jean-de-Luz, pendant la Seconde Guerre mondiale Jacques Bergier réside à Toulouse durant le deuxième semestre de 1940 (hébergeant alors brièvement sa sœur et son beau-frère) avec le professeur Frédéric Joliot-Curie, comme ingénieur-conseil aux Constructions aéronautiques Dewoitine., puis il part à Lyon rejoindre ses parents réfugiés, le professeur André Helbronner, et Alfred Eskenazi qui a toute sa famille dans cette ville. Résistant au sein du trio des ingénieurs, il rejoint le réseau Marco Polo mieux structuré avec Eskenazi à compter de décembre 1942 (faisant à cette occasion la connaissance de son futur grand ami François Le Lionnais — membre d'un autre groupe — en 1941, en compagnie duquel il devient plus tard pataphysicienEt aimant à chanter « Nous sommes des pataphysiciens abstraits, nous sommes des pataphysiciens abscons », Valérie Schmidt, dans Le Minotaure : souvenirs d'une librairie de Paris, 1948-1987, ouvrage de Denis Chollet, coll. Après Minuit, éd. France Europe, 2001, .). Grâce à des renseignements fournis par un ingénieur russe travaillant sur place et transmis à Londres, son réseau est ainsi à l'origine du bombardement de la base d'expérimentation de fusées V2 de Peenemünde. Le lieutenant Pecquet de la branche Nord du réseau signale quant à lui les sites de V1 implantés dans la Somme aux Britanniques. Quant à Bergier lui-même, il réussit à faire parvenir aux Anglais les premiers plans des têtes de guidage des V1, qu'il a réussi à subtiliser chez JaegerTémoignage de Guivante "Paul" de Saint-Gast, deuxième chef de Marco Polo, recueilli par le capitaine Louis Lecorvaisier, chef des services administratifs de la D.G.E.N, le 13 avril 1946 à Paris, page 5..
Le a lieu l'Opération Hydra : 598 bombardiers lourds (Avro Lancaster, Handley Page Halifax et Short Stirling) dirigés par le Wing Commander John H. Searby frappent Peenemünde. Le Ministère de l'Air centralise ensuite les renseignements de divers réseaux français dont Marco-Polo, et l'Air Chief Marshall Sir Roderic Hill, commandant de la défense aérienne de Grande-Bretagne à compter du et commandant en chef du de la RAF, procède le aux premiers bombardements de 21 sites de V1 sur le sol français, en détruisant 12 entièrement et 9 partiellement grâce au Air Force.
Jacques Bergier est alors — entre autres — chargé de gérer les rares postes émetteurs de Marco-Polo sur Lyon. Il y est arrêté le par la Gestapo, et soumis à la torture à 44 reprisesN'avouant rien (« Je ne voulais pas leur faire plaisir » — à Jean Bourdier, cf. infra), ce qui lui fit dire un jour à Serge de Beketch (alors moins « engagé ») : (Le Libre Journal du 12 mars 2003, Essai de paranoïa critique : l’art moderne comme instrument de torture, par Nicolas Bonnal et Serge de Beketch).. Il est enfermé dans les camps nazis de mars 1944 à mai 1945, d'abord au camp de Neue BremmVoir sur neue-bremm-online.de., puis à celui de Mauthausen-Gusenpage 115., en tant que prisonnier politique ingénieur en électricité. Le le camp est libéré. Bergier affirme qu'il participa au siège du chef du camp, Franz Ziereis, et qu'il lui tira dessus avec un pistolet soviétique. Il rentra en France le , pesant . En arrivant à Paris, la première chose qu'il fit fut d'obtenir des journaux et des revues scientifiques qu'il lut d'un coup avant de rentrer épuisé chez ses parents..
Son passé de résistant lui permet ultérieurement quelques prises de contact directes avec Charles de Gaulle, malgré son aversion pour le personnage à compter de son retour aux affairesHistoire et légende du Grand Monarque, Éric Muraise, Ed. Albin Michel, 1976, ; et Jean Bourdier (op. cit.) à propos du livre Agent secret contre armes secrètes (cf. infra, pour une lettre originale microfilmée à la bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye)..
Agent secret