La bataille des champs Catalauniques oppose en 451, à l'époque de l'Antiquité tardive, l'armée du patrice Ætius, au service de l'empereur romain d'Occident , et de ses alliés germaniques, notamment le roi des Wisigoths , à l'armée conduite par le roi des Huns (depuis 439) Attila, avec ses propres alliés, notamment Ostrogoths. Elle s'achève par la défaite d'Attila, suivie de son repli hors de Gaule.
Attila, après une entrée par le Rhin en 450 et ayant attaqué l'Empire d'Occident en Gaule au début de 451, réussit à prendre Metz puis à mettre le siège devant Orléans. La coalition réunie par Aetius le contraint à lever le siège et à repartir vers le nord-est. Il est rattrapé dans la région de Troyes-Châlons-Reims par Aetius et contraint de livrer bataille. Cette bataille, qui met aux prises plusieurs dizaines de milliers de combattantsLe nombre de combattants est estimé au minimum à deux grandes armées de part et d'autre, soit environ (hypothèse de Michel Rouche) mais d'autres historiens médiévaux n'ont pas hésité à évoquer un grand fracas d'hommes, mettant en prise plus de de part et d'autre. Il est certain que les chiffres médians décomptent déjà tous les participants ou groupes épars concernés par les déplacements militaires qui ne pouvaient être présents sur le lieu de la bataille., se déroule en un lieu qui n'est pas encore identifié avec précision.
Contexte Les Huns et l'Empire hunnique de 370 à 434
350px|vignette|
Les Huns apparaissent dans les sources romaines vers 370, au moment où ils franchissent la Volga et soumettent les Alains. Ils franchissent ensuite le Don et soumettent les Ostrogoths. Les Wisigoths, au nord du Danube, préfèrent se réfugier dans l'empire romain d'Orient, où ils battent l'armée de l'empereur Valens en 378 (bataille d'Andrinople).
Poursuivant leur avance vers l'ouest, les Huns suscitent d'autres mouvements des peuples germaniques, et des troubles pour l'Empire. Dans la première moitié du siècle, ils s'installent dans les plaines danubiennes de Pannonie.
L'Empire romain divisé de 395 à 450 Depuis le règne de Dioclétien (de 284 à 305) et le système de la tétrarchie, l'empire romain est divisé en deux parties, Occident et Orient, parfois réunifiées au cours du .
Le dernier empereur à régner seul est Théodose le Grand, pendant les trois dernières années de son règne (392-395). Après lui, la division devient définitive. L'Empire d'Orient revient à son fils aîné Arcadius (de 395 à 408), puis au fils de celui-ci Théodose II (de 408 à 450), l'Empire d'Occident à son fils cadet Honorius (de 395 à 423), puis après un bref intermède, à son petit-fils Valentinien III (de 425 à 455).
Sous le règne de Valentinien, le principal chef politico-militaire en dehors de la famille impériale est le patrice Ætius, un demi-barbare, qui connaît bien les Huns, ayant été otage à la cour hunnique, où il a probablement rencontré Attila, et qui utilise volontiers les Huns comme soldats dans l'armée romaine. Les légions romaines à cette époque sont en effet en quasi-totalité formées de Barbares, soldats et officiers.
Les invasions au début du Touché en 378 par l'invasion des Wisigoths, l'Empire d'Orient parvient au bout de quelques années à surmonter ce problème, qui devient celui de l'Empire d'Occident. Les Wisigoths attaquent d'abord en Italie, où Rome est mise à sac en 410 ; puis au bout de quelques années, ils acceptent de s'installer comme fédérés en Gaule, dans le cadre de ce qu'on appelle le royaume de Toulouse.
L'Empire d'Occident est touché par d'autres invasions à la fin de l'année 406, notamment celles des Suèves et des Vandales. Les Suèves prennent le contrôle d'une partie de l'Hispanie et les Vandales d'une partie de l'Afrique du Nord.
D'autres peuples s'installent en Gaule, parfois avec le consentement de l'empereur, sous forme d'un traité de fédération (fœdus) qui impose des obligations et des droits au peuple concerné, considéré comme allié à Rome, bien qu'à l'intérieur de l'Empire : les Burgondes, installés en 411 près de Worms ; les Francs saliens dans la région de Tournai et de Cambrai.
Il y a aussi des groupes moins importants : Alains de la région d'Orléans, Taïfales de la région de Tiffauges (Vendée), Sarmates de la région de Baugé (Maine et Loire), Bretons en Armorique.
Le règne d'Attila de 434 à 450
Attila règne d'abord conjointement avec son frère Bleda, qu'il élimine en 445. Leur politique extérieure est principalement tournée vers l'Empire d'Orient, où ils imposent à Théodose II le versement d'un tribut. Traité de Margus (435)
En 440, le traité n'étant pas respecté, les Huns attaquent et s'emparent de plusieurs villes importantes, contraignant Théodose II à un nouvel accord, moins favorable.
En 450, la mort de Théodose entraîne un changement important : la couronne échoit (grâce à son mariage avec la sœur de Théodose, Pulchérie) à Marcien, un général hostile à la politique d'accommodement avec Attila. Marcien dénonce le traité avec les Huns et cesse de verser le tribut, tout en renforçant la défense du limes danubien.
Attila se tourne alors vers l'Occident.
L'offensive d'Attila en Gaule en 451 350px|thumb|Itinéraires probables des Huns lors de l'invasion de la Gaule, et situation des villes sur leur parcours.
Attila avait le soutien de Genséric, roi des Vandales qui lui servait aussi d'agent de renseignement et de diplomateJordannes, Guerres des Goths, chap0 36..
L'origine de la campagne d'Attila en Gaule est à rechercher dans la quête de butin. Attila avait imposé par la force à l'empire d'Orient le paiement d'un lourd tribut, mais en 450 le nouvel empereur Marcien refuse de payer. Attila se tourne alors vers l'Occident qu'il avait jusqu'alors épargné. Selon Jordanès, il prétexte pour son intrusion sur le sol de Gaule qu'il va soumettre les Wisigoths, ancien peuple fédéré aux Huns d'Ermanaric. Pour les Huns, tout peuple soumis un jour aux Huns leur doit tribut pour la postérité. La démarche n'est pas fortuite, l'Aquitaine est de loin la province la plus riche des Gaules.
Attila franchit donc le Rhin d'autant plus facilement que vingt ans auparavant, les Huns alliés aux Romains avaient détruit le royaume burgonde de Gondicaire à la demande du général romain Ætius et que les Burgondes survivants ont été répartis dans la Sapaudie sous la surveillance de Rome.
Attila fait le siège de Metz., qu'il rase complètement et dont il fait massacrer la population entière puis se dirige vers Orléans. Attila sait qu'il ne va rencontrer que peu ou pas de résistance significative jusqu'à ce qu'il atteigne Aurelianum (l'actuelle Orléans). Pourtant, il s'arrête devant Lutèce (l'actuelle Paris) mais ne cherche pas à la conquérir ni même à la traverser. On ignore s'il a reçu un tribut des patriciens pour épargner la ville ou s'il ne souhaite pas prendre de retard de crainte de rencontrer les troupes romaines.
Cependant selon la tradition, lors du siège de Paris en 451, grâce à sa force de caractère, Sainte Geneviève, qui n’a que , convainc les habitants de Paris de ne pas abandonner leur cité aux Huns. Elle encourage les Parisiens à résister à l’invasion par les paroles célèbres : De fait, Attila évita Lutèce (Paris).
Sangiban, roi des Alains, dont le territoire incluait Aurelianum, avait promis d'ouvrir les portes de cette ville à Attila, mais les Romains eurent connaissance de ce complot et furent non seulement capables d'occuper par la force la cité, mais aussi d'obliger les troupes de Sangiban à se joindre à l'armée alliée. Lorsque Attila se présenta et constata qu'il ne pouvait compter sur cette ville, il fit retraite. Poursuivi, il décida de faire front dans l'espoir de tuer ÆtiusJordanès, Histoire des Goths, 37.. Le volume des richesses accumulées au cours des pillages de l'Europe centrale le ralentit considérablement. Devant les troupes hunniques, le point de passage est Catalauni (actuelle Châlons-en-Champagne) distant de près de d'Orléans. Mais les Francs avaient investi Catalauni, seul point de passage de la Marne, et renforcé ses défenses. Attila n'avait plus le choix, le combat devait s'engager.
La bataille des champs Catalauniques réunit les armées fédérées et les forces romaines présentes en Gaule. Les préfets, tel Avitus, y participèrent activement, ainsi que les représentants de l'Église chrétienne d'Occident. Ce fut une coalition de peuples hétéroclites contre l'envahisseur barbare hunnique qui emmenait sous sa bannière, lui aussi, ses peuples fédérés.
La bataille Les forces en présence Les Huns Derrière ce mot, il faut comprendre les Huns et tous les peuples soumis à leur empire. qui s'étend du centre de l'Asie au Danube : Ostrogoths, Ruges, Skires, Gépides, Alains, Suèves, Sarmates, Thuringes, Gelonians. À combien s'élèvent leurs forces combattantes ? selon Jordanès, ce qui semble irréaliste. En revanche, si on compte les familles qui se déplacent avec ces peuples en marche, le chiffre de ne serait pas exagéré. Mais, en ce qui concerne les combattants seuls, ils sont estimés à , ce qui est tout de même une armée très importante pour l'époque.
Les Huns sont au centre face au piémont : ce sont des cavaliers légers qui combattent à l'aide d'arcs en tirant sur l'ennemi pour le harceler puis finissent par le combattre à l'épée. Leur équipement est partiellement romanisé après un siècle de contacts.
À l'aile gauche sont placés leurs meilleurs alliés : les Ostrogoths dirigés par trois frères à la tête chacun d'un groupe placé de gauche à droite : Thiudimir, Valamir, Vidimer. Les Gépides font la jonction avec les Huns du centre. Les Ostrogoths combattent de la même manière qu'ils l'ont fait à Andrinople en 378 et qu'ils feront à Taginæ en 552 : en première ligne, une cavalerie lourde combattant à la lance et à l'épée et dont les chevaux sont en partie recouverts d'armure ; la seconde ligne, de réserve, constituée d'infanterie représente un mur derrière lequel la cavalerie peut se réfugier.
À l'aile droite : les moins bonnes troupes face aux Romains - l'infanterie (Suèves, Hérules, Thuringes).
Les Romains Les forces impériales sont composées d'une coalition de fédérés et d'alliés de l'Empire ainsi que d'éléments romains, et non de ses légions, qui ne sont plus qu'un souvenir à cette époque. Ætius a utilisé ses talents de diplomate pour réunir une coalition de peuples barbares fatigués des razzias des Huns. L'ensemble représente de . Jordanès donne une liste non exhaustive des éléments non romains : Francs, Sarmates, Armoricains, Burgondes, Saxons, Litiani et Ripariolibriones (Ripari et Olibriones ou Riparioli et Briones selon les auteurs).
Le plus puissant élément de cette force hétéroclite (10 à ) n'est en réalité pas fédéré à l'Empire mais allié : ce sont les Wisigoths du roi Théodoric, placés à l'aile droite. Théodoric est secondé par ses deux fils Thorismond et Théodoric II, respectivement commandants des ailes droite et gauche wisigothiques. Cette armée est constituée de la même manière que celle des Ostrogoths.
Au centre, les Alains du roi Sangiban sont des fédérés installés dans l'Orléanais : ce sont des cataphractaires, des cavaliers lourds équipés à la sarmate de façon romanisée.
L'aile gauche est commandée par Ætius, maître des deux milices. Elle est constituée des troupes romaines et de leurs alliés francs, burgondes, saxons et armoricains. Il s'agit principalement de contingents de fantassins appuyés par des archers.
Le déroulement de la bataille vignette|redresse=1.2|Schéma de la bataille. La nuit précédant la bataille, une partie des forces romaines rencontra une bande de Gépides loyaux à Attila. Dans l'engagement, environ de chaque camp auraient été mis hors de combat.