Aristée de Proconnèse (en grec ancien / , en latin Aristeas Proconnesius, en français parfois « Aristéas de Proconnèse ») est un poète voyageur semi-légendaire originaire de Proconnèse en Propontide, actif vers Adorateur d'Apollon hyperboréen, il voyagea vers le nord chez les Scythes, où il fut peut-être initié aux pratiques chamaniques, devenant ainsi ce que les Grecs appelaient un iatromante.

Biographie

Régulièrement, l'activité d'Aristée est située vers Par ex. Pierre Hadot, Qu'est-ce que la philosophie antique ?, 1995, Gallimard, coll. « Folio », p. 432., un peu avant celle d'Épiménide (vers 650). D'après la Souda, il aurait vécu au , « aux temps de Crésus et de Cyrus, au cours de la 50 olympiade » (580-576 av. J.-C.). Cette datation est néanmoins sujette à caution ; ainsi, A. Ivantchik suggère une période beaucoup plus basse (seconde moitié du , voire le premier quart du ), considérant qu'« aucun mot des fragments des Arimaspées qui pouvait être utilisé pour sa datation ne correspond à l’usage de la littérature des VIII-Ivantchik 1993, 51. » Un miroir représentant les Arimaspes, datant de environ, est toujours visible aujourd'huiVoir Bolton 1962, planche I..

Il est, chez Hérodote, « fils de Caystrobios » (IV, 13), issu « d'une des meilleures familles de son pays » (IV, 14). La Souda reprend le nom de Caystrobios et y ajoute celui de Démocharis (). D'après G. HuxleyHuxley 1986, 154, n. 9., le premier nom laisse penser que sa famille était originaire d'Ionie (peut-être d'Éphèse).

La tradition lui attribue des pouvoirs chamaniques : il était sujet à des transes et avait le don de bilocationEric Robertson Dodds, Les Grecs et l'Irrationnel, trad., 1959, Flammarion, coll. « Champs », 1977, 145.. Hérodote (IV, 14) rapporte ainsi qu'Aristée tomba en catalepsie dans l'atelier d'un foulon à Proconnèse ; mais qu'avant que ses disciples puissent le relever, son corps avait disparu ; qu'ensuite il revint six ans plus tard les retrouver. Par ailleurs, toujours selon Hérodote (IV, 15), deux cent quarante ans après cette mort supposée, un homme du nom d'Aristée arriva vers dans la ville de Métaponte en Calabre, prétendant que depuis deux siècles il avait accompagné Apollon sous la forme d'un corbeau. Il demanda aux habitants qu'on lui érige une statue et qu'on dresse un autel dédié à Apollon, puis disparut. Cela daterait Aristée vers , ce qui est incompatible avec l'histoire de Proconnèse.

Cette dimension chamanique relie Aristée à d'autres penseurs « hyperboréens » ou « apolliniens ». Ainsi pour Apollonios Dyscole, « À Épiménide, Aristée, Hermotime, Abaris et Phérécyde a succédé Pythagore (...) qui ne voulut jamais renoncer à l'art de faiseur de miraclesApollonios Dyscole, Histoires merveilleuses, 6.. » Le premier à noter cet aspect fut Karl MeuliK. Meuli, « Scythica », dans Hermès 70, 1935, 137 et suiv. = Gesammelte Schriften, Bâle, Schwabe, 1975, II, 163 et suiv..

Œuvre thumb|right|220px|Arimaspe combattant un griffon, matière sans doute issue des Arimaspées, péliké attique à figures rouges, v. -375--350, musée du Louvre.

L’historien Hérodote, Livre IV (14) et la Souda attribuent à Aristée un poème intitulé Arimaspées (), dont il ne nous reste que quelques fragments, douze vers en tout préservés par Tzetzès et le pseudo-Longin. L'auteur y raconte un voyage qu'il fit dans les pays du nord, au-delà de la Thrace. D'après Hérodote, Livre IV (13), il y rencontra une tribu, les Issédones, qui lui parla d'autres tribus vivant encore plus loin au nord, les Arimaspes pourvus d'un seul œil, qui combattent les griffons, gardiens d'un trésorCe récit est repris par Pline et Pausanias, qui l'associent tous deux à Aristée., et les Hyperboréens chez qui Apollon réside en hiver.

L'authenticité de son récit est sujet à de nombreuses discussions. L'interprétation des poèmes dépend essentiellement de celle donnée par Hérodote. Certains historiens suggèrent qu'Aristée n'effectue en réalité aucun voyage physique, mais uniquement chamanique au travers de ses transes. Cependant, en dehors des éléments fantastiques, les récits s'appuient sur des éléments rationnels laissant supposer qu'il s'y trouve bien un fond historique.

Bibliographie Fragments Malcolm Davies, Epicorum Graecorum Fragmenta, Vandenhoek et Ruprecht, Göttingen, 1988 , fr. 81-88. Robert Brasillach, Anthologie de la poésie grecque, Stock, 1950 (rééd. 1995, Le Livre de Poche) . Jacques Lacarrière, En cheminant avec Hérodote, Hachette, coll. « Pluriel » . G. Colli, La Sagesse grecque, 1977, t. 1 : Dionysos, Apollon, Éleusis, Orphée, Musée, Hyperboréens, Énigme, L'Éclat, 1990, p. 321-337 (Aristée) et t. 2 : Épiménide, Phérécyde, Thalès, Anaximandre, Anaximène, Onomacrite, p. 44-103. Texte grec et traduction française.

Études J.D.P. Bolton, Aristeas of Proconnesus, Oxford, 1962, p. 1-183. Contient aussi une édition des fragments. K. Dowden K., « Deux notes sur les Scythes et les Arimaspes », dans Revue des études grecques 93, 1980, p. 486-492. George Huxley, « Aristeas and the Cyzicene », dans Greek, Roman and Byzantine Studies 27, 1986. Askold Ivantchik, « La Datation du poème l’Arimaspée d'Aristéas de Proconnèse », dans L'Antiquité classique 62, 1993, p. 35-67. Stéphane Mercier, « Par-delà les Scythes et au sud des Hyperboréens : Aristéas de Proconnèse et les Arimaspées, entre mythe et réalité », dans Folia Electronica Classica 11, janvier-juin 2006, Louvain-la-Neuve .

Sources (IX, 4, 1-5). (IV, 13-16). Origène, Contre Celse (III, 27). (I, 24, 6). (VII, 2, 2). (s.v. ). (VII, 23, 2).

Notes

Voir aussi Articles connexes Liste des géographes gréco-romains, Géographes grecs mineurs Apollon Chamanisme Hyperboréens

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