Jacques Offenbach Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. (de l'allemand Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API.), né le à Cologne et mort le à Paris, est un compositeur et violoncelliste prussien naturalisé françaisIl obtient sa naturalisation le 14 janvier 1860..
Biographie Origines Jacques ou Jakob Offenbach est né en 1819 dans une famille juive ashkénaze, à Cologne dans la province de Juliers-Clèves-Berg, qui à cette époque faisait partie de la Prusse. Sa maison natale se trouve sur le Großer Griechenmarkt, proche de la place qui porte maintenant son nom, l'Offenbachplatz. Il est le deuxième fils des dix enfants d'Isaac Juda Offenbach né Eberst (1779-1850) Isaac Judas Eberst, . et de son épouse Marianne, née Rindskopf (vers 1783-1840).
La rive gauche du Rhin étant devenue française par le traité de Bâle, Isaac, issu d'une famille de musiciens, abandonne son métier de relieur et gagne sa vie itinérante comme chantre dans les synagogues et violoniste dans les cafés. Il est connu sous le nom de 'der Offenbacher (le musicien d'Offenbach) d'après sa ville natale, Offenbach-sur-le-Main, près de Francfort-sur-le-Main.
En 1808, en vertu du décret de Bayonne, il adopte Offenbach comme patronyme. En 1816, la rive gauche du Rhin ayant été donnée au royaume de Prusse par le congrès de Vienne, il s'établit à Cologne, où il devient professeur, donnant des leçons de chant, de violon, de flûte et de guitare, ainsi que de composition musicale.
Les jeunes années Lorsque Jakob a six ans, son père lui apprend à jouer du violon. En l'espace de deux ans, le garçon surdoué compose des chansons et des danses. À neuf ans, il commence l'étude du violoncelle. Isaac est à ce moment le chantre permanent de la synagogue locale. Il peut se permettre de payer à son fils des leçons auprès du célèbre violoncelliste Bernhard Breuer. Trois ans plus tard, Jakob interprète ses propres compositions, dont les difficultés techniques impressionnent son maître. Avec son frère Julius (violon) et sa sœur Isabella (piano), Jakob joue en trio dans des salles de bal locales, des auberges et des cafés. Ils y interprètent de la musique de danse populaire et des arrangements d'opéras.
En 1833, Isaac décide que les deux plus talentueux de ses enfants, Julius (alors âgé de 18 ans) et Jakob (14 ans), quitteront la scène musicale provinciale de Cologne pour aller étudier à Paris. Avec le soutien généreux des mélomanes locaux et de l'orchestre municipal, avec qui ils ont donné un concert d'adieu le , les deux jeunes musiciens, accompagnés de leur père, font un voyage de quatre jours à Paris, en .
Isaac parvient à persuader le directeur du conservatoire de Paris, Luigi Cherubini, de faire passer une audition à Jakob. Mais l'âge et la nationalité du garçon étaient deux obstacles à l'admission. Cherubini avait déjà refusé plusieurs années auparavant l'admission de Franz Liszt, âgé de 12 ans, pour des motifs similaires, mais il accepte finalement d'entendre le jeune Offenbach. Il écoute son jeu et l'arrête en disant : « Assez, jeune homme, vous êtes maintenant un élève de ce Conservatoire ». Julius est également admis. Les deux frères adoptent des formes françaises de leurs prénoms, Julius devenant Jules et Jakob devenant Jacques.
Isaac espère obtenir un emploi permanent à Paris. Cela ne se réalise pas, et il retourne à Cologne. Avant de partir, il trouve un certain nombre d'élèves pour Jules. Les revenus modestes de ces leçons, complétés par les honoraires gagnés par les deux frères en tant que membres des chœurs de la synagogue, leur permettent de poursuivre leurs études. Au conservatoire, Jules est un étudiant assidu. Il est diplômé et devient professeur de violon et chef d'orchestre connu. Il dirigera l'orchestre de son jeune frère pendant plusieurs années. En revanche, Jacques s'ennuie et part après un an, le .
Le violoncelliste virtuose vignette|Premières influences : Luigi Cherubini et Fromental Halévy; Louis Norblin et Friedrich von Flotow. En quittant le conservatoire, Offenbach se libère de l'académisme sévère du programme de Cherubini, mais, comme l'écrit son biographe James Harding, « il était libre, lui aussi, de mourir de faim ». Il obtient quelques emplois temporaires dans des orchestres de théâtre avant d'occuper en 1835 un poste permanent de violoncelliste à l'Opéra-Comique. Il n'y est pas plus sérieux qu'il l'avait été au conservatoire, et se voit privé régulièrement de sa paye, pour avoir fait des farces pendant les représentations. À une occasion, lui et le violoncelliste principal ont joué des notes alternées de la partition imprimée. Une autre fois, ils sabotent certains pupitres de leurs collègues pour les faire s'effondrer à mi-représentation. Néanmoins, les revenus de son travail d'orchestre lui permettent de prendre des leçons avec le célèbre violoncelliste Louis Norblin. Il fait une impression favorable sur le compositeur et chef d'orchestre Fromental Halévy, qui lui donne des leçons de composition et d'orchestration. Certaines des premières compositions d'Offenbach sont programmées par le chef à la mode Louis-Antoine Jullien. Offenbach et un autre jeune compositeur, Friedrich von Flotow, collaborent sur une série d'œuvres pour violoncelle et piano. Mais l'ambition d'Offenbach est de composer pour la scène. Or, il n'est pas programmé par les théâtres parisiens. Avec l'aide de Flotow, il se bâtit une réputation pour composer et jouer dans les salons à la mode.
vignette|gauche|Offenbach en jeune violoncelliste virtuose, par Alexandre Laemlein en 1850. Parmi les salons qu'il fréquente, il y a celui de la comtesse de Vaux. Il y rencontre Herminie d'Alcain (1827-1887), fille d'un général carliste. Ils tombent amoureux, mais il n'est pas encore dans une position financière assez brillante pour proposer le mariage. Pour étendre sa renommée et se faire connaître ailleurs qu'à Paris, il entreprend des tournées en France et en Allemagne. Il y interprète des œuvres d'Anton Rubinstein et, dans un concert dans sa Cologne natale, de Liszt. En 1844, probablement soutenu par des parents anglais d'Herminie, il entreprend une tournée en Angleterre. Il est immédiatement engagé pour se produire avec certains des musiciens les plus célèbres de l'époque, y compris Mendelssohn, Joseph Joachim, Michele Costa et Julius Benedict. La presse britannique relate un concert prestigieux. LIllustrated London News écrit : « Herr Jacques Offenbach, l'étonnant violoncelliste, s'est produit jeudi soir à Windsor devant l'empereur de Russie, le roi de Saxe, la reine Victoria et le prince Albert avec un grand succès ». L'utilisation de « Herr » plutôt que « Monsieur » reflète le fait qu'Offenbach reste un citoyen prussien. L'ambiguïté de sa nationalité lui causera plus tard des difficultés dans la vie.
vignette|Caricature par Édouard Riou. Jacques Offenbach rentre à Paris avec une réputation et un compte en banque améliorés. Le dernier obstacle à son mariage avec Herminie est d'ordre religieux. Il se convertit au catholicisme, avec la comtesse de Vaux comme marraine. On ne connaît pas la réaction de son père Isaac sur la conversion de son fils et l'abandon du judaïsme. Le mariage a lieu le , la fiancée a 17 ans et lui 25. Le mariage durera toute leur vie et sera heureux, malgré quelques aventures extra-conjugales du mari. Après la mort d'Offenbach, un ami a dit qu'Herminie « lui a donné du courage, a partagé ses épreuves et l'a réconforté toujours avec tendresse et dévotion ».
Revenant à Paris, Offenbach fréquente à nouveau les salons à la mode, mais il compose aussi de plus en plus. Il publie beaucoup de partitions, et certaines d'entre elles se vendent bien. Il écrit, joue et produit des burlesques musicaux pour les présenter dans les salons. Il amuse ainsi les 200 invités de la comtesse de Vaux avec une parodie du Désert de Félicien David. En , il donne un concert où sept pièces d'opéra de sa propre composition sont créées devant un public comportant des critiques musicaux. Après quelques encouragements et quelques déceptions, il semble sur le point de se consacrer entièrement à la composition théâtrale, quand Paris subit la révolution de 1848, qui renverse Louis-Philippe dans une effusion de sang. Offenbach emmène précipitamment Herminie et leur fille récemment née, pour rejoindre sa famille à Cologne.
De retour à Paris en , Offenbach trouve les grands salons fermés. Il reprend son travail de violoncelliste et de chef occasionnel à l'Opéra-Comique. Il est cependant remarqué par le directeur de la Comédie-Française, Arsène Houssaye, qui le nomme directeur musical du théâtre, avec un mandat pour agrandir et améliorer l'orchestre. Début 1850, Offenbach compose des chansons et de la musique de scène pour onze drames classiques et modernes. Certaines de ses chansons sont devenues très populaires, et il acquiert une expérience précieuse dans l'écriture pour le théâtre. Houssaye écrira plus tard qu'Offenbach avait fait des merveilles pour son théâtre. Mais la direction de l'Opéra-Comique, cependant, ne lui commande rien.
Les Bouffes-Parisiens, les Champs-Élysées vignette|Affiche de Nadar. Entre 1853 et 1855, Offenbach écrit trois opérettes en un acte et réussit à les monter à Paris. Elles sont bien reçues, mais les autorités de l'Opéra-Comique restent impassibles. Il est encouragé à continuer par le compositeur, chanteur et impresario Florimond Ronger, plus connu sous le nom d'Hervé. Dans son théâtre, les Folies-Nouvelles, qui avait ouvert l'année précédente, Hervé est le pionnier de l'opéra-comique français. Il accepte de présenter une nouvelle opérette en un acte sur un livret de Jules Moinaux avec la musique d'Offenbach, Oyayaye ou La reine des îles. Créée le , l’œuvre est bien reçue par la critique et le public. Le biographe d'Offenbach, Peter Gammond, la décrit comme « une charmante bêtise ». La pièce dépeint un contrebassiste, joué par Hervé, naufragé sur une île de cannibales et qui, après plusieurs périlleuses rencontres avec la cheffe des cannibales, s'échappe en utilisant sa contrebasse comme bateau. Offenbach décide de produire ses pièces dans son propre théâtre et abandonne l'idée de les voir à l'Opéra-Comique.
Offenbach choisit son théâtre : la salle Lacaze, sur l'avenue des Champs-Élysées. L'emplacement et le moment sont idéaux pour lui : Paris, entre mai et novembre, attend de nombreux visiteurs de France et de l'étranger pour l'Exposition universelle de 1855, et la salle Lacaze se situe à côté du site de l'exposition. Il écrit plus tard :
Le théâtre est en effet « petit » : il ne peut accueillir qu'un auditoire de 300 places au maximum. Cependant, il convient bien pour les spectacles qu'on y joue : Offenbach se limite à trois voix dans les pièces en un acte. Avec un effectif aussi réduit, de grandes œuvres sont impossibles, et Offenbach, comme Hervé, présente des soirées de plusieurs pièces en un acte. Entre la délivrance de la licence et la soirée d'ouverture, le , c'est un mois d'activités frénétiques. Pendant cette période, Offenbach doit équiper le théâtre, recruter des acteurs, l'orchestre et le personnel, trouver des auteurs pour écrire les livrets pour le programme d'ouverture et composer la musique. Parmi ceux qu'il recrute, il y a Ludovic Halévy, le neveu du premier mentor d'Offenbach, Fromental Halévy. Ludovic est un fonctionnaire respectable mais a aussi une passion pour le théâtre et un don pour le dialogue et les vers. Tout en poursuivant sa carrière dans la fonction publique, il collaborera (parfois sous des pseudonymes discrets) avec Offenbach dans 21 œuvres au cours des 24 années suivantes.