Le bombardement de Guernica (sous le nom de code opération Rügen) est une attaque aérienne réalisée sur la ville basque en par de la légion Condor allemande nazie et de l'Aviation Légionnaire italienne fasciste, en appui du coup d'État nationaliste contre le gouvernement de la Seconde République espagnole.
Cet événement majeur et hautement symbolique de la guerre d'Espagne contribua à la médiatisation internationale du conflit, par l'intermédiaire d'une intense propagande, notamment au sujet du nombre de victimes et des responsables du massacre, aussi bien par les partisans des nationalistes que des républicains ; parmi ces derniers, le peintre espagnol Pablo Picasso a joué un rôle important avec son célèbre tableau Guernica représentant la population bombardée et exposé pour la première fois à l'Exposition internationale de Paris, du à la fin de l'année 1937.
Contexte et objectifs du bombardement Contexte Le bombardement de Guernica a lieu pendant la campagne de Biscaye.
Le bombardement de Durango avait eu lieu un mois auparavant. Avant cela, des villes avaient déjà été bombardées en Mésopotamie, en Libye ou en Éthiopie. Madrid est bombardée à partir de ..
Une ville chargée d'histoire La ville de Guernica avait une valeur symbolique, l'autonomie juridique et fiscale était représentée par l'arbre de Guernica (un chêne multi-centenaire) où les rois de Castille allaient prêter serment de respecter les fors basques.
Un objectif stratégique ? En raison de l'apparente faible valeur stratégique militaire que représentait la ville et de l'énorme disproportion entre les capacités de riposte des défenseurs et la violence de l'attaque, ce bombardement a souvent été considéré comme un des premiers raids de l'histoire de l'aviation militaire moderne sur une population civile sans défense, et dénoncé pour cela comme un acte terroriste, bien que la capitale (Madrid) ait été déjà bombardée auparavant à de nombreuses reprisesMiguel Angel Sanz, Mémoires d’un p’tit gars des faubourgs de Madrid, Pilote de chasse de la République, TMA Éditions, juin 2005 ..
Un objectif tactique La veille du bombardement, des combattants de l'Eusko Gudarostea traversent Guernica en fuyant en direction de Bilbao dans le but d'organiser une nouvelle ligne de défense. Wolfram von Richthofen propose de bombarder un pont au nord de la ville pour leur couper la route..
Un essai technique Le bombardement de Guernica est célèbre pour avoir été le premier tapis de bombes et le premier bombardement alternant bombes explosives et incendiaires, ..
Comme pour les autres interventions de la Luftwaffe pendant la guerre d'Espagne, un des objectifs avoués des dirigeants nazis était de tester les nouveaux matériels de guerre allemands avant de lancer de plus amples offensives en EuropeHermann Göring a déclaré, le 14 mars 1946, au procès de Nuremberg, que l'aide militaire à Franco avait pour double objectif la lutte contre l'expansion du communisme et l'essai technique de la Luftwaffe : .
Le bombardement : déroulement des opérations
thumb|right|250px|Messerschmitt Bf 109 C-1 du Jagdgruppe 88 de la Légion Condor qui participa le au bombardement de Guernica.
Le lundi , jour de marché, quatre escadrilles de Junkers Ju 52 de la Légion Condor allemande ainsi que l'escadrille VB 88 de bombardement expérimental (composée de Heinkel He 111 et de Dornier Do 17), accompagnées par des bombardiers italiens (Savoia-Marchetti SM.79) de l'Aviazione Legionaria et escortées par des avions de chasse allemands (Messerschmitt Bf 109), procèdent au bombardement de la ville afin de tester leurs nouvelles armes.
L'attaque commence à à la mitrailleuse, aux bombes explosives et enfin aux bombes incendiaires.. Après avoir lâché environ de bombes incendiaires, les derniers avions quittent le ciel de Guernica vers soit 2h30 de bombardement . À ce moment, 1/5 de la ville était en flammes, et l'aide des pompiers de Bilbao ( après le bombardement) s'avérant inefficace, le feu se propagea à environ 70 % des habitations.
Les victimes : un bilan controversé
Le bilan officiel Le nombre officiel de victimes, toujours maintenu depuis par le gouvernement basque, fait état de et de plus de Gérard Brey, « La destruction de Guernica », Tiempo de Historia, , avril 1977.. Il s'accorde avec le témoignage du journaliste britannique George Steer, correspondant à l'époque du Times, qui avait estimé qu'entre des de Guernica périrentVoir aussi le premier article de George Steer (les chiffres alors évalués à « des centaines »)..
La révision du bilan D'après la BBC (média britannique), l'historiographie récente parle plutôt de 200 à 250 morts et de plusieurs centaines de blessés « The legacy of Guernica », news.bbc.co.uk, le 26 avril 2001.. Dans España en llamas. La Guerra Civil desde el aire (2003), Josep Maria Solé y Sabaté et Joan Villarroya estiment le nombre de morts à 300Josep Maria Solé i Sabaté et Joan Villarroya, España en llamas. La Guerra Civil desde el aire, Temas de Hoy, 2003 .. Raúl Arias Ramos, dans son ouvrage La Legión Cóndor en la Guerra Civil (2003) l'estime à 250Raúl Arias Ramos, La Legión Cóndor En La Guerra Civil, La Esfera de los Libros, 2003 .. Enfin, une étude réalisée en 2008 par deux historiens de l'association Gernikazarra, Vicente del Palacio y José Ángel Etxaniz, donne un bilan de « Refugios de vida para Gernika », elcorreo.com, le 27 avril 2008..
L'association historique locale Gernikazarra Historia Taldea a évalué, dans son livre Sustrai erreak 2 publié en 2011, que le nombre de victimes établies, selon son étude des registres d'état-civil, est de 153 mortsMaider Sillero Alfaro, « "Los gernikarras hemos recibido desde niños por transmisión oral lo que fue el bombardeo" », euskonews.. Cette évaluation a été citée par les historiens Stanley PayneStanley G. Payne, ¿Por qué la Republica perdió la Guerra?, 2010. et Paul PrestonPaul Preston et José Pablo García, La muerte de Guernica, 2017, p.82.. Ce dernier précise que les franquistes ont essayé d'éliminer les traces du bombardement et n'ont pas essayé de tenir un registre précis du nombre de corps, et que les études de l'historien Xabier IrujoKarmele Urrutia, Xabier Irujo: “Gernika es un ejemplo arquetípico de la manipulación de la verdad a manos del poder establecido”, 2017. (directeur du centre d'études basques de l'université du Nevada.) confirment que l'évaluation officielle (1654 morts) du gouvernement basque est correcte, si elle n'est pas sous-évaluéePaul Preston et José Pablo García, La muerte de Guernica, 2017, p.83..
Selon les archives russes
Les archives russes par le biais de l'historien Sergueï Abrossov, mentionnent en date du . Il s'agit d'une évaluation incomplète qui ne prend en compte ni les personnes retrouvées ultérieurement sous les décombres, ni celles décédées plus tard de leurs blessures.
Il convient de rappeler que les soviétiques étaient les seuls au monde à entretenir à l'époque une force aérienne stratégique composée essentiellement de bombardiers lourds Tupolev TB-1, R-6 et TB-3 dont l'état était bon mais qui devenaient obsolescents. L'ensemble leur coûtait fort cher, d'autant plus que leur remplacement par le Tupolev ANT-42 était prévu : la validité de la doctrine de Giulio Douhet était donc sans cesse discutée au sein des états-majors. Par conséquent, l'intérêt des conseillers militaires soviétiques présents en Espagne était la récolte de données fiables et à usage interne quant aux effets dévastateurs de ce bombardement « de masse » grandeur nature, non pas à des fins de polémique ;
Ces archives révèlent en outre, des mitraillages des réfugiés de Guernica par les avions de chasse à l'extérieur des limites de la ville. Ce qui traduirait non pas une maladresse, mais un acharnement, pour parachever l'effet de panique ;
Le trimoteur Ju-52 était pour l'époque un bombardier lourd, qui avait une grosse capacité d'emport dépassant de bombes. Le Breguet XIX, en service chez les républicains sur le front nord, n'en pouvait emporter que .
Les réactions Ce bombardement a marqué les esprits non seulement à cause de l'ampleur du massacre mais aussi et surtout à cause de la valeur terroriste qui lui a été attribuée, du fait de l'apparente faible valeur stratégique militaire que représentait la ville et de l'énorme disproportion entre les capacités de riposte des défenseurs et la violence de l'attaque. S'il a longtemps été considéré comme le premier raid de l'histoire de l'aviation militaire moderne sur une population civile sans défense, alors que la Légion Condor avait en fait déjà commencé en à bombarder des civilsEn février 1937, la Légion Condor, appuyée par la Marine insurgée nationaliste a mitraillé et bombardé des colonnes de réfugiés civils pendant une dizaine de jours sur la route entre Málaga et Almería. Les historiens actuels avancent les chiffres de civils fuyant Málaga sur le point d'être prise par les troupes italiennes alliées aux nationalistes. Ces faits n'ont été révélés que tardivement à travers des publications historiques, des expositions de photos de l'époque et des vidéos basées sur les archives de l'Armée italienne (cf. Neila Majada & Bueno Pérez : Carretera Málaga-Almería -febrero de 1937-, 2006)., c'est aussi parce que la valeur symbolique de la ville renforça le sentiment qu'il s'agissait d'un acte terroriste exemplaire de la répression des antifranquistes.
Le , selon l'O.D.B. établi par le conseiller Arjénoukhine, l'aviation républicaine du front nord n'alignait plus que trois Polikarpov I-15, deux Létov, quatre Breguet, trois Gourdou et un Koolhoven. Seuls les trois Polikarpov I-15 pouvaient avoir une quelconque valeur militaire, mais ils étaient engagés sans interruption depuis et les machines étaient tout aussi épuisées que leurs pilotes russes. De plus le groupement leur faisant face alignait bien plus de cent avions modernes. Au , le commandement républicain, malgré une situation difficile en Espagne centrale (l'aviation républicaine y combattait déjà à un contre trois), se décida tout de même à transférer neuf I-15 et six R-Zet par Toulouse, vers Santander. Ces machines y seront d'ailleurs immobilisées par le Comité de non-intervention puis renvoyées désarmées en Aragon.
Dans l'art et la culture Pablo Picasso a peint l'horreur de cet événement dans le tableau Guernica. Cette commande du gouvernement espagnol pour son pavillon de l'exposition universelle en 1937 à Paris est devenue une des œuvres les plus célèbres de Picasso.
Le sculpteur français René Iché a réalisé Guernica à la suite du bombardement.
Le bombardement tient une place importante dans le film L'Arbre de Guernica de Fernando Arrabal.
Le film Gernika est sorti en 2016 et a pour thème le bombardement de la ville.
L'attribution de la responsabilité du bombardement
L'accusation des républicains par Franco Franco, sous la pression internationale faisant suite aux révélations du Times, affirme, en s'appuyant sur la Dépêche Havas de Guernica, que la Luftwaffe n'aurait pu voler le pour des raisons climatiques, et que la destruction de Guernica est due aux Basques républicains qui auraient incendié et dynamité la ville dans leur fuite. Ce mensonge du futur Caudillo fut plus tard reconnu unanimement.
En 2004, sur demande expresse d'un député basque, le gouvernement espagnol a même reconnu officiellement la responsabilité du gouvernement de l'époqueRapport de 2004 des Cortes Generales..
L'accusation des nazis par les franquistes Une interprétation différente et plus tardive, émanant de Carlos Rojas et surtout de Ricardo de la Cierva, ne nie pas le bombardement, mais en fait porter l'entière responsabilité au régime nazi :