Le Sherman est un char moyen britannique de la Seconde Guerre mondiale basé sur le char américain M4 Sherman réarmé avec le canon antichar . Son développement débute en 1943 et est motivé par la faiblesse de l’armement des autres chars britanniques et le peu de perspective d’avoir à brève échéance un véhicule capable d’affronter les blindés allemands les mieux protégés comme le Tigre et le Panther. Le canon de 17-pdr, qui peut détruire n’importe quel char alors existant à de longues distances, permet de résoudre ce problème, tandis que le Sherman a l’avantage d’être déjà en production, ce qui évite d’avoir à développer un châssis pour porter l’arme. Le principal problème, l’installation du canon de 17-pdr dans une tourelle qui n’a pas été conçue pour une arme aussi volumineuse, ayant été résolu, le véhicule entre en production en . Celle-ci prend fin en , après qu’entre et ont été produits en deux versions : le Sherman C, basé sur le M4, et le Sherman C, basé sur le M4A4. Les deux versions sont usuellement réunies sous l’appellation collective de (« luciole »), sobriquet donné au char par les troupes.
Le connaît son baptême du feu lors du débarquement de Normandie le et sert par la suite principalement sur le front d’Europe du nord-ouest, ainsi que, dans une moindre mesure, sur le front italien. Il sert essentiellement dans les unités blindées des forces du Commonwealth, bien que les Américains en aient aussi acquis quelques dizaines. À la fin de la guerre, Britanniques et Américains retirent rapidement le du service, mais certains exemplaires sont revendus ou donnés à d’autres pays. Il participe ainsi encore à la guerre du Liban dans les rangs des milices phalangistes, avant que son usage cesse à la fin des années 1990 dans la plupart des forces armées en disposant encore.
Le partage avec le Sherman sur lequel il est basé l’inconvénient d’avoir un blindage relativement faible, mais corrige son autre principal défaut, à savoir les performances limitées de son canon contre les autres chars. Néanmoins, cette amélioration est faite au prix de l’efficacité de l’équipage, réduit à quatre membres et à l’étroit du fait de l’encombrement de l’espace intérieur par le canon et ses munitions.
Dénomination Alors que pour les Américains la désignation du modèle de base du char est « », les Britanniques, qui ont l’habitude de donner aux chars américains qu’ils utilisent des noms de généraux de la guerre de Sécession, introduisent pour celui-ci le nom de Sherman avec un chiffre romain indiquant la version. Ainsi, dans la British Army le M4 est appelé Sherman , le M4A1 Sherman et ainsi de suite jusqu’au M4A4 correspondant au Sherman . Par ailleurs, les Britanniques ajoutent une lettre à la fin du nom lorsque le canon n’est pas le standard, le 17-pdr étant désigné par la lettre C. Par conséquent dans la nomenclature britannique, les chars Sherman armés du 17-pdr sont appelés Sherman C. Il n’y a probablement eu que des Sherman C et C, les C, C et C ne semblant pas avoir été produits.
Le surnom (« luciole ») est apparu vers et s’est rapidement diffusé pour désigner toutes les versions du Sherman équipées du canon de 17-pdr. S’il a été employé par les troupes, ce surnom n’a en revanche pas été officiellement adopté et ne se trouve pas dans les publications officielles. Son origine et la raison pour laquelle il a été choisi pour ce véhicule en particulier demeure par ailleurs obscure.
Développement Contexte vignette|Le Challenger, dont les retards de production motivent la conception du Firefly.|alt=photographie en noir et blanc d’un char|gauche Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques se trouvent désavantagés par la faiblesse de l’armement de leurs blindés : non seulement ils ne disposent au mieux que de canons QF 2-pdr d’un calibre de , mais en plus la génération suivante de char, alors en développement, n’est pas mieux armée. Le problème est considérablement aggravé par la perte de la totalité des chars engagés par les Britanniques dans la bataille de France, ce qui les oblige à prioriser la production de matériels déjà existants ou dont le développement est presque terminé aux dépens de la mise au point d’un armement plus efficace.
Ainsi, les Matilda, Valentine, Crusader et Covenanter qui entrent en service entre 1939 et 1941 conservent tous le canon de deux livres. Il existe bien un programme de développement pour le Cromwell, qui doit être armé d’un canon de 6-pdr d’un calibre de , mais celui-ci ne progresse que lentement. Ce retard affecte par ricochet la mise au point du Challenger, une variante équipée d’un canon venant récemment d’entrer en service, le 17-pdr.
Du Challenger au Sherman vignette|alt=photographie en noir et blanc d’une rue bordée d’immeubles en ruines avec des soldats et des véhicules|Un Firefly à Putanges en . La situation en est toujours plus ou moins au même point au début de l’année 1943, si ce n’est que le Challenger, qui est alors au stade des essais, se révèle souffrir de nombreux défauts. Convaincu que le Sherman serait plus adapté, le major George Brighty commence à travailler indépendamment sur l’installation du 17-pdr sur celui-ci. Il est rejoint en juin par un autre officier, le major George Whiteridge, mais le duo se heurte à une difficulté de taille : la tourelle du Sherman est trop étroite pour y installer le canon en l’état. Autre problème, le département chargé du développement des chars ayant eu vent de leurs expériences, il leur est ordonné d’y mettre fin immédiatement.
Faisant jouer ses relations, Whiteridge obtient que le projet devienne officiel, bien que cela ait pour effet de le faire passer sous l’égide du département chargé du développement des chars. Un ingénieur, W. G. Kilbourn, y est affecté en pour tenter d’apporter une solution au problème de place dans la tourelle. Après plusieurs essais, Kilbourn y parvient en modifiant en profondeur la culasse et le dispositif d’absorption du recul du 17-pdr. Outre le canon, il est également nécessaire de transformer la tourelle en l’agrandissant vers l’arrière et en ajoutant une trappe pour le chargeur, qui ne pourrait sinon évacuer facilement le char en cas d’incendie du fait de l’imposant obstacle constitué par le canon. Les plans de l’arme sont prêts le et le premier prototype le 28. La tourelle et son armement sont testés à l’arsenal de Woolwich le .
Le prototype du véhicule complet est achevé le . Le Challenger n’étant pas toujours pas prêt à cette date et du fait de l’urgence à disposer d’un nouveau char avant le débarquement en Normandie, les commandes de celui-ci sont réduites au minimum en faveur du Sherman armé du 17-pdr.
Production gauche|vignette|Un Firefly à Namur, 1944.|alt=photographie en noir et blanc d’un char avec des soldats dessus Le valide ainsi immédiatement l’entrée en production, en donnant l’ordre de convertir au plus vite deux-mille-cent Sherman. La principale difficulté est alors de trouver suffisamment de M4, d’autant qu’il n’est pas possible de détourner l’intégralité des chars reçus vers la production du . Ainsi, au , seulement ont été produits, bien que la conversion en elle-même ne soit pas complexe à effectuer. La cadence s’accélère ensuite, avec environ un millier produit à la fin du mois d’août et deux-mille en . Dans l’intervalle, le War Office porte les commandes à . Le rythme de production ralentit toutefois à partir de ce moment, le besoin étant moins fort du fait de l’imminence de la fin des combats en Europe et de la mise en production du Comet (char). La production prend fin en , entre et ayant été produits en dix-sept mois.
La production a lieu principalement à la Royal Ordnance Factory de Barnbow, près de Leeds, bien qu’il soit possible qu’une partie ait également pu avoir lieu au Royal Arsenal et à Hayes, près de Londres.
Histoire opérationnelle Seconde Guerre mondiale Commonwealth vignette|Un de la débarque en Normandie le .|alt=photographie en noir et blanc d’un char sur une plage avec un bateau à l’arrière plan La dotation prévue est de deux par troupe de Sherman dans les régiments blindés britanniques, canadiens et polonais déployés sur le front d’Europe du nord-ouest. Malgré les demandes pressantes, le front italien n’est pas considéré prioritaire et la dotation n’y dépasse pas un Firefly par troupe dans les régiments britanniques, polonais, canadiens, néo-zélandais et sud-africains. Ainsi, à la fin de l’année 1944, le groupe d’armées dispose de sept-cent-vingt-huit Firefly contre seulement soixante-dix-sept en Italie.
Le est utilisé pour la première fois au combat le pendant l’opération . À cette occasion, trois sont modifiés par l’ajout d’une estrade sur laquelle peuvent prendre place deux , qui peuvent alors tirer par-dessus la rampe depuis cette position surélevée. Deux de ces barges sont assignées aux Canadiens qui débarquent sur Juno, tandis que la troisième est rattachée au destiné à Sword. L’efficacité réelle du système n’est pas connue, les mouvements devant rendre la précision du tir toute relative ; il est par ailleurs établi que les chars du n’ont pas tiré de tout le trajet. Après le débarquement, ils rejoignent le reste de leurs unités, qui sont équipées d’un par escadron. Le Firefly est également en dotation au sein du , qui joue le même jour un rôle important dans la protection des plages du débarquement contre la contre-attaque de la . Toutefois là encore les détails manquent pour pouvoir mesurer exactement leur implication.
L’épisode le plus marquant de la carrière du Firefly a lieu le pendant l’opération près de Saint-Aignan-de-Cramesnil, lorsqu’une contre-attaque emmenée par des Tigre du se heurte à des du régiment 1NY de la britannique. Lors de son avance, la deuxième compagnie allemande est attaquée par la troupe 3 de l’escadron A britannique. Dans l’engagement d’un quart d’heure qui s’ensuit, le Firefly C de la troupe détruit trois Tigre, dont celui de l’égérie nazie Michael Wittmann, à huit-cent mètres et avec seulement cinq obus. Quelques heures plus tard, un autre Firefly détruit un Panzer IV à mille-cinq-cent mètres.
Le n’ayant été pour le Royaume-Uni qu’un char de circonstance devant pallier les retards dans sa production domestique, il est retiré du service dès la fin de la guerre. Il est remplacé dans l’armée britannique par le Comet.
États-Unis vignette|Vestiges d’un Firefly utilisé par les milices phalangistes au Liban.|alt=photographie d’un char rouillé et démantelé avec un soldat à gauche|gauche De leur côté les Américains ne prennent dans un premier temps pas en considération le , du fait de leur propre programme de développement d’un canon de . Les performances antichars de celui-ci se révélant bien moins bonnes qu’espérées, ils cherchent néanmoins à s’en procurer de grandes quantités à partir d’. Les Britanniques ne peuvent toutefois pas répondre à la demande avant 1945 du fait de la forte demande pour leurs propres forces armées. Les livraisons ne commencent ainsi qu’en et le total reçu avant la fin de la guerre se monte à moins de cent chars. Ceux-ci sont rapidement retirés du service une fois le conflit terminé du fait de la difficulté à les alimenter en munitions.
Allemagne Entre et , les Allemands parviennent à s’emparer d’une poignée de Firefly — au moins quatre, mais le nombre exact est inconnu. Si ces chars apparaissent sur des photographies avec des marquages allemands, il n’existe pas d’éléments attestant de leur utilisation au combat, une éventualité sans doute empêchée par la difficulté à assurer l’approvisionnement en munitions. Ils ont donc probablement uniquement servi à des fins d’instruction et d’essais.
Conflits postérieurs