La Confédération générale du logement. (CGL), est une association française de consommateurs agréée sur le plan national dans le domaine du logement. Son agrément a été renouvelé pour 5 ans à compter du https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042325357. Elle fut fondée dans le sillage de l'appel lancé en 1954 par l'abbé Pierre. Initialement, la CGL avait pour appellation UNASL (Union nationale d'aide aux sans-logis). La CGL siège en tant que représentante des consommateurs au Conseil national de la transaction et de la gestion immobilière (CNTGI)https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000038404102 et à la Commission nationale de la concertation en matière locativehttps://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042238540.
Caractéristiques
Les autres associations de consommateurs agréées sur le plan national en matière de logement sont l'AFOC, la CLCV, la Confédération nationale du logement (CNL) et la Confédération syndicale des familles (CSF).
Par rapport à ces autres associations, la CGL se distingue par les traits suivants : la volonté de créer un syndicalisme global du logement ; le souhait de développer le service public du logement pour assurer l'accès de tous à un logement décent ; la responsabilisation des usagers, appelés à prendre en main leurs intérêts.
On peut repérer ces caractéristiques par la lecture des journaux internes successifs de la CGL, à savoir Des Toits et des Hommes., les Feuilles du mois., Action logementNotice bibliographique Action logement (Paris. 1975) | BnF Catalogue général - Bibliothèque nationale de France et CGL Mag..
Au cours de son histoire, la CGL a mis plus fortement l'accent sur une caractéristique plutôt qu'une autre, sans jamais renoncer officiellement à l'un de ces traits spécifiques.
Syndicalisme global du logement
La CGL entend se centrer uniquement sur le logement, en appliquant le proverbe "qui trop embrasse, mal étreint"Régis ESTIENNE, "Tribune libre : Trop plein... et pluralisme", Action logement, août-sept. 1981, p. 12.
Parmi les associations qui se centrent sur le logement, la CGL se différencie par le fait qu'elle souhaite défendre les intérêts de tous les usagers du logement, des locataires sociaux aux accédants à la propriété. Ce fait a été énoncé clairement depuis plus de 40 ans : Des Toits et des Hommes, CGL, IVe congrès national, avril 1958, p. 10 et Action logement, Principes de la CGL concernant l'accession à la propriété, mai 1978.
Toutefois, la CGL ne défend pas les bailleurs, car ces derniers ont des intérêts spécifiques. La CGL craint en effet de ces bailleurs, en cas d'inattention des défenseurs des locataires, divers abus de puissance économiqueAction logement, Editorial : "Propriété sacrée ou sacrée propriété", juillet 1979, pp. 1 et 10.
Droit au logement et service public
Depuis sa création, la CGL défend un service public fort pour protéger le droit de tous à un logement décent. Dès son congrès de Roubaix des 1er et , lors duquel l'UNASL a adopté l'appellation de CGL, ce point a été souligné.
En effet, la CGL s'est ouvertement opposée à ce que les habitats soient réduits au statut de biens marchands ordinaires sur lesquels on peut spéculer librement : Des Toits et des Hommes, Manifeste de la CGL, janvier 1957, p. 5.
Emancipation et responsabilisation
La CGL s'inscrit dans le sillage de l'action de l'Abbé Pierre et est toujours membre d'Emmaüs France.
Dans cette optique, la CGL a pour objectif de rendre la parole et la dignité à tous : Action logement, sept. oct. 1980, p. 2
La CGL affirme depuis longtemps la nécessité de servir les usagers du logement pour leur permettre de prendre en main leur destin : Régis ESTIENNE, "Indépendance repliement... Indépendance ouverture", Action logement, juill. août 1980.
Cela vaut aussi en matière de copropriété : "Copropriété : face à la gestion, Action logement, supplément au numéro d'avril 1982, p. 2.
La CGL soutient donc la gestion de forme coopérative en copropriété (où le président du conseil syndical est le syndic) mais cela passe par une préparation et une organisation des copropriétaires entre eux : "Pour la défense des copropriétaires. Pourquoi une association est nécessaire", Action logement, juin 1982, p. 2.
Histoire
De l'UNASL à la CGL
Naissance
À la suite de l'appel de l'abbé Pierre à la radio pendant l'hiver 54, des comités d'aide aux sans logis sont fondésLe 1er février 1954, l’Abbé Pierre lance son appel en faveur des sans abris à Radio Luxembourg, sur wordpress.com du 7 février 2004, consulté le 20 septembre 2017.
Ils assurent la défense des familles expulsées, le soutien aux squatters, l'appui des réquisitions, l'organisation de locaux d'accueil, des programmes de constructions rapides, portent des revendications auprès des pouvoirs publics...
L'UNASL, qui regroupe ces comités, est officiellement créée en Axelle BRODIEZ-DOLINO, Emmaüs et l'Abbé Pierre, 2014, Les Presses de SciencesPo, chapitre 2, paragraphe 1, "La mise en place d'une nouvelle organisation".
Le principal organe interne de l'UNASL était Des Toits et des hommes (Action avec les sans-logis et les mal-logés). Ce journal était élaboré par l'ASLAP (Aide aux Sans-Logis de l'Agglomération Parisienne).
Au sein de l'ASLAP, deux courants se font face rapidement.
Courant contestant les élites
Jean-Pierre CROUE, président de l'ASLAP, anime la mouvance des militants critiques à l'égard des élites institutionnelles.
Ce faisant, il visait les administrations : et, sur le squatt et les critiques administratives qu'il suscite : Jean-Pierre CROUE, "efficacité de la démagogie", Des Toits et des hommes, nov. 1955, pp. 1 à 3.
Jean-Pierre CROUE visait également l'establishment du logement : Jean-Pierre CROUE, "Réflexions sur le deuxième congrès national", Des Toits et des hommes, déc. 1955, pp. 1 à 3.
Il visait aussi les députés, prompts à soutenir la charte du logement de l'UNASL (issue du congrès des 26 et ) avant d'en oublier le contenu dès les élections législatives du passées : Jean-Pierre CROUE, "L'appel au silence", Des Toits et des hommes, févr. 1956, pp. 1 à 3
Courant des stratèges institutionnels
Face à cette approche, Guy THOREL, secrétaire général de l'ASLAP depuis sa fondation, propose une autre attitude. Il se pose d'abord en stratège institutionnel et prône la construction d'une organisation durable. Dès lors, il insiste sur 4 points.
Pour bâtir une structure solide, des cotisations sont nécessaires : Guy THOREL, "Cartes 1956", Des Toits et des hommes, nov. 1955, voir pp. 4 et 5
Pour Guy THOREL, il fallait rompre avec l'esprit purement charitable porté par certains catholiques qui ont rejoint l'Abbé Pierre. Leur attitude était louable mais insuffisante pour lancer une organisation solide : Guy THOREL, "Cartes 1956", Des Toits et des hommes, nov. 1955, voir p. 5
Le modèle prôné par Guy THOREL était donc la création d'une organisation reposant sur des salariés payés grâce à des cotisations qui portent une parole venue d'en haut devant transformer progressivement l'opinion, à l'opposé des militants critiques lançant des opérations de communication-choc : Guy THOREL, "Cartes 1956", Des Toits et des hommes, nov. 1955, voir pp. 5 et 6
Points d'accord
Guy THOREL et Jean-Pierre CROUE avaient néanmoins trois points d'accord.
Ils étaient défavorables à la spéculation immobilière. Le point de vue partagé par tous au sein de l'ASLAP est, sur ce point, résumé par Y. ROLLAND pour lequel profiter de la hausse des prix des habitats : Y. ROLLAND, "Tribune libre : Le droit de propriété... le droit de vivre", Des Toits et des hommes, nov. 1955, voir pp. 25 à 27
En outre, Guy THOREL et Jean-Pierre CROUE, indépendamment de leurs opinions religieuses personnelles qu'ils n'affichaient pas, ne souhaitaient pas agir sous l'emprise du clergé. Or, certains fondateurs de l'UNASL étaient proches de l'église catholique, voire carrément des paroissiens faisant au nom de l'ASLAP des quêtes en compagnie de leur curéMM. DEPLANQUE, SAUVAGET, COGNARD, Descriptif des activités à Aulnay, Champigny et Saint-Maurice, Des Toits et des hommes, févr. 1956, voir pp. 16 à 20, voire du Cardinal FELTINP. CHOUMERT, Descritpif des activités dans le 7e arrondissement de Paris, Des Toits et des hommes, déc. 1955, voir pp. 15 et 16 sans compter les abbés qui intervenaient directement dans les publications internesAbbé BECOURT, "Tribune libre : Construire hors des cités surpeuplées de Paris, Des Toits et des hommes, févr. 1956, voir pp. 21 à 23.
Enfin, Guy THOREL et Jean-Pierre CROUE n'avaient aucune tendresse pour le marchand de sommeil ordinaire, et notamment l'hôtelier louant des chambres dégradées qui, déjà durant les années 50, exploitait la détresse des ménages dépourvus d'un toit, d'où une lettre publique virulente adressée au président du syndicat des hôteliers-limonadiers après son refus d'instaurer avec les usagers une commission paritaire : Jean-Pierre CROUE, "Ballade pour un limonadier", Des Toits et des hommes, juill. août 1956, voir pp. 1 à 3
La transformation de l'UNASL en CGL est basée sur ces trois points d'accord.
Le tournant de 1956-1957
Lors du congrès de Roubaix du 1er et du , l'UNASL change sa dénomination pour devenir la CGL, un Guy THOREL, A propos du congrès de Roubaix, Des Toits et des hommes, janv. 1957, voir pp. 4 et 5 sans aucune référence chrétienne (alors qu'il existe des syndicats chrétiens en France).
Le même congrès insiste sur le combat central de la CGL, le droit au logement : . Cette affirmation est dans le sillage de la charte du logement de l'UNASL qui réclamait un logement décent pour tous en se basant sur le préambule de la Constitution de 1946 (10ème alinéa) en ce que la République UNASL, Charte du logement, Des Toits et des hommes, déc. 1955, voir pp. 9 et 10.
Enfin, le congrès de Roubaix réaffirme l'importance de la lutte contre la spéculation grâce au service public : .
Dès la transformation de l'UNASL en CGL obtenue, Guy THOREL a rapidement pris l'ascendant au sein de l'ASLAP avec le départ de la présidence de Jean-Pierre CROUELe nouveau bureau de l'ASLAP, Des Toits et des hommes, févr. mars 1957, p. 2.
Cette éviction est liée à l'hostilité avouée de Jean-Pierre CROUE à la guerre d'Algérie, hostilité qu'il affirmait y compris en rendant compte d'une réunion au Palais d'Orsay sur la question du logement : Jean-Pierre CROUE, "Les bons sentiments", Des Toits et des hommes, oct. nov. 1956, voir pp. 1 et 2
Après le départ de Jean-Pierre CROUE, le journal Des Toits et des hommes comprend bien moins d'opinions et diminue en volume.
De Guy THOREL à Alain RAILLARD Eclipse des débats internes
Guy Thorel, en tant que secrétaire général de l'ASLAP puis secrétaire général de la CGL puis président de la CGL, est la figure principale de l'histoire de la CGL jusqu'en 1980.
En 1958, il retrace l'histoire de la CGL en fustigeant les échecs des comités de sans-logis et en insistant sur le fait que, désormais, Des Toits et des hommes seront avant tout un outil de travail et un moyen de propagande à destination de la base pour la former et créer des CGL, 1954-1958, Des Toits et des hommes, mars 1958, p. 1.
Lors du congrès de Tours de 1957, la CGL transforme l'hostilité à la guerre d'Algérie (très présente chez ses adhérents) en vœu pratique : pas de crédit pour les secteurs non vitaux : CGL, IVe congrès national, Des Toits et des hommes, avr. mai 1958, p. 3.
Désormais, le journal Des Toits et des hommes ne paraîtra plus à partir de la fin des années 1950.
À partir du début des années 1970, des feuilles du mois purement techniques sont diffusées.
Arrivée d'une nouvelle génération
Or, le , la Confédération Nationale du Logement fait un communiqué de presse commun avec le PCF. La CGL, qui a désapprouvé ce procédé, devint un lieu de ralliement des militants progressistes du logement hostiles à un lien de dépendance politique aussi net vis-à-vis du PCFCGL, Action logement, Feuilles du mois de janvier 1978.