Charles, marquis de Villette, né le , à Paris, où il est mort le , est un écrivain et homme politique français.

Biographie Issu d’une famille de financiers de petite noblesse normande, il est le fils de Pierre-Charles de Villette, seigneur du Plessis-Longueau, trésorier général de l’extraordinaire des guerres, et de Thérèse-Charlotte Cordier de Launay, tante de Renée-Pélagie de Montreuil, la future femme du marquis de Sade, recherchée pour son esprit et sa beauté. Il fait ses études au collège Louis-le-Grand, est reçu bachelier, et obtient en 1754 le diplôme de licencié in utroque jure, en droit civil et canon. Son père lui achète alors une charge d’avocat conseiller du roi au Châtelet, mais il la revend au début de la guerre de Sept Ans pour entrer dans la carrière des armes. Il acquiert en 1757 la charge de maréchal des logis général de la cavalerie, puis en 1758 celle de mestre de camp de dragons, et en 1759 celle de premier aide de camp du prince de Condé. Il reçoit en 1763 la croix de Saint-Louis à la suite de blessures au combat, en particulier à la bataille de Minden où son cheval est tué sous lui, mérites qui, entre autres services rendus à la Couronne par son père, valent à ce dernier d'être élevé au rang de marquis en 1763.

Un scandaleGrimm, dans sa Correspondance littéraire (août 1765), rapporte « qu'il remplit tout Paris d’un duel où il devait avoir tué un ancien lieutenant-colonel, après l’avoir outragé dans une promenade publique, de la manière la plus indécente et la plus punissable. C’était pour mettre sa bravoure hors de doute qu’il avait imaginé de faire courir ce bruit. Les campagnes en Hesse lui avaient offert des occasions plus simples de se laver de tout soupçon de poltronnerie. Quoi qu’il en soit, ce prétendu duel fit tant de scandale, l’offense qui devait l’avoir occasionné était si contraire aux mœurs, que le ministère public informa contre le fait ; et lorsqu’on en vint aux éclaircissements, il se trouva qu’il n’y avait nul fondement ni à l’offense ni au combat. Cette platitude fit enfermer M. de Villette pendant six mois dans la citadelle de Strasbourg ». en 1764 lui vaut une lettre de cachet qui l'expédie pendant six mois dans la citadelle de la Petite-Pierre en Alsace. Libéré après intervention de son père, il lui est cependant ordonné de ne pas paraître dans la capitale : il va alors trouver Voltaire à Ferney qui lui fait un accueil empressé : Lettre à d’Argental du 27 février 1765. Sa mère, jadis amie intime de Voltaire (amitié qui a fait qu’on a longtemps tenu Villette pour le fils naturel du philosophe) lui avait fait connaître celui-ci. Villette s’attache alors à Voltaire par une affection toute filiale.

Revenu à Paris en 1765, devenu marquis par la mort de son père, il ne tarde pas à s’attirer une réputation de débauché, par ses dépenses et ses amours masculines, par les intrigues scandaleuses qu'il noue avec des femmes à la mode, parmi lesquelles la cantatrice Sophie Arnould, chez laquelle il a avec le comte de Lauraguais une querelle qui le mène à la prison de l’Abbaye où il est enfermé pendant six semainesBachaumont rapporte l'anecdote, dans ses Mémoires secrets à la date du 17 août 1766 : « Une rixe élevée entre deux hommes qui se piquent de bel esprit et qui tiennent un rang dans la littérature, et comme auteurs et comme Mécènes, fait beaucoup de bruit : elle intéresse MM. de Lauraguais et de Villette. Elle a donné lieu à des épîtres de part et d'autre peu dignes d'être rapportées. Elle est née à l'occasion d'un pari prétendu fait entre deux adversaires, et que M. de Villette avait perdu. Il était question d'une course à exécuter par les chevaux et coureurs de M. de Lauragais. Le premier n'a pas voulu donner le tableau en jeu, de la part du marquis de Villette, soutenant qu'il n'avait point parié. Ces deux champions étant sur le point d'entrer en lice, se sont trouvés arrêtés par les gardes des maréchaux de France, et l'affaire est au tribunal. Elle occupe beaucoup les gens de lettres, qui prennent parti pour ou contre. » L'un et l'autre sont finalement condamnés à six semaines de prison, Lauraguais à la Bastille et Villette à l'Abbaye., puis offre le spectacle d'un couple scandaleux en s'affichant partout avec la célèbre actrice mademoiselle Raucourt, lesbienne déclarée. Acquis aux idées philosophiques, il entre en franc-maçonnerie vers 1777 dans la loge des Neuf SœursDans laquelle Voltaire devient membre honoraire en 1778..

Sous les auspices de Voltaire, qu’il ne craint pas d’appeler son père, Villette se lance dans le monde littéraire, fait beaucoup de vers, concourt à l’Académie française pour des prix qu’il n’obtient pas, et surtout, chante sur tous les tons l’éloge du Patriarche de Ferney, qui le lui rend avec usure, le surnommant le . Ses vers légers lui font sa réputation : on lui reconnaît un certain talent mais on égratigne ses qualités d'homme d'esprit et sa puissance de travail en insinuant que « son esprit dépendait en grande partie de celui de ses secrétaires », au premier rang desquels il faut placer Claude-Marie Guyétand« Son esprit dépendait en grande partie de celui de ses secrétaires : aussi n'en montra-t-il jamais davantage que lorsque M. Guyétand, qui aurait pu faire du sien un meilleur usage, voulut bien en faire avec lui une affaire de société en se mettant à ses gages. Ce n'est pas que Villette n'eût par lui-même la mesure de talent nécessaire pour écrire quelquefois de jolies lettres et pour faire de ces petits vers qu'on appelle du jour, parce qu'ils n'ont jamais de lendemain : mais il aimait à s'en épargner le travail, et s'accommodait volontiers de l'esprit qu'on voulait bien lui prêter. » Charles Palissot, Œuvres complètes: Mémoires sur la littérature, Volume 5 Sur la littérature Article Charles de Vilette 1809 Google book . Les critiques des beaux-esprits du temps ne manquent pas : Mme du Deffand l'appelle ; on rit de la part de renommée qu’il croit pouvoir se tailler dans celle de Voltaire, et cette épigramme rapportée par Grimm court dans Paris au retour du philosophe sur les bords de la Seine en 1778 :

Au fait des inclinations masculines de Villette, sujet de nombre de ses plaisanteries, Voltaire le marie en 1777, dans l'église de Ferney, à Reine Philiberte Rouph de VaricourtVoir, pour biographie, la notice nécrologique de Reine Philiberte Rouph de Varicourt dans : Jacques-Alphonse Mahul, Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, , 1822, Paris : Ponthieu, 1823, , jeune fille noble et pauvre aussi distinguée par ses vertus que par ses qualités aimables que Voltaire a tirée du couvent et installée chez lui après l'avoir fait adopter par sa nièce Denis, et qu’il n’appelle que . En , Voltaire revient à Paris dans le sillage du jeune couple pour voir sa tragédie Irène représentée par la Comédie-Française. Voltaire, malade et épuisé par la vie trépidante que son hôte lui fait mener, meurt à l'hôtel de VilletteSitué à l’angle de la rue de Beaune et du quai des Théatins (actuel quai Voltaire). Ayant décidé d’aller à Paris pour défendre sa pièce Irène, c'est là que Voltaire descend le , avec Denis, pour ne pas se séparer de Belle et Bonne, qu’il chérit avec une tendresse extrême. Il y occupe un cabinet qui se trouve au-dessous de l’appartement du marquis de Thibouville, , où il loge, le .

Le mariage n’empêche pas le marquis de Villette, devenu ainsi, selon la parole plaisante du patriarche de Ferney, docteur in utroqueAllusion plaisante au diplôme obtenu par Villette de licencié in utroque jure, c'est-à-dire licencié « de l'un et l'autre droit », formule qui désigne le droit civil et le droit canon. Voltaire applique ici l'expression aux mœurs de Villette, tournées vers l'un et l'autre sexe., de retourner à ses anciennes amours. Pourtant, plusieurs enfants naîtront, qui mourront en bas âge ou à l'adolescence ; un fils, baptisé en 1792 sous le nom de « Voltaire-Villette », vivra jusqu'en 1859, mais n'aura pas de postérité.

Charles et Philiberte n’en sont néanmoins pas moins fidèles à Voltaire, et contribuent à entretenir le souvenir du philosophe

right|thumb|170px|Frontispice des Enfans de Sodome (1790), où Villette est nommément cité. À l’époque de la Révolution, Villette rédige les cahiers du bailliage de Senlis, dans lesquels il se prononce avec chaleur pour les principes nouveaux, et il écrit des articles révolutionnaires dans la Chronique de Paris. Il brûle publiquement ses lettres de noblesse pour prendre le nom de Charles Villette, et propose que Louis XVI soit dépossédé de ses pouvoirs mais maintenu à la tête de l’État en tant qu'empereur. Après la nationalisation des biens du clergé en 1789, Villette organise le transfert des cendres de Voltaire en l'église abbatiale de Sainte-Geneviève construite par Soufflot, devenue le Panthéon, cérémonie qui a lieu le .

Dans la marée de pamphlets qui s’ensuit, de nombreuses allusions sont faites à son homosexualité, comme dans les Enfants de Sodome à l’Assemblée NationaleLes Enfants de Sodome à l’Assemblée nationale, ou Députation de l’ordre de la Manchette aux représentants de tous les ordres pris dans les soixante districts de Paris et Versailles y réunis. Avec Figures. À Paris, et se trouve chez le marquis de Vilette, grand commandeur de l’ordre, 1790. Ce pamphlet est une satire contre les Jacobins, mais aussi un véritable cahier de doléances des « bougres » et des « bardaches »., ou dans la Vie du ci-derrière marquis de VilletteVie privée et publique du ci-derrière marquis de Villette, citoyen rétroactif. s.l. (Paris), s.n., 1791 ca. (l’an III de la liberté).. Villette répond à ces attaques par l'intermédiaire de son ami Anacharsis Cloots, dit l’Louis Crompton, Homosexuality and Civilization, Cambridge, Massachusetts, and London, England, Belknap Press of Harvard University Press, 2003..

Villette est élu en 1792 député de l’OiseLe marquisat de Villette se trouve en effet dans ce département. Le château de Villette (toujours existant mais entièrement reconstruit en 1903) est situé au Plessis-Villette, village qui a été rattaché à la commune de Sarron en 1826, elle-même rattachée à Pont-Sainte-Maxence en 1951. à la Convention nationale, où il a le courage de protester vivement dans une lettre contre les massacres de Septembre. Malade au moment du procès de Louis XVI, il prend cependant part aux votes et se prononce contre l’appel au peuple, pour la détention et le bannissement à la paix ainsi que pour le sursis. Défenseur de l'émancipation des serfs et du droit des femmes, il succombe quelques mois plus tard à une maladie de langueur (peut-être une neurosyphilis) à Paris, et Antoine-Augustin Auger lui succède à la Convention. Bon, dévoué à ses amis, il montre, lors de la Révolution, un vrai courage à soutenir ses opinions à la fois contre les préjugés de la noblesse et contre les excès révolutionnaires. right|thumb|170px|Hôtel de Villette, 27, quai Voltaire, Paris.