Le charron, ou maître charron., est un artisan spécialiste du bois et du métal, art dit de la charronnerie. Il conçoit, fabrique, entretient ou adapte, répare les véhiculesLe nom générique désignant le véhicule de charge est le char à l'époque médiévale. Cette dénomination se prolonge dans les différentes cultures paysannes, mais avec des modalités à la fois spécifiques et précises suivant leurs préférences et/ou niveaux techniques. La traction bovine a été importante. Il ne faudrait pas limiter arbitrairement les interventions du charron aux véhicules hippomobiles. Rappelons les vitesses moyennes de véhicules selon les tractions : 3 à au pas des bœufs, 5 à pour un portage d'hommes à pied, voire pour un portage en course légère, en moyenne pour une voiture hippomobile. avant la motorisation, parmi lesquels les voitures communes de transport ou de charge et les engins agricoles et artisanaux : chariot à et quatre rouesLa voiture à timon et à 2n roues est décrite d'un point de vue d'ethnologie historique par exemple dans l'ouvrage de .Pour comprendre le métier décrit ci-dessous, il faut avoir observer et conduit en tout-terrain un chariot à quatre roues avec avant-train articulé par rapport à l'arrière-train. Ce chariot articulé à avant-train mobile est plus exigeant en ce qui concerne la traction, nécessitant au moins une paire de bœuf au joug ou un cheval puissant. Le voiturage du bois dans le cas spécifique des Vosges moyennes est décrit dans l'ouvrage de Jean-Louis Boithias et Marc Brignon., charrette à brancardsLa charrette ou « bricole » ne possède que deux roues. Cette voiture à brancards, inventée et mue en Chine par la traction humaine, n'apparaîtrait, attelée à un animal vif et puissant qu'à l'époque mérovingienne en Europe occidentale. Nous n'évoquerons ici pas le char antique à timon et à deux roues., char à bancsIl s'agit d'un chariot muni de travées et de bancs pour le transport d'une troupe humaine assise., corbillard, binardIl s'agit d'un solide chariot de carrier, à support portant très bas et à roues épaisses., tombereau, wagons, charrue simple ou à avant-train, brouetteIl s'agit de l'ancienne brouette en bois, à roue bandée de fer. Sous diverses formes, elle était commune sur tous les chantiers, mais aussi dans les jardins., civière à roues à seize raisElle concerne le transport des porcs abattus en boucherie. Le rai (du latin médiéval radius, rayon), autrefois souvent écrit "rais" au singulier, désigne communément chacun des rayons d'une roue.

Loin d'être cantonnées à une clientèle rurale ou de professionnels des transports, ses productions sur mesure répondent au à une clientèle de cultivateurs, jardiniers, maçons, lavandières, bagagistes, postiers, mineurs, carriers, bouchers…

Art de la charronnerie À l'origine, le charron médiéval concevait, fabriquait, améliorait ou réparait les divers chars ou autres véhicules et dispositifs mobiles dans son atelier. Le charron de l'époque moderne jusqu'à la fin de la civilisation de l'attelage en est l'héritier.

Fabricant de char Une des nombreuses tâches du charron était la fabrication de roues à moyeu, légères et résistantes en bois, à la taille adaptée au type de véhicule construit. Le cerclage de leurs jantes par une bande de métal, en principe un travail de forgerons mais en réalité une étape essentielle pour terminer la fabrication d'une roue adaptée à une route en dur, compte souvent à des yeux novices comme une étape essentielle. Cette opération consistait grosso modo à enserrer la roue dans un bandage de fer, placé à chaud au rouge sur le bois du pourtour circulaire. Le fer en état dilaté se contractait en refroidissant à la température ambiante, le rétrécissement assurant le serrage des pièces simplement assembléesLe fer porté au rouge se dilate de par mètre. Un bandage posé trop large ne permet pas d'équilibrer correctement la roue. S'il est trop grand, le serrage n'est pas suffisant. Il déjante rapidement ou après un bref usage. Un bandage déjanté laisse les composantes de la roue plus ou moins mobiles, alors qu'elles doivent être bien fixées les unes dans les autres. Enfin, s'il est trop petit, la roue peut être gauchie, tordue (engendrant un tour de roue bancal) ou même facilement brisée. Par contre, une roue bien conçue et cerclée pouvait durer plus d'un siècle à condition qu'elle soit soumise à des contraintes convenables. Elle pouvait en outre être réparée et au besoin recerclée si le fer du bandage était trop entamé par usure. Pour plus de sûreté, le charron perçait le bandage de la roue et posait quelques boulons de sécurité. Le ferrage des roues est exécuté traditionnellement à l'extérieur de l'atelier par quelques commis, aides ou apprentis, obéissant au charron (lire note sur l'embattage supra). Il pouvait être aussi dirigé conjointement par un maître rouyer, fabricant de roues, et un forgeron. Le travail en commun du charron avec le forgeron, s'il n'est pas la règle, n'est pas inhabituel. Dans l'industrie, les ouvriers spécialisés pour la confection au rouge cerise du bandage et la pose du bandage, nommé embattage, sont des ouvriers forgerons.. À titre d'exemple moyen, une roue de charrette utilitaire, de plus d'un mètre de diamètre, se caractérisait par un bandage en fer adapté, épais de et large de Mentionnons d'autres techniques de bandage, la pose par sections ou le renfort systématique par cloutage. Elles sont issues de pratiques de réparations à faibles coûts ou de fortune, pas forcément dirigées par un vrai charron, et en tous cas condamnées et interdites par les autorités gestionnaires de routes car elles détruisaient les chaussées ou défonçaient les chemins empierrées. La première passe par la pose de petites bandes de fer, battues à chaud, puis fixées à l'aide de clous à têtes carrées. Un serre-joints était nécessaire pour serrer au mieux les deux éléments de jante attenants, de même qu'un trempage rapide après la pose de la section. La seconde généralisait la pose de clous à têtes larges et de petites sections courbes de fer pour renforcer le bandage usé. Mal maîtrisées, ces techniques de raccommodage détruisaient la jante puis la roue.. Pour de lourds chariots de convoi exceptionnel (statue monumentale, corps de fontaine massif), il n'était pas rare que le bandage en fer de la roue arrière atteigne de périmètre et pèse au-dessus du demi-quintal.

Réaliser une roue de de diamètre nécessitait de façon cumulée environ une journée de travailIl s'agit d'une estimation proposée par . Le modeste charron alsacien de Reiperstviller concevait une quarantaine de roues en hiver. L'été, le cultivateur ne se consacrait qu'à des réparations diverses. Notons que la petite roue de brouette, celle à quatre rais et deux éléments de jante, est la plus difficile à réaliser. Il existe des roues de grosses brouettes à dix rayons. Le nombre de rayons, adapté aux types de charges, est variable : les fines roues de charrettes peuvent comporter seize rayons, les roues épaisses de chariots ou des chars à bœufs douze.. L'opération parfois étalée sur plusieurs semaines comprenait le cintrage des bois courbes, la préparation des composants de la roue à rayons et du moyeu, le calage des rayons dans les mortaises du moyeu grâce à la masse, l'assemblage des pièces en bois en roue, le ferrage de la roue ou cerclage de la janteLe moyeu, pièce de forme bombée, souvent considérée comme le "foyer rond et irradiant" de la roue, a d'abord l'aspect d'un petit tonneau en bois plein, tourné, cerclé de deux frettes en métal. Ce bois bien sec, qui ne se fend pas, est généralement de l'orme bien sec, ébauché préalablement plusieurs années avant d'être tourné. Avant, pendant, après le passage au tour de l'ébauche de tonnelet, le charron (re)vérifiait la forme au compas et les dimensions à la règle. Les frettes sont des bandes métalliques en fer, posées à chaud, qui améliorent encore la résistance de la pièce en roulement. Fixée ou bridée sur un cadre, la pièce primitive doit être percée, d'abord à l'aide du vilebrequin, dans son ventre d'autant de trous que de rayons écartés constitutifs de la roue. Le traçage préalable de l'emplacement des rais sur son pourtour est accompli avec précision, tout comme l'évidement et le percement des trous à tailles constantes, nommés "mortaises". Les rayons de la roue, en chêne de grande résistance, ont été conçus avec des pieds rectangulaires, nommés "tenons" qui doivent s'ajuster dans les mortaises du moyeu et des languettes rondes à la tête, qui doit se coincer dans la jante. Le montage des tenons des rais est oblique, et sur chaque rayon, le charron oriente avec précision les angles pour contrôler l'écuanteur final (voir supra). La jante en frêne tors, solide et flexible, se décompose au montage, en chevilles en chêne dur et en éléments de jante, connectés à au moins deux languettes de rayons. Ces éléments de jante sont façonnés selon le gabarit de base par un asseau et une plane, à moins qu'ils soient découpés à la scie à ruban. Les joints biseautés de la roue sont resserrés par la pression du bandage métallique. Lors de l'opération de bandage ou embatage, le refroidissement et la contraction du métal permet d'épouser le biseau de contour du bois, qui a été conçu pour être tronconique (de section conique et non simplement plate). Le moyeu est alésé avec précision pour recevoir la boîte d'essieu en fonte et/ou en acier, qui est d'ailleurs introduite en la forçant. Celle-ci joue la fonction d'un coussinet en métal sur la fusée de l'essieu et permet à la roue de tourner longtemps sur l'essieu. Lors du montage de la boîte d'essieu (on disait "boiter la roue"), la rotation parfaite de la roue doit être assurée. Cet impératif requiert l'équilibrage de la roue : la boîte d'essieu sera centré, par introduction si besoin répétée, au marteau, de cornes en bois dur de chêne imputrescible dans le moyeu. Le monteur fait tourner la roue sur un axe fixe, pour tester l'équilibre de la roue et tailler avec méticulosité les logements des coins.. La roue devait résister à la charge brinqueballée par le véhicule, et surtout aux trépidations des routes cahoteuses lors des trajetsIl n'était pas rare que les routes charretières comportent des ornières de plus de de profondeur, parfois peu visible et remplie d'eau. "Enfoncer à mi-rai" est une expression commune : les roues du char enfoncent dans la terre d'un chemin ou d'un champ jusqu'à mi-distance du moyeu, soit le quart du diamètre. Sur les routes empierrées, les roues pouvaient générer un bruit diabolique.. left|thumb|Conception du char.