Aimé Casimir Marie Picquet du Boisguy, né le à Fougères, et mort le à Paris, est un militaire français et un général chouan pendant la Révolution française.
Encore enfant lorsque débute la Révolution française, Aimé Picquet du Boisguy se distingue par un engagement royaliste précoce. À 15 ans, il rejoint l'Association bretonne et devient aide de camp d'Armand Tuffin de La Rouërie. À 17 ans, il participe à la Virée de Galerne aux côtés des Vendéens puis prend la tête des chouans du pays de Fougères et de Vitré. À 19 ans, il est promu brigadier des armées du roi et général-lieutenant de l'Armée catholique et royale de Rennes et de Fougères.
Chef actif et bon tacticien, Boisguy fait des pays de Fougères et de Vitré la zone la plus importante de la chouannerie en Ille-et-Vilaine et l'une des principales de Bretagne. Il commande directement jusqu'à , disciplinés, bien organisés, parfois vêtus d'uniformes mais entravés par un manque de cavalerie et surtout par une absence totale d'artillerie.
En 1795, il refuse de signer le traité de la Mabilais, mais malgré plusieurs victoires il est contraint d'accepter la pacification de 1796, puis celle de 1800, étant à chaque fois parmi les derniers généraux chouans à déposer les armes.
Après la pacification, il refuse de rallier l'armée impériale et vit paisiblement à Paris sous l'Empire. Il reprend du service en 1816, lors de la Restauration et reçoit le commandement du département des Ardennes en tant que maréchal de camp. En 1830, il refuse de rallier la monarchie de Juillet, mais ne participe pas à l'insurrection de 1832. Il prend sa retraite et se retire à Paris, où il meurt de la goutte en 1839.
Historiographie
La première mention d'Aimé Picquet du Boisguy apparaît en 1809, dans Histoire de la guerre de Vendée et des Chouans écrit par l'historien Alphonse de Beauchamp, de tendance républicaine modérée :
thumb|left|Toussaint du Breil de Pontbriand,portrait réalisé en 1840.
En 1842, le colonel Toussaint du Breil de Pontbriand, compagnon d'arme, ami et beau-frère d'Aimé du Boisguy, entend corriger les précédents récits et rédige ses mémoires sur la chouannerie. Aidé par les notes d'autres officiers chouans, Pontbriand s'attache moins à écrire une autobiographie qu'à raconter la guerre dans les pays de Fougères et de Vitré.
Ainsi, Guy Aubert de Trégomain ancien officier chouan dans l'ouest de l'Ille-et-Vilaine lui écrit le :
Les mémoires de Pontbriand ne sont publiées qu'en 1897. Cependant, ses notes sont reprises par des historiens royalistes comme Jacques Crétineau-Joly en 1842 et Théodore Muret en 1851Mémoires du colonel de Pontbriand, préface de Paul-Marie du Breil de Pontbriand, XII..
Description physique et traits de caractère vignette|left|Aimé du Boisguy, d'après une miniature
vignette|Portrait présumé d'Aimé du Boisguy, auteur anonyme
Dans ses mémoires, le colonel de Pontbriand écrit :
Pour ce qui est de la description physique Paul-Marie du Breil de Pontbriand donne d'Aimé du Boisguy, la description suivante en 1793 :
Le le certificat de rentrée de du Boisguy donne de lui une description d'après un officier républicain :
Famille thumb|300px|Le château du Bois-Guy, à Parigné.
Aimé Picquet du Boisguy naît à Fougères le dans l'hôtel que possède sa familleSitué à l'angle de la rue Nationale et de la rue Jean-Jacques-Rousseau. Marcel Hodebert, Billé, Javené, Parcé dans la tourmente révolutionnaire. ; il est baptisé le jour même à l'Église Saint-Léonard de Fougères. Il est issu d'une famille notable attachée au Parlement de Bretagne, partagée en deux branches, l'ainée de La Motte, et la cadette de Mélesse et du Boisguy. Il est le fils de Bonne Joséphine Françoise du Boislebon et d'Alexandre Marie Picquet du Boisguy, et est le benjamin d'une famille de cinq enfants, sans compter plusieurs autres morts en bas âge : Joséphine Bonne Charlotte, Colette Appoline Marie, Guy Marie Alexandre et Louis Marie. La famille vit au Château du Bois-Guy dans la paroisse de ParignéPhotos du château du Boisguy http://www.notrefamille.com maçonnerie-breton.com., mais elle possédait aussi le château de la Bécannière à JavenéPaul-Marie du Breil de Pontbriand, 1-3..
Sur les conseils de son grand-oncle Toussaint-Guillaume Picquet de La Motte, les parents d'Aimé destinent leur fils à servir dans la marine royale. Après ses études à Rennes, Aimé du Boisguy s'apprête en 1789, à l'âge de 13 ans, à entrer à la garde-marine de Brest lorsque la Révolution survient et lui fait interrompre ses étudesPaul-Marie du Breil de Pontbriand, 3..
L'Association bretonne
vignette|left|250px|Armand Tuffin de La Rouërie
En 1791, le général Armand Tuffin, marquis de La Rouërie, fonde l'Association bretonne afin de s'opposer à la Révolution française. Le marquis, lui-même originaire de Fougères, est une des connaissances de la famille Boisguy, il repère rapidement les capacités d'Aimé du Boisguy, comme le rapporte Toussaint de Pontbriand :
À l'âge de 15 ans, Boisguy entre dans la conjuration et devient commissaire et commandant de cavalerie à Fougères.
thumb| Château de Launay-Villiers.
Lorsque La Rouërie se réfugie en Mayenne, au château de Launay-Villiers qui appartient à un de ses amis, le chevalier de FarcyLes Tuffin de la Rouairie étaient alliés avec la famille de Farcy, dont les deux frères habitaient l'un le château de Mué, en Parcé, l'autre le château de Launay-Villiers. M. de Mué avait encouragé un royaliste sûr de sa paroisse de Parcé, Jean-Louis Gavard à prendre les fonctions de maire. Il le mit plus tard en rapport avec le conspirateur, qui le chargea spécialement d'organiser la coalition sur la lisière de la Bretagne. Voir : Jean Chouan., Aimé Picquet du Boisguy séjourna même au château de Launay-Villiers, t. I..
Durant la Révolution, le père d'Aimé, Alexandre-Marie Picquet, chevalier, « haut et puissant » seigneur du Boisguy, est arrêté pour un motif inconnu et incarcéré. Il meurt le en prison à Gentilly. Au début de l'année 1793, Guy Picquet du Boisguy, le frère aîné d'Aimé, prend le chemin de l'émigration. La même année, sa sœur Joséphine et d'Argencé, l'époux de celle-ci, sont arrêtés et emprisonnés.
Cependant la conjuration est démantelée à la suite de la trahison de Valentin Chevetel et au recul des troupes de la coalition après la bataille de Valmy. La Rouërie, contraint d'entrer en clandestinité, tombe malade et meurt le au château de la Guyomarais à Saint-Denoual. Lalligand-Morillon fait exhumer le corps du marquis et lui tranche la tête avant de faire arrêter des dizaines de conjurés grâce aux indications de Chevetel. Le douze membres de l'association sont guillotinés à Paris. Cependant Thérèse de Moëlien de Trojolif, cousine de La Rouërie, a le temps, peu avant son arrestation et son exécution, de détruire la liste des associés. Grâce à elle, Boisguy, ainsi que la majorité des conjurés échappent aux recherches.
L'insurrection de mars 1793 La révolte de la Saint-Joseph 300px|right|thumb|Le château de Fougères, il servait de prison et le tribunal y siégeait pendant la Révolution Mais en , de nouveaux troubles apparaissent. Le matin du les paysans du Pays de Fougères, déjà excédés par les arrestations des prêtres réfractaires, se révoltent contre la conscription dans le cadre de la levée en masse. Vingt paroisses s'insurgent et paysans se rassemblent à Fleurigné. À Laignelet, le prêtre constitutionnel est maltraité et son presbytère pillé, à Landéan un commissaire est fait prisonnier. À Parigné, Boisguy, surpris par la révolte, sort accompagné de son garde-chasse Decroix, afin de s'informer des évènements lorsqu'il rencontre de jeunes paysans de Parigné qui se rendent au rassemblement, ceux-ci s'exclament « Ah, voici notre petit seigneur : il sera notre général ». Boisguy les suit armé seulement d'un bâton et est bientôt rejoint pas son frère Louis..Mémoires du colonel de Pontbriand, 20..
Le , à 5 heures du matin, une colonne de 60 gardes nationaux, accompagnée d'une pièce de canon, sort de Fougères et se dirige sur Fleurigné pour procéder au recrutement, mais environnés par les paysans, les patriotes sont capturés. Les insurgés s'emparent des canons, mais ils ne les gardent pas longtemps, quelques heures plus tard, ils sont attaqués par un bataillon de 300 Chasseurs à pied. Devant ces soldats d'élite, les paysans s'enfuient, laissant des prisonniers et 3 hommes tués, contre personne pour les Républicains, et abandonnant leurs canons et leurs prisonniers..Mémoires du colonel de Pontbriand, 20-21.Paul-Marie du Breil de Pontbriand, 9-13..
Menés par Julien Bossard, le maire de Landéan, les paysans décident alors de marcher sur Fougères. Pour sa défense, la place dispose de 400 gardes nationaux et d'une vingtaine de gendarmes tandis que les patriotes estiment à pas moins de le nombre des révoltés dans le district. Cependant les représentants en mission Billaud-Varenne et Sevestre alors de passage entament des négociations avec les insurgés, un de leurs chefs, Trauroux de Kermarec les dissuade d'attaquer une ville si bien fortifiée, aussi envoient-ils sept délégués dans la place afin de réclamer la fin de la conscription. À l'issue de longues discussions les patriotes finissent par accepter ne cesser le recrutement. Mais cette déclaration ne convainc pas tous les insurgés, à sept heures du soir, ceux-ci tentent de pénétrer dans la ville. Les gardes nationaux ouvrent alors le feu, tirent à coup de canons et repoussent les paysans qui laissent deux morts beaucoup de blessés et des prisonniers contre seulement quelques blessés pour les patriotes..Paul-Marie du Breil de Pontbriand, 13-15..
La répression Après leur défaite, les paysans se dispersent, mais le , le maire du bourg de Parcé, son frère et un autre patriote sont fusillés par des insurgés. Les Républicains passent alors à la répression. Réunissant 600 gardes nationaux des communes patriotes du pays de Fougères et de ses alentours, les patriotes reprennent le contrôle des paroisses insurgées, livrent quelques escarmouches et capturent plusieurs paysans. Le , l'insurrection est matée, au total les paysans ont perdu 15 hommes tués et une centaine de prisonniers. Une commission militaire se met alors en place pour juger les révoltés, plusieurs sont condamnés à mort. Le , la guillotine fonctionne pour la première fois à Fougères et décapite 10 personnes, la plupart exécutés pour la mort du maire de Parcé, d'autres sont fusillés mais leur nombre n'est pas connu, 59 autres prisonniers sont relâchés, d'autres sont condamnés à de la détention, dont Bossard, et enfermés ans le château de Fougères. Puis le , 27 prisonniers passent en jugement, 4 d'entre eux, dont une femme, sont condamnés à mort et guillotinés le lendemain. Parmi eux, un des chefs, Julien Auguste Le Tanneur des Villettes, dont la tête est exposée sur le clocher de Landéan..Paul-Marie du Breil de Pontbriand, 16..
Enfin le tribunal condamnent douze personnes à mort par contumace, parmi lesquels Aimé, Louis, Colette Picquet du Boisguy, ainsi que leur mère, Decroix et d'autres meneurs ; Michel Larcher-Louvière et La Tuolais.
Grâce à la complicité de la municipalité de Parigné, la mère et la sœur de Boisguy parviennent à se cacher pendant un mois dans leur propre château avant d'être dénoncé. Elles peuvent fuir à temps mais les neuf membres du conseil municipal sont arrêtés et exécutés. Les frères du Boisguy entrent alors en clandestinité pendant six mois ils se cachent avec quelques déserteurs et réfractaires dans la forêt de Fougères, Toussaint du Breil de Pontbriand écrit sur cette période :
La virée de Galerne
vignette|upright|left|Augustin de l'Espinassepeinture d'Angelica Kauffmann, 1798Musée de l'Armée, Paris
upright|vignette|Jean Chouan