Marcel Mouloudji, dit « Mouloudji », né le dans le et mort le à Neuilly-sur-SeineRelevé des fichiers de l'Insee., est un chanteur, auteur-compositeur-interprète, peintre, romancier et acteur français.
Ses chansons, tour à tour engagées et sentimentales, évoquent l'amour, la guerre, la nostalgie entre tristesse et solitude. Il a notamment chanté ses propres textes (Un jour, tu verras, Faut vivre...) et interprété de grands auteurs tels que Boris Vian, Bernard Dimey, Jean Genet ou encore Jacques Prévert.
Biographie vignette|Mouloudji, fête du PSU, Colombes, 1973.
Jeunesse
Marcel Mouloudji naît en 1922 à Paris, d'un père maçon et d'une mère aide-ménagère.. Son père, Saïd Mouloudji, est né en 1896 en Algérie française dans le village kabyle de Leflaye (tribu d'Aït Waghlis, daïra de Sidi-Aïch), et sa mère, Eugénie Roux, est une Bretonne née à Paris en 1901Gilles Schlesser, Mouloudji : biographie, L'Archipel, 2009, .. La famille connaît de graves problèmes : alors que Marcel n'a que dix ans, sa mère est hospitalisée pour trouble psychique et son père, analphabète, logé dans une chambre de bonne, a du mal à élever ses deux fils dont l'aîné, André, est gravement malade et le second est un doux rêveur qui trouve à se loger au hasard des rencontres..
Durant son adolescence, Marcel s'inscrit avec son frère dans un mouvement de jeunesse de gauche, les Faucons rouges, proche de la SFIO, animé par des éducateurs issus de différents courants du monde ouvrier.. Il est élève à l'École des enfants du spectacle.
En 1935, il fait la connaissance de Sylvain Itkine, metteur en scène membre du Groupe Octobre, organisation affiliée à la Fédération des théâtres ouvriers de France. Marcel Maillot, directeur d'une colonie de vacances du Syndicat du livre, le pousse à chanter avec son frère. Il est bientôt remarqué par Jean-Louis Barrault, qui cherche un enfant pour un spectacle. Durant cette période, Marcel est ainsi hébergé par Jean-Louis Barrault, qui l'introduit dans le milieu artistique de Paris. Il y participe à la vie artistique associée au Front populaire en 1936.
Débuts
En 1936, il figure dans le film La Guerre des gosses de Jacques Daroy.
En 1937, pour le film Claudine à l'école de Serge de Poligny, le scénariste Jacques Constant, autour de Blanchette Brunoy, crée le personnage du « petit Moulou », bientôt Mouloudji.
En 1938, Marcel interprète l'un des trois jeunes héros des Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque.
En 1939, Marcel joue le rôle de Louis dans le film de Christian-Jaque L'Enfer des anges, film sélectionné au Festival de Cannes 1939 qui n'eut pas lieu, et sorti en .
left|vignette|En 1939, il pose pour le Studio Harcourt avant d'entrer, pendant la guerre, dans une semi-clandestinité puis de travailler discrètement pour la Fernsehsender Paris, au 13-15 rue Cognacq-Jay.
En 1942, il interprète le rôle d'Ephraïm Luska dans le film d'Henri Decoin, Les inconnus dans la maison, d'après Georges Simenon.
Pendant la guerre, Marcel Mouloudji vit dans une semi-clandestinité.
Il fréquente Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qui évoque fréquemment Mouloudji dans La Force de l'âge et dans La Force des choses I.
Il rencontre sa femme, Louise Fouquet, en 1943.
À partir de 1943, Mouloudji travaille pour la télévision allemande de Paris « Fernsehsender Paris » dans les studios du 13-15 rue Cognacq-Jay où il côtoie Howard Vernon, Suzy Solidor, Henri Cochet, Léon Smet (père du futur Johnny Hallyday, à qui il doit son emploi de machiniste au sein de la chaîneJohnny immortel 1943-2017, Frédéric Quinonero,2017, Éditions l'Archipel, page 18.), le chorégraphe Serge Lifar ainsi que les acteurs Serge Reggiani et Jacques DufilhoThierry Kubler et Emmanuel Lemieux, Cognacq-Jay 1940 : La Télévision française sous l'Occupation, éditions Plume / Calmann-Lévy, 1990..
En 1944, il reçoit le Prix de la Pléiade pour son premier roman autobiographique EnricoCatalogue Galimard, Enrico..
Après la guerre, il devient une figure de la vie artistique de Saint-Germain-des-Prés. « C'est un de ces garçons qu'on regrette de ne pas voir plus souvent ; mais il fait tout ce qu'il fait avec un talent indiscutable et c'est pourquoi on hésite à le déranger : il travaille pour nous », écrit de lui Boris Vian dans le Manuel de Saint-Germain-des-Prés en 1950. Il participe au film Boule de Suif de Christian-Jaque en 1945 et tient le rôle d'un demi-fou dans le film Les Eaux troubles d'Henri Calef en 1949.
Consécration vignette|Marcel Mouloudji en 1954 (Studio Harcourt).
Il obtient son premier grand succès dans la chanson grâce à son interprétation de La Complainte des infidèles, extraite du film La Maison Bonnadieu de Carlo Rim (1951). La même année, au cabaret La Fontaine des Quatre-Saisons, il croise, sans le savoir, Barbara qui au terme de son audition ne reçoit qu'une place de plongeuse, la programmation de l'année étant déjà bouclée. Jacques Prévert indique : Marcel Mouloudji - Comme un "p'tit coquelicot" ! (1922-1994) France Culture.
En 1952, il tient un premier rôle, celui d'un jeune délinquant embrigadé dans la Résistance, dans le film d'André Cayatte, Nous sommes tous des assassins, un plaidoyer contre la peine de mort.
Jacques Canetti, agent artistique et patron du cabaret Les Trois Baudets, mène Mouloudji au succès dans la chanson. Il lui fait enregistrer Comme un p'tit coquelicot qui obtient le Grand Prix du disque 1953 et le prix Charles-Cros en 1952 et 1953. Même succès, en 1954, avec Un jour tu verras, chanson extraite du film à sketches Secrets d'alcôve (sketch Riviera express de Ralph Habib).
Le , jour de la défaite de Ðiện Biên Phủ, Boris Vian crée la chanson Le Déserteur au cabaret La Fontaine des Quatre-Saisons. Interdite de diffusion durant plusieurs années, cette chanson connaît seulement un succès de scène. Dans les cabarets en vogue, Mouloudji met cette chanson à son répertoire, en modifiant un peu le texte. Il interprète également des chansons de Jacques Prévert.
En 1955, Mouloudji tient le haut de l'affiche à l'Alhambra. Plutôt interprète, il commence à écrire de plus en plus ses propres textes à la fin des années 1950.
Reconnaissance
En 1958, il fait l'une de ses dernières apparitions au cinéma dans Rafles sur la ville de Pierre Chenal et dans un film hispano-suédois, Deux hommes sont arrivés (Llegaron dos hombres).
Mouloudji crée sa propre maison de disques, Productions Mouloudji et sa société d'éditions Musicales Éditions Mouloudji en 1964. Il remporte des succès d'estime grâce à une collaboration fructueuse avec la compositrice Cris Carol : L'Adagio du Pont Caulaincourt (1968), Les Beatles de 40 (1965), Faut vivre (1973), tout en produisant de nombreux artistes comme Graeme Allwright, Pol Serge, Jean-Claude Drouot, Catherine Paysan, Hélène Martin, Jacqueline Huet, etc.. Il est aussi présent dans les premières réunions de sensibilisation de la jeunesse à la cause vietnamienne.
En 1970, il est sur la scène du Théâtre de la Porte-Saint-Martin dans la comédie musicale La Neige en été, aux côtés de Nicole Croisille et de Régine.
Il soutient François Mitterrand pour l'élection présidentielle de 1974Raphaël Proust, « 1974, Giscard peopolise la campagne de la droite », slate.fr, 18 avril 2012..
En 1975, il chante au Festival du Marais.
En 1976, il enregistre avec l'accordéoniste Marcel Azzola une anthologie du musette, Et ça tournait.
Fin de carrière et mort
En 1980 après la sortie de l'album Inconnus Inconnues, Mouloudji donne d'innombrables concerts dans tout le pays, sans que les médias y fassent beaucoup écho. Puis, fatigué, il consacre plus de temps à l'écriture et à la peinture, ses anciennes amours.. En 1986, il se produit au tout nouveau Théâtre libertaire de Paris. En 1987, on le retrouve sur scène à l'Élysée Montmartre.
Il publie ses souvenirs de jeunesse dans Le Petit Invité aux éditions Balland en 1989 et dans La Fleur de l'âge aux éditions Grasset en 1991.
. Le , il chante dans la carrière de la Sablière à Châteaubriant (Loire-Atlantique), lieu de l'exécution de 27 otages communistes, dont Guy Môquet, le .
En , Marcel Mouloudji est invité au festival Chorus des Hauts-de-Seine en région parisienne, et donne un dernier récital près de Nancy en avril.
vignette|Tombe de Marcel Mouloudji au cimetière du Père-Lachaise (division 42).
Il meurt le et laisse inaboutis des projets tels que, l'enregistrement d'un nouvel album et l'achèvement de la suite de ses mémoires (cinq ans après le premier volume) ; cette suite, Le Coquelicot, est publiée à titre posthume en 1997 aux éditions de l'Archipel).
Marcel Mouloudji est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. (division 42) à Paris.
Vie privée vignette|gauche|Annabelle Mouloudji et son père Marcel, en 1983.
Louise Fouquet, dite Lola, est son épouseMouloudji, sur le site de Radio-France. et son agent artistiqueMouloudji, sur le site de Nostalgie. de 1943 à 1969. Il a deux enfants, Grégory Mouloudji avec Lilia Lejpuner en 1960, et Annabelle Mouloudji (elle-même interprète de plusieurs chansons, dont Fuis, Lawrence d'Arabie durant les années 1980) avec Nicole Tessier en 1967. En 2023, Nathalie Rheims dévoile sa relation passionnelle avec Mouloudji en 1977 dans son roman autobiographique Au long des joursAu long des jours, quand Nathalie Rheims et Mouloudji…. La comédienne Liliane Patrick est sa dernière compagne.
Hommages
Il existe un square Marcel-Mouloudji dans le de Paris, une rue Mouloudji dans le quartier de La Duchère à Lyon (nom choisi par les habitants), une rue Marcel Mouloudji à Blagnac, une rue Mouloudji à Mèze, une rue Mouloudji à Montpellier ainsi qu'une allée Mouloudji à Étaples, dans le Pas-de-Calais. Il y a aussi une école Marcel-Mouloudji à Suresnes, l'artiste ayant habité une maison dans cette commune une quinzaine d'années à la fin de sa vie ; il y avait composé la chanson En passant par Suresnes..
Discographie Albums studio
Albums en public
1954 : Récital public à paris volume 2. 1975 : Olympia 1975. 1975 : Récital public à Paris (Récital au théâtre de la Renaissance) (3 disques).
Principaux succès
1951 : La Complainte des infidèles, paroles de Carlo Rim, musique de Georges van Parys (78 tours Le Chant du Monde) 1951 : Le Mal de Paris, paroles de Mouloudji, musique de Pierre Arimi (chanson thème de la série télévisée ) 1951 : Comme un p'tit coquelicot, paroles de Raymond Asso, musique de Claude Valéry 1954 : La Chanson de Tessa, paroles de Jean Giraudoux, musique de Maurice Jaubert 1954 : Le Déserteur, paroles de Boris Vian (modifiées par Mouloudji), musique de Harold Berg 1954 : Un jour tu verras, paroles de Mouloudji, musique de Georges van Parys 1955 : Mon pote le gitan, paroles de Jacques Verrières, musique de Marc Heyral 1955 : La Complainte de la Butte, paroles de Jean Renoir, musique de Georges van Parys 1965 : Les Beatles de 40, paroles de Mouloudji, musique de Gaby Wagenheim 1970 : Autoportrait, paroles de Mouloudji, musique de Cris Carol 1973 : Faut vivre, paroles de Mouloudji, musique de Cris Carol 1974 : Merci (à la vie), paroles de Mouloudji, musique de Gaby Verlor 1975 : Que le temps passe vite, paroles de Mouloudji, musique de Gaby Verlor 1977 : Le bar du temps perdu, paroles de Mouloudji, musique de Gaby Verlor
Participations
Le condamné à mort - De Jean Genet, Réalisation et musique : André Almuro (1967) La Commune en chantant - Double 33 tours - 1970 (album collectif : Armand Mestral, Les Octaves, Francesca Solleville…). Ballades et complaintes syndicalistes - Le chant des ouvriers - Double 33 tours - 1972 (album collectif). Il y interprète Frère... Entends-tu ?..., Le Curieux satisfait, Angleterre debout, La Corvée d'eau, Le Chant des marais, et Le Chômage.. Le petit prince - Mouloudji est le récitant (1974) Liberté, chants et poèmes de la résistance française - Double 33 tours - 1975 (album collectif : Michel Bouquet, Catherine Sauvage, Sylvia Montfort, Les Octaves)