(en ), né le à Madrid et décédé le dans la même ville, est roi d'Espagne et des Indes de 1759 à 1788, à la mort de son demi-frère .

Fils de et de sa seconde épouse, la princesse Élisabeth Farnèse, il est d'abord duc de Parme et Plaisance sous le nom de en 1731 (à la mort de son grand-oncle, le duc Antoine Farnèse), roi de Naples en 1734 puis de Sicile en 1735 sous les noms de (Naples) et (Sicile), par conquête du royaume de Naples et du royaume de Sicile. Il est sacré et couronné roi de Sicile et de Jérusalem à Palerme le .

En devenant roi d'Espagne, il cède les royaumes de Naples et de Sicile en 1759 à son troisième fils Ferdinand. Il est un exemple caractéristique des despotes éclairés du : à sa mort, il laissa le souvenir d'un roi philosophe et philanthrope.

Les ambitions de l'Espagne à la naissance de Charles vignette|gauche|200px|Portrait d'Élisabeth Farnèse par Jean Ranc, musée du Prado, Madrid.

Le traité d'Utrecht, qui en 1713 contribue à conclure la guerre de Succession d'Espagne, réduit de manière importante le poids politique et militaire de l'Espagne, la reléguant au rôle de puissance de second rang. L'Empire espagnol reste le plus important grâce aux colonies existantes d'Amérique latine, mais est contraint de céder ses nombreux territoires européens. Les Pays-Bas méridionaux, le royaume de Naples, le royaume de Sardaigne, le duché de Milan et l'État des Présides passent à l'Autriche et le royaume de Sicile à la Savoie, alors que l'île de Minorque et la forteresse de Gibraltar, territoires de la mère patrie, deviennent des possessions de la Grande-Bretagne.

, qui a obtenu la reconnaissance de ses droits au trône, a pour intention de restituer à l'Espagne son prestige perdu. En 1714, après la mort de sa première femme Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, le prélat placentin Giulio Alberoni arrange un mariage avantageux avec une princesse italienne : Élisabeth Farnèse, nièce et belle-filleSa mère Dorothée Sophie de Neubourg après la mort de son père se marie le plus jeune frère François Farnèse. de François Farnèse, duc de Parme et Plaisance. La nouvelle reine, femme énergique, autoritaire et ambitieuseCette qualité de la Farnèse, contrairement au caractère instable de Philippe conduit l'historien à affirmer que Charles est né « d'un prince français, qui valait moins qu'une femme et d'une princesse italienne, qui valait beaucoup plus qu'un homme » (Schipa, op. cit., p. 70 ; Gleijeses, op. cit., p. 44)., a rapidement acquis une grande influence sur son mari et la cour, et, après avoir favorisé la nomination d'Alberoni comme Premier ministre en 1715, elle est à l'origine, avec le prélat, de la politique étrangère agressive visant à rétablir les anciens territoires espagnols en Italie.

En 1716, après un peu plus d'un an de mariage, Élisabeth donne naissance à l'infant Charles, le quatrième dans la lignée de succession au trône d'Espagne derrière ses demi-frères Louis, Philippe-PierreIl meurt en 1719 à l'âge de sept ans. et Ferdinand. Sa mère aspire plutôt au duché de Parme et de Plaisance en sa qualité d'héritier des Farnèse, dynastie qui semble destinée à disparaître car le duc François et son seul frère Antoine n'ont pas d'enfants. En tant qu'arrière-petite-fille de Marguerite de Médicis, la reine Élisabeth transmet à son aîné les droits sur le grand-duché de Toscane ; l'ancien grand-duc a comme unique héritier son fils Jean-Gaston, sans descendant et connu pour son homosexualité.

Biographie Enfance La succession de duchés italiens gauche|vignette|275x275px|Élisabeth Farnèse avec son fils aîné (futur roi Charles III), par Miguel Jacinto Meléndez. La naissance de Charles se produit à un moment où les plans ambitieux de conquête conçus par Giulio Alberoni se concrétisent par l'invasion de la Sardaigne autrichienne en 1717 et de la Sicile des Savoie en 1718. En réaction, la Quadruple-AllianceAppelée ainsi en raison de la coalition anti-espagnole composée de la France, de la Grande-Bretagne, des Provinces-Unies et du Saint-Empire romain germanique., à laquelle se joint le duché de Savoie, entre avec succès en guerre contre l'EspagneAlberoni en assume les conséquences et est contraint à l'exil en 1719.. Par le traité de La Haye de 1720, et Élisabeth obtiennent cependant la reconnaissance des droits dynastiques du jeune infant Charles sur les duchés italiens.gauche|vignette|250x250px|Charles à l'âge de 11 ans par Jean Ranc (1727), musée du Prado, Madrid.

L'Espagne se rapproche alors de la France par une politique de triple mariage, conclu par un traité de fiançailles signé à Paris le : le roi de France , âgé de onze ans, est promis à l'infante Marie-Anne-Victoire d'Espagne, sa cousine de trois ans ; l'héritier du trône espagnol Louis et l'héritier des duchés italiens Charles sont promis à deux filles du régent Philippe d'Orléans, respectivement Louise-Élisabeth et Philippine-Élisabeth.. Le prince Louis épouse effectivement Louise-Élisabeth d'Orléans en 1722, et deux ans après abdique en sa faveur, mais le nouveau roi d'Espagne meurt de la variole, après seulement sept mois de règne, contraignant son père à reprendre la couronne. Élisabeth Farnèse accroît encore plus son influence auprès de son mari, atteint d'une forte mélancolie, et devient la vraie maîtresse de la cour d'Espagne. Le , les Français rompent les fiançailles de avec l'infante Marie-Anne-Victoire, et en représailles la reine Louise-Élisabeth, veuve de , et Philippine-Élisabeth, la fiancée de Charles, sont renvoyées en France.vignette|200px|Portrait de l'infant Charles à l'âge de neuf ans par Jean Ranc (1725), palais royal de Madrid. Élisabeth Farnèse décide alors de traiter avec l'Autriche qui est, depuis le traité d'Utrecht en 1713, la puissance hégémonique en Italie et le principal obstacle à l'expansion espagnole dans la péninsule. Elle propose de fiancer ses fils aux filles de l'empereur : l'infant Charles avec l'archiduchesse Marie-Thérèse et Philippe, son second fils, avec l'archiduchesse Marie-Anne. L'alliance entre les deux puissances est confirmée par le traité de Vienne du , qui prévoit la renonciation définitive de au trône d'Espagne au profit de En raison des revendications des Habsbourg sur le trône ibérique, l'Espagne et l'Autriche sont toujours officiellement en guerre depuis 1701. et son soutien à une tentative pour libérer Gibraltar de l'occupation britannique. Mais la guerre anglo-espagnole (1727-1729) se conclut par le maintien de la souveraineté britannique sur le rocher et, au cours des négociations de paix, abandonne le principe du mariage de ses filles avec les infants espagnols.

Par conséquent, rompt l'alliance avec l'Autriche et conclut avec la Grande-Bretagne et la France, le , le traité de Séville qui garantit à son fils Charles le droit d'occuper Parme, Plaisance et la Toscane, au besoin par la force. Justement, le duc Antoine Farnèse meurt le , mais il a nommé comme successeur le « ventre enceint » de son épouse Enrichetta d'Este, ce qui écarte Élisabeth Farnèse de la succession. La duchesse est examinée par un groupe de médecins et de sages-femmes qui la déclarent enceinte de six mois, mais la reine d'Espagne fait constater qu'il s'agit d'une mise en scène.. En adhérant, le , au deuxième traité de Vienne, elle obtient de l'empereur, qui a fait occuper le duché par le comte Carlo Stampa, son lieutenant en Italie., la cession de Parme et Plaisance au jeune infantEn contrepartie, elle reconnaît la Pragmatique Sanction, document qui permet à l'archiduchesse Marie-Thérèse de succéder à son père sur le trône des Habsbourg. La Pragmatique Sanction devait être reconnue par toutes les puissances européennes pour prendre effet. C'est pourquoi , déterminé à assurer l'avenir de sa dynastie, fut amené à faire des compromis en vue d'obtenir une approbation générale du document.. Le , le gouvernement du duché est confié à Dorothée-Sophie de Neubourg, grand-mère maternelle et tutrice de Charles.

Formation et description du jeune Charles

À son arrivée dans la péninsule, Charles n'a pas encore seize ans. Il a reçu une éducation stricte et caractéristique des infants espagnols : il est très religieux et très respectueux de sa mère. Mais elle reste, selon ses contemporains, dans l'ensemble peu poussée : Alvise Mocenigo, ambassadeur de la république de Venise à Naples, déclare de lui qu'

Il en est de même de l'avis du comte Monasterolo Solaro, ambassadeur de Savoie, qui, en 1742 décrit sa formation à Il di lui talento è naturale, e non stato coltivato da maestri, sendo stato allevato all'uso di Spagna, ove i ministri non amano di vedere i loro sovrani intesi di molte cose, per poter indi più facilmente governare a loro talento. Poche sono le notizie delle corti straniere, delle leggi, de' Regni, delle storie de' secoli andati, e dell'arte militare, e posso con verità assicurare la MV non averlo per il più sentito parlar d'altro in occasione del pranzo, che dell'età degli astanti, di caccia, delle qualità de' suoi cani, della bontà ed insipidezza de' cibi, e della mutazione de' venti indicanti pioggia o serenità. ..

En revanche, il se consacre à la peinture, à la gravure et à diverses activités physiques, en particulier la chasse : Sir Horace Mann, diplomate britannique à Florence, affirme que sa passion pour la chasse est telle que, au palais Pitti, c'est pour lui un plaisir que de tirer à l'arc sur les tapisseries qui pendent aux murs de ses chambres et qu'il est si adroit qu'il n'est pas rare qu'il atteigne les yeux qu'il vise.

Son aspect physique est caractérisé par un nez très marqué, caractéristique des BourbonsIl transmet cette caractéristique à son fils de Naples, surnommé le « roi au Gros Nez » (re Nasone) par ses sujets.. Il est décrit comme « un garçon brun, au visage maigre avec un nez protubérant, et disgracieux ». Il a enfin un caractère joyeux et exubérant.

Arrivée en Italie

Le , après une cérémonie solennelle au cours de laquelle son père Philippe lui donne une épée d'or qui appartenait à L'épée est aujourd'hui conservée dans la salle d'armes du musée Capodimonte à Naples. la donne à son petit-fils Philippe avant de l'envoyer en Espagne en 1700. Charles le remet par la suite à son fils Ferdinand au cours de la cérémonie où il le nomme son successeur sur le trône de Naples, le ., Charles quitte l'Espagne pour l'Italie. Il voyage par terre depuis Séville jusqu'à Antibes et de là s'embarque vers la Toscane pour arriver à Livourne le . Le grand-duc Jean-Gaston de Médicis est nommé son cotuteur, et bien que l'enfant espagnol lui soit imposé en tant que successeur par les puissances européennes, il lui réserve un accueil chaleureux. En route pour Florence, à Pise, Charles est atteint de la varioleLa variole est d'une forme assez légère ; elle le contraint cependant à rester au lit pendant un moment et lui laisse des cicatrices sur le visage.. Il fait une entrée triomphale dans la capitale des Médicis, le , avec une suite de plus de 250 personnes et de nombreux Italiens. Il est alors l'hôte de Jean-Gaston dans le palais Pitti, la résidence du grand-duc.

Le , jour de la fête de saint Jean-Baptiste, patron de Florence, Jean-Gaston le nomme grand-prince héritier de Toscane, lui permettant de recevoir l'hommage du Sénat florentinÀ Florence, le sénat doit, selon la tradition, prêter serment d'allégeance à l'héritier du trône ducal.. L'empereur réagit avec colère à la nomination, objectant ne pas lui avoir donné l'investiture impérialeL'exigence de l'empereur de considérer comme nécessaire son investiture provient du fait que certains territoires du grand-duché de Toscane, dont ceux de l'ancienne république de Sienne, sont des fiefs du Saint-Empire romain germanique. C'est Bernardo Tanucci qui réfuta la valeur juridique de l'investiture impériale., mais malgré les protestations autrichiennes, Élisabeth envoie Charles prendre possession de Parme et de Plaisance.