Le port de Bruxelles est un port intérieur belge situé à Bruxelles. Depuis 1993, il est géré par un organisme d'intérêt public régional, la Société Régionale du Port de Bruxelles. Elle remplit trois rôles à la fois : régulateur et gestionnaire des voies navigables, gestionnaire des installations portuaires ainsi que gestionnaire des terrains et bâtiments pour des fins industriels et logistiques, souvent sans lien avec l'activité portuaire proprement dit.

Historique

L'histoire de l'implantation des activités portuaires dans la ville se coupe en trois phases: Le port sur la Senne (1020-1604), le port intérieur (1561-1910), le port contemporain (1832-).

Le port sur la Senne (1020-1604)

thumb|Les quais de la Senne au Parking 58. Bruxelles est née aux abords de la Senne, qui la connecte par la Rupel et l'Escaut avec Anvers et la mer du Nord. Dès 1020 un port est attesté dans des documents, les habitants de Leeuw-Saint-Pierre étant obligé d'y embarquer leur grain. Autour de 1050 ce port a la forme d'un pont dont le plancher était en partie constitué des planches coulissantes permettant de charger et décharger des barques en dessous. Les rives ne sont pas encore assez stables pour pouvoir servir de débarcadère. À ce moment, la Senne est encore navigable jusqu'à Halle, à l'époque faisant partie du comté de Hainaut. Le pont se trouverait à l'actuelle rue du Marché aux Poulets.

L'église Saint-Nicolas est construite, en 1125, non loin de là, le saint Nicolas étant le saint des marchands et bateliers. Les comtes de Louvain font dans la suite de Bruxelles un petit centre économique : en endiguant la Senne et ses affluents on rend des moulins possibles, dont il y a, vers 1175, déjà au moins six. Ces moulins obstruent alors la navigation en amont, faisant de Bruxelles un terminus de la navigation. Les emplacements de ses moulins font aussi qu'on peut être sûr que l'emplacement du port ne bouge pas pendant des siècles : il se trouve juste au nord du pont-port déjà mentionné, entre les actuelles rues des Halles et de la Vierge Noire. En 1302 le duc de Brabant autorise la ville d'y redresser la rivière et de maçonner la berge. Ce "quai aux Tourbes" est équipé d'une grue et d'une balance. Les fouilles archéologiques lors de la destruction du Parking 58 ont dégagé des restants des quais médiévaux à cet endroit« Découvertes surprenantes datant du 15e siècle sous l'ancien parking 58 à Bruxelles », rtl.be, 7 mars 2019.. Une fois le port parti, l'endroit accueille de 1604 à 1874 le marché aux poissons.

Pourquoi un nouveau port? Deux problèmes se posent pour la navigation sur la Senne. D'un, la rivière a un débit très changeant, les bancs de sable pouvaient rallonger le voyage à Anvers à plusieurs semaines. De deux, à partir de 1301, la ville de Malines à mi-chemin vers Anvers possède un droit d’étape sur la Senne, obligeant tous les navires de faire le détour par Malines, payer des taxes et proposer leur marchandises sur place. En 1531 le détour obligé est remplacé par un octroi.

Le port intérieur (1561-1910)

vignette|Ancien port de Bruxelles vignette|Le Bassin aux Marchands, par Eugène Boudin en 1871 vignette|Quai au Bois de Construction, 4-5

Après 70 ans de tergiversations du côté des ducs de Bourgogne face à l'opposition des villes de Malines et de Vilvorde, c'est le que le premier coup de pioche est donné pour la construction du canal de Willebroeck afin de mieux relier Bruxelles au port d'Anvers. La ville finance les acquisitions des terrains et les travaux par un nouvel impôt sur les aliments. Le duc facilite les choses en renonçant à son impôt sur les marchés pendant 24 ans. Dix ans après le début des travaux, entre les 11 et , le nouveau canal est déjà inauguré. La ville de Bruxelles est propriétaire et gestionnaire du port et du canal, une autre commune qui veut y construire un pont ou paver une berge, doit chercher l'aval de la ville.

Le canal entre dans la ville par la nouvelle porte des Remparts, plus tard renommé porte du Rivage, à l'emplacement de l'actuelle place de l'Yser. Bruxelles se dote ensuite des bassins de port: Bassin aux Barques (1561-1910), longé par les quais au Bois de Construction, aux Barques, à la Chaux et à la Houille, Bassin aux Marchands (1562-1882/1910), entre les quais aux Briques et au Bois à Brûler, c'est aujourd'hui le marché aux Poissons Bassin de Sainte-Catherine (1565-1853), aujourd'hui place Sainte Catherine, équipé d'une grue Bassin au Foin / de l'Entrepôt (1639-1910), entre le quais au Foin et aux Pierres, Bassin au Fumier (1639-1861), proche de la rue de Houthulst actuelle Bassin du Chantier (1828-1863), quai du Chantier Bassin du Commerce / Grand Bassin (1830-1910), quai du Commerce.

L'histoire économique de ce port dépend pour une bonne part des développements politiques. Quelques années après l'ouverture du canal commence la guerre de Quatre-Vingts Ans, les ravages de la guerre et les réparations qu'elle nécessite coûtent cher à la ville Cette guerre se termine en 1648 avec le traité de Münster, qui pérennise la fermeture de l'Escaut par les Hollandais. Le port d'Anvers coupé du commerce international, le port de Bruxelles ainsi limité au trafic intérieur. Entre 1779 et 1781, les Autrichiens font construire, au bout du bassin au foin, le premier entrepôt public, comme dans les autres villes des Pays-Bas autrichiens, y ajoutent aussi la deuxième grue du port. Son ouverture a cassé le monopole des guildes et fait baisser les coûts de l'utilisation du port, ce qui entraîne une forte augmentation du trafic. Une façade de cet entrepôt sert encore aujourd'hui comme façade arrière au théâtre royal flamand de Bruxelles). La période française entraîne d'un coté des troubles économiques, des impôts élevés et un entretien du canal réduit au minimum. De l'autre côté, l'ordre de Napoléon, d'abattre partout les remparts, donne au port de Bruxelles de l'espace pour son extension.

Quand, au , le port s'agrandit en dehors des anciens remparts, certains bassins intérieurs sont encore utilisés pendant 80 ans. Le bassin Sainte-Catherine cède, par contre, en 1853 la place pour le chantier de la nouvelle église du même nom. Le petit bassin du Fumier est comblé en 1861 parce qu'il puait trop pour la caserne voisine du petit Château. La moitié sud-est du bassin des Marchands fait en 1883 de la place pour un marché couvert des poissons, qu'y restera pendant 70 ans. En 1910/11 les derniers bassins intérieurs disparaissent.

Le port contemporain (1832-)

vignette|La Gueuse, amarrée au Quai des Matériaux

En discussion depuis 1570, c'est à partir de 1827 qu'est creusé le canal Bruxelles-Charleroi, ouvert en , et qui traverse la ville vers le sud, créant une liaison directe avec le bassin industriel du Hainaut avec, entre autres, Charleroi. Le port de Bruxelles ainsi connecté vers le nord et le sud.

Le port s'étend en dehors du centre-ville. En partie, les bateaux accostent juste le long du canal, mais des nouveaux bassins sont aussi crées:

le canal à Molenbeek (1832-1922), quais des Charbonnages et du Hainaut, le canal à Molenbeek (1832?-1922), quais de Mariemont, de l'Industrie, Fernand Demets, le canal à Bruxelles-Ville (1832?-1922?), quai des Usines, Bassin de Biesterbroek (1940?-), quai de Biesterbroek, digue du Canal, Bassin de la Voirie (1863-1910), quai de la Voirie, Bassin de la Jonction / Beco (1905-), quais des Matériaux et des Péniches, Bassin de Batelage / Auguste Gobert (1911-1931/1953), aujourd'hui quai de Willebroeck, Bassin Vergote (1907-), quais des Steamers et des Armateurs, Avant-Port (1939-), quais de Hembeek et Léon Monnoyer, Bassin de Batelage (Anderlecht) (?), quais d'Aa et de Veeweide,

Le développement du port dépend ensuite des agrandissements successives des deux canaux. Ainsi, le canal de Charleroi est modelé au début sur l'exemple des canaux à charbon anglais, ne permettant le passage que d'un type de péniche spéciale, le baquet de Charleroi. Voici le gabarit maximale pendant les différents périodes:

+ Canal de Charleroi port en lourd longueur largeur enfonçement en charge hauteur libre sous les ponts 1832 70 t 19,80 m 2,70 m 1,80 m 2,65 m 1913 300 t 40,80 m 5,20 m 2,10 m 4 m

1936 (Bruxelles-Clabecq) 600 t 81,60 m 10,50 m 2,30 m 4 m

1969 1350 t 81,60 m 10,50 m 2,20 m 5,15 m

+ Canal de Willebroeck port en lourd longueur largeur enfonçement en charge hauteur libre sous les ponts 1560 ? ? ? ? ?

1829 ? ? ? 1,90 m ?

1835 ? 30 m 7,25 m 3,10 m ?

1922 3000 t 106 m 15 m 5,80 m ?

1969 4500 t (maritime) 9000 t (convoi fluvial) 106 m 15,3 m 5,8 m 30 m

1997 4500 t (maritime) 9000 t (convoi fluvial) ? 15,3 m 5,8 m 30 m

Via Charleroi, Bruxelles est aussi relié aux bassins fluviaux de la Meuse et de l'Escaut ainsi qu'aux canaux français.

Juste trois ans après l'ouverture du Canal de Charleroi un concurrent tout nouveau apparaît dans les Chemins de Fer. Ceux-ci absorbent pendant 50 ans l'essentiel des moyens financiers disponibles avec comme résultat une lente détérioration des installations et du matériel du trafic fluvial. En plus, les voies navigables sont hypothéqués par une multitude d'intervenants et des tarifs. Il est plus cher d'envoyer des marchandises d'Anvers à Bruxelles qu'à Marseille. Un simple entretien ne suffit vite plus, le trafic explose en Europe et les bateaux deviennent plus grands. Mais la Ville de Bruxelles n'a pas les moyens pour moderniser port et canal toute seule.

Le un groupe de lobbying voit le jour, composé des entrepreneurs intéressés, le "Cercle des installations maritimes". C'est pour une bonne partie grâce à son travail qu'une solution se trouve pour les multiples conflits entre les différents pouvoirs publics. Le , la "Société du canal et des installations maritimes de Bruxelles" voit le jour, connue sur le nom "La Maritime". C'est une société de droit privé à capitaux publics. Les actionnaires sont: L'État belge, la Province de Brabant, la Ville de Bruxelles et neuf autres communes de la région bilingue de Bruxelles, ainsi que Vilvorde. Cette société prend en concession le canal et le port de Bruxelles. Il était prévu, qu'aprés 90 ans, le port retomberait dans le mains de la Ville, le canal allait à l'État. En 1987, cette concession est prolongé pour une période indéterminée, en incluant 7 communes flamandes qui longent le canal.

La modernisation de canal et port exige leur ouverture pour des bateaux plus grands. Ça ne peut pas se faire à l'intérieur de la ville médiévale. Mais la Ville de Bruxelles avait perdu, sous Napoléon, la mainmise sur son environnement proche, devenu lors des communes indépendantes. La ville ne veut pas que toutes ses investissements passés et futurs dans le port et le canal profiteront aux seules communes voisines. Le déplacements successives du port sont donc accompagné par d'abord, en 1895 et 1897, un transfert des territoires à la ville de la part de Molenbeek-Saint-Jean, Schaerbeek, Evere, Laeken et Neder-Over-Heembeek, et, dans un deuxième temps, en 1922, la dissolution totale de deux dernières, ensemble avec Haren dans la ville de Bruxelles.

En cette année 1922, un canal entièrement modernisé est ouvert, permettent l'arrivée de navires de mer qui remontent jusqu'à Bruxelles. La réparation des dégâts de la Seconde Guerre mondiale a mis des années. Seulement en 1955 Bruxelles est à nouveau joignable par bateaux de mer (Haren-Buda en 1953). Des travaux en aval, sur les écluses (terminé en 1973) et à l'embouchure de l'Escaut (terminé en 1997) augmentent la capacité du Canal de Willebroeck. En 2001, un terminal pour conteneurs s'est installé dans l'Avant Port, sur le quai Léon Monnoyer.