thumb|De l’eau potable du robinet, ici aérée par un robinet « mousseur ». thumb|Où vous pouvez boire de l'eau du robinet dans le monde entier. L'eau du robinet, ou eau de distribution ou parfois eau courante, est une eau potable plate distribuée directement chez l'utilisateur (ménages, entreprises, bâtiments publics, etc.). Elle est transportée par un réseau de canalisations depuis son point de captage (source, forage, rivière, etc.) jusqu’aux robinets des utilisateurs. Parfois c'est de l'eau naturelle mais, le plus souvent, cette eau est rendue potable par un centre de traitement et de désinfection, puis stockée dans un ou plusieurs réservoirs (par exemple le château d'eau) en attendant d'être consommée.
Sa qualité est règlementée et soumise à des contrôles sanitaires, dans les pays développés. Elle provient le plus souvent d’une nappe souterraine, d’une rivière ou plus simplement d'une source apparente et subit de nombreux traitements avant d’arriver au consommateur. Dans certaines régions, elle provient du dessalement. Il s'agit du circuit de l'eau, qui suppose une véritable transformation de la ressource et tout un service de la distribution de l'eau.
Origine de l'eau du robinet Les techniques de prélèvement et de préparation de l'eau varient selon son origine (nappe, cours d’eau...) et selon le contexte de risques quant à sa qualité (nature des sols, proximité de zones agricoles, présence de sites industriels très pollués)« D'où vient l'eau de nos robinets ? », infos-eau.blogspot.com de septembre 2008. Chaque situation mobilise des techniques spécifiques, aux coûts variables. Cette variété de situations sert à justifier l'absence de tarif unique pour l’ensemble du territoire, ainsi que la difficulté de comparatifs des tarifs pratiqués.
Étapes du traitement de l'eau L'eau est pompée ou amenée naturellement par gravité de son point de captage (puits, rivière, source) jusqu'à une station ou usine de traitement. Lorsqu'il s'agit d'un pompage en rivière, la prise d'eau est le plus souvent protégée par une grosse grille afin d'éviter l'intrusion de gros objets dans la canalisation. L'eau passe d'abord dans un décanteur où elle séjournera plus ou moins longtemps selon son état. Les matières en suspension les plus lourdes se déposent au fond du décanteur. Pour accélérer la décantation et en améliorer l'efficacité, des produits floculants et/ou coagulants sont parfois ajoutés dans l'eau ; il s'agit le plus souvent de chlorure ferrique ou d'aluminium. Ces produits floculants et coagulants agglomèrent les matières en suspension fines, qui forment un amas plus aisé à enlever. Les solides se déposent au fond du bassin de décantation. Par la suite, l'eau est prélevée à la surface du décanteur et débarrassée de la plus grosse partie de ses impuretés. Remarque : Lorsque l'eau est pompée depuis une nappe souterraine très profonde, il peut arriver qu'elle soit particulièrement propre et n'ait donc pas besoin de subir une étape de décantation/floculation/coagulation. Cette eau subira donc directement l'étape de désinfection. L'eau peut ensuite être filtrée par un filtre à sable. Les couches de sable retiennent les particules en suspension qui ne sont pas restées dans le décanteur, avec les parasites. L'eau sort clarifiée et prête à être désinfectée. L'étape de désinfection peut se faire de différentes manières, avec de l'ozone ou du chlore. Ces produits très oxydants vont détruire les bactéries et les virus. L'ozone est un gaz qui ne se transporte pas et doit donc être produit sur place par un ozoneur. Le coût de cette production d'ozone explique pourquoi l'ozonation n'existe que dans les grandes stations de traitement. L'eau peut ensuite passer par une étape de filtration à travers des charbons actifs en grains. Le charbon actif retient bien les substances chimiques ou organiques qui restent dans l'eau, peu les pesticides. L'étape finale consiste en un ajout de chlore dans l'eau afin de la désinfecter jusqu'à son arrivée au robinet du consommateur. L'eau potable est pompée et envoyée dans des réservoirs situés en hauteur (de type château d'eau) en attendant d'être consommée par les utilisateurs, via leurs installations domestiques. Les réservoirs sont remplis soit en continu, soit jour après jour avec une eau nouvellement produite.
Chlore Après la désinfection de l'eau réalisée dans un centre de traitement, du chlore est introduit sous forme d'hypochlorite de sodium (voir : eau de Javel) dans l'eau avant sa mise en distribution afin d'éviter sa recontamination par des virus ou bactéries pathogènes. La dose de chlore est ajustée afin qu'une concentration minimale de soit visée au robinet du consommateur pour atteindre une eau correctement désinfectée.
Le chlore s'évaporant à l'air libre (donc : pas dans les tuyaux), le goût chloré de l’eau peut disparaître lorsque celle-ci repose dans une carafe ouverte. Le chlore est moins perceptible dans l'eau plus fraiche en température.
Le chlore, outre son odeur de Javel désagréable, est un biocide toxique, perturbateur endocrinien qui altère ou détruit la flore intestinale, crée des maux de ventre, nuit à l’assimilation des nutriments, endommage le système enzymatique, affaiblit le système immunitaire et produit des dérivés cancérigènes. Une filtration de base au charbon actif permet heureusement de le retenir physiquement par adsorption.
Qualités organoleptique et d'apparence L'eau du robinet présente souvent une odeur, une flaveur, un arrière-goût ou une saveur différente de celles de l'eau en bouteille.
En l'absence d'informations claires et aisément accessibles, le goût de l'eau joue un rôle majeur dans la perception de la qualité de l'eau par le public Proulx F, Rodriguez M.J, Sérodes J.B & Miranda LF (2010) Factors influencing public perception and water use of municipal drinking water. Water Sci. Technol. Water Supp., 10, 472-485..
Parfois la saveur et l'odeur de l'eau peuvent être dégradées en amont, par exemple par une contamination du bassin d’eau brute par des apports industriels, urbains, routiers et/ou agricoles. Sinon, les caractéristiques organoleptiques de l'eau distribuée résultent de composés créés par la chloration, l'ozonisation ainsi que des composés émis par des microorganismes morts ou vivants (micro champignons (ex : Actinomyces Zaitlin B & Watson S.B (2006) Actinomycetes in relation to taste and odour in drinking water : Myths, tenets and truths. Water Res., 40, 1741-1753.), microalgues (diatomées, chrysophytes et chlorophycées principalement), bactéries, cyanophycées...) dans l'eau ou à partir du biofilm installé dans les conduites ou réservoirs, ou encore du contact de l'eau avec les matériaux (ou enduits intérieurs Satchwill T (1998) The impact of pipe coatings on drinking water quality. Dans :1 998 Annual Alberta Water and Wastewater Operators Association, mars 1998, Banff, AB, Canada, Compte rendu, pp. 1-9.) des conduites (fonte, amiante ciment, ciment, plastiques, cuivre et parfois des travaux effectués sur les canalisations...), c'est l'une des principales raisons qui lui font souvent préférer l'eau en bouteille Doria M.F, Pidgeon N & Hunter P (2005). Perception of tap water risks and quality: a structural equation model approach. Water Sci. Technol., 52, 143-149.. Une sensation désagréable au goût ou à l'odorat humain peut être induite par de très faibles doses de certains composés (du ng.L-1 au mg.L-1) dans l'eau. Notre odorat y est . Le problème peut être chronique ou momentané.
De nombreuses études ont porté sur : l'origine des goûts et odeurs de l’eau potable Bruchet A (1999) Solved and unsolved cases of taste and odor episodes in the files of inspector Cluzeau. Water Sci. Technol., 40, 15-21 DIETRICH, A.M., S. MIRLOHI, W.F. DACOSTA, J.P. DODD, R. SAUER, M. HOMAN et J. SCHULTZ (1999). Flavor profile analysis and GC/MS detection of phenolic iodinated disinfection byproducts in drinking water for the USA space program. Water Sci. Technol., 40, 45-52. DIETRICH, A.M., R.C. HOEHN, G.A. BURLINGAME et T. GITTELMAN (2004). Practical taste-and-odor methods for routine operations: decision tree. AWWA Research Foundation (Éditeur), Denver, CO, USA, 133 p. KHIARI D, S. BARRETT, R. CHINN, A. BRUCHET, P. PIRIOU, L. MATIA, F. VENTURA, I.H. SUFFET, T. GITTELMAN et P. LEUTWEILER (2002) Distribution generated taste-and-odor phenomena. AWWA Research Foundation, Denver, CO, USA, 264 p. ; Un contrôle organoleptique fait au robinet puis avec l’eau en sortie d'unité de potabilisation peut aider à savoir si une source d'odeur/gout est située en amont ou dans le réseau de distribution ; la détection et identification des composés responsables (précurseurs notamment) ; à titre d'exemple les microalgues peuvent libérer des aldéhydes, alcanes, alcènes, alcools et esters donnant un goût à l'eau (ex : géosmine détectable par notre odorat dès et/ou méthylisobornéol, détectable dès pour le 2-méthylisobornéol Whelton, A.J. et A.M. Dietrich (2004). Relationship between intensity, concentration, and temperature for drinking water odorants. Water Res., 38, 1604-1614. Young W.F,Horth H, Crane R, Ogden T & Arnott M (1996) Taste and odour threshold concentrations of potential potable water contaminants. Water Res., 30, 331-340. ; deux composés produits par diverses espèces de cyanobactéries) ; l’identification des goûts/odeurs liés à des composés particuliers CROZES, G., J. HAGSTROM, I.H. SUFFET et C. YOUNG (1999) Bench-scale evaluation of adsorptive processes for taste and odors control using rapid small-scale column tests and flavor profile analysis. Water Sci. Technol., 40, 39-44. McGUIRE, M.J. (1999). Advances in treatment processes to solve off-flavor problems in drinking water. Water Sci. Technol., 40, 153-164.McGUIRE, M.J. et J.M. GASTON (1988). Overview of technology for controlling off-flavors in drinking-water. Water Sci. Technol., 20, 215-228. McGUIRE, M.J., R. HUND et G. BURLINGAME (2005). A practical decision tree tool that water utilities can use to solve taste and odor problems. J. Water Supp.: Res. Technol. AQUA., 54, 321-327 ; les moyens de supprimer tout ou partie de ces composés dans l'eau distribuée. Des pays ont établi des normes de qualité (type contact alimentaire) pour les matériaux en contact avec l'eau à distribuer (Nouvelle-Zélande, États-Unis, Europe en 2004) mais en 2004 presque un dixième des matériaux respectant ces normes échouent néanmoins aux tests organoleptiques Marchesan M & Morran J (2004) Tastes associated with products in contact with drinking water. Water Sci. Technol., 49, 227-231.. L'ultrafiltration de l'eau peut la débarrasser de la plupart des composés problématiques mais est couteuse et devrait être (re) faite après le robinet. Le charbon activé doit être régulièrement changé et/ou régénéré.
Goûteurs d’eau Il n’existe pas de règlementation précise quant aux paramètres de « confort » de l’eau : aspect, goût, odeur L’expertise se développe dans les laboratoires, principalement des sociétés de production et de distribution d’eau. Les méthodes relèvent de l’analyse des traces et l’utilisation de techniques de pointe, telles que le nez électronique capable de détecter des goûts et odeurs infimes ou volatiles. Une technologie également utilisée dans le secteur agro-alimentaire (café, champagnes, …).
Les goûteurs d’eau professionnels, « les palais les plus fins » sont capables de qualifier les goûts et odeurs (olfactométrie) de manière à les caractériser et pouvoir par la suite ajuster les réglages des usines. Ils peuvent distinguer des nuances de type sucré/salé/amer.. ou encore odeur de moisi, soufré, marécageuse, vaseuse, chlorée ou métallique par exemple.
Non-buveurs, non-fumeurs, les dégustateurs d’eau sont à l’eau potable ce que sont les nez au parfum. Pour apprécier une eau du robinet, il est recommandé : de la faire couler jusqu’à ce qu’elle soit fraîche, avant de la boire ;