La rue des Rosiers est une rue ancienne du centre de Paris, qui parcourt une partie du sur de long d'est en ouest, dans le quartier Saint-Gervais, en partie sud du Marais.
Situation et accès La rue des Rosiers, d'une longueur de , est située dans le , quartier Saint-Gervais. Elle commence au 13, rue Mahler et finit au 40, rue Vieille-du-Temple.
Ce site est desservi par la ligne 1 à la station de métro Saint-Paul.
Origine du nom Selon Jacques Hillairet, elle portait déjà ce nom, en 1230, en raison de rosiers qui poussaient alors dans les jardins voisins.. Une seconde source, Jean de La Tynna, confirme qu'elle porte ce nom en 1233.
Historique thumb|left|La rue des Rosiers (en jaune) sur le plan de Truschet et Hoyau, dit plan de Bâle (1552). Attention, le nord est à gauche.
thumb|left|La rue des Rosiers (en jaune) sur le plan de Roussel (1730).
thumb|left|La rue des Rosiers sur le plan d'Eugène Lanée (1861).
En 1230, la rue est presque entièrement bâtie le long des remparts de Philippe Auguste, dont on voit encore quelques pierres, en particulier dans le jardin des Rosiers – Joseph-Migneret, accessible par le « Cour du 8 », www.philippe-auguste.com..
À cette époque, la rue des Rosiers fait un retour en équerre, .. Elle part de la rue du Roi-de-Sicile, continue dans ce qui est actuellement la rue Ferdinand-Duval, puis tourne à angle droit jusqu'à la rue Vieille-du-Temple. La partie la plus à l'est de l'actuelle rue des Rosiers, entre la rue Ferdinand-Duval et la rue Pavée, est alors une impasse, dont le nom a souvent changé : « rue de la Quoquerée » (1292), « cul-de-sac de la Lamproie » (1400), « rue Coquerée » (1415), « rue Coquerrie » (1540), « cul-de-sac Coquerelle » ou « impasse Coquerelle ».
La présence de la communauté juive est ancienne, liée aux aléas politiques (ordonnances d'expulsion des Juifs de France de Philippe IV le Bel en 1306 et de Charles VI en 1394) qui provoquent afflux et reflux des populations. Fin et début , entre 1881 et 1914, le quartier accueille une forte immigration : environ personnes s'implantent dans le quartier, après avoir fui les persécutions en Roumanie, Autriche-Hongrie et Russie. La communauté ashkénaze, yiddishophone, est ainsi fortement représentée, expliquant la forte image du Pletzl au , mais des recherches récentes. montrent que la communauté séfarade est aussi présente.
La rue des Rosiers fut également un lieu de culte chrétien. Une statue de la Vierge était en effet érigée à l'angle de la rue des Rosiers et de la rue Ferdinand-Duval. Elle fut mutilée en 1528, au moment des persécutions contre les protestants, Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion. Vers 1525 – vers 1610, Seyssel, Champ Vallon, 1990, 2 vol., .. En remplacement, vint lui-même poser une effigie en argent, qui fut volée en 1545. Remplacée à nouveau par une statue de pierre, qui existait encore en 1789, la figure de la Vierge a finalement disparu.
Elle est citée sous le nom de « rue des Roziers » dans un manuscrit de 1636 dont le procès-verbal de visite indique : .
Une décision ministérielle du 13 ventôse an VII (), signée François de Neufchâteau, fixe la moindre largeur de la voie à . La largeur est portée à par une ordonnance royale du .
De 1848 à 1850, la rue est prolongée jusqu'à la rue Malher. Sa partie centrale, sombre, étroite et légèrement sinueuse, échappe au réalignement des rues de Paris réalisé sous le baron Haussmann.
L'actuelle rue Ferdinand-Duval se sépare de la rue des Rosiers au , et prend le nom de « rue des Juifs », avant d'être renommée en 1900 « rue Ferdinand-Duval » au moment de l'affaire Dreyfus.
Au , la rue des Rosiers, d'une longueur de , était située dans le quartier du Marché-Saint-Jean, ancien . Elle commençait au 21, rue des Juifs et finissait aux 50-52 de la rue Vieille-du-TempleCadastre de Paris par îlot (1810-1836), plan « Marché Saint-Jean », îlot , F/31/85/03, îlot , F/31/85/04, îlot , F/31/85/05.. Les numéros de la rue étaient de couleur rougeJean de La Tynna, Dictionnaire topographique, étymologique et historique des rues de Paris, 1817.. Le dernier numéro impair était le et le dernier numéro pair était le .
Enfin, une autre rue des Rosiers a existé dans l'ancienne commune de Montmartre, qui ne faisait pas encore partie de Paris. Pour éviter la confusion, elle est devenue la rue du Chevalier-de-la-Barre. Une photographie truquée célèbrePhoto truquée célèbre, archivée de www.hervedavid.fr (consultée le 1 er septembre 2020). de la Commune de Paris porte ainsi l'ancien nom de la rue.
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire Au se trouvait un hammam réputé, le hammam-sauna Saint-Paul construit en 1863 (à une époque où les appartements ne disposaient pas de salles de bain). Vendu en 1990Les architectes d'intérieur ont fait inscrire dans le béton à l'entrée, caché par les paires de chaussures : « En ces lieux se tenait le hammam Saint-Paul de 1863 à 1990. », c'est devenu une boutique dont seule la façade, qui porte toujours l'inscription « HAMMAM SAINT-PAUL - SAUNA - PISCINE », rappelle l'ancienne destination. Des commerces de mobilier et de vêtements s'y sont successivement installés.
Au bis se trouve une école privée d'enseignement professionnelle, l'École de travail« École de travail », www.ecoledetravail.fr.. À l'origine, il s'agissait d'un foyer pour apprentis, Société de patronage des apprentis et ouvriers israélites de Paris créé par le Consistoire Israélite. Un internat se met en place à partir de 1865 (le premier élève de l'école en sort en 1869, après y avoir étudié l’horlogerie), dirigé par une association à but non lucratif (reconnue d'Utilité Publique en 1878). En 1885, l'École de travail devient propriétaire de ses murs et, à partir de 1907, propose des cours « théoriques » en complément de l'activité d'apprentissage. Sous l'Occupation allemande, le docteur Alfred Milhaud est médecin dans cet établissement et soutient une filière clandestine de sauvetage d'enfants juifsMichel Laffitte, « L'UGIF, collaboration ou résistance ? », in Revue d'histoire de la Shoah, 2006/2, , (en ligne).. En 1957, l'école se rapproche de l'ORT (Union mondiale ORT, Organisation, reconstruction, travail) et devient une école professionnelle à temps complet. En 2020, l'École de Travail et Ort France fusionnent. En 2002, l'école acquiert un second bâtiment à Paris. Jusqu'en 2009, elle est dirigée par Hubert Saksik. Après des changements de statuts en 1961 et 1973, l'École devient Centre de formation d’apprentis (CFA) et prépare à une licence généraliste avec le CNAM (Génie civil - Construction durable et Management de projet BIM), deux BTS (fluides, énergie, environnements, option froid et conditionnement d’air ; maintenance des systèmes, option systèmes énergétiques et fluidiques), quatre baccalauréats professionnels (technicien en installation des systèmes énergétiques et climatiques ; technicien du froid et du conditionnement d'air ; maintenance des véhicules automobiles et électrotechnique ; énergie, équipements, communicants), cinq CAP (électricien.ne ; Monteur en installations sanitaires ; Monteur en installations thermiques ; maintenance de véhicules particuliers ; installateur en froid et conditionnement d’air), deux mentions complémentaires (maintenance des systèmes embarqués de l’automobile ; énergies renouvelables, options « énergie électrique » ou « énergie thermique »). Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'école a payé un lourd tribut à la barbarie nazie : une plaque commémorative en témoigne. « À LA MÉMOIRE DU DIRECTEUR, DU PERSONNEL ET DES ÉLÈVES DE CETTE ÉCOLE ARRÊTÉS EN 1943 ET 1944 PAR LA POLICE DE VICHY ET LA GESTAPO, DÉPORTÉS ET EXTERMINÉS À AUSCHWITZ PARCE QUE NÉS JUIFS. » Parmi les anciens élèves de l'école se trouve Wolf Wajsbrot, membre du groupe Manouchian, qui est fusillé au mont Valérien pour ses faits de résistance. En 2003, l'école est le lieu d'une étude ethnologique. Depuis 2014, des activités commerciales (boutiques éphémères) sont proposées dans les lieux.
Au 7 se trouvait un restaurant réputé, tenu par Jo Goldenberg. Fermé en 2006 pour des raisons d'hygiène et de dettes., il était connu pour sa cuisine traditionnelleLe restaurant était de style casher mais de fait non-casher. Les touristes étaient influencés par le Magen David proéminent sur la devanture.. Un violent attentat y a eu lieu en 1982 ; il fait six morts et vingt-deux blessés ; en 2011, la justice française identifie le Fatah-Conseil révolutionnaire d'Abou Nidal comme responsable de l'attentat« Le cerveau présumé de l'attentat de la rue des Rosiers interpellé en Jordanie », www.20minutes.fr, 17 juin 2015.. Depuis 2010, le restaurant laisse place à des magasins de vêtements qui tentent de survivre à un loyer de plus d'un demi-million d'euros annuel. La devanture est conservée..
Au 10, le passage donne accès au jardin des Rosiers – Joseph-Migneret où le rempart de Philippe Auguste est encore visible par endroits. La tour, en partie détruite, a été utilisée comme château d'eau pour alimenter un lavoir.. Au 16, le bâtiment appartient désormais à l'OPAC, et on distingue dans la cour les vestiges d'un hôtel particulier, une entrée d'escalier, et un mascaron. Sur rue, une boulangerie jouxte l'ancien Café des Psaumes devenu « café social » animé par l'Œuvre de secours aux enfants. Au se trouve la Synagogue du 17 rue des Rosiers, l'une des deux synagogues de la rue, l'autre étant au 25. Il s'agit de deux synagogues orthodoxes non consistoriales. On peut repérer l'une au 17 par la lumière rouge de sa lampe éternelle au premier étage, l'autre (25) par un panonceau au premier étage avec l'inscription « Schule » qui signifie « synagogue » en yiddish et en judéo-alsacien. La schule du 17, où a enseigné Menachem Mendel Schneerson, se nomme Machziké adath, c'est-à-dire « Ceux qui renforcent la religion ». Cette synagogue loubavitch (shtibl) serait, selon les membres de cette communauté, le plus ancien lieu de culte juif à Paris (certains la datent du ..., d'autres du ).
Au , il y avait au début du un restaurant social, Au fourneau économique (ancêtre des Restos du cœur) où l'on mangeait à bon marché (en 1914, pour 2 sous, soit 2 centimes d'euros, on avait une portion de viande, ou un bouillon, ou un plat de légumes). On apportait son pain si l'on en voulait, si on le pouvaitMichel Ostertag, « Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme », ecrits-vains.com.. Au se trouve un hôtel du . En 1650, il appartient à un certain Genlis, puis en 1750 au lieutenant-colonel d'Estat. À son propos se colporte la mauvaise légende qu'il tint son avancement au comportement de sa femme, très belle et très en cour, ce qui fit dire à ses rivaux : « Quand on fait son chemin par l'épée, c'est plus lent que par le fourreau.. » Au rez-de-chaussée se tenait un restaurant, puis en 2017 une pâtisserie de luxe. Au se trouvait la boucherie Émouna., aujourd’hui laverie en libre-service qui a conservé la ferronnerie d'origine. Au résidait Yvette Feuillet ( – ), résistante dans les FFI avec le grade de sergent, déportée et assassinée à Auschwitz, citée à l'« ordre de la Résistance » à titre posthume. Une plaque en rappelle le souvenirOn trouve le portrait d'Yvette Feuillet dans Antoine Porcu, Guerre 39-45. Héroïques femmes en Résistance, tome 1, Le Geai Bleu, 2006, . Quelques indications biographiques sur , www.culture-archives.com.. Son père était boulanger, elle était ouvrière dans l'industrie des lampes, et travaillait dans le arrondissement, rue Sedaine. Militante, elle était également la trésorière d'un foyer de l'Union des jeunes filles de France. Le a longtemps abrité le magasin de la charcuterie cachère réputée Panzer..