Jacques Roux, né le à Pranzac (Charente), est un curé rouge et révolutionnaire français. Connu pour son radicalisme et son influence pendant la Révolution française, il se suicide le dans la prison de Bicêtre avant de comparaître devant le Tribunal révolutionnaire.
Il est, pendant cette Révolution, un des chefs, avec Jean Varlet et Jean-Théophile Leclerc, d'une mouvance de révolutionnaires radicaux - appelés par leurs adversaires les Enragés - qui apparaît au début de 1793 en réaction à la crise économique marquée par l'augmentation vertigineuse des prix des denrées de première nécessité, en particulier du blé, sans augmentation des salaires. Les idées de Roux et de Leclerc inspirent le babouvisme, préfigurant le communisme. Il est aussi considéré comme précurseur de l'anarchisme.
Les Enragés réclament la taxation de toutes les denrées de première nécessité, la répression des spéculateurs, la réquisition des grains et des taxes sur les riches, n'hésitant pas à interpeller violemment et à menacer de l'émeute la Convention nationale et les Montagnards partisans de la liberté économique. Le début de la Terreur, en , marque à la fois le triomphe de leur programme et leur arrestation, les Hébertistes héritant de leur influence et de leurs troupes.
Biographie Des origines bourgeoises Issu d'une famille bourgeoise, son père était lieutenant, juge assesseur au marquisat de Pranzac, et ancien officier du régiment de Hainaut, sa mère fille d'un médecin du Périgord.
Il bénéficiera de la protection du seigneur de Pranzac, le comte de Peyrusse des Cars qui lui conféra le titre de chanoine et le dota d'une pension lui permettent de financer ses études au séminaire d’Angoulême. Il devient à l'âge de 20 ans professeur de philosophie et de physique avant d’être ordonné prêtre en 1779.
Pendant cette période il fut mêlé à une affaire de meurtre. Le , un frère subalterne de l’établissement fit feu une nuit sur des jeunes, et tua l'un d'eux, le jeune chanoine Mioulle.
Tous les prêtres furent arrêtés, à l'exception de Roux, qui fut arrêté plus tard à Pranzac, et du frère Ancelet, auteur du coup de feu, qui ne fut jamais retrouvé. De nombreux témoins affirmèrent que les jeunes séminaristes, excédés de la sévérité de certains professeurs et particulièrement de celle de Jacques Roux, lançaient des pierres contre les fenêtres de leurs professeurs.
Les frères lazaristes postèrent Ancelet en surveillance qui tira et tua. Le supérieur et plusieurs prêtres, dont Jacques Roux, furent emprisonnés mais, après trois mois de détention, ils firent finalement l'objet d'une grâce royale. Sans être davantage inquiété, Roux servit au séminaire jusqu'en 1784.
Un ecclésiastique atypique En 1785, avec d'excellentes références, il est nommé aumônier du château de Montozier. Il y servira un an auprès du comte de Crussol d'Uzes qu'il quitte en avec une attestation flatteuse .
L'année suivante, il est vicaire à Jonzac où il ne fait pas parler de lui. En , il devient vicaire de Cozes. Il se fait remarquer en fréquentant les milieux protestants nombreux dans la région mais surtout en faisant paraître dans le journal de Saintonge et d'Angoumois un poème . Cette publication déclenche une polémique au cours de laquelle les lecteurs du journal fustigent pendant des mois .
Se plaignant d'être incompris et persécuté, Roux contre-attaque violemment et, en , sa hiérarchie le nomme à Saint-Thomas-de-Conac. Pendant la Grande Peur, alors que des troubles éclatent en Saintonge, Jacques Roux ne se fait pas remarquer et il ne se passe rien à Saint-Thomas de Conac en 1789.
Le , de graves troubles éclatent à propos de l'abolition des droits féodaux.
La réaction d'autorité du seigneur du Paty de Bellegarde sera l'étincelle mettant le feu aux poudres, des centaines de paysans des communes voisines se joignent à ceux de Saint-Thomas. La maison du notaire, les trois châteaux du seigneur du Paty sont pillés incendiés et détruits; d'autres sont menacés.
Les villes de Saintes, Pons et Saint Genis envoient un détachement de soldats et de Gardes nationaux pour mater la révolte, 120 personnes sont arrêtées.
Très vite le nom de Jacques Roux circula comme étant l’instigateur de ce mouvement. C'est Turpin de Jouhé, commissaire du Roi pour la formation du département de la Charente inférieure qui en est à l'origine :
Cette affirmation, reprise souvent comme une certitude par certains exégètes, doit être prise avec prudence. S'il n'est pas impossible que les idées progressistes qui étaient les siennes aient pu transpirer dans certains passages de ses sermons, pour les débordements spontanés du , ils ne peuvent lui être imputés. En effet depuis le précédent il effectuait un remplacement à Ambleville situé à 45 km du lieu de l'émeute dont le curé venait de mourir.
Sur le contenu de ses sermons André Berland fait état de celui intitulé il n'y parlait pas du partage des terres, ni du refus des droits féodaux ; il y célébrait la prise de la Bastille, voulue par Dieu et louait le roi
Ce prêche n'est pas daté.
Il n'est pour autant pas possible d'exclure qu'il en ait prononcé d'autres plus virulents, encore que simple vicaire un tel discours aurait appelé l'attention du curé et donc de sa hiérarchie.
Toujours est-il que les vicaires généraux de Saintes prononcèrent à son encontre la sanction la plus grave et qu'il fut frappé d’interdit. Ne pouvant plus exercer il quitte la région en pour Paris où il ne réapparaîtra que six mois plus tard pour être l'un des tout premiers prêtres (« curé rouge » selon Maurice Dommanget) à prêter serment à la Constitution civile du clergé.
Ses débuts politiques alt=|gauche|vignette|350x350px|Louis XVI au pied de l’échafaud. En bas à gauche Jacques Roux rédigeant le compte rendu de l'exécution Il arrive à Paris en mai / et y vit dans un premier temps sous un nom d'emprunt, Renaudi. À la fin de 1790 il reprend son identité et s'inscrit au Club des Cordeliers. Il est l'un des premiers à prêter serment à la Constitution Civile du Clergé le .
Il devient ainsi le vicaire constitutionnel de l'église Saint Nicolas des Champs, à l'époque une des paroisses les plus pauvres de la capitale ; l’église Saint Nicolas est la principale église de la section des Gravilliers où se déroulera l'essentiel de sa vie politique.
Membre du conseil général de la Commune de Paris, il est chargé par elle, avec Jacques Claude Bernard, d'accompagner Louis XVI à la guillotine le . Son attitude haineuse et son absence de compassion à l'égard du condamné pèsera de tout son poids dans l'image négative qu'il laissera à la postérité.
Il va rapidement acquérir une grande notoriété auprès des sans-culottes par son action dans la section des Gravilliers. Ses prises de position généreuses, ses discours de plus en plus appuyés contre les émigrés, les tyrans et surtout les agioteurs et les accapareurs de denrées trouvent un écho certain auprès des femmes sans-culottes. Il est considéré comme l'un des premiers féministes et acquiert auprès d'elles une aura certaine. Ses brochures et ses prêches patriotiques ont de plus en plus d'audience. À partir de 1792, il s'oppose toutefois de plus en plus à Jean-Paul Marat, une figure majeure de la Révolution, notamment par des dénonciations mutuelles par l'affichage de leurs journaux respectifs. Il en prendra toutefois la défense après l'assassinat de Marat en mais n'en sera pas moins dénoncé comme un de ses ennemis, ce qui conduira à son arrestation.
Roux : Principale figure des « Enragés »
alt=|vignette|Emblème de la section des Gravilliers, comportant la devise « Liberté - Égalité - Vaincre ou Mourir ». Dès la fin de 1792 Roux avait formalisé son programme, il avait été décidé par la section de l'Observatoire où ce discours avait été lu, qu'il serait imprimé et adressé aux 47 sections parisiennes, au corps électoral, aux sociétés patriotiques et aux municipalités du département. Ce discours, exprimant ainsi le cœur des revendications populaires, avait donc connu une très large diffusion. Derrière le discours économique de Roux contre les agioteurs et les accapareurs de denrées, les propositions politiques qui le sous-tendent seront aussi largement approuvées, qu'il s'agisse de l'expulsion des Girondins ou de la peine de mort pour les agioteurs et les accapareurs de comestibles.
L'action de Jacques Roux et des Enragés se situe entre février et septembre 1793. Sans être un meneur des Sans-culottes, les discours qu'il tient depuis déjà plusieurs mois trouvent un écho auprès d'eux, et en particulier auprès des femmes. Le renchérissement des denrées, notamment du sucre et du savon, les rendent sensibles aux propositions de taxation.
En les premiers incidents éclatent. Les manifestants, principalement des femmes mais aussi des hommes, se font livrer le savon, la cassonade, le sucre et les chandelles au prix qu'elles ont fixé. Les épiciers qui refusent voient leur boutique pillée. Jacques Roux justifie ces actions : .
Marat le premier s'oppose à leurs exigences, aux pétitionnaires venus le réclamer à la Convention la taxation générale des denrées, il répond avec violence :
Cette position des grandes voix de la Montagne est surprenante. Mais les Montagnards partageaient en fait avec les Girondins le dogme du caractère sacré de la propriété privée et du libéralisme économique. Le , Robespierre le traduisait clairement Cette approche idéaliste d'un peuple désincarné ne résistera pas à la pression des Sans-culottes, d'autant que la Montagne a besoin de leur soutien pour éliminer les Girondins.
Sans qu'il y ait de groupe réellement constitué dont Roux aurait été le meneur, il n'est pas seul et d'autres poursuivent les mêmes buts, notamment Varlet et Leclerc. En plus de ces trois hommes, on peut aussi citer Pauline Léon et Claire Lacombe, toutes deux membres de la Société des républicaines révolutionnaires. Leurs routes se croisent, tantôt ils se soutiennent, tantôt ils sont en concurrence et parfois même s'opposent.
L'Adresse du 25 juin : une critique cinglante du pouvoir Le , après qu'elle eut été chaudement approuvée par le club des Cordeliers dans sa séance 23, Jacques Roux expose cette adresse à la barre de la Convention. Elle passera à la postérité sous le nom de Manifeste des Enragés. C'est un procès des représentants du peuple d'une grande violence. Dès les premiers mots le ton est donné : . Cette déclaration provoque une vive réaction de toutes les sensibilités de la Convention.
La séance est présidée par Thuriot, qui déclare à la fin de l'intervention : ; mais, comme le fait remarquer Eric Hazan, en pleine contradiction avec ses propos, il termine sa diatribe par une proposition en accord avec le discours de Jacques Roux en demandant : .
Face à ces réactions, un des membres de la délégation déclare que le texte qui vient d'être lu n'est pas celui qui a été approuvé par la section des Gravilliers. Tous les pétitionnaires, sauf Jacques Roux, sont admis aux honneurs de la séance. Robespierre, puis Billaud-Varenne et Legendre demandent qu'il soit chassé de la barre où il est resté. Cette proposition est adoptée.
Dès le à la tribune des Jacobins, Robespierre est plus menaçant, y compris et surtout, pour tous ceux qui pourraient se laisser séduire par la discours du prêtre : .
Marat, dans son journal Le Publiciste de la République française du , s'associe à cette critique : Marat in Le publiciste de la République française, Paris, , 4 juillet 1793.