vignette|redresse|Armoiries actuelles de Vienne : Vienna Urbs Senatoria (apparue dès 1517 et officialisé en 1887) vignette|redresse|Vienna Civitas Sancta (de 1696 jusqu'à 1887)

Lhistoire de Vienne inventorie, étudie et interprète l'ensemble des événements du passé liés à cette ville.

Le site de Vienne est un site prédestiné. La rencontre d'un fleuve, d'un hémicycle de collines taillées dans les roches cristallines, des terrasses fluviatiles soustraites aux crues constitue en effet un site idéal formé à l'ère tertiaire, lorsque le Rhône a fixé définitivement son cours au pied du Massif central. Les collines, au nombre de six, sont fragmentées en trois alignements par les vallées profondes de deux affluents du Rhône, la Gère et le ruisseau Saint-Marcel ; ce sont, au nord : le mont Salomon et le mont Arnaud ; au centre Pipet et Sainte-Blandine ; au sud : le mont Saint-Just et le mont Saint-Gervais. Entre le fleuve et le pied des collines, subsistent sur la rive gauche. deux petites plaines (Estressin et L'Isle), tandis que la vaste plaine de Saint-Romain-en-Gal - Sainte-Colombe s'étend dans la boucle du méandre de la rive droite..

Préhistoire Les premiers hommes apparaissent sur le site de Vienne dès le Néolithique moyen (4700-3400 ). Découvert en 1920, le premier habitat (foyers et matériel lithique, vers 4000 ) est sur le coteau Sainte-Hélène, une petite butte cristalline du quartier d'Estressin, proche du Rhône. D'autres vestiges sont attestés dans la plaine d'Estressin, sur les terrasses de Charavel, ainsi qu'à Saint-Romain-en-Gal (sépulture renfermant un crâne trépané, exposé aujourd'hui au musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Vienne). Le site de Vienne est dès lors continuellement occupé par l'homme. Les époques suivantes ont fourni des témoignages archéologiques particulièrement abondants, principalement l'âge du bronze (2000-800 ), non seulement à Vienne (trouvailles de haches, d'épées, de couteaux, de céramique), mais dans toute la région : à Grigny, Ternay, Reventin-Vaugris, Sérézin-du-Rhône, Saint-Pierre-de-Bœuf, et le célèbre char processionnel trouvé à La Côte-Saint-André et exposé aujourd'hui au musée gallo-romain de Fourvière.

Antiquité Vienna, cité gauloise Des Celtes arrivent sur ce territoire - dont l'une de ces tribus est celle les Allobroges (les gens venus d'ailleurs), autour du Le territoire contrôlé par cette peuplade, qui fait de Vienne sa capitale, s'étend à terme de Genève au mont Pilat en passant par Cularo (future ville de Grenoble).

Des auteurs anciens, repris par des chroniqueurs médiévaux, estiment qu'à la suite d'une importante famine (suivant Étienne de Byzance dans ses Ethniques du ), des Crétois émigrent en grand nombre de la cité crétoise de Viánnos qui signifie cheval en crétois et fondent la nouvelle ville de Viánnos qui devient ensuite la ville romaine de Vienna. Un auteur affirmant même que ces Crétois seraient venus en Gaule au retour d'Idoménée de la guerre de Troie., ce qui évoque d'autres légendes fondatrices (l'une évoquant une origine grecque pour Paris, qui aurait été fondée par le héros Pâris ; l'autre évoquant la création d'une ville Belgis, première capitale de la Gaule belgique, par Bavo, qui serait un grec de la famille de Priam exilé en Gaule à la suite de l'effondrement de Troie.

Sa situation excentrée dans ce territoire, qui pourrait apparaître comme un désavantage, est compensée par l'importance des voies de communication : point de rencontre des routes menant aux cols des Alpes et au cœur du Massif central, la capitale allobroge est également située sur l'axe rhodanien. L'emplacement occupé à l'époque romaine par le sanctuaire de Cybèle a livré des vestiges des premiers temps allobroges. Cet habitat gaulois comprend d'abord un double oppidum mis au jour dans les années 1950 au sommet des collines de Pipet et de Sainte-Blandine et qui confirme l'importance de ce site urbain. Les objets de la vie quotidienne (ustensiles de cuisine, outils, fibules, chenets) côtoient des objets de prestige importés d'Italie (vaisselle en bronze, objets liés au service du vin), 3 t.. Les Viennois se réfugient sur ces collines en cas de danger. Mais l'établissement gaulois s'étend aussi en contrebas de Pipet, sur un plan incliné constitué par l'ancien cône de déjection de la Gère et qui va jusqu'au Rhône. C'est l'habitat permanent révélé par les fouilles du sanctuaire de Cybèle.

Vienne est aussi un port et à ce titre elle commerce depuis plusieurs siècles avec Marseille et le monde grec, puis avec l'Italie. La vallée du Rhône donne une ouverture sur la Méditerranée, ce qui explique son importance dans l'histoire des communications. Il est à remarquer qu'à toutes les embouchures de cours d'eau, il y avait un port plus ou moins important à partir desquels partaient des voies de terre afin d'accéder aux régions plus lointaines. On peut dire que la première route, la plus ancienne a été le fleuve : "le chemin qui marche", et que cette voie durera aussi longtemps que l'homme.

Cet habitat gaulois est bien modeste. Au , Vienne n'est encore qu'un village, même si selon Strabon on « l'appelait déjà capitale de ce peuple (les Allobroges) ». Le centre allobroge est l'énigmatique Solonion (peut être mont Salomon) du récit de l'historien Dion Cassius. Mais déjà la puissance de Rome se manifeste en Gaule. À l'appel de Marseille, les Romains franchissent les Alpes en 125 av. J.-C. et détruisent Entremont, le chef-lieu du peuple des Salyens près d'Aix-en-Provence. Les chefs salyens se réfugient alors chez les Allobroges. Ceux-ci refusent de livrer leurs hôtes aux Romains. C'est la guerre. L’armée romaine remonte le Rhône. Sans attendre les Arvernes, auxquels ils étaient alliés, les Allobroges engagent le combat, près du confluent du Rhône et de la Sorgue. Ils sont écrasés, laissant sur le champ de bataille des leurs et prisonniers. Quelques mois plus tard, cette fois avec les Avernes, ils sont de nouveau battus par les troupes romaines au confluent du Rhône et de l'Isère, perdant ensemble plus de hommes. Le territoire allobroge est annexé et entre dans la nouvelle Provincia (province, d'où viendra le nom de Provence) qui s'étend sur le Sud-Est de la Gaule.

En conséquence, la cité allobroge perd toute liberté et est soumise à l'impôt qu'elle doit à Rome en tant que vaincue. Cet impôt est très lourd, d'autant qu'il est affermé à des sociétés de publicains, celles-ci soutenues par les gouverneurs qui en profitent pour réaliser d'énormes fortunes sur le dos des provinciaux. Déjà éprouvés par les invasions des Cimbres et des Teutons, les Allobroges se rebellent en 107 av. J.-C. - 102 av. J.-C.. L'envoi de deux délégations à Rome n'aboutit à aucun résultat. Alors, en 62 av. J.-C., Catugnatos, « chef de toute la nation », entraîne les Allobroges dans la révolte. Pendant deux ans, il tient tête aux légions romaines. Mais le pouvoir de Rome est trop solide. En 61 av. J.-C., le proconsul Pomptinus s'empare de Solonion, ce qui met fin à la guerre. Dix ans plus tard, le nom de Vienna apparaît dans l'histoire sous la plume de Jules César..

Vienna, cité romaine

Les Allobroges jouent un rôle déterminant dans l'histoire de Rome lors de La Conjuration de Catilina, un complot politique visant la prise du pouvoir à Rome en 63 av. J.-C. par le sénateur Lucius Sergius Catilina.. Les Allobroges, venus à Rome pour se plaindre des conditions économiques de leur province et de la cupidité de leurs magistrats., rencontrent les conjurés qui, faisant feu de tout bois, tentent de se rallier tous les mécontents, même des Gaulois. Les Allobroges hésitent sur le parti à prendre, puis se rallient au pouvoir en place.. Manipulés par Cicéron, ils obtiennent des conjurés de précieuses informations. Ils exigent même une lettre d'intention signée des conjurés, qui tombent sans se méfier dans le piège.. Interceptés à leur départ de Rome, les Allobroges remettent cette lettre au Sénat. Le Sénat n'a plus alors qu'à cueillir les partisans du coup d'État. Les sénateurs, reconnaissants, votent des récompenses pour les fidèles Allobroges.

Pendant la guerre des Gaules, Vienne est fidèle à Jules César. D'ailleurs c'est à Vienne qu'il installe un corps de cavalerie de renfort. Ainsi, après la guerre, certains Allobroges sont récompensés. Vers 45 av. J.-C., Tiberius Néron, père du futur empereur Tibère, aurait installé à Vienne d'anciens soldats de troupes auxiliaires, mais pour peu de temps, puisqu'au lendemain de l'assassinat du dictateur en 44 av. J.-C., ils sont expulsés et vont s'établir au nord, au confluent du Rhône et de la Saône où, l'année suivante, Lucius Munatius Plancus fonde pour eux la colonie de Lugdunum. Il y eut peu de conséquences pour Vienne.

Les origines de la colonie romaine de Vienne sont connues seulement partiellement et ont fait l'objet d'hypothèses diverses. longtemps on estime que Vienne est promue dès 50 av. J.-C., colonie latine par Jules César sous le nom de Colonia Julia Viennensis. Selon cette hypothèse, en 44 av. J.-C. une révolte gauloise chasse de Vienne les Romains qui fondent une autre colonie à proximité, à Lugdunum. Octave aurait ensuite réinstallé une colonie à Vienne. On considère plutôt aujourd'hui que les Romains chassés de Vienne ne sont pas des colons mais des negotiatores (marchands) et qu'ils sont chassés en -62 lors de la révolte de Catugnatos. Ce n'est donc que sous Octave que la cité aurait reçu, comme Nîmes, le statut de colonie latine..

Vienne devient rapidement un centre important du commerce et des échanges avec la Méditerranée ; de vastes entrepôts découverts à Saint-Romain-en-Gal en témoignent.

En 48, l'empereur Claude évoque dans son discours au Sénat (discours reproduit par la table claudienne, exposée au musée gallo-romain de Fourvière) : « ornatissima ecce colonia valentissimaque Viennensium ». (« la très puissante colonie des Viennois, richement ornée »)..

La ville obtient le privilège impérial de s'entourer d'une muraille dès le Cette muraille fait de long, soit la plus longue des Gaules ; la superficie enclose, environ, en fait également une des plus importantes villes des provinces gauloises.. Entre 35 et 41 elle est promue au statut de colonie romaine, sans doute par Caligula. Elle est un centre important durant la période romaine, rivalisant avec sa voisine Lugdunum (Lyon). Sa parure monumentale édifiée sur des terrasses successives dominant le Rhône est alors impressionnante et de nombreux vestiges en témoignent : Temple d'Auguste et de Livie, arcades du forum, théâtre et odéon, hippodrome, murailles, thermes sont encore partiellement ou totalement en élévation. De nombreuses découvertes et fouilles archéologiques depuis le offrent l'image d'une cité riche et puissante : mosaïques, fresques, marbres, mobilier… Le site archéologique de Saint-Romain-en-Gal, un des quartiers de la ville antique qui s'étend sur les deux rives du Rhône, témoigne de cette richesse.

Une colonie juive apparaît à Vienne, pour la première fois en Gaule. L'ethnarque de Judée Hérode Archélaos y est exilé en l'an 6 de notre èreL'arrivée de l'ethnarque est relatée par Flavius Josèphe. La présence juive en Gaule romaine est attestée par plusieurs sources dont Grégoire de Tours et des découvertes archéologiques..

Decimus Valerius Asiaticus, dit « Asiaticus le Viennois », de la gens Valerii, est sénateur romain, consul deux fois, dont en 46, et possède à Rome « les jardins de Lucullus », terrain où s'élève à l'heure actuelle la villa Médicis à Rome.

Au Bas-Empire, le rôle de Vienne s'affirme : capitale du diocèse de Viennoise, elle reçoit la visite de plusieurs empereurs. Le trésor d'argent enfoui au début du dans le quartier sud de la ville montre sa prospérité.

En 177, le diacre Sanctus de Vienne est martyrisé avec les martyrs de Lyon, première mention du christianisme viennois. Dotée d'un évêque au plus tard en 314, elle devient une métropole religieuse importante.

Chute de l'Empire romain