Le Mékong est un fleuve d'Asie du Sud-Est, le dixième fleuve du monde et le quatrième d'Asie par son débit (après le Yangzi Jiang, le Gange-Brahmapoutre et l'Ienisseï), celui-ci atteignant en moyenne d'eau par an. Les chiffres concernant sa longueur varient de , et son bassin versant draine Zhou Changjin et Guan Zhihua, , Institute of Geographic Sciences and Natural Resources Research, Chinese Academy of Sciences, Geographical Research, mai 2001, vol. 20, 2..
vignette|Le Mékong et les pays qu'il traverse.
Prenant sa source dans le Qinghai (dans les monts Tanggula, sur les hauteurs du Plateau tibétain), dans le xian de Zadoi, sur le mont Guozongmucha (), le Mékong irrigue successivement la Chine (dans la province du Yunnan), borde le Laos à la frontière de la Birmanie puis de la Thaïlande avant de couler au Laos et de revenir à sa frontière, puis traverse le Cambodge où se forment les premiers bras de son delta, qui se prolonge dans le sud du Viêt Nam où il est appelé traditionnellement le « fleuve des neuf dragons » ().
Environ 70 millions d'habitants vivent directement dans son bassin versant. Il est notamment utilisé pour l'irrigation, comme réceptacle de systèmes de drainage et d'eaux usées, pour la pêche et la pisciculture, la production hydroélectrique (grâce aux barrages comme ceux au Yunnan), le transport et la fourniture d'eau pour l'industrie et les particuliers. Il est également connu pour ses habitations et marchés flottants.
Une commission internationale Le site officiel de la Mekong River Commission. — le Comité du Mékong (Mekong River Commission) créé en — est consacrée à une gestion transrégionale des conflits et problèmes liés au fleuve, dans une perspective affichée de développement durable Agreement on the Cooperation for the Sustainable Development of the Mekong River Basin, Chiang Rai, Thaïlande, 5 avril 1995. signé par la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Viêt Nam. La Birmanie et la Chine n'ont de leur propre gré qu'un statut d'observateurs..
Noms Le fleuve est à l'origine appelé Mae Nam Khong par l'ethnie Taï, répartie dans tout le bassin ; pour raccourcir, ils disent Mae Khong, signifiant « Mère de tous les fleuves » ou « Fleuve Kong ». Ce nom fut adopté par les Chinois, qui modifièrent un peu la prononciation, ce qui donne Méigōng Hé () ; le nom est redondant, signifiant « Fleuve Fleuve Kong », redondance qui existe dans presque toutes les langues aujourd'hui.
Pour la plus grande partie de sa longueur en Chine, il est appelé le fleuve Lancang (), signifiant « fleuve turbulent ». Tout le fleuve, y compris la partie en Asie du Sud-Est, est appelé Meigong (), et au Tibet Dzachu () (, pinyin Zá Qū). En birman, il est appelé Mae Khaung, en thaï Mae Nam Khong (), en lao Mènam Khong (), en khmer Tonlé Mékôngk (ទន្លេមេគង្គ), et en vietnamien (pour la section coulant dans le pays), ou (en entier).
En thaï, « khong » () est une espèce de crocodile ; certains pensent que ce mot a évolué à partir de « khod » () ou « khong » (), étant tous les deux des adjectifs pour décrire les méandres et courbes d'un fleuve ou d'une route Bang Fai Phaya Nark, légendes..
Le nom pourrait aussi être issu du sanskrit , s'inspirant du Gange, passé comme Mé-Kôngk en khmer, littéralement « mère Gange » (មេ, mé, et គង្គ, Kôngk), donc le fleuve de Gangâ.
En khmer, le Mékong se prononce mékôngk avec le k, à la fin, muet, ce qui signifie « Mère des Eaux » : មេ, Mé (Mère), et គង្គ, Kôngk, une abréviation pour Kôngkea (Eau). Ce nom sert à identifier le fleuve principal.
Géographie La source du fleuve, et donc la mesure de sa longueur effective, est restée indéterminée jusqu'à la toute fin du en raison de l'existence de plusieurs affluents dans un environnement d'accès difficile : altitude dépassant , terrain très accidenté, climat très inclément. Les estimations vont de .
Selon le relevé du China Science Exploration Association, la source est Lasagongma, située à une altitude de Peter Winn et Tamotsu Nakamura, Final Determination of the Source of the Mekong River.. Elle est sur le mont Guozongmucha dans la Réserve naturelle des Sources des trois rivières de la province de Qinghai et forme le Zayaqu, reconnu par le Chinese Academy of Sciences comme la source du Mékong. Une expédition plus ancienne menée par Michel Peissel avait identifié le Zanaqu, plus à l'ouest au col Rupsa-la (à ), comme source du Mékong..
Près de la moitié de la longueur totale coule en Chine, où ce tronçon du fleuve est appelé « fleuve turbulent » en raison de ses gorges et précipices. Il quitte le pays à une altitude de seulement .
Le fleuve forme ensuite la frontière entre la Birmanie et le Laos sur , à la fin desquels il rejoint son affluent le Ruak au Triangle d'or. Cet endroit marque aussi la séparation des haut et bas Mékongs.
Le fleuve sépare alors le Laos de la Thaïlande avant d'entamer une section coulant uniquement au Laos qui est caractérisée par des gorges, des rapides et une profondeur d'à peine un demi-mètre pendant la saison sèche. Il s'élargit au sud de Luang Prabang, où il a inondé la région jusqu'à de profondeur et sur un rayon de ; son cours est très variable. Le célèbre poisson-chat géant du Mékong était traditionnellement pêché dans cette région une fois par an, suivant des rites établis par la famille royale.
Le fleuve redevient la frontière entre le Laos et la Thaïlande dans la section qui passe près de la capitale laotienne Vientiane, et repasse ensuite seulement au Laos, où il forme la région de Si Phan Don (« quatre mille îles ») avant les chutes de Khone près de la frontière avec le Cambodge. À ce niveau vivent des dauphins de l'Irrawaddy (des dauphins d'eau douce) en danger d'extinction. Les chutes de Khone ne sont pratiquement pas navigables.
Au Cambodge, le fleuve passe par les rapides de Sambor au-dessus de Kracheh, les dernières chutes à interdire la navigation. Juste avant Phnom Penh, la capitale du Cambodge, se situe la confluence avec le Tonlé Sap, son affluent le plus important dans ce pays. Après la capitale, le fleuve se divise en deux, le Bassac et le Mékong lui-même ; tous deux finissent dans le delta du Mékong.
Au Viêt Nam, le fleuve se divise en deux branches principales qui s'appellent le (« fleuve à l'avant ») et le (« fleuve à l'arrière ») ; celles-ci entrent en mer de Chine méridionale par neuf estuaires, expliquant ainsi le nom vietnamien pour le fleuve, (« fleuve des neuf dragons »).
Environ 60 millions de personnes dépendent du fleuve.. La région dans laquelle elles vivent, la sous-région du Grand Mékong, inclut le Yunnan en Chine, la Birmanie, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Viêt Nam.. La principale production de la région est la culture du riz exploitée sur une surface d'environ Trong Tu D., Geheb K., Susumu U. et W. Viriyasakuttom, « Rice is life and culture of the people of the Lower Mekong Basin Region », 2004, communication présentée à la « Mekong Rice Conference », 15-17 octobre 2004, 15 p.. Un grand nombre de variétés de riz y est cultivé. Sur les environ de la banque génétique du riz de l'institut international de recherche sur le riz, approximativement viennent de la région Variétés de riz..
Principales villes Au Laos : vignette|Cascades de Pahpeng, un des rapides des chutes de Khone, près de la frontière du Laos et du Cambodge. Luang Prabang ; Vientiane ; Paksane ; Thakhek ; Savannakhet ; Paksé. Champassak. Au Cambodge : Kampong Cham ; Phnom Penh.
Delta vignette|Le delta vu de l'espace. vignette|Transport de ramboutans dans le delta. vignette|Transport de riz à Vinh Long.
Le Mékong se sépare à Phnom Penh au Cambodge en deux branches : le Mékong proprement dit et le Bassac. Les deux branches s'écoulent vers le Viêt Nam où elles se ramifient et forment un réseau hydrographique dense, dont le courant ralentit et qui alluvionne massivement, formant au Viêt Nam un delta très fertile, très riche pôle de production agricole et en particulier rizicole : le delta du Mékong fournit à lui seul 16 millions de tonnes de riz par an (en 2009), soit environ la moitié de la production totale du Viêt Nam.
Le delta couvre et héberge 18 millions d'habitants. Ses principales villes sont Can Tho (Cần Thơ), Chau Doc (Châu Đốc) et My Tho (Mỹ Tho). Il donne également son nom à la région du delta du Mékong, appelé aussi en vietnamien : đồng bằng sông Cửu Long, c'est-à-dire « delta des 9 dragons ».
Réseau hydrographique En arrivant au Viêt Nam, le Mékong prend le nom de Cuu Long (, neuf dragons), censé représenter les neuf branches qui se jettent en mer de Chine méridionale.
En pratique, au début du , le delta comporte quatre grands cours d'eau : le Bassac (, ou deuxième fleuve), qui porte une part importante du débit du Mékong, et qui passe à Can Tho () ; le Tien Giang (, ou premier fleuve), qui prend plusieurs noms le long de son cours, dont Song Ho (, le « fleuve tigre »), dans la région de Dong Thap (), et qui se sépare lui aussi en plusieurs branches, d'Ouest en Est : le fleuve Co Chien (), à la ville de Vinh Long (), le fleuve Ham Luong (), qui traverse la province de Bến Tre (), le fleuve Mỹ Tho ().
Affluents vignette|Sud du système hydrologique du Mékong. vignette|Pirogue filant de la rivière Nam Khan vers le Mékong, un jour ensoleillé à Luang Prabang. Du nord vers le sud :
Ruak (rive droite, frontière entre la Birmanie et la Thaïlande) ; Kok (rive droite, Thaïlande) ; Nam Tha (rive gauche, Laos) ; Nam Ou (rive gauche, Laos) ; Nam Ngum (rive gauche, Laos) ; Nam Kadding ou Nam Theun (rive gauche, Laos) ; Mun (rive droite, Thaïlande) ; Srepok (rive gauche, Cambodge) ; Tonlé Sap (rive droite, Cambodge) ; Cun Loon.
Hydrologie
Marées L'amplitude des marées est très importante dans le delta du Mékong, qui a une pente très faible. La marée haute en mer de Chine méridionale est le plus souvent plus haute que la marée basse sur le Mékong au Cambodge, et donc le courant s'inverse presque à chaque cycle de marée.
Le débit moyen du Mékong est de l'ordre de , mais son débit de pointe, à marée descendante, peut atteindre dix fois la moyenne en période de crue (en octobre). À marée montante, l'eau salée peut remonter le Mékong jusqu'à soixante kilomètres de l'embouchure. Cette inversion cyclique du courant s'accompagne d'alluvionnement intense, qui participe à la fertilisation du sol et fait du delta du Mékong le « grenier à riz » du Viêt Nam.
Aménagements et écologie Histoire La navigation difficile sur le fleuve implique que celui-ci sépare les peuples de la région au lieu de les unir. Les établissements les plus anciens connus datent d'environ 2100 av. J.-C., à Ban Chiang, excellent exemple des traces de l'Âge du fer. La première civilisation connue de la région est la culture indianisée khmère de Fou-nan, dans le delta du Mékong. Des excavations menées à Oc Eo, près de la ville moderne d'An Giang, ont mis au jour des pièces de monnaie de l'Empire romain, entre d'autres civilisations de l'époque.
La civilisation Fou-nan est suivie par celle, khmère, de Chenla, aux environs du . L'empire khmer d'Angkor est le dernier grand état indianisé de la région. Dès la chute de cet empire, le Mékong devient la frontière entre les états émergents de Siam et de Tonkin ; le Laos et le Cambodge sont ballottés entre ces deux grands pouvoirs.
Le premier Européen à voir le Mékong est le Portugais António de Faria en 1540 ; une carte européenne datant de 1563 montre le fleuve, bien qu'à cette époque, on le connaît très peu au-delà du delta. L'intérêt des Européens pour le fleuve est sporadique : les Espagnols et les Portugais font quelques expéditions d'exploration et y envoient des missionnaires, tandis que le Hollandais Gerrit van Wuysthoff mène une expédition sur le fleuve jusqu'à Vientiane en 1641-1642.
Les Français prennent le contrôle de la région dès le milieu du . Ils prennent Saïgon en 1861 et font du Cambodge un protectorat deux ans plus tard.