L'église Saint-Nicolas-des-Champs située à Paris est un édifice religieux catholique.
Sa construction s'est déroulée en cinq étapes pendant deux cents ans, de 1420 à 1620, avec au final une église qui relève principalement de l'architecture Gothique flamboyant. Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .
Situation et accès Située rue Saint-Martin dans le , l'église est desservie par les stations de métro Réaumur - Sébastopol et Arts et Métiers.
Historique Création de la paroisse dans les champs et première église (-) Au , vers 1079, le nouveau monastère de Saint-Martin-des-Champs devient prieuré de Cluny et présente le titulaire de la cure à l'investiture canonique de l'évêque de Paris. Le curé du bourg Saint-Nicolas vient prendre ainsi rang à la suite des onze prêtres-cardinaux qui existaient déjà, dont plusieurs dans l'orbite de la douzaine d'abbayes fondées dans la proche campagne. vignette|gauche|170px|Panneau Histoire de Paris.
Quant au choix de saint Nicolas comme patron de cet oratoire, le culte de celui-ci connut un grand essor dans toute la chrétienté, à partir de la fin du , avec un grand nombre de léproseries et d'hôpitaux placés sous sa protection.. Or, selon la tradition, l'abbaye consacrée à saint Martin avait été fondée sur le lieu du miracle de la guérison d'un lépreux, au moment où l' évêque de Tours était sur le point d'entrer à Paris. Quant au double patronage, affiché encore au , des deux saints Jean-l'Evangéliste et Nicolas, l'abbé Pascal, en 1841, le justifiait ainsi : le pieux Robert [roi de 996 à 1031] aurait bâti une nouvelle chapelle sous l'invocation de saint Nicolas, sur les ruines de l'oratoire de saint Jean [l'Évangéliste] saccagé par les dévastateurs de la première abbaye de Saint-Martin-des-Champs.
vignette|Fin du (reconstitution).
Au , dans une bulle de 1119 du pape Calixte II, il est question d'une . Ainsi que l’attestent des bulles d' Innocent II (1142), d' Eugène III (1147), et de Luce III (1184), c’est le prieur de Saint-Martin qui confie la charge pastorale à un prêtre, avec le titre de Presbyter Ecclesiæ Sancti Nicolai, car le prieuré est toujours propriétaire de la chapelle. Le prêtre délégué voit son territoire s'agrandir, car des « bourgs » s'organisent : le Bourg-l'Abbé, rattaché à l'abbaye Saint-Magloire ; le Beau-Bourg, dérivé de Saint-Martin-des-Champs… Un maire, agent d'ordre agricole (rue Au Maire, dès le siècle suivant) est désigné par le prieur pour diriger au civil ces îlots construits. Aux serfs vont se joindre les « hôtes » qui feront du sol cultivé un sol bâti, et les « bourgeois » (ceux du bourg) dont le nombre va gonfler le volume de la population.
Au , l'église est toujours « extra-muros », c'est-à-dire au-delà de l'enceinte de Philippe Auguste (édifiée de 1190 à 1209). De son bâtiment d'alors subsiste, dans les combles des bas-côtés sud d'aujourd'hui, un mur orné d'un débris de corniche et d'une série de crochets sculptés. Le cimetière que la paroisse possédait dans la cour des moines étant devenu insuffisant, en raison de l'accroissement de la population, un nouveau cimetière est créé, à quelques rues de distance, en 1221-1231.
Incorporation de la paroisse à Paris et reconstruction de l'église (--début s) vignette|Fin du (reconstitution).|gaucheAu , l'église devient parisienne, enclose dans les murs élevés par Étienne Marcel de 1356 à 1358 (enceinte de Charles V). À l’abri des hautes murailles et des vingt et une tours du prieuré , elle s'élève modestement au milieu des marais, des vignes et des plâtrières, des cultures striées de fossés de drainage, des champs coupés d’étroits sentiers. Ici et là se profilent quelques manoirs, des maisons et des granges. Le clocher est sans doute construit pendant ce siècle, hors-œuvre. La charpente de la nef d'alors a également été conservée (l'analyse dendrochronologique la date de 1321-1355), ainsi que certaines maçonneries, peut-être.
vignette|170px|Piliers du bas-côté nord. À l'aube du , la guerre de Cent Ans a semé partout les ruines et les deuils, mais, en 1421, sous l'occupation de Paris par les Anglais (de 1420 à 1436), et peut-être grâce à celle-ci (il se serait agi de gagner le clergé à leur cause), est peut-être posée la première pierre de l'édifice que nous avons encore sous les yeux : une nef de sept travées, avec un bas-côté et une rangée de chapelles. Cette première étape s'étend longuement de 1421 à 1488, mais la chronologie n' a rien d'assuré. Or, "que le vaisseau central remonte au premier tiers ou aux dernières années du importe considérablement. Dans le premier cas, cela en ferait un des premiers exemples du flamboyant parisien, […], dans le second cas, ce ne serait qu'un chantier de plus […] sans aucune audace".. La réalisation de l'édifice revêt peut-être un caractère collectif (trois tailleurs de pierres ou maîtres-maçons sont cités en 1482 : Jean Vauchelet, Guillaume Hardy, Étienne Viguier et .).
En 1490, , on décide d'agrandir l'église en élevant un second bas-côté et en reculant les chapelles déjà existantes (deuxième étape, 1490-1501).
Dans la première moitié du , l’anonymat du constructeur fait place pour la première fois à la mention du : Jean de Froncières. Il est de la paroisse comme son père, qui œuvra à Saint-Étienne-du-Mont. En 1541, il est chargé d'achever ou de reprendre plusieurs voûtes et piliers dans le vaisseau central et dans les collatéraux nord (troisième étape, 1541-1546). Peut-être est-il l'auteur du plan général de l'édifice qui sera suivi pendant trois quarts de siècle : à l'inspiration du plan de Notre-Dame, collatéraux et déambulatoire doubles, inscription des chapelles latérales dans un mur continu.
De 1546 à 1564, on dote les nouvelles fenêtres de vitraux sur le thème de la vie du Christ., voulus aussi beaux que ceux tout neufs d'une chapelle de l'église du Temple, et l'on fait réaliser une tenture de quatorze pièces de tapisserie consacrée à la vie de Saint Nicolas..
Agrandissements de l'église (fin -) Dans la seconde moitié du , constatant en 1567 que , une grande assemblée des paroissiens demande un nouvel agrandissement. En 1574, un arrêt du Parlement oblige les religieux de Saint-Nicolas à accorder . En échange, la paroisse payait la somme importante de tournois et prenait en charge la construction de la nouvelle geôle et d’une nouvelle porte pour le prieuré. Afin de réunir péniblement l'argent nécessaire, il fallut vendre plusieurs maisons ainsi qu'une moitié du cimetière et constituer ou transférer des rentes.
En 1575, après mûre réflexion, on choisit de ne pas faire de croisée pour gagner du temps et de l'argent. Pendant cette quatrième étape, entre 1576 et 1586, avec comme maître maçon principal Guillaume Dumas, la nef est allongée de quatre travées avec double collatéraux et rangée de chapelles et le portail sud est élevé. La concession à de riches paroissiens des sept chapelles neuves aide également à faire face aux dépenses. Le presbytère est agrandi ou reconstruit de 1590 à 1597.
vignette|En 1615.
Au , cinquième et dernière étape, de 1613 à 1615. Une fois les troubles politiques apaisés et toujours grâce à l’aliénation d'immeubles de la fabrique, on peut construire les deux dernières travées de la nef, le chœur, le double déambulatoire et les douze chapelles rayonnantes ; la concession de celles-ci, dès , pour tournois chacune, permet d'achever de payer les ouvriers. Une chapelle centrale surmontée d’une forme de lanterne et coiffée d'un dôme est édifiée . Ce sont les maîtres-maçons Charles Benoist, Jehan Girard et Jehan Touchin qui œuvrent, selon le de 1575. Le bâtiment est enfin achevé. L’église est le lieu de baptême, de noces et de funérailles d’un grand nombre de peintres..
Au , les goûts ayant changé, on supprime le jubé et les vitraux de couleur., les colonnes du chœur sont cannelées et on aménage une nouvelle chapelle derrière le maître-autel. La Révolution ferme l'église en 1793. En 1795, on pense y loger les voitures de la République mais on l'affecte finalement au culte théophilanthropique de lHymen ou de la Fidélité, puis au culte de la Fertilité. vignette|L'église de Saint-Nicolas-des-Champs. Anonyme (ca. 1830), musée Carnavalet, Paris.
Restaurations () Au , l'église est rendue au seul culte catholique dès 1802. Elle est restaurée à plusieurs reprises, notamment de 1823 à 1829, sous l'actif pastorat du curé Frasey. et l'autorité du préfet de la Seine, le comte de Chabrol de Volvic. Les travaux visent principalement la façade occidentale et le réaménagement des chapelles.
Le percement de la rue de Turbigo, déclaré d'utilité publique en 1858, et la création consécutive de la rue Cunin-Gridaine, légèrement plus au nord de l'ancienne rue au Maire, entraînent la démolition d'une partie du charnier et du presbytère mais dégagent la façade sud et le chevet de l'église, étouffée par les maisons voisines..
Pendant la Commune de Paris de 1871, l'église est le siège d'un club féministe. où l'on discute des moyens de supprimer la prostitution..vignette|En 1908 (Maxime Maufra).|gauche
La démolition de la sacristie accolée aux dernières chapelles sud, est houleuse : par exemple, en 1884, des échauffourées ont lieu à l'intérieur de l'église malgré la concertation entre le curé Rivié et le préfet Poubelle.. Cette démolition de la sacristie ne sera achevée que cinquante ans plus tard, vers 1906. C'est dans cette sacristie que Pierre Michon situe une scène-clé dans son roman Les Onze, publié en 2009..
Aux , on achève le décapage des peintures murales entrepris en 1861 et poursuivi en 1901, non sans les endommager.
On restaure les peintures murales en 1966 puis en 2011. En 2020-2021, le flanc sud fait l'objet d'un déplombage-nettoyage et on y restaure le décor des fenêtres de chapelles, l'ancien presbytère, le portail Renaissance et les vitraux...
Patrimonialité L'église fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le ..
Description Extérieur Enchâssée derrière de nombreux immeubles, l'église est peu mise en valeur et n’attire pas l’œil du passant aussi bien de la rue Réaumur que de la rue de Turbigo. Sa taille est toutefois importante avec ses de long (une des plus longues de Paris), ses de large et son clocher qui s'élève à . La façade ouest, rue Saint-Martin, et son portail () gauche|190px|vignette|En 2015. Comme à Saint-Étienne-du-Mont, la façade occidentale apparaît oblique par rapport à l'axe de l'église (il fallut la mettre dans l'alignement de la rue Saint-Martin). Dans cette façade, les pignons inégaux sont percés d'oculi et reliés entre eux par des arcs-boutants. vignette|180px|Portail principal. Les pignons latéraux sont plats et secs, et sans doute repris au . À gauche, trois grandes fenêtres en arc brisé éclairent la chapelle actuelle des Catéchismes. À droite, deux fenêtres seulement donnent sur les fonts baptismaux et sur une chapelle. vignette|180px|Sainte Geneviève (l'ange, le cierge miraculeux, le diablotin).
La grande fenêtre du centre est ornée sur l’extrados de crochets en feuilles de chou et d'animaux fantastiques. Son remplage présente un beau dessin de soufflets et de mouchettes. Elle est surmontée, au pignon, d'un oculus quadrilobé qu'entoure une frise sculptée. Ce pignon est flanqué de deux pinacles. Une pomme de pin ornée couronne le sommet. La totalité est probablement une reconstitution du .gauche|vignette|190px|Saint Jean-Baptiste.Une porte à deux vantaux de bois s'ouvre sur la nef principale. C'est un bon ouvrage du : une frise d'animaux et de feuillages y coupe, aux deux tiers, une série d'arc en tiers point, le tout finement sculpté.