Les Alsaciens ou les Deux Mathilde (Die Elsässer) est un téléfilm franco-allemand historique en quatre parties de , réalisé par Michel Favart et diffusé à partir du sur Arte.
Synopsis Le téléfilm retrace la période trouble qu'a connue l'Alsace-Moselle entre 1870 et 1953.
Premier épisode : 1870-1894 Acteurs principaux : Aurore Clément, Jean-Pierre Miquel et Cécile Bois
En Alsace, Mathilde Kempf, fille de l'industriel, député et baron d'Empire Eugène-Victor Kempf, vient d'épouser le comte Charles de La Tour, issu de la noblesse de l'Ancien Régime. La guerre franco-prussienne de 1870 éclate, et son jeune époux est appelé sous les drapeaux français. Il est tué au combat peu après, tandis que l'Alsace est annexée à l'Empire allemand. Mathilde de La Tour, désormais veuve mais nourrissant une haine intense pour les Allemands, décide de rester en Alsace et de conserver farouchement son identité française. De son mariage avec Charles de La Tour, elle a un fils prénommé Louis, en référence aux rois de France, Charles de la Tour étant légitimiste de son vivant. L'enfant grandit dans l'Alsace devenue allemande. En grandissant, il devient bilingue. Contrairement à sa mère et à son grand-père, il ne rejette pas violemment la culture allemande. L'épisode se termine en 1894 : dans l'Alsace sous domination allemande, Louis de la Tour étudie le droit à Strasbourg et s'éprend de la fille du général prussien von Wismar-Marbach, Friederike. Ce général est devenu le meilleur ami du baron Kempf depuis qu'il a logé chez lui pendant la guerre, et que leurs goûts littéraires communs les ont rapprochés. Toujours bonapartiste et anti-républicain, Eugène-Victor Kempf est maussade car ses opinions politiques s'effacent en France.
Deuxième épisode : 1904-1919 Acteurs principaux : Aurore Clément, Michel Voita, et Caroline Tresca
Contre l'avis de sa mère qui la rejette en raison de ses origines et refuse même de lui adresser la parole, Louis de La Tour épouse Friederike von Wismar-Marbach. Ils ont deux fils, Karl et Édouard. Le baron Kempf décède en 1904. Il lègue la majorité de ses biens à son petit-fils, à la condition que celui-ci relève son nom. Devenu comte et baron, sous le nom de « Kempf de La Tour », Louis prend la direction de l'usine familiale Kempf. Il devient membre du Conseil Fédéral d'Alsace. Ensuite, le baron Hugo Zorn von Bulach le nomme ministre de l'Économie du gouvernement régional d'Alsace. Le fils aîné, Karl, fait des études de droit à Heidelberg tandis que l'autre, Édouard, entre à Polytechnique à Paris. La Première Guerre mondiale éclate en 1914. Mathilde, qui attendait fermement cette revanche depuis 1870, voit ses deux petits-fils combattre chacun dans un des camps : Karl est enrôlé dans l'armée allemande, tandis qu'Édouard rejoint comme volontaire son régiment à Paris. Regrettant profondément cette guerre qu'elle attendait et espérait depuis des décennies, ébranlée par la douleur et l'inquiétude vis-à-vis de ses petits-fils, elle accepte enfin sa belle-fille Friederike et se rapproche d'elle. Lors d'une permission, Karl revient changé, hanté par la guerre et le sort de ses camarades restés au front. Il passe la nuit avec Alexandra, une amie de jeunesse dont les deux frères étaient amoureux et qui n'a jamais su choisir entre eux. Ensuite, il fuit le château familial avant même la fin de sa permission. Au début de 1919, la guerre se termine et l'Alsace est redevenue française, au grand soulagement de Mathilde de la Tour. les deux frères, attendus par leurs parents et leur grand-mère, tardent à revenir. Édouard, grièvement blessé sur le front, est en convalescence, tandis que Karl est porté disparu. Un soir, un émissaire du Maréchal Ferdinand Foch remet la Légion d'honneur à titre militaire à Mathilde pour ses années de lutte contre la présence allemande. Mais il lui apprend également qu'en réalité, Karl Kempf de la Tour est tombé au Chemin des Dames en 1917. Quelque temps plus tard, Édouard revient infirme du front. Les retrouvailles avec Alexandra ne sont pas celles imaginées de part et d'autre, en raison du fantôme de Karl entre eux. L'épisode se termine avec la décès de Mathilde, qui fait promettre sur son lit de mort à Édouard et à Alexandra de se marier. Troisième épisode : 1927-1940 Acteurs principaux : Caroline Tresca, Maxime Leroux, Serge Dupire et Catherine Aymerie.
Après l'avoir promis à sa grand-mère Mathilde sur son lit de mort, Édouard Kempf de La Tour épouse Alexandra en 1927. Ils ont deux enfants : Louis-Charles et Pauline. Albert Laugel, le petit-fils de Hans Laugel, l'aubergiste allemand d'Alsheim chez qui Eugène-Victor Kempf et ses domestiques avaient leurs habitudes dans les années 1880, a fait des études de médecine grâce à l'aide financière de la comtesse Mathilde de la Tour. Ayant refusé d'être enrôlé dans l'armée allemande en 1914 par opposition au régime des junkers, il est passé clandestinement en France avec Édouard et a combattu à ses côtés dans l'armée française. À son retour, il devient médecin, puis député-maire de la Fédération républicaine à l'Assemblée Nationale. Il épouse également une jeune orpheline de guerre, Katel. La France déçoit les Alsaciens, car l'administration mène une "chasse aux boches", ce qui indigne profondément Louis Kempf de la Tour, son fils et ses petits-enfants. Avec le soutien d'Hans Laugel, ils s'opposent violemment aux instituteurs radicaux, socialistes et laïques venus du Sud-Ouest, chargés par le Cartel des gauches d'encadrer les écoles. Ils défendent l'utilisation de l'allemand ou de l'alsacien devenue illégale, et critiquent la suppression de l'instruction religieuse. Albert finit par quitter la Fédération Républicaine et rejoint un mouvement autonomiste alsacien luttant contre le jacobinisme et la défiance française : le Heimatbund. Il est composé d'Alsaciens sincères, comme la famille Kempf de la Tour et Laugel, mais aussi infiltré par des éléments pro-allemands, qui changent de nature à partir de 1933. Le jour de Noël 1937, le préfet de Strasbourg, André Viguié, fait arrêter Albert Laugel en même temps que plusieurs dirigeants du Heimatbund, ce qui provoque une émeute. Des réfugiés juifs persécutés par le Troisième Reich arrivent à Strasbourg dès 1936. Parmi eux, Rachel Bernstein, qui a étudié la médecine à Berlin, est embauchée comme assistante par Albert Laugel et devient sa compagne. Mais pendant ce temps, le jeune Louis-Charles Kempf de La Tour et sa sœur Pauline, inquiets du triomphe du Front Populaire en France, sont progressivement embrigadés dans les jeunesses hitlériennes et fascinés par l'Allemagne nouvelle, qui leur promet "la jeunesse, le sport, la force". Leurs parents et leur grand-père sont terrifiés, car conscients que le nouveau régime national-socialiste est bien plus dangereux et dévastateur que ne l'a jamais été l'Empire Allemand. Note : le narrateur de cet épisode n'est plus le comtesse Mathilde de la Tour, mais Louis-Charles Kempf de la Tour, également narrateur de l'épisode 4. Quatrième épisode : 1943-1953 Acteurs principaux : Maxime Leroux, Stanislas Carré de Malberg, Serge Dupire et Caroline Tresca
Depuis 1940, sous la terreur nazie, l'Alsace vit ses heures les plus tragiques. La famille Kempf de la Tour est coupée entre ceux qui ont rejoint le nouveau régime allemand, Louis-Charles et Pauline, et ceux qui s'y opposent, Louis, Friedericke, Édouard et Alexandra. En 1943, Albert Laugel, qui a voté pour les pleins pouvoirs au maréchal Pétain avant d'être ulcéré par les conséquences de ce vote, est devenu le chef de la Résistance en Alsace. Il utilise le pseudonyme de Kellermann, et Rachel, devenue sa seconde épouse, travaille à ses côtés. Un soir, Albert a un rendez-vous avec "Mathilde", un responsable de la zone Est envoyé par le général de Gaulle depuis Londres. Croyant qu'il s'agit d'un membre de la famille Kempf de la Tour, il découvre avec stupeur que cette seconde "Mathilde'" n'est autre que Katel, la femme dont il s'est séparé. Elle lui donne l'ordre de partir pour la France avec Rachel et des instructions précises. Mais quelques mois plus tard, "Mathilde" est arrêtée par la Gestapo. Elle se donne la mort en avalant une capsule de cyanure avant d'être interrogée. L'avocat catholique Anselme Wahl, résistant ayant infiltré le parti nazi sur ordre de son vieil ami 'Kellermann', est contraint d'identifier le corps de sa sœur Katel sans broncher, ce qui ne manque pas de choquer très profondément le jeune Louis-Charles, qui est son assistant. À Strasbourg, il rencontre son cousin prussien Manfred von Wismar-Marbach, petit-fils du général prussien et père de Friderike. Bien que devenu as de la Luftwaffe, méprise l'idéologie et les politiques menées par IIIe Reich, suite à ce qu'il a vu sur le front. Début 1944, sur ordre personnel d'Adolf Hitler, 130 000 Alsaciens et Mosellans sont mobilisés de force : ce sont les Malgré-Nous. Louis-Charles Kempf de la Tour et son ami Peter Imhof, petit-fils du garde-chasse du domaine du baron Kempf, échappent à l'incorporation dans la SS et prennent le maquis, grâce aux contacts d'Anselme Wahl. Sa sœur Pauline rejoint volontairement les SS comme standardiste, ce qui lui vaut d'être bannie de la famille sur ordre de son grand-père, le comte Louis Kempf de la Tour. Édouard et Alexandra Kempf de la Tour rejoignent à leur tour les maquisards. Mais les Allemands font pression sur les familles des réfractaires, et nombre d'entre eux sont livrés par leurs proches. Pauline rejoint le front russe en même temps que de nombreux Alsaciens, incorporés dans la SS. Sur place, elle est faite prisonnière par l'armée soviétique et séjourne dans le camp de Tambov pendant de nombreuses années. Peu après, Louis-Charles et Peter Imhof sont capturés par la Gestapo lors d'une opération qui a mal tourné. Au lieu d'être fusillés, ils sont incorporés de force dans la SS et envoyés sur le front de l'Est. Capturés à leur tour par les Soviétiques, ils retrouvent Pauline au camp de Tambov. En 1945, la famille Kempf de la Tour, Albert et Rachel Laugel, Anselme Wahl et leurs amis célèbrent la victoire des Alliés, bien qu'elle soit très amère. Mais les Alsaciens n'ont pas fini de voir leur conscience tourmentée : le film s'achève en 1953, avec le procès des milliers de Malgré-nous. Ils sont presque tous considérés par les Français comme des collaborateurs, bien que la plupart aient été incorporés de force dans la SS. Certains ont pris part à des crimes de guerre, notamment à Oradour-sur-Glane. Louis-Charles, Pauline et Peter, amaigris, font partie des accusés. La famille Kempf de la Tour défend Louis-Charles et son ami, mais refusent catégoriquement de faire de même pour Pauline, bien qu'elle ait totalement renié ses convictions nazies. Finalement, Louis-Charles et Peter sont condamnés à 5 ans de prison, Pauline à 12 ans.
Fiche technique
Scénario et dialogues : Henri de Turenne et Michel Deutsch
Distribution Premières générations : Baron Eugène Kempf, le père de Mathilde, industriel, propriétaire de l'usine Kempf : Jean-Pierre Miquel (épisodes 1-2) Mathilde Kempf jeune femme : Cécile Bois (épisode 1) Mathilde Kempf plus âgée : Aurore Clément (épisodes 1-2) Charles de la Tour, militaire, époux de Mathilde : Jacques Coltelloni (épisode 1) Edwin Wismar-Marbach, jeune homme, officier Allemand qui réquisitionne la demeure de la famille Kempf : Sebastian Koch (épisode 1) Edwin Wismar-Marbach, âgé : Manfred Andrae (épisode 2) Hans Laugel, aubergiste : Jean-François Kopf (épisode 1) Anneliese Laugel, aubergiste et épouse allemande de Hans Laugel : Silli Togni (épisode 1) Yerri Laugel, instituteur et fils de Hans et Anneliese Laugel : Lucas Belvaux (épisode 1) Yerri Laugel, âgé : Marc Fayolle (épisode 2) Liselotte Laugel, fille de Hans et Anneliese Laugel, fiancée de Franzl Imhof : Nathalie Dauchez (épisode 1) Liselotte Laugel, âgée : Françoise Bertin (épisode 2) Franzl Imhof, garde-chasse des Kempf 1 : Frédéric Pierrot (épisode 1)