Katarzyna Kobro ( - ), est une artiste polonaise constructiviste. Elle est connue pour ses sculptures faites de surfaces planes, éventuellement courbes, géométriques et colorées. Sa production est bien plus diverse. Elle est l'une des rares sculptrices de l'entre-deux-guerres et l'une des plus importantes. La majorité de ses travaux se trouve au musée Sztuki à Łódź.
Comme pour plusieurs artistes suprématistes et constructivistes, certaines sculptures ont pu être reconstruites, avec une marge d'approximation faible, sur la base de documents d'époque. Biographie et pratique artistique Katarzyna Kobro a eu plusieurs lieux de résidence et effectué de nombreux voyages. Les étapes retenues ici n'éliminent pas pour autant ses déplacements courts.
Moscou 1918-1920 Katarzyna Kobro est née à Moscou en 1898, le . Sa mère, Eugenia Rozanow, est diplômée du Conservatoire de musique de Moscou et appartient à l'intelligentsia. Son père, Mikołaj von Kobro, d'origine allemandeKatarzyna restera toujours avec cette « origine germano-russe », ce qui lui causera des difficultés pendant la guerre, et probablement à l'origine du conflit avec Strzemiński. et dont le grand-père avait été anobli en 1841 par le tsar , est associé dans une compagnie commerciale basée à Riga, Moscou et Arkhangelsk.
À elle enseigne le russe. En , à vingt ans, elle entre au Syndicat des artistes peintres de la ville de Moscou. Ce syndicat, fondé en , regroupe avec des artistes de l'ancienne génération et de la « moyenne », ceux de la jeune génération, les levtists, tendance de gauche, parmi lesquels Kasimir Malevitch, Olga Rozanova, Vladimir Tatline et Alexandre Rodtchenko. Et à l'automne 1918, elle s'inscrit à l'École de peinture, sculpture et architecture qui remplace l'ancienne école des beaux-arts. Cette école et celle de Petrograd sont baptisées Ateliers libres d'art d'État, niveaux I et II (SVOMAS I et II). Elle étudie dans le niveau II et Władysław Strzemiński, qui est amputé d'un bras et d'une jambe, dans le niveau I. En 1918, ils font connaissance.
Chaque étudiant peut choisir son atelier, dans cette nouvelle école, et son professeur en conséquence. L'atelier sans professeur est une autre possibilité. Parmi les enseignants se trouvent Kasimir Malevitch, Vladimir Tatline, Antoine Pevsner et les frères Stenberg, spécialistes de l'affiche, en particulier de cinéma. En se basant sur de faibles indices on peut penser que Katarzyna a suivi l'atelier de sculpture de Tatline ou l'atelier suprématiste de Malevitch. Malevitch est nommé directeur de l'UNOVIS de Vitebsk au début 1920 par Chagall.
Smolensk 1920-1921 Elle participe, au printemps 1920, à l'Exposition d'État qui se tient à Smolensk. L'exposition est organisée par l'antenne locale de la division des beaux-arts du commissariat du peuple à l'Éducation, IZO NARKOMPROS. Władysław Strzemiński y déploie une intense activité d'enseignement, en tant qu'organisateur et sur le plan créatif. C'est peut-être grâce à lui que la jeune étudiante a pu y présenter une sculpture. Il s'agit de ToS 75 - Structure : un massif assemblage de pièces métalliques usinées et récupérées, une tige d'acier courbée qui relie le bas avec le haut, et une plaque en verre transparent (?), placée vers le haut, qui porte le titre sur ses deux faces, ancienne photographie dans le catalogue, n° II 1. p. 140. Reproduction sur la page de Histmag.org. Andrei Nakov a retrouvé le commentaire originel : « Contraste des textures et des formes des matériaux. Neutralisation réciproque des directions dynamiques » .. À Smolensk, une grande assemblée des enseignants en art de tous les États a lieu en juin. Malevitch y participe.
Katarzyna et Władysław se marient (sur le registre) en 1920 à Smolensk. Et fondent une nouvelle antenne d'UNOVIS, l'année même de sa dissolution à Vitebsk (Malevitch y est souvent invité). Ils réalisent des affiches pour les Télégraphes et participent probablement à une assemblée d'UNOVIS qui se tient à Smolensk en octobre avec Malevitch. Leur atelier est ainsi décrit en 1920-1921, avec un regard critique : « C'était un entassement de boites, de feuilles de métal, de sciure et d'objets en verre : la palette du constructivisme. Avec l'assemblage de ces matériaux assemblés ils créaient des formes sans liens avec le monde réel. » Des photographies des deux autres sculptures ont été conservées et reconstruites : Constructions suspendues : cat. I.1 et 2, et p. 90-91. Construction suspendue I : Un volume ovoïde blanc, suspendu en oblique, et un petit cube noir attenant, équilibré par un petit parallélépipède rectangle noir (en bois ?) au bout d'une barreReproduction 1/7 : sur culture.pl. Photo originelle : ici intitulée Construction suprématiste (suspendue).. Construction suspendue II : une lame d'acier soudée en « Ruban de Möbius » tordu, soudé à une extrémité d'une barre, équilibrée par un anneau à l'autre extrémité et une petite croix placée au centre. L'ensemble étant suspendu par le ruban de MöbiusReproduction 5/7 : sur culture.pl.. De ces années 1920-1921, date un bas-relief en ciment, perdu. Il aurait été réalisé dans l'esprit UNOVIS de l'affiche de El Lissitzky : Abattez les Blancs avec le coin rouge [du bûcheron]Voir la page UNOVIS., de 1919-1920. En 1922, Strzemiński analysant l'art en Russie soviétique décrit l'œuvre de Kobro : « la plus douée des jeunes artistes : ses sculptures suprématistes sont un phénomène à l'échelle européenne [...] non une imitation, mais une création parallèle à celle de Malevitch. »
Lettonie - Pologne 1922-1926 À l'automne 1921, la montée de la terreur, le centralisme et, sur le plan artistique, la victoire du « productivisme » sont une série de menaces pour leur travail. Ils quittent la Russie soviétique probablement fin 1921-début 1922 pour la Pologne indépendante. Son père travaillant à Vilnius, c'est là qu'ils se rendent, tout d'abord, mais qu'elle quitte pour Riga, en Lettonie indépendante, pour régulariser ses papiers officiels. Aucun courrier ne subsiste du couple. Strzemiński fait une entrée dynamique dans le monde de l'art polonais.
En 1924 Katarzyna Kobro fait partie d'un groupe polonais qui rassemble des artistes cubistes, suprématistes et constructivistes, le groupe Blok, dont fait aussi partie Strzemiński à côté de Henryk Stazewski, Teresa Zarnower et d'autres dont Witold Kajruksztis (Vytautas Kairukštis) de Vilnius. Le groupe publie un journal, dans lequel les deux Constructions suspendues apparaissent, non titrées. Puis, dans le numéro de novembre-décembre dans lequel Strzemiński expose la théorie de l'Unisme avec l'article intitulé B = 2, elle présente la Sculpture abstraite (1), cat. I.3 : sur une base parallélépipède blanche se dressent trois éléments : au milieu, un grand fer en L cintré en forme « 8 » ouvert, de couleur rose tendre avec une boule jaune suspendue en son milieu, entre un grand rectangle noir debout (un verre au bord noir. Photo couleur. Mais l'œuvre y est curieusement datée de 1931 et intitulée Composition spatiale 9. Il y a eu, en effet, 3 constructions similaires: . Les photographies, depuis celle de la revue Blok n°8-9 1924, privilégient l'angle de vue où le bord droit du verre "tendu vers la gauche" divise le 8 rose et la sphère jaune, ainsi que le "rectangle noir" en deux moitiés. Janusz Zagrodzki remarque que les éléments constructifs de la sculpture sont basés sur une certaine progression mathématique. La position des éléments reposant aussi sur des calculs mathématiques.) et une plaque de verre dont un angle part en biseau vers l'extérieur et sur lequel est collé un petit parallélépipède noir. sur Pinterest.. Deux autres « sculptures abstraites » de 1924, avec formes plastiques polychromes, acier, verre et bois peint ont été reconstruits en 1972 et 1977 : cat. I. 4 et I. 5. Reproduction de Sculpture abstraite, I. 5 : 6/7 sur sur culture.pl. Les couleurs sont hypothétiques.. Elle réalise entre 1925 et 1927 plusieurs Nus, d'inspiration cubiste, dont sont conservés des tirages en plâtreNu (1), (2), (3) : H. 22, 28, 19 cm). 2 photos sur culture.pl. Exposés pour la première fois au "Salon des Modernistes", Varsovie 1928. Initialement modelés d'après nature.. Ils quittent Blok en , le texte de Strzemiński en contredisait l'orientation « productiviste » . Selon Andrzej Turowski, les sculptures de Kobro participent alors du « Constructivisme héritier du suprématisme de Malévitch .» Ensuite, autour de 1925, elle cherche dans une autre direction, dont une sculpture blanche, essentiellement en feuille et lame de métal pliées et peintes sur une base triangulaire : Sculpture spatiale (1). Elle vit à Szczekociny avec Strzemiński et a quelques difficultés à parler polonais. Strzemiński développe une intense activité pédagogique en intégrant à ses connaissances des informations sur le Bauhaus et Katarzyna, en l'aidant, se prépare à un travail analogue de pédagogue dans le champ de la culture artistique.
Toujours en 1925, ils sont en contact avec le cercle de Cracovie Zwrotnica, et font les couvertures des publications. Ils entrent en relation avec de jeunes architectes de Varsovie et restent en lien avec des anciens de Blok, dont Henryk Stazewski.
En Katarzyna présente des décors de théâtre dans une exposition internationale à New York., à côté d'anciens membres de Blok et des deux architectes de Varsovie, et . Certains de ces participants constituent le groupe : Praesens (1926-1939) qui publie un journal, centré sur des questions d'architecture. Le nom de Katarzyna y apparait, mais pas celui de Władysław. Une exposition s'ensuit et Katarzyna y apparait, seule à présenter des sculptures. L'exposition regroupe peinture, sculpture, architecture, design d'intérieur et arts graphiques. Les contributions de Katarzyna Kobro-Strzemińska : peintures sur verre, sculptures, sculptures en bois, sculptures spatiales et ensembles de scène.
Łódź 1926-1929 Pendant l'été 1926 les Strzemiński déménagent à Brzeziny, à côté de Łódź. Leur unique revenu est encore l'emploi de Władysław en tant qu'enseignant. Ils vont souvent à Varsovie, passent chez Bohdan Lachert et Władysław poursuit ses efforts pour lancer une galerie d'art moderne et organiser une exposition des travaux de Malevitch en Pologne. Katarzyna l'aide certainement mais reste dans son ombre. À l'automne le groupe Praesens a un beau programme d'expositions: une sur les Modernistes et une autre consacrée à De Stijl. Mais cela n'aboutit pas. En , Malevitch arrive enfin à Varsovie. Il présente son travail au Club d'Art polonais et fait une conférence. Katarzyna se prévaut ainsi de son ancien « maître ». Strzemiński en profite pour enchaîner une expo en solo à ce même Club, et fait lui aussi une conférence où il développe sa conception de l'Unisme par opposition au dualisme en art. De leur côté les architectes, intéressés comme Kobro sur « la vision universelle de la composition dans l'espace », montent un Salon, en juin, qui présente des sculptures de Kobro, dont Sculpture abstraite (1), au grand « 8 » ouvert rose.