Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier, né le à Grenoble et mort le à Québec, est un évêque de Nouvelle-France. Successeur de saint François de Laval, il est le deuxième évêque de Québec, le fondateur de l'Hôpital général de cette ville et le fondateur des ursulines de Trois-Rivières.
Biographie
Premières années Né dans une famille d'avocats, de diplomates et de grands propriétaires, Jean-Baptiste est le fils de Jean de La Croix de Chevrières (mort en 1680) et de Marie de Sayve, et l'arrière-petit-fils de Jean de La Croix de Chevrières, évêque de Grenoble de 1607 à 1619. Il est présenté de minorité, à l'âge de 10 ans, le , dans l'ordre de Saint-Jean de JérusalemHelena O'Reilly (en religion, Sister Saint Félix), Monseigneur de Saint-Vallier et l'Hôpital géńéral de Québec : histoire du Monastère de Notre-Dame des anges, 1882, mais attiré par les ordres il entre au séminaire de Saint-Sulpice de Paris, où il obtient sa licence de théologie en 1672, à , ayant auparavant étudié au collège jésuite de Grenoble.
Quatre ans plus tard, on demande pour lui à son insu, même s'il n'est pas encore prêtre, le poste d'aumônier ordinaire de . Toutefois, à la cour, avec la permission du roi, c'est la soutane qu'il porte ; de plus le fait qu'il soit un ami du cardinal Le Camus de Grenoble indique aussi qu'il ne prend pas l'état ecclésiastique à la légère. Il visite les hôpitaux et les prisons. Il contribue de sa propre bourse à la fondation d'un hôpital dans la petite ville de Saint-Vallier dans la Drôme.
Saint-Vallier est ordonné prêtre en 1681. Il est aumônier du roi durant une dizaine d'années. On lui offre les sièges d'évêque de Tours et de Marseille, qu'il refuse dans les deux cas.
Épiscopat Le deuxième évêque Premier voyage à Québec Saint François de Laval, premier évêque de Québec, ne se sent plus à la hauteur de sa tâche, repasse en France et démissionne en 1685. , qui a Laval en haute estime (malgré ses démêlés avec les gouverneurs et les intendants), lui propose de choisir lui-même son successeur. Parmi les personnes consultées se trouvent le père La Chaise, confesseur de , Louis Tronson, supérieur des sulpiciens et le père Valois, confesseur de Saint-Vallier. Saint-Vallier, qui a et qui fuit les honneurs, accepte cet apostolat et c'est lui que François de Laval choisit.
C'est d'abord en tant que vicaire général que, en 1685, Saint-Vallier se rend en Nouvelle-France ; il fait la visite de son immense diocèse jusqu'en Acadie. Son séjour dure un an et demi et permet déjà d'entrevoir les problèmes qui marqueront son épiscopat. Les supérieurs du séminaire écrivent à que ce n'est pas l'homme qu'il faut ; l'évêque les appuie et demande à Saint-Vallier de se retirer. n'est pas d'accord et s'oppose même au retour de Laval au Canada.
Saint-Vallier n'est pas encore évêque ; même si la querelle entre le pape et n'est pas encore réglée (le pape refuse les bulles d'investiture à tous les évêques nommés par le roi), il accède à l'épiscopat le à l'église Saint-Sulpice de Paris. Le nouveau prélat intercède pour Laval, qui prend le premier bateau. Laval (« ») et Saint-Vallier auront une cohabitation difficile et le premier se réfugiera au cap Tourmente.
Deuxième voyage Saint-Vallier est de retour au Canada le . Soucieux d'enrayer l'ivrognerie, l'indécence, le blasphème, l'immoralité et la cupidité, il interdit aussi les bals et les fêtes. Cela, à soi seul, a dû lui valoir des ennemis. Mais c'est tout le monde, à un moment ou à un autre, qu'il se met à dos. Son caractère est prompt, et, comme il prend rarement conseil, personne ne le modère. Un siècle et quart après sa mort, l'abbé Faillon écrit : . On finit par savoir que si on veut quelque chose, il ne faut pas y mêler Saint-Vallier. Saint-Vallier lui-même le sait ; en 1710, trop peu sûr de réussir une démarche, il s'en décharge sur Joseph de la Colombière et un de ses collègues, leur suggérant d'écrire directement au ministre, .
Il a aussi des démêlés avec le séminaire de Québec, car, défaisant le travail de , il veut donner plus de latitude aux curés en supprimant le rattachement des dîmes au séminaire ; sur ce point il a gain de cause en 1692. Le bien-être des séminaristes lui tient à cœur ; lors de son premier voyage il avait remarqué qu'ils ne respiraient pas la bonne santé ; il fait adoucir leur régime, en tout cas celui de ceux nés en France.
En 1694, il doit retourner en France et doit notamment s’expliquer sur son interdiction du Tartuffe. Le roi décide d'abord de ne pas le renvoyer au Canada ; il demande les conseils de Fénelon et de Bossuet. Ce dernier le fait changer d'avis : Saint-Vallier peut repartir, muni des conseils du roi sur la paix et l'engagement de ne pas outrepasser ses pouvoirs.
Troisième voyage
Saint-Vallier est de retour en Nouvelle-France le . Grâce à Michel Sarrazin, médecin du roi, il a échappé à une grave épidémie qui s'est déclarée sur le bateau.
Il repart pour la France le et se rend aussi à Rome. De nouveau, en , il reprend la mer pour aller à Québec ; capturé par un corsaire, il est emprisonné en Angleterre de à 1709. Il est bien reçu par la reine Anne et nommé par le pape vicaire apostolique en Angleterre, mais ceux qui pourraient travailler à sa libération font peu pour lui. Il est finalement l'objet d'un échange de prisonniers et quitte l'Angleterre le .
Mais ce n'est pas fini : le roi ne veut pas qu'il retourne en Nouvelle-France. Il se choisit un coadjuteur, Louis-François Duplessis de Mornay, qui sera consacré évêque en 1714 ; le coadjuteur lui succédera mais ne le remplacera pas avant sa mort.
Quatrième voyage Saint-Vallier réussit à revenir à Québec en , après une absence de ; il abandonne alors le palais épiscopal et réside à l'Hôpital général de Québec, où il meurt le . À ce poste difficile, alourdi par les confrontations, lui succède Duplessis de Mornay, troisième évêque de Québec, qui n'ira jamais à Québec.
En 1690, il avait porté le nombre de paroisses de son diocèse , et, en 1721, . Il avait ordonné . Il avait dépensé, de son propre patrimoine, en bonnes œuvres. Il a convoqué quatre synodes : en 1690, 1694, 1698 et 1700 et ensuite des conférences ecclésiastiques. Il est à l'origine en 1697 de la fondation des ursulines de Trois-Rivières, à laquelle il a aussi participé de son propre argent.
Les tensions vignette|droite| de Saint-VallierArchives de la ville de Montréal, référence : . « l'Ancien » et de Saint-Vallier. est très vite déçu du choix qu'il a fait de son successeur. En 1696 il l'invite, tout comme le fait , à démissionner : . Les divergences tournent autour du séminaire de Québec, fondé par François de Laval, auquel il avait donné un rôle original et central que veut lui retirer Saint-Vallier. Le séminaire de Québec. Des prêtres, comme les y autorise la loi d'alors, font appel au Conseil souverain d'une décision de Saint-Vallier. Au sommet de la querelle, Charles de Glandelet, Louis Ango de Maizerets et Henri de Bernières sont frappés d'interdit ; Glandelet, qui est professeur, ne peut même plus confesser ses élèves. Les choses s'aplaniront néanmoins. Le chapitre de Québec. Les récollets. L'« affaire des prie-Dieu » se passe à Montréal en 1694 : les récollets ont cru donner à l'évêque la place d'honneur dans leur église et, au gouverneur de Callière, la seconde. Mais Saint-Vallier estime que le prie-Dieu du gouverneur est en position plus honorable que le sien. Le , au plus fort de la crise, l'évêque jette l'interdit sur l'église des récollets (on ne pouvait plus par exemple y célébrer la messe). Frontenac. Saint-Vallier se brouille avec le gouverneur Frontenac au sujet de la représentation du Tartuffe. Les sœurs de l'hôtel-Dieu et la mère Juchereau. En 1692, Saint-Vallier demande aux Hospitalières de l'hôtel-Dieu de s'occuper de l'Hôpital général. La mère Juchereau refuse, mais se soumet ensuite, à la demande de Versailles.
Le fossé se creuse entre la communauté de l'hôtel-Dieu et celle de l'Hôpital général. La séparation est prononcée en 1699, mais Jeanne-Françoise Juchereau jouera le rôle de médiatrice. Sainte Marguerite Bourgeoys et sa congrégation. Saint-Vallier est . Vaudreuil. Les accrochages avec le gouverneur Vaudreuil sont nombreux : la place des capitaines de milice dans les processions ; les honneurs rendus aux représentants du roi, y compris dans le sanctuaire ; la présentation de l'eau bénite par aspersion ou par présentation du goupillon etc. Mandement contre les « faux frères ». Toujours retenu en France en 1713, Saint-Vallier se résout à pointer du doigt des « faux frères » restés au Canada. Il a recours aux « remèdes extrêmes » en suspendant les pouvoirs de ses grands vicaires, qui assuraient autant que possible les tâches d'évêque en son absence. Son calcul est que, en paralysant le diocèse, il amènera les opposants à accepter son retour. Funérailles. Mort le , Saint-Vallier n'est inhumé que durant la nuit du , conséquence d'une querelle entre le chapitre et l'intendant Dupuy. Des chahuteurs, dont des chanoines, viennent perturber la cérémonie.
Publications Estat présent de l'Église et de la colonie françoise dans la Nouvelle France, Montréal, J.-B. Rolland et fils, 1856 — — Première publication : 1688Fiche de worldcat.org. Catéchisme du diocèse de Québec, Paris, Urbain Coustelier, 1702 Rituel du diocèse de Québec, publié par l'ordre de Monseigneur de Saint Valier [sic], évêque de Québec — Précédé de notes biographiquesOn peut consulter : Claude La Charité, « Les deux éditions du Rituel du diocèse de Québec de Mgr de Saint-Vallier, datées de 1703 : de l’édition janséniste à l’édition revue et corrigée par la Compagnie de Jésus », dans Revue de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2011, , ; Hubert 2000, ; Amédée Gosselin, « Le Rituel de de Saint Vallier », dans Proceedings and transactions of the Royal Society of Canada. Délibérations et mémoires de la Société royale du Canada, , 1914, .Le mot de « rituel » ne doit pas faire croire qu'il ne s'agit que d'un ensemble de rites et de formules. On doit plutôt penser qu'à travers ces rites, c'est la vie quotidienne qui est décrite ; on apprend par exemple ( de l'Édition 671) que les femmes de la paroisse s'assemblaient pour élire la sage-femme. Paris, Simon Langlois, 1703, (« Édition 604 ») Paris, Simon Langlois, 1703, (« Édition 671 ») « Monseigneur de Saint-Vallier », dans Henri Têtu et Charles-Octave Gagnon, Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec, , Québec, Imprimerie générale A. Côté, 1887,
Bibliographie vignette|upright=1.5|Saint-Vallier « Saint-Vallier (Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de) », site du Centre de recherche du château de Versailles Les ursulines des Trois-Rivières depuis leur établissement jusqu'à nos jours, Trois-Rivières, P. V. Ayotte : [H. ursulines, ] , 1888 ; , 1892 ; , 1898 ; , 1911 Maximilien Bibaud, Le panthéon canadien, Montréal, 1858 Hector Bibeau, « La pensée mariale de Mgr de Saint-Vallier », dans Sessions d’étude — Société canadienne d'histoire de l'Église catholique, , 1966, Annie Blouin, Les exigences pastorales de de Saint-Vallier envers ses prêtres, 1685–1727, mémoire de maîtrise, université Laval, 1999 Paul-Émile Farley et Gustave Lamarche, Histoire du Canada, cours supérieur, 1935 Mary Anne Foley., « « We want no prison among us » : The struggle for ecclesiastical recognition in seventeenth-century New France », dans U. S. Catholic Historian, , (hiver 1996), — Saint-Vallier et ses règles pour la congrégation de Notre-Dame. Auguste-Honoré Gosselin, L'Église du Canada — Extrait de la Revue du clergé français, Paris, Letouzey et Ané, 1895 Auguste Gosselin, de Saint-Vallier et son temps, Évreux, Imprimerie de l'Eure, 1898 Auguste Gosselin, Henri de Bernières, Québec, 1902 Auguste Gosselin, L'Église du Canada depuis Monseigneur de Laval jusqu'à la Conquête, Québec, Laflamme et Proulx, 1911