Thomas Robert Bugeaud, marquis de La Piconnerie, duc d'Isly, né le à Limoges et mort le à Paris, est un militaire français, maréchal de France.

Gouverneur général de l'Algérie pendant la période coloniale, il joue un rôle décisif dans la colonisation et la répression des mouvements de résistance algérienne. Il a été maire de Lanouaille et député de la Dordogne puis de la Charente-Inférieure.

De nombreux hommages lui ont été rendus pendant longtemps. Aujourd'hui, il est surtout présenté comme un symbole du colonialisme français et le responsable de massacres en Algérie et en France (massacre de la rue Transnonain). À ce titre, il est régulièrement dénoncé, notamment par des associations antiracistes, dans le cadre de la décolonisation de l'espace public..

Biographie Origine

Thomas Robert Bugeaud naît le à Limoges, paroisse Saint-Pierre-du-QueyroixLimoges, paroisse Saint-Pierre-du-Queyroix, baptêmes 1781-1786 3E85/32, , acte page de gauche., de messire Jean-Ambroise Bugeaud, chevalier, seigneur de La Piconnerie, issu d'une famille de la noblesse du Périgord vert, et de dame Françoise de Sutton de Clonard, d'une illustre famille originaire d'Irlande.

Guerres napoléoniennes

Bugeaud s'engage à l'âge de dans l'armée, en 1804, comme vélite dans les grenadiers à pied de la Garde impériale. Il est promu caporal à Austerlitz. Il sert ensuite comme sous-lieutenant puis lieutenant au de ligne dans la campagne de Prusse et de Pologne (1806-1807). Il est blessé à la bataille de Pułtusk le . Lors de cette bataille, un camarade l'aide à se rendre vers les ambulances, mais celui-ci est tué ; finalement un second soldat l'aide à se rendre à l'hôpital de campagne..

Il combat ensuite en Espagne où il sert dans le corps d'armée de Suchet, puis dans la division Lamarque. Il est présent le à la capitulation du deuxième siège de Saragosse. Il est capitaine au de ligne le , chef de bataillon en 1811. Il lutte contre les guérilleros et se comporte avec éclat aux sièges de Lérida (1810), de Tortose (1810-1811) et de Tarragone (1811). Il est promu au grade de lieutenant-colonel après le combat du col d'Ordal en Catalogne () où, avec un seul bataillon, il met en déroute un régiment anglais. Il est promu colonel au d'infanterie de ligne à son retour en France.

Pendant la Restauration, le colonel Bugeaud célèbre les Bourbons dans quelques pièces en vers. Il n'en retourne pas moins auprès de l'empereur pendant les Cent-Jours.

Seconde Restauration

Il rejoint, lors des Cent-Jours, le parti de Napoléon , qui l'envoie dans l'armée des Alpes à la tête du de ligne. Toujours sous les ordres de Suchet, il remporte le la bataille de l'Hôpital, dans la plaine d'Albertville, sur les Autrichiens. Le , il est à Moûtiers, sur la Haute-Isère, lorsqu'il apprend le désastre de Waterloo et l'arrivée de . Il ne dispose quant à lui que de Il ne se trompait que de 40 ; restent morts ou vifs en son pouvoir..

Licencié de l'armée à la Seconde Restauration, il se retire dans sa propriété de la Durantie à Lanouaille en Dordogne et s'occupe d'améliorer l'exploitation de ses terres dans les propriétés de son père, marquis de Faverolle et seigneur de La Piconnerie. Il étudie également les belles-lettres. En 1825, il est élu maire de Lanouaille., fonction qu'il occupera jusqu'en 1830.

Au moment de l'invasion de l'Espagne par le duc d'Angoulême, le gouvernement refuse sa demande de réintégration dans l'armée. Adhérant à l'opposition libérale, il est en vain son candidat à une élection en Dordogne en 1829.

Monarchie de Juillet

Dès lors, il entre dans l'opposition et y reste jusqu'en , où on l'envoie à la Chambre, élu député de la circonscription d’Excideuil en et bientôt nommé maréchal de camp par Louis-Philippe. À la Chambre, il se fait rapidement une réputation particulière par ses excentricités et ses provocations envers les membres de l'opposition.

Le nouveau général devient l'ami du pouvoir. Attaché à une politique conservatrice, il est un défenseur intransigeant du protectionnisme douanier. Nommé gouverneur de la citadelle de Blaye, il a la duchesse de Berry sous sa garde et se charge d'accompagner sa prisonnière jusqu'à Palerme. Durant les débats de la Chambre des députés du , Denis Larabit, un ami d'Alfred de Vigny, se plaint de l'autoritarisme du ministère Soult et de la manière dont Bugeaud s'acquitte de la garde de la duchesse. De nombreux royalistes considèrent en effet qu'il ne respecte pas celle-ci, perdant ainsi tout honneur, ce qui lui vaut le surnom d'D'autres, comme Charles Mullié, rejettent ces accusations, se fondant entre autres sur une lettre que lui écrivit la duchesse.. Bugeaud l'aurait alors interrompu par ces mots : Un autre député, François-Charles Dulong, fils naturel de Dupont de l'Eure, aurait alors demandé, caustique : . C'est cet incident qui aurait provoqué, le , le duel entre Bugeaud et Dulong, qui y meurt d'une balle dans la têteC'est la version, par exemple, de l'Encyclopédie britannique de 1911, voir Thomas Robert, « Bugeaud de la Piconnerie », Encyclopædia Britannica, 1911. Ce n'est cependant pas la seule, puisqu'Henri Amédée Le Lorgne Ideville affirme au contraire que le duel provenait d'une insulte de Dulong lors d'un débat sur le budget à la Chambre qui se serait tenu le 25 janvier. Henri Amédée Le Lorgne Ideville, Le Maréchal Bugeaud : d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1840 (1881). Toujours selon ce dernier, c'était la troisième fois que Bugeaud se battait en duel. La version de l'Encyclopédie britannique semble toutefois plus probable: elle recoupe par exemple le récit fait par Auguste Wahlen dans son Nouveau dictionnaire de la conversation ; ou, Répertoire universel, 1841 (accessible sur Google Books) et de diverses autres sources contemporaines..

« L'homme de la rue Transnonain » gauche|vignette|Massacre de la rue Transnonain, le .

Au cours de l'insurrection parisienne des 13 et , le général Bugeaud reçoit d'Adolphe Thiers, ministre de l'intérieur, l'ordre de réprimer durement le mouvement : Les des troupes destinées à écraser cette insurrection sont divisés en trois brigades, dont l'une commandée par Bugeaud. Lors de l'attaque d'une barricade par l'armée, rue Transnonain (aujourd'hui rue Beaubourg), un officier est, selon la thèse officielle, blessé d'un coup de feu parti d'une maison voisine. Les soldats du de ligne, sous les ordres du général Lascours, pénètrent dans la maison, tuent douze habitants désarmés et en blessent de nombreux autres (hommes, femmes, vieillards, enfants). Bien que l'endroit ne soit pas dans la circonscription assignée à la brigade de Bugeaud et que lui-même n'y ait nullement participé, la haine du peuple lie son nom à ce massacre et, malgré les déclarations contraires, persistera à le stigmatiser comme .

Il se consacre ensuite principalement aux affaires agricoles et propose, en 1840, une loi visant à créer des chambres d'agriculture, qui n'est pas adoptée. Il est réélu député de la circonscription d’Excideuil aux élections de 1834, 1837, 1839, 1841, 1842 et 1846.

Intervention en Algérie

vignette|L'enfumade de la grotte du Dahra, selon la technique préconisée par Bugeaud.. Eau-forte de Tony Johannot, 1845. vignette|Bugeaud et le colonel Vantini, peinture de propagande coloniale réalisée par Horace Vernet.

Bientôt, le général Bugeaud est envoyé en Algérie le avec ordre d'écraser la résistance d'Abdelkader. Il remporte un premier succès à la Sikkak le . À l'époque du ministère Molé, il est lieutenant général. La résistance des Algériens remet en cause tous ses projets et le contraint à signer le traité de la Tafna avec l'émir Abdelkader le . Par ce traité, Abdelkader reconnaît aux Français la possession d'enclaves stratégiquement très importantes que sont Alger et Oran.

Rentré en France, Bugeaud déconseille, par son rapport, la conquête de l'AlgérieMarcel Marion. Histoire financière de la France depuis 1715. et déplore une . Il préconise le maintien des territoires conquis sous statut militaire, pour éviter toute colonisation de peuplement. Ce statut perdurera jusqu'en 1870.

Bugeaud, lieutenant-général depuis le et grand officier de la Légion d'honneur, est cependant nommé gouverneur général de l'Algérie par le ministre Thiers en 1840. Il embarque à Toulon pour Alger sur le Phaéton, le , en compagnie de son aide de camp Eynard, chef d'escadron, et de Louis de Rochemore, son officier d'ordonnance. Le jour même de son arrivée à Alger, le , Bugeaud adresse une proclamation aux habitants européens de l'Algérie et une autre à l'armée. Aux Européens, il expose qu'il a été l'adversaire de la conquête absolue en raison des moyens humains et financiers qu'elle exige, mais qu'il s'y consacrerait désormais tout entier. À l'armée, il dit que son but n'est pas de faire fuir les Arabes, mais de les soumettre.

Bugeaud finit par disposer de plus de . Entouré des généraux Lamoricière, Changarnier, Bedeau et Cavaignac, Bugeaud emploie de nouvelles méthodes de guerre inspirées de son expérience dans la lutte contre les partisans pendant la guerre d'Espagne. Il allège l'équipement des soldats, remplace les voitures par des bêtes de somme, met l'artillerie à dos de mulet. Les troupes sont divisées en colonnes mobiles ; elles pourchassent les combattants arabes par une incessante offensive et, pour les affamer, font le vide devant eux, incendiant les villages, raflant les troupeaux. C'est la politique de la terre brûlée et des grottes enfumées :

La « pacification », mot donné par l'Etat français à la conquête armée de l'Algérie, connaîtra ses épisodes les plus sanglants par ce qui sera appelé par les historiens « les enfumades » qui ciblent aussi la population civile.. À Paris, on s'indigne lorsqu'on apprend les « enfumades » des grottes du Dahra. Le prince de la Moskowa, fils du maréchal Ney, fait une interpellation à la Chambre des pairs. Le général Bugeaud, interpellé, en assume la responsabilité et lui répond :

Sur le terrain également, les méthodes de « contre-guérilla » préconisées par Bugeaud sont contestées par certains de ses subordonnés, en particulier Eugène Dubern.

Fait Grand-croix de la Légion d'honneur le , puis maréchal de France en , il obtient la permission d'attaquer l'Empire chérifien, qui aidait l'émir Abdelkader qui continuait sa résistance. Le les troupes marocaines sont surprises par Bugeaud sur l'oued Isly, non loin de la frontière. La victoire des Français oblige le sultan du Maroc à changer de politique vis-à-vis de la résistance algérienne et à collaborer avec la France. Cette victoire lui vaut le titre de duc d'Isly. Il traque ensuite Abdelkader, qui doit se rendre en 1847.

La préoccupation constante de Bugeaud est d'associer l'armée à la colonisation.

L'occupation se double d'un effort de colonisation agricole avec la création des bureaux arabes. Il restera toute sa vie fidèle à sa devise Ense et Aratro, .. En raison du différend entre Guizot et lui, né de l'expédition en Kabylie et de leurs conceptions divergentes de la colonisation, il est remplacé, en , par le duc d'Aumale, ce qui lui « permettrait », selon l'expression de Guizot, « de venir jouir de sa gloire en France ».