L'abbaye Notre-Dame de Blanche-Couronne est une ancienne abbaye bénédictine située dans la commune française de La Chapelle-Launay (Loire-Atlantique).
Cette abbaye, dont l'existence est attestée en 1161, a peut-être été fondée par des cisterciens (qui relèvent de la règle bénédictine).
Reprise par les bénédictins de Saint-Maur en 1719, elle est abandonnée en 1774 par les derniers moines, qui sont transférés dans un établissement près de Nantes. Vendus comme bien national en 1791, ses bâtiments sont aujourd'hui propriété du département de la Loire-AtlantiqueBienvenue à l'abbaye de Blanche-Couronne.
Localisation La commune de La Chapelle-Launay est située juste à l'ouest de celle de Savenay (ancienne sous-préfecture), à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Nantes (chef-lieu du département) et à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Saint-Nazaire (chef-lieu d'arrondissement).
L'abbaye se trouve à environ deux kilomètres au sud du bourg, dans la zone de plaine située entre le sillon de Bretagne et l'estuaire de la Loire.
Histoire Origines L'abbaye de Blanche-Couronne est fondée selon l'ordre cistercien au , le long de l'ancienne voie romaine par la famille de Rochefort comprenant :
La première mention connue de l'abbaye date de 1161 : Ernaud, abbé de Blanche-Couronne, est l'un des juges qui arbitrent un différend entre les chanoines de la cathédrale de Nantes et les moines de Quimperlé pour la propriété de l'église de Notre-Dame dans la ville de Nantes. Une notice du cartulaire de Quimperlé lui donne le nom d'Hervé. Selon, Nicolas TraversHistoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, Volume 1, Nicolas Travers, Forest, 1836, 592 p., il s'agit de deux abbés distincts, Ernaud étant le successeur d'Ervée.
Moyen Âge En 1180, plusieurs abbayes, dont celle de Blanche-Couronne, contribuent à l'achèvement de l'église de la Grainetière. Certains auteurs pensent que l'abbaye aurait été fondée pour seize religieux (venus, semble-t-il, de l'abbaye Notre-Dame de la Grainetière, près des Herbiers, au diocèse de Luçon en Vendée) en 1160 « le Père Grégoire de landévennec et la chanoine Durville semble l'affirmer. En tout état de cause des relations étroites et privilégiées existaient entre les deux monastères. En 1338, une transaction faite sous l'arbitrage du doyen de Nantes considère que désormais les abbés de la Grainetière ne participeront pas à l'élection de l'abbé de Blanche Couronne » cité par René Philippe « Notre-Dame de Blanche Couronne » dans Abbaye Bretonnes, Le Sarment, Fayard 289..
En 1188, Guérin, seigneur de Saint-Étienne-de-Montluc, donne les dîmes de la paroisse de la chapelle Launay au chapelain de l'abbaye. À cette occasion, le prieur de Pontchâteau, Hugon, qui devait recevoir ce subside émet une protestation, mais la justice donne raison au seigneur et les dîmes restèrent aux mains du chapelain.
Elle est honorée en 1234 d'une bulle de Grégoire IX lui conférant de grands privilèges.
En 1463, un aveu rend hommage au duc de Coislin pour une étendue de 200 journaux et la maison abbatiale, son église et le cloître abritent alors seize religieux. L'abbaye de Blanche-Couronne, qui a compté, parmi ses abbés, des cardinaux de Mâcon et de Lorraine, a été réformée par Claude Cornulier, de 1638 à 1681.
Problème de l'appartenance à l'ordre de Cîteaux L'architecture de l'église à chevet plat plaide pour une fondation cistercienne, ainsi que l'affiliation de l'abbaye avec celle de la Grainetière en Vendée.
Mais la demande faite en 1236 par l'abbé Jean pour l'affiliation à l'ordre cistercien prouverait qu'il ne l'était pas avant cette date.
À signaler, qu'en 1239, Josselin de La Roche-Bernard fait état des donations de son arrière-grand-père à l'abbaye de Blanche-Couronne. En 1234, par une bulle, le pape Grégoire IX prend sous la protection du Saint-Siège, « le monastère de la Bienheureuse Vierge Marie de Blanche-Couronne, selon la règle de saint Benoît et l'institution des frères de Cîteaux »(Chanoine Durville - 1923).
En 1336, une nouvelle bulle de Benoit XI la range sous l'ordre de CiteauxNicolas Travers.
Mais en 1410, une bulle du pape Jean XXIII dit formellement que l'abbaye est de l'ordre de saint Benoît.
Pouvoirs seigneuriaux des abbés Les abbés et les prieurs de Blanche-Couronne, étaient seigneurs haut-justiciers et avaient juridiction sur les tenanciers de leurs fiefs à la chapelle Launay et dans les paroisses environnantes (ADLA H13). Les religieux de ce couvent ont droit à titre de dîme, dans les héritages de ces dits fiefs . Les détenteurs doivent emmener leurs blés à moudre aux moulins dépendants de l'abbaye, qui a sa propre mesure. Les rentes dues au couvent pour la tenue de ces fiefs sont payées à Noël devant la porte de l'abbaye, certains textes disent sous le portail. Les abbés commendataires peuvent exercer justice haute, moyenne et basse sur leurs sujets et disposent de fourches patibulaires (potence). Cette potence se trouvait peut-être au niveau de la rue du Pilory, donc près de l'église paroissiale. Cette fourche patibulaire était généralement faite de deux piliers de pierres en haut desquels il y avait une pièce de bois en travers, à laquelle ont attachait les criminels condamnés à être pendus ou étranglés. Le sénéchal a au moins une fois prononcé une sentence de mort. Jusqu'en 1644 au moins aveu de la Siourais-Campbon, elle possède bien la haute justiceADLA H13. Cependant dans le Rolle du marquisat de Coislin en 1681 Blanche-Couronne a rente et fiefs en Campbon, mais elle n'a juridiction que de basse et moyenne justiceADLA B1916(Chroniques du Pays de Coislin).
Temps modernes En 1652, elle adhère à la réforme de la congrégation des bénédictins de Saint-Maur
Faute de ressources, l'abbaye demande dès 1674.
Les bénédictions de Saint-Maur reprennent l'abbaye en 1719, réparent la chapelle et en 1743 refont une partie des bâtiments. En 1765, elle est rattachée au prieuré Saint-Jacques de Pirmil, situé dans le faubourg sud de Nantes.
En 1774, les derniers moines quittent l'abbaye pour se retirer à Pirmil.
Depuis la Révolution En 1790, elle devient bien national. Revendue en 1791 pour à René Vigneron de La Jousselandière (époux de Catherine Girard et homme de loi résidant à Beauvoir et devenu administrateur de la Vendée). Ils vinrent habiter Blanche-Couronne dès 1794, en période encore très troublée.
En 1815, elle est la propriété de la famille LavalADLA, Délibérations municipales 1815 Chapelle-Launay..
En 1841, elle devient la propriété de la famille Lecadre, d'un négociant français, ayant des habitations aux Antilles, puis celle de ses enfants dont Marie, épouse du peintre Auguste Toulmouche. Les Toulmouche sont une famille d'artistes qui fait du bâtiment un foyer culturel intense. Le peintre Toulmouche recevait fréquemment son cousin, le poète José Maria de Hérédia, ainsi que de nombreux poètes parnassiens et des peintres. En 1922, le département l'acquiert pour en faire un hospice d'aliénés pendant sept ans. Reprise par deux propriétaires en 1929, l'ancienne abbaye héberge des troupes anglaises, connaît l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale et sert de refuge à des habitants de Saint-Nazaire fuyant les bombardements alliés. Aujourd'hui une association tente de faire revivre ce lieu : les compagnons de Blanche-Couronne. En 1994, le bâtiment de l'abbaye a été classé en totalité au titre des monuments Historiques, alors que les dépendances et les écuries ont été inscrites aux monuments historiques cette même année. La tour sud-ouest de l'abbaye a, quant à elle, été inscrite par arrêté du Arrêté n° 2020/DRAC/CRPA1/04 portant inscription au titre des monuments historiques de la tour sud-ouest de l'ancienne abbaye mauriste de Blanche-Couronne à La Chapelle-Launay (Loire-Atlantique).
Le bâtiment appartient désormais à la commune et à l'association.
Description Architecture Les quatre ailes de l’abbaye s’organisent autour du cloître du . On y voyait jadis une chapelle privée qui datait du . La façade sud présente le blason sculpté de Jean Briçonnet, vice-chancelier de Bretagne et premier abbé commendataire. Le blason présente une crosse, qui est un marqueur de la charge d'abbé. Le peintre Jules-Élie Delaunay a peint ces armoiries dans une des salles de l'abbaye, à partir du motif sculpté, ce qui a induit des erreurs dans la représentation exacte du blason de la famille Briçonnet.
Au nord, l’église abbatiale du est à vaisseau unique et à chevet plat. Elle est couverte de charpente. Elle est sommée d’une flèche en charpente à l’est. La façade ouest,à deux contrefort plat, est structurée par un grand arc brisé à simple rouleau partant du sol où s’inscrit la grande fenêtre centrale en partie haute. La partie basse a été dénaturée par l’ouverture d’une porte de grange en place de son portail.
A l’est du cloître, la façade de la salle capitulaire () est formé de trois arcades brisées soulignées de voussure, la porte est au centre. Dans chacune des arcades latérales s’inscrivent deux fenêtres géminées de plein cintre retombant sur des supports formés de deux colonnettes en file à chapiteaux monté sur un mur bahut. Seul celui de droite a été restituée dans ses dispositions d’origine.
Décorations Dans le mur nord, une peinture murale () s'inscrit au fond d’un enfeu
Le reste des bâtiments conventuels date de la réforme mauriste de l’abbaye ()
La salle capitulaire date du . La cheminée date de . L'évier, qui date de 1274, semble être la moitié d'une ancienne pierre tombale du : celle de Marguerite, fille d'Alain de Dinan.
Sépultures notables +L'église de l'abbaye possédait jadis les tombes suivantes : Personne Blason Bonabes de Rochefort 30px|alt=Blason de Rochefort-en-Terre Etiennette, épouse de Josselin de La Roche-Bernard
Eon de Rochefort, vicomte de Donges 30px|alt=Blason de Rocheort-en-Terre Gillette de Rochefort, femme de Jean de Rohan (Branche du Gué-de-l'Isle), morte en 1510. 30px|alt=Blason de Rochefort-en-Terre Claude Cornulier, 30px|alt=Blason de la famille Cornulier Pierre Cornulier, évêque 30px|alt=Blason de la famille Cornulier Marie d'Ancenis 30px|alt=Blason de Rochefort-en-Terre
Listes des donations et des abbés Les listes suivantes recensent les donations faites à l'abbaye et les abbés successifs .
Liste des aveux et donations Les moines reçoivent dans leur communauté en 1167 Geoffroi, comte de Nantes, fils de Jelent, avec tout ce qui lui appartient : l'acte de cette donation est dressé en présence de Bernard , évêque de Nantes, le . L'abbé Sebrand fait une transaction en 1184 avec Robert II, évêque de Nantes, pour quelques dîmes. L'abbé Jean afféage en 1197, à André Arabe, un moulin qui est donné à son monastère par Simon Le Grand. Eudon, seigneur de Pontchâteau, fait plusieurs dons au monastère pendant que l'abbé Jean le gouverne. En 1210, Eudon restitue l'île de Pullent, en Cordemais que son père Olivier du Pons et son aïeul Daniel du Pons leur avaient donnée. Jean vit encore en 1218. L'abbé Daniel reçoit la donation faite à son église par Tiphaine de Tinteniac, dame de Pontchâteau « d'une mine de froment et d'une jeune vigne pour fournir le vin nécessaire à la messe ». Jean II arrente en 1233 à Guillaume Le Prévost, une terre nommée La Grée pour dix sous de cens annuel. Constance de Pontchâteau, lui donne en 1236 le tiers de son fief de Launay, plus une rentre sise sur des près de Montoir. Josselin, seigneur de La Roche-Bernard, lui donne en 1239 une saline sise à l'entrée du marais de Trevali. En 1258, Eudes de Pontchâteau fonde une lampe devant brûler jour et nuit sur le tombeau de son père. Cet abbé vit encore en 1270. L'abbé Guillaume de La Ferrière afféage en 1284 quelques terres à Guillaume Escorchart, et vit encore en 1208 et en 1311.