Lucien Louis Daniel, né le à La Dorée (Mayenne) et mort le , est un botaniste français qui a consacré ses recherches à l'étude de la greffe chez les végétaux., spécialiste des Chimères végétales, ou encore hybrides de greffe. Il est reconnu avec Ivan Mitchourine comme fondateur de la science des moyens de transformation dirigée des végétaux. Ses principaux ouvrages sont sur la pomologie, la question phylloxérique, le greffage et la crise viticole et les mystères de l'hérédité symbiotique. Il développa ses études des notions que l'on retrouve chez Ivan Mitchourine et Luther Burbank.

Même si la transmission héréditaire par le greffage reste erronée, les travaux de Daniel ont contribué l'agronomie moderne. Pour plusieurs scientifiques, une partie des conclusions des travaux de Daniel sont à réviser, sinon à les prendre que comme des éléments de contexte historique. Ses conclusions et ses théories sur la greffe ont été combattues par les spécialistes de ces questions. Dans le grand public, sa grande popularité lui vint de ses importants travaux sur la vigne et surtout de ses essais concluants d'acclimatation de certains cépages au nord de la Loire et principalement en Bretagne.

Biographie Origine Né à La Bigottière, en La Dorée, le , il est issu d'une famille d'agriculteurs. Il a deux frères Romain et DidierTous deux cultivateurs à Saint-Berthevin-la-Tannière..

Son père, Romain Daniel, est propriétaire à la Bigottière, commune de La Dorée, est marié à Anna Guilloux. Producteur de cidre, il établissait lui-même ses pépinièresIl formait les jeunes arbres sans avoir recours au greffage en sélectionnant les plants qui semblaient devoir fournir les meilleurs résultats. en sélectionnant les meilleures variétés de la région. Il est aussi l'auteur d'un procédé original de bouturage du PommierRevue bretonne de botanique, 1911, T. VI, p. 199..

Études Son père rêvait de faire de son fils un clerc de notaire. Lucien refuse ceci; et après une explication franche avec son père, rejoint l'école de Lassay pour préparer son brevet élémentaireAvec pour tout pécule cinq louis de vingt francs dans sa bourse..

Après la guerre franco-allemande de 1870, Lucien Daniel participe sous la direction de son père, pendant cinq ans, aux travaux agricoles du domaine familial.

Professeur En 1876À vingt ans et après son service militaire, car son apprentissage agricole l'a mis en retard sur ses camarades., il devient élève de l'École normale primaire de Laval. Il y reçoit ses premières leçons d'horticulture et d'arboriculture par Gustave Rivière.

Premier de sa promotion en 1879, il sort comme instituteur mais tout en préparant le brevet supérieurIl s'est aidé de l'aumônier, et en compagnie de son ami de toujours, Constant Houlbert, initié à la syntaxe latine. Après un bref séjour à l'École Primaire Supérieure d'Ernée, de à , il est nommé sur la proposition de ses chefs, répétiteur au lycée de Laval, où il restera jusqu'en .

Il a entre-temps, passé son baccalauréat ès-sciences. Il est nommé en 1881 professeur de sciences physiques et naturelles au collège de Château-Gontier, où il reste jusqu'en 1895. Il se marie en 1883 avec Marie Louise Robin, et en 1887, son fils Jean-Lucien naît. En parallèle à ses activités professorales, il va suivre chaque jeudi les cours de la Faculté des sciences de Rennes.

En , il est reçu licencié ès-sciences.

Docteur Il prépare ensuite son doctorat au Laboratoire de botanique de Faculté des sciences de Paris, sous la direction de Gaston Bonnier, dont il est un des premiers élèves. Ses premières découvertes semblent être liées en 1889 à la découverte de la présence et du rôle de l'inuline dans les capitules de certains Asteraceae.

Il soutient sa thèse en : Recherches anatomiques et physiologiques sur les bractées de l'involucre des composéesParmi les faits nouveaux observés, un des plus importants fut la découverte de l'inuline dans les involucres, les organes floraux et les réceptacles des capitules de certaines Tubuliflores et Radiees, quand cette substance manquait dans d'autres ou ne s'y trouvait qu'accidentellement. Localisée dans les parties incolores, elle ne pouvait coexister avec la chlorophylle. Abondante au moment du développement du capitule, elle disparaissait a la maturation du fruit. C'était une réserve de courte durée utilisée pour la reproduction sexuée, indépendante de la tuberculisation souterraine, mais pouvant coexister avec elle.. Pomologie C'est également à cette époque que développant l'enseignement reçu de Gustave Rivière, il se livre à d'importantes recherches sur la Pomologie et la fabrication des Cidres puis sur la Greffe et le choix des greffons dans les arbres fruitiers sur la Cheimatobie et la greffe du pommier, sur le Noircissement du cidre.

À cette époque, la France est encore touchée par la crise phylloxérique qui ravage le vignoble, et la culture des pommiers et la production de cidre connait un renouveauLe cidre remplaçant le vin devenu rare.. En 1890, le conseil général de la Mayenne et la municipalité de Château-Gontier mettent à sa disposition non seulement une partie du champ d'expériences réservé au professeur d'Agriculture, mais aussi des subventions. Avec, il établit, dès la fin de 1892, dans une ferme qui lui appartenait un petit verger d'études, à Loigné« Là, dit-il, quelque part (in litt.), je plantai de jeunes pommiers de semis, pris dans mon pays natal (La Dorée), élevés par moi suivant les principes de mon père, et dont j'avais pu déterminer, à l'avance, les qualités individuelles : vigueur, fertilité, qualité des fruits, etc. ». Daniel recommande alors l'utilisation d'arbres non greffés, en raison de leur longévitéPlus grande que celle des arbres greffés.. C'est aussi à cette époque, entre 1892 et 1894, qu'il effectue ses premiers essais sur les Cidres en collaboration avec Léon Marie DufourIl se charge de la partie chimique., directeur-adjoint du Laboratoire de Biologie végétale de Fontainebleau avec des méthodes novatricesLe Cidre et le Poiré (1894, p. 173); Lucien Daniel explique « qu'il eut, à cette époque, jusqu'à soixante-dix variétés de cidres; quelques-uns furent conservés en barriques, les autres, en plus grand nombre, furent mis en bouteilles; mais, tous provenaient d'une seule variété de pommes, broyées isolément. » Au mélange des pommes, pratiqué en ce temps-là, généralement, il avait substitué, ainsi qu'on le fait pour les vins, le mélange des cidres; il pouvait, de cette façon, étudier avec beaucoup plus de facilité les proportions qui convenaient le mieux pour l'obtention d'un cidre de qualité déterminée., qui ne peuvent être poussées jusqu'à des conclusions définitives.

La Greffe À partir de l'automne 1890 ses travaux portent aussi essentiellement sur la greffe et ses applications, à la suite de l'étude effectuée dans sa thèse. Il a travaillé sur de nombreux types de végétaux, plantes potagères, ornementales, à parfum, sauvages, arbres fruitiers, vigne, topinambours...

En 1891, il publie aux Comptes-rendus de l'Académie des sciences, un premier travail sur ce sujetGreffe des parties souterraines des plantes. et pendant près de cinquante années la plupart de ses travaux vont être consacrés à cette question de la greffe. En 1892, il aborde expérimentalement l'étude des greffes herbacées et dès 1894, il annonce la création de variétés nouvelles par la greffe, contrairement à l'opinion jusqu'alors classique du maintien par le greffage des caractères chez les plantes greffées ou leur descendance.

Il affirme la réalité des hybrides de greffe en 1894, dans une communication aux comptes-rendus de l'Académie des sciences. Ce fut aussi le début de son obsession des variations provoquées par la greffe, car après avoir annoncé l'apparition de variétés nouvelles par la greffe, il allait plus tard signaler la découverte d'espèces nouvelles provoquées par le greffage, et s'obstiner de plus en plus à croire que ces prétendues espècesSimples morphoses de peu d'importance dues à des variations de nutrition, non stables et encore moins héréditaires, ou parfois des variations de bourgeons que l'on peut observer aussi sur des végétaux non greffés. sont de vraies espèces héréditaires. À partir de ce moment, il publie une suite ininterrompue de mémoires et de notes où il a accumulé une grande masse de faits observés avec bonne foi sur des plantes qu'il a greffées à l'infini, déployant pour cela une très grande habileté.

En 1894 et 1895, il avait démontré l'influence du sujet sur la postérité du greffon et obtenu par semis des graines d'un chou rave greffé sur chou cabus une race de moëllier de printemps, résistant au froid, qui supporte bien les hivers, alors que le moellier ordinaire gèle souvent.

Dans le même ordre d'idées, il produisit (1898-1899) des races nouvelles de haricots dont les unes étaient vivaces et les autres remontantes.

Il améliore la Carotte sauvage par sa greffe sur Carotte cultivée et par le semis de ses graines. En 1902, il publie en collaboration avec Victor Thomas, une note sur l'utilisation des minéraux par les plantes greffées, et il montre comment, par accoutumance progressive, on peut associer des espèces dont les appétences sont normalement opposées(Heliotrope et Myosotis palustris).. De même, il redonne une vitalité nouvelle à une branche sénile de Scopolia par sa greffe sur Tomate jeune et elle fournit de nouvelles fleurs en devenant remontante.

Plus tard, il constate l'influence du greffage sur la production des monstruosités (1906); en 1914, il met au point la question de l'hybridation asexuelle et publia une Classification rationnelle des symbioses.

Il cite ainsi les cas du navet greffé sur le chou et dont les graines ont donné des navets à tubercules de taille plus réduite que les témoins et à goût de chou.

Il serait pourtant injuste de denier à ses travaux sur la greffe toute valeur. Si on ne peut en accepter les conclusions, on prendra longtemps grand intérêt à les consulter. Son principal travail d'ensemble : Études sur la greffe (1927-1930) représente certainement ce qu'on a publié de plus complet sur ce sujet au début du .

Dans ses dernières publications et notamment dans son ouvrage : Études sur la greffe (1930), il semble avoir été moins absolu qu'il ne l'avait été autrefois (dans la période 1892-1912), relativement aux variations que provoque la greffeIl admettait même qu'il existe des greffages neutres, c'est-à-dire, qui pendant une période suffisamment longue conservent les caractères utilitaires de certains végétaux qu'on multiplie par ce procédé, mais il prétendait toujours que « cette conservation n'est pas indéfinie, mais elle entraîne à la longue des dégénérescences, comme les autres procédés de multiplication asexuelle et l'action abusive de certains engrais »..

Mycologie, botanique et biologie végétale en Mayenne En quatre années, Lucien Daniel recueille un nombre suffisant de documents sur la mycologie de la Mayenne pour publier en 1892 une importante liste de Champignons basidiomycètesLe nombre des espèces reconnues avant lui par quelques botanistes, parmi lesquels il convient de citer surtout Narcisse Henri François Desportes, Sosthène Duclaux, Louis Crié, Constant Houlbert était de 110; il porta ce chiffre à 423.. Puis en quatre suppléments, parus entre les années 1892-96, il ajouta encore une centaine d'espèces. Il s'intéressa aussi aux Ascomycètes et aux Champignons inférieurs, et il en donna des localités pour près de 150 espèces.

Lucien Daniel, en complément de ce qui avait été déterminé par Sosthène Duclaux et Charles Chedeau, y fait de nouvelles et intéressantes découvertes. C'est dans