Ramdane Abane (en kabyle : Remḍan Ɛebban, en tifinagh : ⵕⵎⴹⴰⵏ ⵄⴱⴱⴰⵏ, en arabe : رمضان عبان), le plus souvent désigné comme Abane Ramdane (le patronyme avant le prénom), né le à Fort-National (aujourd'hui Larbaâ Nath Irathen) dans l'actuelle wilaya de Tizi Ouzou, et mort assassiné le à Tétouan au Maroc, est un militant politique et révolutionnaire algérien, ayant joué un rôle clé dans l'organisation de la lutte indépendantiste lors de la guerre d'Algérie.
Souvent considéré comme le dirigeant le plus politique du Front de libération nationale (FLN), il est surnommé « l'architecte de la révolution ». Abane Ramdane a su regrouper et unir au sein du FLN l’ensemble des courants politiques pour lutter contre la domination française. Principal organisateur du congrès de la Soummam, il trace les grandes lignes du mouvement révolutionnaire consistant à créer un État dans lequel l'élément politique l'emporte sur l'élément militaire, et a opté pour le pluralisme politique et linguistique en AlgérieMameri Khalfa, Abane Ramdane Héros de la Guerre, Édition L'Harmattan, 1988 .
Il meurt assassiné en au Maroc sur fond de querelles de pouvoir au sein du FLNAli Mebtouche, Histoire d'un berger de Kabylie pendant la guerre d'Algérie, Éditions l'Harmattan, Paris 2007, page 121, Retour sur l’assassinat politique d’Abane Ramdane, Boubekeur Ait Benali, lematindz.net, 26 décembre 2014.
Biographie
Abane Ramdane est né le à Azouza dans la commune de Larbaâ Nath Irathen dans l'actuelle wilaya de Tizi Ouzou. En 1933, il obtient son certificat d'études primaires. En , il rejoint le collège Duveyrier à Blida où il accomplit toute sa scolarité secondaire en tant qu'interne. En 1942, Il obtient le baccalauréat mathématiques avec mention « Bien ».
Il est mobilisé et affecté pendant la Seconde Guerre mondiale, comme sous-officier, dans un régiment de tirailleurs algériens stationné à Blida, en attendant le départ pour l'Italie. Démobilisé, il entre au Parti du peuple algérien (PPA) et milite tout en travaillant comme secrétaire de la commune mixte de Châteaudun du Rhummel (Chelghoum Laïd).
Marqué par les massacres du 8 mai 1945, il abandonne ses fonctions, rompt définitivement avec l'administration coloniale et entre en clandestinité pour se consacrer à « la cause nationale » au sein du PPA-MTLD. Il est désigné, en 1948, comme chef de wilaya, d'abord dans la région de Sétif, puis dans l'Oranie. Durant cette période, il est également membre de l'Organisation spéciale (OS), bras armé du Parti, chargé de préparer la Révolution.
Dans les prisons françaises, élaboration d'une culture politique Recherché par la police française dans l'affaire dite du « complot de l'OS ». Il est arrêté le mois d'Avril 1950 dans l'Ouest du pays. Il est jugé le , après avoir subi plusieurs semaines d'interrogatoire et de torture, et condamné à 6 ans de prison, 10 ans d'interdiction de séjour, 10 ans de privation des droits civiques et 300 000 francs d'amende pour « atteinte à la sûreté intérieure de l'État ». Commence alors un long séjour dans les prisons d'Algérie (Bougie, Barberousse, Maison Carrée) et de métropole. Après un court séjour aux Baumettes (Bouches-du-Rhône) au début de l'année 1952, il est transféré à Ensisheim (Haut-Rhin, Alsace) dans une prison de haute sécurité. Soumis à un régime de détention de droit commun, il entame une longue grève de la faim. À l'article de la mort, il est soigné et sauvé in extremis, et obtient gain de cause.
Prisonnier politique, il est transféré en 1953 à la prison d'Albi dans le Tarn (Sud-Ouest de la France) où le régime carcéral, plus souple, lui permet de s'adonner à son loisir favori, la lecture. Il découvre la condition faite à la nation irlandaise, qu'il juge semblable à celle que subit le peuple algérien depuis plus d'un siècle, et le sort d'Éamon de Valera qui connut, comme lui, les geôles britanniques.
Transféré à la prison de Maison Carrée au cours de l'été 1954, il est tenu au courant des préparatifs de . Il est désigné d'office comme l'un des douze membres d'un comité chargé de prendre en mains les destinées de la rébellion contre le régime français, pour l'indépendance de l'Algérie.
Libération, retour à la clandestinité et organisation des réseaux FLN vignette|droite|Une délégation du FLN au Caire en 1957. De gauche à droite : Krim Belkacem, Fathi Dib, Abane Ramdane, M'Hamed Yazid, Lamine Debaghine, Saad Dahlab, Benyoucef Benkhedda et Ferhat Abbas.|230x230px C'est à ce titre que les dirigeants de la zone III (Kabylie, future wilaya III historique) prennent contact avec lui quelques jours après sa sortie de prison, le mois de avant d'avoir purgé la totalité de sa peine (6 ans). Il est alors assigné à résidence à Azouza. Après quelques jours passés auprès de sa mère paralysée, il quitte Azouza, entre en clandestinité et prend en charge la direction politique de la capitale. Son appel du à l'union et à l'engagement du peuple algérien signe l'acte de naissance d'un véritable Front de libération et son émergence en tant que mouvement national. Il y affirme son credo unitaire, « la libération de l'Algérie sera l'œuvre de tous », qu'il n'aura de cesse de mettre en œuvre.
Il obtient une grande influence dans la direction intérieure installée à Alger. Chargé des questions d'animation de la « Révolution » au niveau national en assurant la coordination inter-wilayas, il anime également la liaison avec la Délégation extérieure du FLN établie au Caire, les fédérations de France, de Tunisie et du Maroc. Il a ainsi la haute main sur toutes les grandes questions d'ordre interne et international.
Il se consacre également à organiser et à rationaliser la lutte, et à rassembler toutes les forces politiques algériennes au sein du FLN pour donner à la « révolution » du la dimension d'un grand mouvement de résistance nationale. Secondé par Benyoucef Benkhedda, il impulse la création dEl Moudjahid, le journal clandestin de la Révolution, qui prend la suite de Résistance algérienne, ainsi que de l'hymne national algérien KassamanQue connaissez-vous de Kassaman? - L'Expression, 18 novembre 2007 (en contactant lui-même le poète Moufdi Zakaria). Par ailleurs, il appuie la naissance des organisations syndicales ouvrière (UGTA), commerçante (UGCA) et estudiantine (UGEMA), qui deviendront, elles aussi, un terreau pour la rébellion.
Il s'efforce également de détruire les organisations concurrentes au FLN comme l'Union syndicale des travailleurs algériens (USTA) en envoyant en France Rabah Bouaziz pour cette missionLinda Amiri in La France en guerre 1954-1962 ouvrage collectif dirigé par Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault, p. 274. Selon Jacques Simon, il est aussi responsable du Massacre de Melouza, un bourg placé sous l'influence du Mouvement national algérien (MNA)Jacques Simon, La fédération de France de l'Union syndicale des travailleurs algériens (USTA) F.L.N contre U.S.T.A.
Structuration politique du mouvement national et luttes internes vignette|droite|Ouazana à la wilaya IV en . Abane Ramdane en route pour le congrès de la Soummam, de gauche à droite : Abane Ramdane, Safia Bazi, Fadhila Mesli, Meriem Belmihoub et Amara Rachid.|230x230px
Il met en chantier et supervise la rédaction d'une base doctrinale destinée à compléter et à affiner les objectifs contenus dans la Proclamation du . Appuyé par Larbi Ben M'hidi, il fait adopter au Congrès de la Soummam du un statut pour l'armée de libération nationale (ALN) devant se soumettre aux « lois de la guerre », et surtout, devenir une plate-forme politique dans laquelle est affirmée la « primauté du politique sur le militaire et de l'Intérieur sur l'Extérieur ». Critiquant la violence sans limite des militaires, il fait adopter par le Congrès, des consignes très fermes : « Les tribunaux: aucun officier, quel que soit son grade, n’a plus le droit de prononcer une condamnation à mort. Les tribunaux à l’échelle secteur et zone seront chargés de juger les civils et les militaires. L’égorgement est formellement interdit à l’avenir, les condamnés à mort seront fusillés. L’accusé a le droit de choisir une défense. La mutilation est formellement interdite, quelles qu’en soient les raisons que l’on puisse alléguer. Les prisonniers de guerre : il est formellement interdit d’exécuter les prisonniers de guerre. A l’avenir un service des prisonniers de guerre sera créé dans chaque wilaya ; il aura surtout pour tâche de populariser la justesse de notre lutte ».
En réponse à la déclaration de Guy Mollet, en , de faire exécuter les « rebelles » algériens condamnés à mort, Abane déclara : « Nous prenons le monde à témoin des conséquences qui découleraient de ce monstrueux crime devant lequel ont reculé même les Pinay, Faure et Soustelle. Si le gouvernement français faisait guillotiner les condamnés à mort, des représailles terribles s’abattront sur la population civile européenne »Le en perspective : causes et conséquences d’un événement (2004), Guy Pervillé, colloque du Centre d’études pied-noir (CEPN) sur le thème "Cinquante ans après la Toussaint rouge, peut-on faire un bilan ?", le 31 octobre 2004, publié le 2 novembre 2008.
vignette|230x230px|Larbi Ben M'hidi, Abane Ramdane et le colonel Sadek en 1956.Il est désigné comme l'un des 5 membres d'un directoire politique national, le Comité de coordination et d'exécution (CCE), chargés de coordonner la « Révolution » et d'exécuter les directives de son conseil national (CNRA) créé à cet effet.
C'est Abane Ramdane qui décide avec Larbi Ben M'Hidi (membre du CCE) et Yacef Saâdi de déclencher la Bataille d'Alger, durant laquelle, chargé avec Ben M'hidi de superviser l'action militaire, il coordonne l'action et la propagande politiques en direction de la population algérienne. En , après l'arrestation et l'assassinat de Ben M'hidi, et la traque de Yacef Saadi, les réseaux FLN à Alger, combattus par la parachutiste du général Massu, s'effondrent. Abane avec les trois autres membres du CCE doivent alors quitter la ville.
En fuyant l'Algérie, Abane Ramdane se plaçait dans une situation délicate et paradoxale : alors que, lors du congrès de la Soummam, il avait prôné et fait adopter à l'unanimité la primauté des responsables de l'intérieur sur ceux de l'extérieur ainsi que celle des « politiques » sur les « militaires », s'il ne devenait pas tout à fait un de ces derniers, le seul fait de son éloignement risquait d'affaiblir son autorité tant sur les combattants que sur la délégation extérieure du FLN. Mais le tempérament d'Abane ne le portait pas au renoncement. La disparition de Ben M'Hidi devait le consacrer définitivement comme le , mais sa ligne politique est combattue d'une part par Ahmed Ben BellaEntretien avec Madame Abane Ramdane:“Ben Bella a été fabriqué par les Français”, entretien, espoirmaghreb.wordpress.com, 12 mai 2011 qui peut s'appuyer encore sur les forces armées et surtout par Krim Belkacem, Lakhdar Bentobal, Abdelhafid Boussouf et Houari Boumédiène qu'il critique sévèrement. Cette opposition se concrétise en mars-. Ramdane Abane fustige alors les dérives du FLN et reproche violemment aux "colonels" leur soif de pouvoir et leur conduite dictatoriale. La volonté d'écarter un rival politique relativement populaire dénonçant l'évolution du FLN vers un pouvoir militaire sera probablement la principale raison poussant les "colonels" à la décision d'emprisonner, voire d'éliminer RamdaneLes détails de l’assassinat d’ABANE RAMDANE, Mohamed Lebdjaoui, bejaialamedelakabylie.wordpress.com, 24 décembre 2012, Extrait de Vérités sur la Révolution algérienne, paru en 1986 aux Éditions Gallimard.
Assassinat vignette|328x328px|Journal El Moudjahid, numéro 24 - 29 mai 1958.