Le 9K32 Strela-2 (en , flèche), désigné par l'OTAN SA-7 , est un système de missile sol-air portatif très courte portée de conception soviétique, guidé par infrarouge et doté d'une charge militaire hautement explosive.

Assez comparable, en matière de performances, au missile américain dont il est inspiré, le FIM-43 Redeye sorti plus tôt, il fut la première génération de missiles SAM (Surface to Air Missile) portatifs soviétiques, son entrée en service se faisant en 1968 et la production des premières séries démarrant en 1970.

Décrit par un expert comme étant Twentieth Century Artillery , 2000, Ian Hogg, Chapter 6, ., le Strela et ses dérivés ont été utilisés massivement dans presque tous les conflits régionaux apparus depuis l'année 1968.

Développement

De nouveaux besoins La fin de la Seconde Guerre mondiale vit apparaître un revirement majeur dans la politique de défense aérienne soviétique. L'arrivée des nouveaux modèles de bombardiers nucléaires américains à long rayon d'action, capables de pénétrer l'espace aérien soviétique à des altitudes et des vitesses impensables auparavant, rendit instantanément obsolète la quasi-totalité des intercepteurs et systèmes de canon antiaériens alors existants.

Afin de combler cette vulnérabilité préoccupante, de nombreux systèmes de missiles sol-air à haute altitude furent rapidement mis au point, tels les SA-1 Guild et SA-2 Guideline, mais à cause de l'apparente obsolescence des armes conventionnelles, seule une très faible attention fut consacrée à la conception de systèmes mobiles pour le champ de bataille.

Cette optique de combat fut rapidement revue en profondeur, avec l'arrivée de la guerre de Corée. Étant un conflit entièrement conventionnel, il apparut assez rapidement que les armes nucléaires n'étaient pas la seule raison d'être et la seule solution à une guerre. Face à une Armée de l'Air américaine puissante et moderne, faisant usage de charges utiles non nucléaires, l'Union soviétique décida d'investir lourdement dans la création de systèmes de défense antiaériens multi-niveaux, consistant en plusieurs systèmes SAM mobiles, couvrant plusieurs domaines d'altitudes et apportant une protection efficace aux forces terrestres.

Cette doctrine d'emploi listait cinq besoins principaux :

Au niveau de l'armée Systèmes de défense antiaérienne de moyenne à haute altitude : 2K11 Kroug (nom de code OTAN : SA-4 Ganef). Au niveau des groupements Systèmes de défense antiaérienne de courte à moyenne portée : 2K12 Koub (nom de code OTAN : SA-6 Gainful). Au niveau des divisions Systèmes de défense antiaérienne à courte portée et basse altitude : 9K33 Osa (nom de code OTAN : SA-8 Gecko). Au niveau des régiments Systèmes de canons antiaériens tout-temps guidés par radar ZSU-23-4 Shilka et missiles à très courte portée Strela-1 (nom de code OTAN : SA-9 Gaskin). Au niveau des bataillons Systèmes portatifs Strela-2 (nom de code OTAN : SA-7 Grail). vignette|right|upright|Un soldat soviétique posant avec un lanceur Strela.

Au départ, les systèmes Strela-1 et Strela-2 étaient prévus pour être tous deux des systèmes portatifs. Mais, comme le Strela-2 prouva qu'il était bien plus petit et léger que son frère aîné, le rôle du Strela-1 fut changé et attribué à un système plus lourd monté sur un véhicule, le SA-9 Gaskin (monté sur un châssis de BRDM-2). Avec sa portée plus grande et ses performances intéressantes, il apportait son soutien au ZSU-23-4 dans son rôle de protection des régiments.

Au moment où le développement commença dans les bureaux (OKB) de Turopov (plus tard transférés à Kolomna), des informations détaillées sur le missile américain FIM-43 Redeye devinrent accessibles. Alors qu'il n'était nullement une simple copie de rétro-ingénierie, la conception du Strela était, à bien des égards, fortement inspirée de celle du Redeye, qui avait commencé son développement quelques années plus tôt. En raison d'une base technique comparativement primitive de la part des soviétiques, le développement fut très long, et de nombreux problèmes surgirent, en particulier lors de la conception d'une fusée et d'une tête chercheuse de tailles suffisamment réduites. Les ingénieurs soviétiques optèrent donc pour l'utilisation d'une tête plus simple que celle équipant le Redeye, permettant à la version initiale 9K32 Strela-2 (désignation OTAN : SA-7A) d'entrer finalement en service en 1968, avec tout de même de retard sur le programme prévu.

Améliorations La version initiale souffrait de nombreuses lacunes : le missile ne pouvait engager que des cibles volant assez lentement et à basse altitude, et uniquement dans leur hémisphère arrière (la zone où des gaz chauds sortent des moteurs). Il souffrait également d'une capacité de détection faible (en particulier en présence de sources de radiations IR humaines ou naturelles à proximité) et souvent, même lorsqu'un impact avait lieu, le missile n'arrivait pas à détruire réellement sa cibleLappi, Ahti: Ilmatorjunta Kylmässä Sodassa, 2003 On arrows and needles: Russia's Strela and Igla portable killers. , January, 2004. Michal Fiszer and Jerzy Gruszczynski.

Sa faible létalité était un souci majeur, en particulier lorsqu'il était utilisé contre les chasseurs à réaction : La partie la plus de la cible étant un cône imaginaire situé juste derrière le moteur lui-même, le missile l'atteignait souvent mais sa charge militaire trop faible était souvent insuffisante pour causer de réels dommages au moteur lui-même.

Dans le but de remédier à ces défauts, deux versions améliorées furent déjà commandées en 1968 : le 9K32M (nom de code OTAN : SA-7B), un missile légèrement amélioré destiné à remplacer l'original et corriger grossièrement ses défauts, et le plus ambitieux 9K34 Strela-3. Comme les modifications appliquées au étaient relativement légères, le processus fut rapide et le missile fut admis en service en 1970. Il remplaça immédiatement le modèle original sur les lignes d'assemblage. Les améliorations portèrent essentiellement sur l'augmentation de l'enveloppe de détection du nouveau système :

Propulseur plus puissant Augmentation de la portée oblique, de , et un plafond opérationnel de . Logiques de contrôle et de guidage améliorées Possibilité d'engager des avions à hélice et des hélicoptères, mais pas les avions à réaction, en approche à une vitesse maximale de (environ ). Cibles en éloignement La vitesse maximale à laquelle une cible en éloignement peut être engagée passe de 220 à (environ ). Système de mise à feu simplifié Le mécanisme et la poignée à simple détente, dont l'automatisation a été poussée, apportent une méthode de tir simplifiée contre les cibles rapides.

Contrairement à ce qui fut d'abord rapporté dans certaines publications occidentales, des informations plus récentes indiquèrent que même si la létalité à l'impact était toujours un problème reconnu, la charge militaire restait toujours d'un modèle identique à celle de l'original http://www.arms-expo.ru/site.xp/049051049050124052050050.html ( dont d'explosif TNT). Elle est, en fait, restée l'ogive de tous les MANPADS (missiles portatifs) soviétiques jusqu'alors, y compris la plupart des variantes de l'Igla.

Pour résoudre le problème de la faible létalité, un explosif HE plus puissant que la TNT, le HMX, fut utilisé sur les systèmes ultérieurs. Il fut combiné à des fusées améliorées, des manœuvres terminales et une amorce supplémentaire permettant d'utiliser le carburant non brûlé à l'impact. Le design original de la charge militaire du Strela-2M demeura malgré tout en usage standard, consistant en de charge explosive à l'intérieur d'un boîtier métallique pré-fragmenté.

La tête chercheuse ne bénéficia que d'améliorations mineures, lui apportant une meilleure possibilité de discrimination entre le signal de la cible et les émissions parasites de l'environnement. Sa seule protection contre les contre-mesures résidait dans son très étroit champ de vision, ce qui permettait d'espérer que les leurres, tombant rapidement après avoir été largués, sortiraient rapidement de sa vue pendant qu'il foncerait sur une cible rapide. En pratique, il sera prouvé à de nombreuses reprises que ces fusées (leurres thermiques) étaient ce qui se faisait de mieux pour semer n'importe quelle version du Strela-2.

Le capteur est habituellement décrit comme étant un simple . Il ne peut voir que les émissions infrarouges émises dans le spectre (dont la longueur d'onde est proche de la lumière visible par l'œil humain), rayonnement émis par des surfaces très chaudes et habituellement détectable dans le cône de souffle d'un moteur. Cela n'autorise donc qu'un engagement par l'arrière des avions à réaction, ce qui donne souvent à cette arme une réputation de , car elle doit attendre que l'avion l'ait dépassée avant de partir à sa poursuite.

Le Strela-2M a aussi été produit pour une utilisation à bord des bâtiments de guerre du pacte de Varsovie War Machine, issue 64 (magazine), 1984, Orbis Publications, ., les bâtiments amphibies soviétiques et d'autres engins plus petits. L'arme était identique, mais l'OTAN lui attribua le nom de code .

Caractéristiques

Fonctionnement et emploi du système Le lance-missiles consiste en un tube de lancement de couleur verte, contenant le missile, une poignée et une batterie thermique cylindrique. Le tube de lancement est rechargeable dans les ateliers, mais chaque missile est délivré aux personnels à l'intérieur de son propre tube. Chaque tube peut être rechargé et réutilisé cinq fois..

Lors d'un engagement contre des cibles lentes ou en éloignement, l'opérateur aligne la cible avec les mires métalliques du tube et n'appuie sur la détente qu'à demi-course (). Cette action débloque la tête chercheuse et l'autorise à tenter d'accrocher une piste. Si la signature IR de la cible peut être accrochée, malgré le bruit ambiant, cela est signalé par une lumière et un buzzer. Le tireur appuie alors complètement sur la détente et prend immédiatement le bon angle de tir. Cette méthode est appelée l'engagement manuel. Un mode automatique, employé principalement pour l'engagement de cibles rapides, permet au tireur de directement appuyer à fond sur la détente en une seule fois. Il doit en même temps s'aligner directement sur la cible. La tête chercheuse va se déverrouiller et automatiquement faire partir le missile lorsqu'un signal assez fort sera détecté.

Le constructeur affirme que le temps de réaction mesuré pour le lancement d'un missile est de , depuis la position de transport (missile sur le dos et les protections posées) jusqu'au tir. Une prouesse qu'il est possible d'accomplir, mais nécessitant à l'usage une bonne dose d'entraînement et une grande expérience dans le maniement des missiles. Avec le lanceur à l'épaule, les caches retirés et les mires de visées déployées, le temps de réaction depuis l'ordre de tir jusqu'au lancement se réduit à 6~, mais dépend grandement de la cible visée et du niveau de compétence du tireur.

Mise à feu du missile

Après avoir activé l'alimentation en courant de l'électronique du missile, le tireur attend que l'alimentation électrique et les gyroscopes se stabilisent, aligne sa cible et la poursuit doucement avec les réticules de visée du tube. Il pousse sur la détente de la poignée, ce qui active l'électronique de la tête chercheuse et lui permet d'essayer d'accrocher la cible. Si la cible produit un signal assez fort et que le taux d'évolution angulaire reste dans des paramètres acceptables, le missile alerte le tireur que la cible est verrouillée, par l'intermédiaire d'un buzzer produisant un signal constant et de l'allumage d'un voyant sur le système de visée. L'opérateur a alors pour donner du guidage vers la cible, pendant que la source d'énergie interne du missile est activée et la cartouche d'éjection est allumée.

Si la cible se retrouve en dehors des limites acceptables, la lumière dans la visée et le signal sonore signalent au tireur de rediriger le missile.