Un biocarburant, ou agrocarburant, est un carburant (combustible liquide ou gazeux) produit à partir de matière organique, provenant de la biomasse (c'est le sens du préfixe « bio ») et qui complète ou remplace un combustible fossile.

Actuellement, deux filières principales coexistent : la filière huile et dérivés, comme l'huile végétale carburant, le biogazole (ou biodiesel), mais aussi des graisses animales ou des acides gras divers (algues) ; la filière alcool comme le bioéthanol, à partir de sucres, d'amidon, de cellulose ou de lignine hydrolysées. D'autres formes moins développées, voire simplement au stade de la recherche, existent aussi : carburant gazeux (biogaz, biométhane, dihydrogène), voire carburant solide (gazogène)

La production mondiale d'agrocarburants s'élève à en 2022, en progression de 68 % par rapport à 2010. Les principaux pays producteurs sont les États-Unis (38,1 % du total mondial), le Brésil (21,4 %) et l'Indonésie (9,1 %).

En Europe, depuis , pour être certifié « durable » un biocarburant doit répondre à des .

vignette|La canne à sucre peut être utilisée pour produire des agrocarburants. Sa culture est source de changement d'occupation des sols.

Le développement des biocarburants est limité par deux facteurs : l'un physique, un faible rendement de conversion de l'énergie solaire en biomasse. . ; l'autre politique, la décision d'une transition énergétique vers les véhicules électriques. Décidée pour 2035 en Europe, elle a réduit considérablement l'intérêt des recherches et a conduit à un désengagement des sociétés pétrolières qui finançaient ces projets..

Dénomination La langue anglaise ne possède qu'un seul terme, , qui peut être également retrouvé dans des textes francophones.

Plusieurs expressions concurrentes coexistent en langue française. « Biocarburant » (formé du grec βιος, « vie, vivant », et de « carburant ».) indique que ce carburant est obtenu à partir de matière organique (biomasse), par opposition aux carburants issus de ressources fossilesBiocarburants , ministère de l'Écologie, , note 1 (consulté le 3 janvier 2015).. L'appellation « biocarburant » a été promue par les industriels de la filière. et certains scientifiques. Biocarburant est la dénomination retenue en 2003 par le Parlement européen. « Agrocarburant » (du latin , « le champ »), plus récente (2004)., s'applique aux carburants obtenus à partir de biomasse agricole. De facto, elle ne recouvre donc pas les biocarburants de , et imparfaitement ceux de . Elle est privilégiée par certains scientifiques, une partie de la classe politique française (à sensibilité écologiste) et des médias qui estiment que le préfixe « bio » est associé en France au mode de production de l'agriculture biologique. et soupçonnent les industriels de la filière de profiter de l'image positive de celle-ci. Depuis le , le terme agrocarburant a été retenu par les parlementaires français pour transposer les différentes directives européennesLes biocarburants s'appelleront désormais des « agrocarburants », Le Monde, 17 mai 2013 (consulté le 19 janvier 2018).. En 2007, l'association Bio Suisse demande dans un communiqué de presse à l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) de modifier les textes de lois et l'usage en Suisse pour que ne soit utilisé que le terme « agrocarburant ».. « Agrocarburant » est le plus souvent utilisé pour marquer la provenance agricole de ces produits, et la différence avec les produits issus de l'agriculture biologique. « Nécrocarburant » est utilisé par certains écologistes, comme le journaliste Fabrice Nicolino, pour dénoncer les risques écologiques et sociaux posés par le développement des agrocarburantsNécrocarburants : Borloo et Bussereau persistent et signent !, Jean-Louis Roumégas et Anne Souyris pour le parti des Verts, le 23 avril 2008.. « Carburant végétal » est utilisée par l'Association pour le développement des carburants agricoles (ADECA).. « Carburant vert » est parfois appliquée à des carburants contenant une fraction de biocarburantLe carburant vert pollue aussi, Futura, 25 avril 2007 (consulté le 19 janvier 2018)..

Première et deuxième générations Le Journal officiel de la République française du définit deux générations de biocarburants. : la première est constituée d'alcools, d'huiles, d'esters d'huiles ou d'hydrocarbures qui sont obtenus après transformation de produits agricoles destinés habituellement à l'alimentation humaine ou animale (provenant notamment de plantes sucrières, amylacées ou oléagineuses) ; l'équivalent anglais est ; la deuxième est constituée de composés oxygénés ou d'hydrocarbures obtenus à partir de bois, de cultures spécifiques non destinées à l'alimentation humaine ou animale, de résidus agricoles et forestiers ou de déchets ménagers ; les équivalents anglais sont et .

En 2008, pour Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Écologie : « La position de la France est claire : cap sur la deuxième génération de biocarburants » et « pause sur de nouvelles capacités de production d’origine agricole »..

Historique

À la naissance de l'industrie automobile, le pétrole et ses dérivés n'étaient pas très utilisés ; c'est donc très naturellement que les motoristes se tournaient, entre autres, vers ce qu'on n'appelait pas encore des biocarburants : Nikolaus Otto, inventeur du moteur à combustion interne, avait conçu celui-ci pour fonctionner avec de l'éthanol. Rudolf Diesel, inventeur du moteur du même nom, faisait tourner ses machines à l'huile d'arachide. Entre 1911 et 1912, il déclarait que « le moteur Diesel peut être alimenté avec des huiles végétales et sera en mesure de contribuer fortement au développement de l'agriculture des pays qui l'utiliseront », prédisant que « l'utilisation d'huiles végétales comme combustible liquide pour moteurs peut sembler insignifiante aujourd'hui », mais que « ces huiles deviendront bientôt aussi importantes que le pétrole et le goudron de charbon »Gaïa, Rudolf Diesel. La Ford T (produite de 1903 à 1926) roulait avec de l'alcool. Henry Ford écrivait en 1906 dans un article de presse « Il y a de l'essence dans toute matière végétale qui peut être fermentée »..

Le , les efforts d'Édouard Barthe pour la promotion d'un carburant national à base d'alcool de grains sont entérinés par la loi..

Lors des deux guerres mondiales, les gazogènes sont rapidement apparus dans les pays occupés pour parer au manque de gazole ou d'essence.

Au milieu du , le pétrole abondant et bon marché explique un désintérêt des industriels pour les biocarburants. Les premier et deuxième chocs pétroliers (1973 et 1979) les rendirent à nouveau attractifs, pour des questions stratégiques (sécurité d'un approvisionnement en énergie) et économique (réduction de la facture pétrolière, développement d'une industrie nationale dans un contexte de chômage croissant). De nombreuses études furent ainsi menées à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Le Brésil engagea un vaste programme de production d'éthanol à partir de canne à sucre, et de conversion de son parc automobile à cette énergie (programme , décret-loi du , renforcé en 1979)..

Aux États-Unis, les travaux du National Renewable Energy Laboratory (Département de l'Énergie des États-Unis) sur les énergies renouvelables ont commencé dans les années 1970 dans le contexte du pic pétrolier américain. Il est alors apparu indispensable au gouvernement américain de se tourner vers des sources pétrolières étrangères ou de développer d’autres carburants.

Le contre-choc pétrolier de 1986 (baisse des prix du pétrole) ont fait chuter l'enthousiasme pour les biocarburants.

Cependant, durant les années 1980, l'Institut français du pétrole (IFP) se penche sur la transformation des huiles végétales en esters méthylique d'huiles végétale (biogazole). Les tests réalisés révèlent la possibilité d'utiliser du biodiesel en mélange avec le gazoleDaniel Ballerini, Le Plein de biocarburants ? Enjeux et réalités, IFP Publications, 2007. La mise en place de jachères agricoles dans le cadre de la Politique agricole commune de 1992 est alors perçue par certains comme une occasion pour développer ce type de production. Une première unité industrielle de production de biogazole est ainsi mise en place à Compiègne en 1992Daniel Ballerini, ibid., 2007, p. 83Daniel Ballerini, avec la collaboration de Nathalie Alazard-Toux, Les Biocarburants - État des lieux, perspectives et enjeux du développement, IFP Publications, 2006, p. 3-4.Fadéla Benabadji, Biocarburants, questions - Réponses, Éditions ETAI, 2006, p. 91-94.

En 2000, une nouvelle hausse du prix du pétrole, la menace du pic pétrolier, la nécessité de lutter contre l'effet de serre (respect des engagements du protocole de Kyoto en 1997), les menaces sur la sécurité d'approvisionnement et enfin et surtout la surproduction agricole ont conduit les gouvernements à multiplier les discours et les promesses d'aides pour le secteur des biocarburants, la filière bénéficiant d’un régime fiscal particulier avec les États qui financent la majeure partie de leur surcoût d’utilisation. Les États-Unis lancent un grand programme de production d'éthanol de maïs. La Commission européenne souhaite que les pays membres incluent au moins 5,75 % de biocarburants dans l'essence, et, à cet effet, les directives adoptées autorisent les subventions et détaxations, ainsi que l'utilisation des jachères à des fins de production d'agrocarburantBiocarburant E10 : du vert à la pompe des stations-service, sur developpementdurable.com. Enfin, la Suède vise une indépendance énergétique dès 2020.

En , un rapport de l'ONU n'arrive pas à quantifier les avantages et inconvénients de ces produits. Il propose aux décideurs d'encourager leur production et utilisation durable ainsi que celles d'autres « bioénergies », en cherchant à maximiser les bénéfices pour les pauvres et pour l'environnement tout en développant la recherche et le développement pour des usages d'intérêt public Mats Karlsson et alii, Sustainable Bioenergy: A Framework for Decision Makers , avril 2007, 64 pages.Un rapport de l'ONU pèse le pour et le contre des biocarburants, , CORDIS nouvelles..

En 2007, les demandes de subvention à l'Europe portent sur d'hectares, alors que le dispositif d'aide de la PAC est prévu (en 2004) pour d'hectares consacrés aux agrocarburants. Seuls 70 % de l'aire pourra donc être subventionnée ( par hectare – alors qu'on en cultivait d'hectares). Cette subvention pourrait être remise en question par la commissaire européenne à l'agriculture Mariann Fischer Boel car d'après une étude intitulée le « Bilan de santé de la PAC », le prix du pétrole ( le baril en ) ne justifierait plus cette aideEnvironnement et stratégie, n° 233, 24 octobre 2007, p. 1.. Les méthodes et résultats des analyses du cycle de vie des biocarburants et agrocarburants ont fait l'objet de nombreuses controversesB. Dorin et V. Gitz, Écobilans de biocarburants : une revue des controverses , Natures Sciences Sociétés, 16(4), 2008, p. 337-347..

La révision de la Politique agricole commune appelée « Bilan de Santé de la PAC », intervenue en 2008, supprime l'aide aux cultures énergétiques de , en 2010.

En Europe., depuis , pour être certifié « durable » un biocarburant doit répondre à des , à travers sept mécanismes ou initiatives Memo: Certification schemes for biofuels, MEMO/11/522, publié le 19 juillet 2011..

La politique fortement incitative à l’incorporation de biocarburants au sein de l'Union européenne a eu pour résultat que le taux d’énergie renouvelable dans les transports a connu une augmentation régulière, pour atteindre 9,25 % en 2019, soit un pourcentage proche de la cible de 10 % en 2020. Néanmoins, l’utilisation des biocarburants n’a eu pour conséquence qu’une réduction limitée à 4,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à l’usage de carburants uniquement fossilesLa politique de développement des biocarburants, Cour des comptes (France), décembre 2021..

Technique