L’histoire militaire de l’Allemagne couvre plus d’un millénaire d’Histoire à travers l’Allemagne, l’Europe et les anciennes colonies allemandes.
Tandis que le peuple allemand et la langue allemande ont une longue histoire séculaire, l'Allemagne en tant qu'État-nation ne remonte qu'à 1871, date de naissance de l'Empire allemand. Les premières périodes sont encore sujettes à des discussions sur leur définition. Les Francs, par exemple, étaient une union de tribus germaniques, cependant certains Francs se sont identifiés plus tard comme Hollandais, Flamands, Français ou encore Allemands. La capitale de l'empire médiéval de Charlemagne était la ville d'Aix-la-Chapelle, région maintenant en Allemagne alors qu'il était pourtant Franc. La France a été baptisée du nom des Francs et les Hollandais et Flamands sont les seuls pour parler une langue qui descende de la langue franque. Par conséquent, presque tous les pays continentaux d'Europe de l'Ouest peuvent se réclamer de l’héritage de Charlemagne. Le Saint-Empire romain germanique qu’il a fondé était en grande partie, même si pas complètement, de langue allemande. La Prusse, qui a unifié l'Allemagne au , a eu une partie significative du territoire de l’actuelle Pologne. Au début du , le philosophe Friedrich Schlegel s'est référé à l'Allemagne sous le terme de Kulturnation, une nation à la même culture mais divisée politiquement comme en Grèce antique.
Tôt pendant les périodes médiévales antiques, les tribus germaniques n'ont eu aucune langue écrite. Ce que nous connaissons de leur histoire militaire provient de rapports écrits en latin et de l'archéologie. Ceci laisse des zones d'ombre importantes. Les guerres germaniques contre les Romains sont assez bien documentées mais avec le point de vue romain et donc subjectif. Les guerres germaniques contre les Celtes demeurent cependant mystérieuses parce qu'aucun côté n'a gardé d'écrits des évènements.
Préhistoire et Antiquité
On pense que les tribus germaniques proviennent de l'âge du bronze nordique dans l'Allemagne du Nord et la Scandinavie du Sud. Les tribus se déplaçaient vers le sud, possiblement motivées par la détérioration du climat de leur patrie. Il traversèrent le fleuve Elbe, probablement conquérant les territoires de la Volcae celtique dans le bassin de la Weser. Les Romains enregistrèrent une de ces migrations tôt quand les Cimbres et les Teutons menaçaient la République elle-même vers la fin du Dans l'Est, autres tribus comme les Goths, les Ruges, et les Vandales s'installèrent au bord de la mer Baltique, poussant au sud et enfin s'installant jusqu’à l'Ukraine. Les Angles et les Saxons émigrèrent vers l'Angleterre. Les peuples germaniques avaient souvent un rapport tendu avec leurs voisins, menant à plus de deux millénaires de conflits militaires sur des désaccords territoriaux, religieux, idéologiques, et économiques.
Le Saint-Empire romain germanique
Moyen Âge Le Saint-Empire romain germanique (également appelé le « Premier Empire allemand ») a émergé de la partie orientale de l’Empire d'Occident carolingien, après sa division dans le traité de Verdun de 843, et a duré presque un millénaire jusqu’à sa dissolution en 1806. Il n’a jamais été un État uni : dès le début il était composé de nombreuses appartenances ethniques et langues. Il comportait des territoires s’étendant de l’Est de la France au Nord de l’Italie. La principale cause d’unification était son héritage carolingien et la forte présence religieuse, mais dès lors, la majorité des sujets se considérait comme « germanique ».
thumb|left|Représentation des blasons des composantes de l'Empire, sous les ailes de l'Aigle bicéphale impérial.David de Negker, Augsbourg, 1510. De 919 à 936 les peuples germaniques (Francs, Saxons, de Souabe et de Bavière) sont unifiés sous Henri de Germanie, duc de Saxe qui prend ensuite le titre de roi. Pour la première fois, le terme « royaume » (Regnum Teutonicorum) est appliqué au Royaume franc.
En 955, les Magyars sont décisivement défaits à la bataille du Lechfeld par Otton du Saint-Empire, éliminant la menace venue des steppes eurasiennes pendant près de quatre siècles. En 962, en partie grâce à cette victoire, Otton s'est rendu à Rome et se fait couronner « Premier empereur du Saint Empire romain germanique » par le pape.
En 1155, les États du Saint-Empire romain germanique sont tombés dans la confusion et le désordre. L'empereur Frédéric Barberousse parvient à la paix par la diplomatie et a habilement arrangé des mariages royaux. Il a exigé l'annexion de l'Italie et a effectué plusieurs incursions en Italie du Nord, mais est finalement défait par la Ligue lombarde à Legnano en 1176. En 1189, Frédéric se lance dans la Troisième croisade. Après quelques succès initiaux contre les peuples turcs, notamment à Konya, Frédéric il meurt en essayant de traverser un fleuve. Sans guide, paniquées et attaquées de tous les côtés, seulement une minuscule partie des forces en réchappent.
En 1226, Conrad de Mazovie fait appel à l’ordre Teutonique, un ordre militaire allemand de croisade, pour défendre ses frontières et pour soumettre les païens de la région balte. La conquête et la christianisation de la Prusse sont accomplies en plus de 50 ans, après quoi l’ordre le dirige comme un État souverain. Son conflit avec l’État de Pologne-Lituanie, sur le contrôle de la terre mena en 1410 à la bataille de Grunwald. Une armée de Pologne-Lituanie inflige une importante défaite et brise la puissance militaire de l’ordre, bien qu’il soit parvenu à garder la plupart de ses territoires.
En 1315, les cantons suisses infligent une lourde défaire à Léopold d'Autriche à la bataille de Morgarten : c'est le début d'une mutation militaire où la prépondérance passe de la chevalerie à l'infanterie.
Les croisades contre les Hussites, entre 1419 et 1434 en Bohême, prennent leurs origines dans le conflit entre les catholiques et les disciples d'une secte religieuse fondée par Jan Hus. L'action qui provoque la guerre est la Première défenestration de Prague, dans laquelle le maire et les membres de conseil de la ville de Prague sont jetés des fenêtres de l'hôtel de ville. L'Empereur romain germanique Sigismond, ferme adhérent de l'Église de Rome, obtient l'appui du pape Martin V qui publie une bulle pontificale en 1420 proclamant une croisade. En tout, quatre croisades ont été lancées contre les « hérétiques », toutes ayant pour résultat la défaite des troupes catholiques. Les Hussites, habilement menés par Jan Žižka, utilisent une tactique de chariots armés d'artillerie pour défaire leurs ennemis pourtant numériquement supérieurs, notamment à Sudomer, Vyšehrad, Havlíčkův Brod et décisivement à Ústí nad Labem. Une fois les armées des croisés dispersées, les Hussites répliquent en envahissant leurs terres d'origine, principalement la Saxe. Après la mort de Jan Žižka en 1424, les armées hussites sont menées par Procope le Grand à une autre victoire à la en 1427. Le mouvement des Hussites prend fin en 1434, cependant, à la bataille de Lipany.
Époque moderne Sous la maison de Habsbourg, puis son petit-fils Charles Quint et son frère s'efforcent de rétablir l'unité germanique mais la paix perpétuelle proclamée par Maximilien en 1495 est peu respectée. L'empereur parvient à rassembler les princes allemands contre la grande révolte des paysans (1524-1526) et les invasions turques mais les princes luthériens de la ligue de Smalkalde s'allient au roi de France pendant les guerres d'Italie tandis que des mercenaires allemands, les lansquenets (piquiers sur le modèle suisse) puis les reîtres (cavalerie légère), passent d'un camp à l'autre. thumb|Phase suédoise de la guerre de Trente Ans : offensives suédoises (rouge), impériales (violet) et espagnoles (bleu). De 1618 à 1648, la guerre de Trente Ans ravage l'Allemagne : l'empereur, aidé par son cousin le roi d'Espagne, tente de soumettre les princes protestants mais subit une série de défaites contre la très eficace armée suédoise du roi luthérien Gustave II Adolphe de Suède jusqu’à sa mort à la bataille de Lützen (1632). La France intervient alors dans le conflit allemand et finit par dicter les conditions de la paix aux traités de Westphalie (1648) qui consacrent la quasi-indépendance des principautés par rapport à l'empereur. L'Allemagne, ravagée par les combats, les pillages, l'exode des populations et la peste, a perdu un tiers de sa population.
Les guerres suivantes sur les frontières occidentales, menées par des petites armées professionnelles, sont moins dévastatrices à l'exception du sac du Palatinat (1688-1689) par ordre de Louis XIV. À l'est, la bataille de Vienne (1683), avec l'appui de la Pologne-Lituanie, écarte définitivement le danger turc.
Pendant le règne de Frédéric-Guillaume de Prusse (1713-1740), la puissance militaire de la Prusse est sensiblement améliorée. Il fait de son armée un instrument de guerre efficace et très discipliné tout en organisant le gouvernement autour des besoins militaires. L'armée est portée à , soit environ 4 % de la population totale. Des paysans sont recrutés par les militaires puis formés, mais renvoyés chez eux dix mois par an.
Le prince Eugène de Savoie-Carignan de Savoie devient le principal général de l'Empire contre les armées ottomanes et françaises jusqu'à sa mort en 1736. Lors de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), l'impératrice Marie-Thérèse, mariée à François de Lorraine, parvient à empêcher le démembrement de la monarchie de Habsbourg et maintenir la couronne impériale dans sa lignée au prix de la cession du duché de Lorraine.
Les guerres de Frédéric II
Pendant les guerres de Silésie, Frédéric II de Prusse, occupe la Silésie et oblige la monarchie autrichienne à la lui céder formellement par le traité de Hubertusburg de 1763. Pendant la guerre de Sept Ans, la Prusse, soutenue par la Grande-Bretagne, doit affronter la coalition des Habsbourg, de la France et de l'Empire russe : malgré plusieurs victoires tactiques, son territoire est envahi et elle est au bord du désastre quand la mort d' de Russie et l'avènement de Pierre III, son successeur, admirateur de Frédéric II, lui permettent de conclure la paix à son avantage.
Les guerres napoléoniennes
La période des guerres napoléoniennes a mis fin au Saint-Empire romain germanique et a créé de nouveaux États de langue allemande qui formeront par la suite l'Allemagne moderne. réorganisa certains États de langue allemande plus petits dans la confédération du Rhin après la bataille d'Austerlitz de 1805 mais ni la Prusse ni l'Autriche, les deux plus grands États de langue allemande, ne faisaient partie de cette confédération.
Frédéric-Guillaume III de Prusse a vu la confédération du Rhin comme une menace aux intérêts prussiens et s'y allia pour faire face à Napoléon. La réputation de l'armée prussienne était demeurée importante après la guerre de Sept Ans mais les tactiques militaires n'avaient pas évolué et étaient toujours essentiellement basées sur des mercenaires étrangers. Le manque de réformes militaires se montra désastreux. Les défaites prussiennes à Iéna et à Auerstadt menèrent à la réduction de moitié de la taille du pays.
La Prusse démoralisée rappela son important général Gebhard Leberecht von Blücher hors de la retraite et il réorganisa l'armée. Les réformes militaires prussiennes ont été menées par Gerhard von Scharnhorst et August von Gneisenau. Ils ont converti l'armée professionnelle en une armée basée sur le service national. Ils apportèrent de plus jeunes officiers, un taux de mobilisation plus élevé, un nouvel état-major centralisé et ont amélioré globalement les tactiques.
C'est en 1813 que la décoration militaire croix de fer fut établie comme un honneur militaire par le roi Frédéric-Guillaume III. Elle deviendra plus tard le symbole de l'armée allemande.