Extension du domaine de la lutte est une adaptation au cinéma du roman du même nom de Michel Houellebecq, réalisée par Philippe Harel, sortie en 1999. Il s'agit de la première adaptation cinématographique d'une œuvre du romancier, qui en cosigne le scénario avec le réalisateur..
Le film suit un informaticien désabusé, interprété par Harel, et son collègue Raphaël Tisserand, joué par José Garcia, au cours de déplacements professionnels en province. Il transpose les réflexions du roman sur la solitude et la concurrence dans les relations sociales et sexuelles, en recourant notamment à deux voix off..
Sorti en France le , il reçoit un accueil critique partagé et totalise dans les salles françaises. Il est présenté dans la section Panorama de la Berlinale 2000.....
Synopsis
Un homme (simplement appelé Notre Héros) désillusionné par la société moderne, et encore sous le choc d'une rupture amoureuse, voit sa misogynie s'accroître de jour en jour, à la suite de nombreuses frustrations face aux femmes et à son incapacité à entrer normalement en relation avec elles. Lors d'un voyage d'affaires en compagnie de Raphaël Tisserand, son collègue de travail, moins expérimenté que lui dans les relations amoureuses, il s'enfonce davantage dans ses idées noires, entraînant son collègue avec lui..
Lors d'une soirée en boîte de nuit, Notre Héros pousse Tisserand à remplacer ses tentatives de séduction par la violence et lui remet un couteau.. Tisserand meurt ensuite dans un accident de la route, ce qui achève de plonger le personnage principal dans la dépression..
En séjour dans un hôpital psychiatrique, il continue à pester contre les femmes et la société dont il rejette les valeurs stéréotypées (une hiérarchie de domination par le pouvoir chez les hommes, et une hiérarchie de la séduction chez les femmes).
Le film se termine tout de même sur une note positive, avec Notre Héros qui prend des cours de danse et se retrouve face à une femme nettement plus grande que lui, et qui lui sourit..
Fiche technique Titre : Extension du domaine de la lutte Titre international : Whatever Réalisation : Philippe Harel Scénario : Philippe Harel et Michel Houellebecq d'après son roman éponyme Production : Adeline Lecallier Sociétés de production : Lazennec et Le Studio Canal+ Société de distribution : Mars Distribution (France) Photographie : Gilles Henry Montage : Bénédicte Teiger Décors : Louise Marzaroli Costumes : Anne Schotte Son : Joël Flesher ; montage son : Thomas Desjonquères ; mixage : Thierry Delor Musique : Novo Navis. Pays de production : Langue originale : français Format : couleur - 35 mm - 1,85:1 - Dolby Digital Genre : drame Durée : 120 minutes Date de sortie : France : Classification : interdit aux moins de 12 ans en France
Distribution Philippe Bianco : La voix du narrateur (voix) Philippe Harel : Notre Héros José Garcia : Tisserand Catherine Mouchet : La psychologue Cécile Reigher : Catherine Lechardoy Marie-Charlotte Leclaire : La secrétaire de H. La Brette Philippe Agael : Henri La Brette Alain Guillo : Buvet Yvan Garouel : Un représentant du Ministère Christophe Rossignon : Bernard Michka Assayas : Le chef du service informatique Nicolas Simon : Schnäbele Philippe Staw : le psychiatre
Production
Genèse et adaptation vignette|upright|alt=Portrait de Philippe Harel.|Philippe Harel, réalisateur, coscénariste et interprète principal du film, ici au Festival du cinéma américain de Deauville en 2009.
Philippe Harel explique que le désir de porter Extension du domaine de la lutte à l'écran naît dès sa lecture du roman. Sa rencontre avec Michel Houellebecq le conduit à proposer à celui-ci de participer à l'écriture du scénario. Le cinéaste souligne leur proximité générationnelle et la complémentarité qu'il perçoit entre leurs approches..
L'adaptation conserve une place importante au texte et à la réflexion intérieure. Deux voix off alternent : celle du protagoniste et celle d'un narrateur extérieur, interprété par Philippe Bianco.. Pour Jonathan Romney, ce dispositif fait entendre à la fois les raisonnements du héros et un commentaire qui dépasse la conscience qu'il a de sa propre situation.
Harel revendique le rôle de l'humour dans la représentation de ce personnage : sa cruauté constitue, selon lui, une manière de supporter la lucidité de son regard. Interrogé sur la provocation, il explique chercher d'abord à éprouver ses propres idées et les limites de sa réflexion. Pour évoquer la noirceur du projet à son producteur, il va jusqu'à le présenter comme un .
Choix et travail des interprètes Philippe Harel n'envisage pas initialement de tenir lui-même le rôle principal. Il le reprend après qu'un premier comédien pressenti ne s'est pas senti prêt à l'interpréter. Il y voit un moyen d'exprimer ses préoccupations de cinéaste.
Le rôle de Tisserand permet à José Garcia, alors surtout connu pour ses prestations comiques, d'aborder un registre dramatique. Dans une rétrospective consacrée aux rapports de Houellebecq avec le cinéma, le CNC souligne cette étape de sa carrière, antérieure au Couperet de Costa-Gavras..
Revenant sur le tournage dans Première, Garcia précise cependant que les participants ont pensé le film comme une comédie malgré sa noirceur. Pour jouer la maladresse de Tisserand, il choisit notamment de se tenir trop près de ses interlocutrices, faisant de cette proximité physique une source de malaise. Il explique avoir recherché le caractère pathétique d'un homme qui continue à vouloir séduire et être aimé malgré ses échecs. Selon son témoignage, Harel ne connaissait pas encore son travail avec Antoine de Caunes à la télévision au moment de lui confier le rôle..
Tournage La majeure partie du film est tourné en Île-de-France. Une partie du tournage se déroule à la fin de en Vendée, à La Roche-sur-Yon, La Tranche-sur-Mer et aux Sables-d'Olonne. Une centaine de figurants du département y participent.. Le , AlloCiné annonce que le tournage vient de s'achever..
Musique La musique du film est créditée à Novo Navis. Un album de la bande originale paraît en 1999 chez Rosebud Records, distribué par Universal Division Barclay. D'une durée de et , il réunit notamment Novo Navis, Seven Dub et Juan Rozoff..
Différences avec le roman Outre le passage de la première à la troisième personne, le film apporte plusieurs modifications au récit de Houellebecq : Le dénouement diffère sensiblement. Le roman s'achève sur la fuite du narrateur, après son séjour en clinique psychiatrique, vers Saint-Cirgues-en-Montagne en Ardèche, puis dans une forêt où il éprouve, dans les dernières lignes, une sensation d'anéantissement sans issue. Le film choisit une fin plus ouverte : le personnage suit un cours de danse et croise le sourire d'une femme, ce qui laisse entrevoir une possibilité de contact humain absente du livre. La voix off ne restitue qu'une partie des développements théoriques du narrateur ; le film en retient l'essentiel : la mise en parallèle du libéralisme économique et d'un qui produit ses propres pauvres, en particulier dans le monologue adressé à Tisserand dans la boîte de nuit, mais abrège les digressions du roman.
Sortie et accueil
Exploitation et présentation en festival Distribué par Mars Distribution, Extension du domaine de la lutte sort dans les salles françaises le , avec une interdiction aux moins de 12 ans. Selon JP Box-Office, il rassemble en France.
En 2000, le film figure au programme de la section Panorama de la Berlinale, sous son titre français ainsi que sous les titres et .
Accueil critique AlloCiné recense quatorze critiques de presse et affiche une moyenne de 3,4/5.
Parmi les avis favorables, Pierre Vavasseur, dans Le Parisien, estime que le film fonctionne malgré certaines longueurs et rapproche le film de Tandem de Patrice Leconte. Louis Guichard, dans Télérama, juge la transposition honorable et considère que cette comédie noire gagne en force au fil du récit, tout en la trouvant moins dérangeante que le livre. Dans Repérages, Christophe Chauville apprécie la suppression des éléments les plus difficiles à transposer et le recours à deux voix off. Viviane Nortier, dans La Dépêche du Midi, salue pour sa part l'association de l'humour et de la réflexion philosophique.
Les réserves concernent surtout l'autonomie cinématographique de l'adaptation. Vincent Ostria, dans Les Inrockuptibles, reconnaît le caractère honorable de la tentative mais s'interroge sur ce que les images apportent au texte. Christophe Narbonne, dans Première, reproche au film sa longueur et son caractère illustratif. Jean-Marc Lalanne, dans Libération, estime que le plaisir procuré par les deux voix off relève davantage de l'écoute que du cinéma.
Dans Le Monde, Jean-Michel Frodon porte un jugement nettement défavorable : la fidélité au texte ne lui paraît pas compensée par un véritable travail de mise en scène. Il critique également le dénouement optimiste, qu'il juge peu cohérent avec le regard précédemment porté sur les personnages. Dans la revue suisse Film, Laurent Asséo regrette lui aussi une réalisation trop illustrative et le traitement des seconds rôles, mais distingue la prestation de Garcia, auquel il attribue la capacité de rendre Tisserand complexe et touchant.
Dans la presse britannique, Jonathan Romney, pour le New Statesman, apprécie au contraire l'humour contenu de Harel et la photographie de Gilles Henry. Il souligne la force du duo central et la manière dont la comédie sociale bascule vers une noirceur plus inquiétante. Time Out relève également la qualité de la relation entre les deux collègues et la maîtrise de l'atmosphère, malgré la tendance des personnages secondaires à la caricature ; sa critique juge les derniers instants du film inattendus et émouvants.
Analyse
Solitude et concurrence Le film reprend l'analogie établie dans le roman entre la concurrence économique et la compétition sexuelle. Le protagoniste interprète ses difficultés et celles de Tisserand à travers une hiérarchie qui oppose les individus capables de séduire à ceux qui restent seuls. Le Dictionnaire mondial des films de Larousse classe l'œuvre parmi les contes philosophiques et met en avant le passage de la frustration à l'incitation à la violence.
Jonathan Romney insiste sur le double registre satirique du film : celui-ci tourne en dérision le langage de l'entreprise, mais aussi les prétentions théoriques du héros, dont les explications se veulent sociologiques. Cette lecture distingue ainsi les discours tenus par le personnage de leur mise à distance par le film. Dans Time Out, la critique souligne la dégradation parallèle de son état psychologique et de ses raisonnements sur les inégalités économiques et sexuelles.
Narration et figure de l'auteur Dans une étude publiée sur Fabula, Francesca Lorandini analyse la proximité entre le protagoniste et la figure publique de Houellebecq. Elle relève notamment, dans la scène d'ouverture, l'image de Harel reflétée dans une vitre, son regard et sa façon de tenir sa cigarette. Elle rapproche la voix intérieure du personnage de la notion de proposée par Michel Chion : le héros appartient à l'univers raconté, tandis que sa parole l'en détache partiellement, puisqu'il n'est pas montré en train de raconter. Pour Lorandini, ce dispositif participe au brouillage entre auteur, interprète et personnage..
Un dénouement différent du roman La scène finale constitue une divergence majeure avec le livre. Alors que le narrateur du roman termine son parcours dans les forêts de l'Ardèche, toujours enfermé dans son mal-être, le protagoniste du film rencontre, pendant un cours de danse, une partenaire dont le regard ouvre la possibilité d'un rapprochement.