La Romagne (Romagna en italien, Rumâgna en romagnol) est une région historique, géographique et linguistique de l'Italie septentrionale et centrale, qui forme, avec l'Émilie, la région italienne de l'Émilie-Romagne. La république de Saint-Marin et certaines communes des régions adjacentes de Toscane et des Marches sont considérées comme faisant traditionnellement partie de la Romagne. La Romagne n'a pas de capitale administrative propre, la ville centrale est Forlì, mais la ville la plus peuplée du territoire est Ravenne.
Géographie
Toponymie Le toponyme italien Romagna provient du latin tardif Romània et remonte au , époque où l'Italie était peu ou prou partagée entre le royaume lombard et l'exarchat de Ravenne. Romanià était à l'origine un terme latin générique signifiant « monde romain », en opposition au monde barbare lombard. Du fait de la réduction progressive du territoire contrôlé par l'exarchat, dont la capitale était fixée à Ravenne, le terme en est venu à coïncider avec une zone géographique déterminée de la péninsule, la zone demeurée sous contrôle de l'Empire romain d'orient et qui englobait, notamment, la Romagne actuelle.
Limites géographiques Les limites géographiques du territoire forment à peu près un quadrilatère de de superficie composé de plaines pour 37 %, de zones de montagnes pour 23 % et de collines pour 40 %. Les limites de ce quadrilatère sont les suivantes :
au nord sur , le cours du fleuve Reno (branche principale du Pô jusqu'en 1152) depuis son confluent avec le torrent Sillaro jusqu'à son delta dans la mer Adriatique. Le Reno sépare la Romagne de la province de Ferrare. au nord-ouest sur , le cours du Sillaro, de sa source à son confluent avec le Reno. Le Sillaro sépare la Romagne de l'Emilie (hors province de Ferrare). au sud-ouest sur , la chaîne des Apennins tosco-romagnole depuis le Monte Bastione () jusqu’au Monte Maggiore () dans les Alpes de la Lune. Les montagnes séparent la Romagne de la Toscane. au sud, sud-est, la limite de la Romagne suit la ligne de partage des eaux entre les vallées des fleuves Conca et Foglia, les repères orographiques qui jalonnent ce tracés sont le Mont Carpegna et le Sasso di Simone, la Faggiuola de Monte Cerignone et le promontoire du San Bartolo entre Cattolica et Pesaro. Cette frontière sépare la Romagne des Marches et traverse la via Flaminia peu avant la côte. à l’est la frontière est représentée par la mer Adriatique, entre l'embouchure du Reno et le promontoire du San Bartolo.
La Romagne comprend administrativement les provinces de Ravenne, Forlì-Césène, Rimini et une partie de la province de Bologne (circonscription d’Imola). Généralement, on considère comme faisant partie également du territoire romagnol la localité de Badia Prataglia située sur la commune de Poppi et une partie de la commune de Sestino en province d’Arezzo, ainsi que Firenzuola, Palazzuolo sul Senio et Marradi dans la province de Florence.
Ces provinces faisait partie des 4 Légations qui composaient la Romagne, qui avec les Marches, l'Ombrie, le Lazio et une partie de la Campanie faisaient partie de l'État pontifical selon le découpage du Papa Pie VII en 1816.
Orographie Les zones de montagne occupent la partie méridionale de la Romagne. La chaîne de montagnes qui sépare la Romagne de la Toscane est l’Apennin tosco-romagnol, qui fait partie de l’Apennin septentrional. Son point culminant est le Monte Falco () aux confins entre les provinces de Forli-Cesène, Arezzo et Florence.
Le géologue Federico Sacco (1864-1948) a identifié les caractéristiques propres de l'Apennin romagnol entre les vallées du Santerno et du Sillaro au nord-ouest et celles du Marecchia et du fleuve Conca au sud-estLucio Gambi, «La “Romagna” di Emilio Rosetti» in Romagna Arte e Storia, settembre 1990, .. Le naturaliste Pietro Zangheri (1889-1983) a étudié pour sa part la Romagne comme entité bio-géographiqueCfr. Pietro Zangheri, «Il posto della Romagna nel quadro della bio-geografia dell'Italia» in Studi Romagnoli, 1950 (1)..
La Romagne s'est formée géologiquement à la suite de l'émergence d'une très vaste plaque calcaire sous-marinePietro Zangheri, op. cit. pages 350-361. Au miocène, à l'ouest de l'actuelle Romagne, la zone toscane avait déjà émergé et la terre prenait fin où se trouve actuellement la ligne des partages des eaux dans les Apennins entre la mer adriatique et la mer tyrrhénienne. Au-delà des Alpes de la Lune se trouvait donc la mer. Le fond marin à cette époque était constitué d'une roche friable et fangeuse d'origine différente de celle qui composait le sol du côté tyrrhénien. Sur ce fond marin une sédimentation a débuté et s'est poursuivie sur un temps très long. Dans les ères plus récentes (Miocène tardif, Pliocène), ce fond marin a émergé, formant la Romagne. En émergeant, cette paléosurface a rencontré par glissement la strate tyrrhénienne. En lien avec les déplacements rocheux, des périodes de mouvement et de repos ont alterné et ont provoqué la formation d'une plaque calcaire. L'issue de ce processus calme et continu constitue le substrat géologique de la Romagne actuelle.
En deux points, le glissement d'une plaque sur l'autre a été particulièrement difficile : au niveau de la jonction entre les vallées du Sillaro-Santerno et le Mugello et au niveau de la jonction entre les Alpes de la Lune et la vallée du Marecchia. En ces points, l'action de la plaque émergente a créé des fractures et des affaissements de relief considérables qui ont été colmatés dans le temps par des roches qui les ont peu à peu comblés. Ces roches sont appelées les "argiles écailleuses" (argille scagliose).
Tandis que la paléosurface émergeait du fond marin, la plaque tyrrhénienne pressait cependant vers l'est. Au niveau des deux zones précitées, le résultat de ces mouvements contradictoires a été insolite et original en comparaison avec le reste de la région. Dans ces vallées, les argiles écailleuses ont arraché et dispersé des masses rocheuses de dimension considérable lesquelles ont concomitamment subi un déplacement vers l'est.
Ainsi on trouve dans les vallées du Santerno-Sillaro et du Marecchia des masses rocheuses qui sont géologiquement similaires à celles de la zone toscane.
- dans la vallée du Marecchia les résultats de ce processus spectaculaire sont, dans la haute vallée, le Monte Varna, haut de , la plaque du Mont Fumaiolo (), dans la moyenne vallée, la roche de San Leo () ou encore le Monte Titano dans la République de Saint-Marin ().
- dans les vallées du Sillaro et du Santerno : le rocher de San Zenobi, le rocher de Castro () et le Monte Beni ()
Après l'émergence des roches calcaires s'est déposée au Pliocène une formation de craie qui caractérise encore aujourd'hui les vallées de l'arrière-pays d'Imola et de Faenza. Cette zone où affleure particulièrement la craie est regroupée aujourd'hui au sein du parc régional de la Vena del Gesso Romagnola.
L'activité sismique en Romagne est fréquente. Au cours des derniers siècles, le territoire a été plusieurs fois ravagé par des séismes importants et destructeurs. La mémoire de plus de trente séismes notables a ainsi été conservée en Romagne depuis le Tiziano Costa, Epicentro Emilia-Romagna da mille anni, 2012, Costa Editore, Bologna.
La zone comprise entre Bologne et Rimini, soit une grande partie de la Romagne, est sujette depuis des siècles au phénomène de subsidence. Depuis la seconde moitié du , le phénomène est constamment suivi par les scientifiques. Les relevés récents des années 2002-2006 indiquent que le sol s'est affaissé de 40 à par an. La côte de Rimini est la zone côtière où la subsidence est la plus élevée, elle y est de l'ordre de 15- par an.
Hydrographie Le Savio, long de , est le fleuve le plus long de Romagne. Les autres fleuves et cours d'eau notables sont, du nord au sud, le Sillaro, le Santerno, le Senio, le Lamone, le Montone, le Rabbi, le Bidente, le Rubicon, le Marecchia et le Conca. vignette|Les salines de Cervia. La Romagne ne comprend pas beaucoup de lacs et la plupart de ceux existant sont petits et présentent peu d'intérêt. Le plan d'eau le plus important est le lac artificiel de Ridracoli à Bagno di Romagna.
La partie orientale de la Romagne est baignée par la mer adriatique. Le trait de côte, appelé Riviera romagnole, court de l'embouchure du fleuve Reno au promontoire de Fiorenzuola di Focara à Pesaro. Le littoral est caractérisé par de vastes plages sableuses, le nord comprend plusieurs zones naturelles protégées comme les salines de Cervia ou les pinèdes de Ravenne tandis que le sud, depuis l'après-guerre, est fortement urbanisé et dévolu au tourisme balnéaire de masse (côtes de la province de Rimini). vignette|La riviera romagnole, fortement urbanisée.
Climat
La Romagne est soumise à un climat sub-continental qui varie avec l’altitude et la distance de la côte maritime. Même s’il ne détonne pas trop par rapport à celui du reste de Italie septentrionale, le climat de la Romagne présente des caractéristiques dues au rétrécissement progressif de la plaine, atténuant faiblement le caractère continental à l'exposition aux vents dans l’axe SO-NE (vent Atlantique).
La région peut être subdivisée sommairement en cinq secteurs micro-climatiques différents.
La plaine interne Plaine qui concerne les gros centres urbains de Imola, Faenza, Forlì, Cesena, est caractérisée par un climat plutôt continental, avec des hivers rigoureux et des étés chauds, avec des mois printaniers globalement plus chauds par rapport aux mois automnaux, des gelées nocturnes et des brouillards fréquents en hiver. L'enneigement moyen à Forli de l'hiver 1998 à l'hiver 2012 a été de de neige annuels. La zone la plus neigeuse en plaine de la Romagne est située entre Forli et Faenza, il y tombe annuellement en moyenne environ de neige. De plus, entre ceux deux communes, se trouve une des zones où les températures minimales en plaine sont les plus basses d'Italie. Les températures extrêmes peuvent y varier sur l'année entre - 20 et +.
La côte centre-septentrionale La zone qui va des confins Nord au territoire de Bellaria-Igea Marina se caractérise pour un climat continental, aux étés plus frais et très humides. L'humidité élevée est une constante pendant toutes les saisons de l'année, raison pour laquelle les températures sont moins basses (exception faite pour la côte de Ravenne où la présence de pinèdes réduit l'effet albédo avec réduction de l'influence thermique). Dans les relevés d'hiver et de demi-saison, la Station météorologique de Cervia enregistre souvent des températures minimales parmi les plus basses du pays. Fréquemment, les brouillards d'octobre à mars font de sporadiques apparitions, même pendant les saisons chaudes, surtout dans le secteur de Ravenne.
La côte méridionale La zone qui va de Rimini aux confins sud de Cattolica se différencie du reste de la côte, essentiellement du fait de la disparition définitive de la plaine du Pô, à partir de la limite septentrionale du territoire communal de Rimini. Ce facteur diminue les caractères continentaux et accentue la ventilation. Cette situation géographique implique, à chaque saison de l'année, une plus faible variation des températures, par absence d'action de refroidissement exercée par la plaine du Pô. Néanmoins, le caractère sub-continental reste présent et apporte des brouillards d'hiver et de fortes chaleurs estivales. À signaler cependant que la fréquente irruption de vents méridionaux, au débouché des secteurs marécageux de l’estuaire du Marecchia, ne rencontrant pas l’obstacle froid de la plaine du Pô, provoquent des phénomènes micro-climatiques, avec des différences de température très accentuées certaines journées d'hiver. Dans la bande pré-montagneuse de Rimini, on peut enregistrer des températures supérieures de dix degrés par rapport à des localités voisines comme Cesenatico.