Ugitech est une entreprise spécialisée dans les produits longs en aciers inoxydables et en alliages, filiale de Swiss Steel Group. Son acier est utilisé aussi bien dans l’automobile, l'aéronautique que dans la construction ou encore dans le médical.

Le principal site de production d'Ugitech est basé à Ugine, en Savoie (73). Tout a commencé il y a plus d’un siècle, grâce à Paul Girod, un ingénieur suisse.

Historique Paul Girod (1878-1951) thumb|Portrait de Paul Girod. Paul Girod est un ingénieur chimiste d'Ugine, dans le domaine de l’électrométallurgie, des ferro-alliages et de l’acier auto-trempant employé pour les projectiles de rupture pendant la Première Guerre mondiale. Il naît à Fribourg (Suisse) en 1878, à l'époque de la houille blanche. À 19 ans (), il termine ses études de chimie à l’École technique Winterthour de Zurich, puis est engagé, en , par la Société chimique des usines du Rhône pour une durée de trois mois. À , il découvre le procédé de fabrication électrométallurgique du vanadium pour « les faïenceries de Grigny » et l’usine d’Albertville. Il loue aux papeteries Aubry de Venthon une chute sur le Doron de Beaufort. Entre 1900 et 1902, il fabrique des ferro-alliages (alliage de fer et de métal rare) après l’invention d’un four électrique spécifique à ce métal qui lui ouvrent la voie de la désoxydation de l'acier. En 1902, Paul Girod rachète l’usine.

Avec une hauteur de cent mètres de chute d'eau, l'usine électrique des Papeteries Aubry de Venthon produit , la plus puissante des Alpes, en 1900, après celle de Chedde (), située près de Saint-Gervais en Haute-Savoie.. La même année , il décide de construire, à Ugine, une usine de ferro-alliages alimentée par la houille blanche qu'il nomme « Société Anonyme Électro-métallurgique Procédés Paul Girod ». Elle est inaugurée en 1904. En 1905, il met au point un four électrique à sole conductrice pour la production de l’acier qui permet d’obtenir des métaux d’une grande pureté. Cette innovation est un succès et lui permet en 1908 de fonder les « Forges et Aciéries Paul Girod » sur son site d’Ugine, qui sont à l'origine d'Ugitech. Dans le même temps, il développe considérablement le réseau hydroélectrique du Beaufortain, et grâce à la construction d’une ligne électrique Albertville-Annecy-Lyon il ouvre sa vente d’énergie à la capitale de la région Rhône-alpes.

thumb|Bâtiment de la direction en 1915.|left

En 1909, les « Forges et Aciéries Paul Girod » sont devenues la plus puissante aciérie électrique alimentée par la houille blanche que la sidérurgie n’ait jamais connue. Les usines électriques de Venthon Queige sont déménagées à Ugine, s'ajoutant à celle qui s'y trouve.

L'usine métallurgique est équipée de quatre fours électriques, de différents ateliers : ateliers de moulage, de transformation mécanique (forges et laminoirs), de traitements thermiques, d’un laboratoire de contrôle et de magasins de produits finis et d’expédition. C’est la période pionnière de l’histoire industrielle d’Ugine et l’entreprise se développe et s’agrandit. On construit la conciergerie et le bâtiment de la direction à l’entrée des aciéries, qui existent toujours aujourd’hui. Tous ces investissements permettent d’élargir la fabrication, notamment dans la gamme des aciers. La première coulée a lieu le .

Paul Girod est l’un des trois industriels, avec Henry Gall dans l’électrochimie, et Jules Barut dans l’électrométallurgie, à avoir résolu, chacun dans son domaine propre des problèmes que nulle autre technique du moment n’était capable de résoudre.

L'arrivée de la Première Guerre mondiale thumb|Fabrication d'un obus. La Première Guerre mondiale permet de redresser une situation financière critique. La demande en armement et en équipement pour l’Armée, augmente rapidement. Ugine, grâce à sa capacité à fabriquer des aciers fins et des aciers spéciaux, devient une pièce maîtresse de la défense nationaleFrancine Glière, Fonds Paul Girod (1889-1951), Ingénieur chimiste, inventeur et industriel, créateur des aciéries d'Ugine, 1982.. La production augmente et se tourne alors vers la conception de projectiles, d’obus, de vilebrequins, de tubes de canons, de tourelles de tanks pour les chars Renault, de blindage de protection et d’aciers pour les roulements à billes De nouveaux bâtiments sont construits qui portent la surface couverte du site de l’usine de en 1914 à en 1916. Au total, l’entreprise uginoise fournit 55 % de la fabrication française d’alliages spéciaux ce qui lui vaut la visite de l’État-Major français et l’aveu du ministre de l’Armement, : La guerre permet à l’usine d’acquérir une réputation mondiale grâce à la qualité de ses produits et aux services rendus à la patrie. Des usines étrangères achètent ses licences de fabrication. De même, les effectifs explosent et passent à les premiers mois de la guerre et en 1917. Pour pallier les départs des hommes au front, on fait appel à des mobilisés, des femmes (300) et des étrangers.

Après la guerre la société se nomme Société d'électrochimie, d'électrométallurgie et des aciéries électriques d'Ugine à la suite d'une fusion en 1922.

Le bouleversement de la démographie Uginoise Pour répondre à l’importante demande de la guerre et parce que nombre de ses ouvriers sont partis au front, Paul Girod fait appel à une main d’œuvre étrangère, qui aujourd’hui fait partie intégrante de la ville d’Ugine. En 1924, on récense parmi les employés de l’usine où les Français sont minoritaires, il s'agit d'Italiens d’Espagnols, de Grecs, de Polonais, de Russes, d’Arméniens, d’Annamites, de Kabyles, d'Arabes, de Chinois… Ugine est alors décrite comme « une ruche bourdonnante », une véritable « tour de Babel ». Cependant, certaines de ces populations ont marqué la ville d'Ugine.

Les immigrés Italiens Les Italiens sont les plus nombreux et les plus anciennement installés. En 1932, ils représentent plus de la moitié du contingent étranger (55,7 %) pour un total de . Le choix d'Ugine s'explique par la proximité de l'Italie et du fait des conditions de travail et de logement favorables. La grande majorité de ces ouvriers viennent du Piémont mais aussi de différentes régions de l'Italie : Lombardie, Vénétie, Vallée d'Aoste, Turin, Novare, Rome et la Calabre. Ils fuient l'Italie où ils sont condamnés à un chômage certain. Bien qu'ils soient retournés en Italie en petit groupe après la guerre, en 1970 les statistiques en dénombrent 540. En effet, beaucoup d'Italiens qui ont acquis la nationalité française. Moins « déracinés » que d'autres immigrés, ils sont au cœur de l'identité uginoise, leur intégration étant favorisée par la relative dispersion et l'ancienneté de leur installation.

Les immigrés russes thumb|Population polonaise, en costume traditionnel, devant le phalanstère en 1945.

En 1923, les premiers immigrés provenant de Russie arrivent. En 1926, et sont employés à l'usine, et ce chiffre ne va cesser d’augmenter jusqu’en 1939. Ces hommes, femmes mais aussi enfants, ont fui leur pays du fait de la révolution d'Octobre de 1917 et se retrouvent donc en France en tant que réfugiés politiques. Ce n’est qu’à la fin des années 1930 que leur effectif diminue car certains immigrés ont regagné leur pays grâce à l'Organisation internationale pour les réfugiés (OIR) qui rapatrie entre 1947 et 1952 ceux qui le souhaitent. D'autres deviennent français par naturalisation.

Les immigrés polonais Les Polonais se rendent en France pour fuir l'instabilité de leur pays. Ils arrivent un peu plus tard que les Russes vers 1925-1927. Ils représentent 20 % du personnel de l'usine en 1925. La cohabitation avec les immigrés russes n'est pas toujours pacifique, de fréquentes bagarres mettent face à face russes blancs et polonais communistes.

Une société à l'échelle humaine thumb|Ugitech - Entrée du complexe industriel. Paul Girod a également marqué dans le domaine social. Influencé par catholicisme social, il pense que c’est aux classes dirigeantes et non aux pouvoirs publics de s’occuper des problèmes sociaux et des conditions de vie des défavorisés. Paul Girod a surtout œuvré en matière de logement social, car son entreprise exige une forte main-d'œuvre. Il souhaite donc créer et fixer une communauté de travail solidaire, à l'échelle de la ville. Sa première mesure a été la constitution de la « Société des habitations économiques et hygiéniques » le . Cette société servait à « l'acquisition d'immeubles, la construction et l'exploitation des dits en vue de fournir aux employés et ouvriers des usines Girod à Ugine, des habitations hygiéniques et confortables à des prix les plus modiques possibles.» Dès 1910 il fait appel à l’architecte genevois Maurice Braillard avec lequel il va aménager d’importantes constructions et équipements dans la ville d’Ugine.

Les villas des contremaîtres C’était un ensemble d’une dizaine de villas, construites derrière le phalanstère et destinées aux contremaîtres.

Les bâtiments pour célibataires Ensemble d’imposantes bâtisses pour les célibataires composé de individuelles, placé non loin du phalanstère.

thumb|Le phalanstère d'Ugine.

Le phalanstère Le phalanstère d’Ugine est la pièce maîtresse de la cité d’entreprise de Paul Girod, construit en 1910 par Maurice Braillard. Pour lui, le phalanstère doit être une construction fonctionnelle pouvant héberger . L’objectif de cette nouvelle génération de logement est de préserver une cohabitation saine et harmonieuse. Il dessine un plan en U, les ailes comprennent des logements pour familles et le corps central des chambres pour célibataires, soit environ au total. Les espaces sont généreux et le niveau de confort remarquable pour l’époque (chauffage central, eau courante).

Le « village nègre » Il s’agissait de contenant deux ou quatre logements, ainsi que des jardins communs et un lavoir. Situées près des aciéries, elles étaient destinées aux contremaîtres et à certains ouvriers. Ces habitations portaient le nom de « villas nègres » car elles étaient habitées par des ouvriers venus des régions minières du Centre et de la Loire (« gueules noires »).

Les Charmettes Au lieu-dit « les Charmettes », au-dessus du bourg, on construit en 1909-1910 un ensemble de individuelles d’après les plans de Maurice Braillard. Ces pavillons, appelés « cités-jardins » sont agrémentés de vérandas, de grandes baies vitrées et disposent de tout le confort nécessaire (toilettes, salle de bain, chambres, salle de séjour, boudoir, cuisine, caves…). Placées sur un site agréable, recouvert de vignobles, à proximité du bourg et exposé plein sud, elles étaient réservées aux directeurs et aux ingénieurs de l’usine. Le travail de Braillard sur les villas des Charmettes est l’objet d’études et de critiques élogieuses : ; les villas sont vues comme .

Œuvres sociales thumb|Le dispensaire en 1916. thumb|Le théâtre du phalanstère en 1920. Des installations viennent enfin compléter les premières constructions pour les membres du personnel. Paul Girod met en place toute une série d’équipements collectifs : un dispensaire proposant des services médicaux gratuits ; une épicerie coopérative la « Prévoyance », qui propose des denrées alimentaires à un tarif préférentiel au personnel de l’usine ; un local de distribution de lait stérilisé pour les enfants en bas âge, « la Goutte de lait » ; une laverie ; un restaurant d’entreprise ; une salle des fêtes aux nombreuses utilités (théâtre, cinéma, banquet, bals et fêtes tous les dimanches) ; le « Cercle des familles » (café et salle de loisir) ; la bonneterie à côté du phalanstère pour fournir du travail aux femmes qui n’en ont pas ; un bâtiment équipé de douches, situé en face de l’usine et destiné à tous les employés ; l’école professionnelle dans le quartier de l’Isle ; l’école ménagère non loin du vieux bourg.

Collaboration et fusions de l'après-guerre La Société d'électrochimie, d'électrométallurgie et des aciéries électriques d'Ugine est réquisitionnée sous l'Occupation..